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HU 3?f1"l V
HARVARD
COLLEGE
LIBRARY
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ILu^t.^^^ >'^.
ACADEMIE ROYALE DE BELGIQUE.
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Broxdln. — Comptoir unitelvel d'imprimerie et de librairie, V. Dcvaqi et Corop.
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DITS ET CONTES
DE
BAUDOUIN DE CONDÉ
ET DE SON FILS
JEAN DE CONDÉ
pilblt4'fi
D APUJES LES MANUSCRITS DE BflDXKLLES, TOIIIN, ROIIe, PAMIS ET VIENNE
ET ACCOMPAGXéS DE V\pirANTE8 ET DE NOTER 'EXPLICATIVES
AUG.^ 8CHELER
B1BI.I0THKCAIRB PU KOI DBS BRLGRS
DOCTKCK ni l^SILOMPHIB KT LKTTftn,
PrtfflOiir agré|< ï riiiiTenilé 4» Li^e, Cbaralier éwardres de Léiptid, éi ChriK
el ée U Sne-lnfli(iif, ctauiller ée i'Acadéaie d'archéalifie de Belgiqae,
uiuïn eflÎKtif de la Saciété dri BiUiephilei de Belgique, leaibre earrespaadaat de li Sociéld des Kieares,
lettres et arts di laiual, de la Saciété itjale d'iiaUliaB de Liège, de la Saciété
li^eaiae de liltératire talleaBe et de la Saciété archéalagiqae d« fraid-dncbé de Laieabearg .
TOME II.
JEAN DE CONDÉ.
!»• Paktib.
BRUXELLES,
COMPTOIR imiVERSEL d'iMPRIMERIE ET DE LIBRAIRIE,
YiCT^BI DHTAV& BIT €«<•,
RUE SAINT-JEAN, 26.
1866
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c^<^S. 3A, <2S^
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Harvard Univcrsîtv
LoTfcU Mémorial Libran',
From tkc Llbrary of
James Bnssell Lowell. .
Jba. 34. 1900.
HARVARD
UNIVERSllY
LIBRARY
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INTRODUCTION.
^^
 part quelques citations dispersées dans le Glossaire
de Du Gange et dans celui de Roquefort, on ne con-
naissait encore, en 18â7, du jpoëte aux nombreuses
compositions duquel sont consacrés les deux volumes
suivants, que l'analyse de deux pièces , donnée par
Le Grand d'Âussy dans son Recueil de fabliaux, un
petit fragment du dit de la Fourmi , recueilli par
M. Robert dans ses Fables inédites, et deux fabliaux,
savoir : le Sentier battu (imprimé par Barbazan, à la suite
de rOrdene de Chevalerie, Lausanne et Paris, 1759,
pp. 168-177, et reproduit par Méon, dans ses Fabliaux
et Contes, t. !•', pp. 100-105), et le dit du Clerc qui fu
trouvez derier Vescring (publié par Méon, dans ses Nou-
veaux fabliaux, t. ^^ pp. 165). Le nom de Jean de
Condé est passé sous silence par les bibliographes qui
s'occupent des aiïciens poëtes français, comme Fauchet,
Duverdier, La Croix du Maine, etc., fet Roquefort lui-
môme, dans son État de la poésie française au xn^ et
. xui® siècle, n'a pas trouvé occasion d'en faire la moindre
mention.
La première notice imprimée sur Jean de Condé,
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— VI —
dont nous ayons connaissance, se rencontre dans les
préliminaires de Touvrage suivant : Serventois et sottes
chansons couronnés à Yalenciennes, tirés des manuscrits de
la Bibliothèque du Roi, par M. G.-A.-J. Hécart (3« édit.,
Paris, 1834, in-8^ pp. 22-30) \ Elle donne les titres
de 29 de ses compositions, d après une liste communi-
quée à M. Hécart par M. Méon *. Malheureusement,
réditeur des Serventois, malgré les doutes sérieux que
lui avait exposés, avant l'impression de sa 3* édition,
M. le docteur Leglay, persistait dans Tidée que Jean
deCondéJe trouvère, était identique avec un Carme
du même nom, natif de Yalenciennes, auteur d'œuvres
théologiques écrites vers 1380, et dont parlent Doutre-
man et Lèboucq. Rien ne lui semblait s'opposer à ce que
le même personnage eût écrit en 1 31 5 et en 1 380 et
que, de poëte, il fdt devenu, vers la fin de ses jours.
Carme et savant théologien. En écrivant ses prélimi-
naires, M. Hécart n'osait affirmer que Baudouin de Condé
fût de la même famille, quoique M. Robert, dans ses
Fables inédites, eût paru disposé à le penser ^.
En 1835, parut le supplément du Roman du Renart,
par M. Chabaille, et voici ce qui s y trouve dans TAver-
tissement, à propos du Renars mestres de lostel le Roy,
épisode du Dit d'Entendement de Jean de Condé ,
imprimé tout au long dans ce volume, d après le
Ms. 1 446 de la Bibliothèque impériale de Paris, et colla-
tionné sur le n" 31 7 de l'Arsenal :
* Première ^d., 1827, deuxième, 1832.
* Cette liste répond à la série des pièces de Condé coutennes dans
le Ms. 1446 (ancien 7534").
* Voj. l'Introduction de notre t. I, p. IX.
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VII —
« Nous avons peu de renseignements sur l'auteur.
M. Robert, qui a imprimé quelques vers du Dit de la
Fourmi, de Jehan de Condé, dit, dans son Essai sur les
fabulistes placé en tête des fables : <c Je ne sais à
« quelle époqae il vivait, mais comme on trouve parmi
«t ses poésies une pièce de vers contre Enguerrand de
« Marigny, il doit avoir écrit avant le règne de Charles
« le Bel, sous lequel la inémoire de ce malheureux sur-
« intendant fut réhabilitée. Boudouin de Ck)ndé était
« sans doute parent de celui-ci. » LeMs. 317, B. L. F.,
de la bibliothèque de TÂrsenal, confirme cette conjec-
ture : on y lit, fol. 1 , v® col. 1 : « Ci finent H dit Bau-
« doin de Condeit et commencent après li Jehan, son fils. »
M. Chabaille ne connaissait pas, en traçant ces lignes,
les détails offerts par la notice de M. Hécart, et n'avait
donc pas eu l'occasion de les discuter.
M. de Reiffenberg, dans son Introduction à la Chro-
nique de Philippe Mouskes, qui fut imprimée en 1836,
traite de Jean de Condé (p. cliii] , avant Baudouin et
s*en rappçrte, pour tout autre détail, exclusivement aux
données fournies par Hécart.
Un an plus tard, en 1837, M. Arthur Dinaux puise
également dans la notice de l'érudit auteur du Diction-
naire rouchi, les éléments d'une nouvelle étude sur notre
trouvère ; il Tinséra dans le premier volume de la nou-
velle série de ses Archives historiques et littéraires du nord
de la France et du midi de la Belgique (pp. 305 à 310).
Contrairement à son devancier, il y cite sans hésitation
Jean comme le fils de Baudouin et le distingue de Jean
de Condé, le révérend Carme que mentionne Doutreman.
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Cest lai aussi qui, tepreaûer, fait l*<teaiBératioa complète
des j50 pièces de }eaa que reofenne le maauserit de
l'Arsenal.
L'article consacré à leao de Condé par M. Van Haa-
seU dans son E9$ai sur la poésie française en Belgique,
iœprii^è en 1838 (pp. 79-80), se rapporte- particulière-
me.Dt lau ccmtenu du Plaid des chanoinesses et de la
Défense des menestriers, connus depuis longtemps par la
traduction en prose ou plut6t l'analyse sommaire qu'en
avait donnée Le Grand d'Aussy, et ne touche pas à la
question biographique.
D'après toutes ces données , on est en droit d'être
surpris de ne rien trouver sur le personnage qui nous
occupe, dans le tome XXI II de V Histoire littéraire de la
France, qui parut en 1 856, si ce n'est, parmi les auteurs
de fabliaux du xiu^ siècle, une simple mention de trois
morceaux de Jean : le Sentier battu, Du Clerc quifu trou-
vez derier Pescring (publiés, nous l'avons dit, par
Méon), et le Plaid des Chanoinesses (traduit par Le
Grand). Et cependant le môme manuscrit de Paris, cité
à propos de Baudouin de Condé, qui fait Tobjet d'une
ample notice ^ dans la partie du même volume consacrée
aux Dits, renferme 39 pièces de son fils.
On a de la peine à se rendre compte de cet oubli à
l'égard d*un poëte dont la fécondité et l'importance litté-
raire avaient été, depuis 1827, signalées par divers
auteurs français ou belges.
* Le Ms. de T Arsenal est resté inconnu à Fauteur de cette notice,
tant en ce qui concerne Baudouin que Jean. Au t. xvi (p. 225) ,
M. Daunou avait inséré dans son Discours une mention sommaire du
Plaid des Chanoinesses seulement.
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L'attention fut plos activement reportée sût le trou-
vère fiiaiïmyei», lorsque, en fSeO, M. Adolphe Tobler,
piofesseur à Soleune, fit; insérer dans le tome U du Juhr-
buch fur romanische utid engiisehe Lite^cUur, herau^. von
jy Ad. Ëbert (pp. 8St et ss.), le Dit du Magnificat, en le
faisant précéder d^une notice analytique stir une série
de pièoes de Jean de Gondé, diéconvertes par lui dans
un Ma. de la (Casanatensis à Rome [voy, plus bas). Getle
notice relevait également deux passages tirés de deux
de ces pièces, dont Tun confirmait péremptoirement le
dire da Ms. de l'Arsenal , concernant le rapport de
parenté entre Baudouin et Jean ^ tandis que Tautre
mettait en lumière la position sociale et la nationalité de
ce dernier [voy. plus bas).
Dans la même année 1 860 ', le savant romaniste que
nous venons de nommer, fit imprimer, paimi les publi-
cations du Litterarischét Verein, à Stuttgart, 42 pièces
de Jban, en un volume intitulé : Gedicht^ von Jehan de
Gondeinach der Casanatensischen Handschrift herausgegèben
von Ad. Tobler (185' pp. ^). Ce volume est accompagné
d^un simple aperçu analytique du Ms. de Rome, de quel-
ques notes historiques et de l'indication des corrections
que réditeur a fait subir à* son texte. ^
Le volume de M. Tobler n'avait pas encore paru* que,
pendant son séjour à Rome, M. le baron> Kervyn de
* Voy. notre t. I, p. IX.
• Pour être complet, il nous resté à dire qtte,- dèfs 1859, M: Tobler
aTait commnniquë à YArehiv filr dos Sludium der neueren Sprachen
%nd LUeraturen (t. xxvi, p. 285) une autre des pièces dëcouTertes à
Rome ". ledit de U P<ui%e.
' Le dit du Magnificat s'y trouve reprod«!ît;
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Lettenhove fut amené, par ses recherches entreprises aa
point de vue de Thistoire littéraire ou politique belge, à
découvrir, de son côté, le précieux manuscrit de la
Minerve. Dans un rapport résumé que cet infatigable
investigateur présenta à l'Académie royale de Belgique,
le 3 mars 1860, sous le titre : Les Bibliothèques de Rome
[fiotes et extraits), il fait part de la découverte des
poèmes de Jean de Condé, et donne Fénumération des
38 pièces dont il avait pris les incipit et les explicit \
Dans le Bulletin du Bibliophile belge, confié alors à
notre direction, après avoir, dès 1861 , mentionné suc-
cinctement (t. XVII, p. 148) le livre de M. Tobler,
ainsi que la communication académique du baron Ker-
vyn, nous fîmes du trouvère belge Tobjet d'une notice
littéraire spéciale, qui fut insérée au t. XIX de ce recueil
(1863, pp: 41-71 *), et dans laquelle, selon les connais-
sances que nous avions alors de ces questions, nous
traitâmes à la fois de la personne et des écrits de Jean
de Condé. Nous y reproduisîmes d'après le recueil de
Tobler, en y ajoutant des notes philologiques et autres,
une pièce importante pour l'histoire du pays : le Dit
du bon conte Guillaume.
C'est ce petit travail qui nous valut Fbonneur d'avoir
été jugé digne de la tâche que nous nous sommes efforcé
d'accomplir dans ces volumes.
En publiant son quatrième volume des Trouvères, jon-
gleurs et ménestrels du nord de la France et du midi de la
* Voj. Bulletins de l* Académie, 2« sërie, t. IX, pp. 306 et as.
* Tirée à part à 50 exemplaires.
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— XI
Belgique, volume consacré aux trouvères brabançons,
hainuyers, liégeois et namurois [Bruxelles, 1863),
M. Arthur Dinaux reprit, en Tamplifiant, le travail sur
Jean de Ck)ndé qu'il avait fait paraître en 1 837 dans
ses Archives. L'érudit académicien français, que quelques
mois plus tard la mort vint arracher aux nouveaux
ouvrages qu'il préparait dans sa paisible retraite de
Montataire, n'y a point négligé les nouveaux éléments
fournis par le Ms. de Rome ; celui-ci lui était connu
par les communications de M. le baron Kervyn, mais
les poëmes mêmes, mis au jour à Stuttgart depuis trois
ans et annoncés par divers organes littéraires, lui
avaient complètement échappé.
Pour terminer cette revue bibliographique sur
l'écrivain que nous éditons, nous. avons encore à
mentionner les pages consacrées à Jean de Condé , par
M. Ch. Potvin, dans le tableau littéraire qu'il a tracé du
Règne du bon Guillaume, dans le tome XXXIX (juillet,
1863) de la Revue trimestrielle, et la publication suivante
de la Société des bibliophiles belges, séant à Mons, due
également aux soins de M. Potvin : Panégyriques des
comtes de Hainaut et de Hollande, Guillaume /•' et Guil-
laume II (Mons, 1863, 60 pp.), oh le poëme sur le bon
comte Guillaume se trouve reproduit aux pp. 23 à 31 .
Le nombre des pièces que nous avons réunies dans
ces deux volumes, comme appartenant à Jean de Condé,
s'élève à 75, dont 60 étaient inédites. Elles nous ont été
fournies par quatre manuscrits : deux de Paris, un de
Turin et un de Rome. Ce sont :
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— r XII —
1 . Le Ms. de la Bibliothèque impériale, n^ 4 446 , le
même qui nous a servi pour Baudouin de Condé et que
nous avons décrit au t. I, p. xxvi (il est désigné dans
notre édition par A]. Il renferme 39 pièces de Jean de
Condé.
2. Le Ms. de Y Arsenal, Belles-Lettres, n« 317, dont
les i 39 feuillets sont exclusivement consacrés à Bau-
douin et à Jean son fils; voy, 1. 1, p. xxvi. (C'est le Ms.
B de notre édition.) En dehors des 39 pièces que ren-
ferme le Ms. précédent, il en offre encore 11, dont 4
seulement se trouvent aussi dans le volume auquel nous
passons. >
3. Le Ms. de la Casanatensis de Rome (autrement appe*
lée Bibliothèque de la Minerve). Il est marqué B., III, 48,
et écrit sur parchemin dune main très-régulière , qui
accuse le xi?^ siècle. Il se compose de 207 feuillets à
4 colonnes de 38 lignes chacune. Le catalogue le ren-
seigne de cette manière : Meun, Jean, o Clopinel, conti-
nuation du Roman de la Rose de Lorris.
Il donne, en premier lieu, le Roman de la Rose : « Chi
cQounenchQ li roun^ans de la Roze et premièrement
commenche mestre Guillaumes de Lorriz jusques à feus
sanblant. Et mestrè Jehan de Meun fist tout le remenant
en apri^. » Puis viennent 37 pièces en vers, d'un con-
tenu partie narratif, partie didactique. De ce nombre,
21 indiqueqt! explicitement, comme auteur, Jean de
Condé, 4 est attribuée à Jean de Batery; IS.ne ren-
ferment, à cet égard, aucune indication,
Nous avons exclu de notre édition deux pièces seu-
lement du volume en question, savoir ; IMa 2*, intitu-
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— xra —
\éQ'Liconfiès8eet lipelerinaige Denar^ (environ iOOyers},
épisode du Roman du Renari, publié par Méon (t. II,
pp. 437-144) \ et dont la composition ne saurait ôtre
aUribnée avec assez de probabilité à Jean de Condé,
pour que nous eussions osé le reproduire dans ses
œuvres; 2^ la 3^ : Œesi li dis des VIII blasonSy dont
Tautour se nomme lui-même Jean de Batery '. Des 35
qui restent, il n'y en a que 1 1 qui se trouvent aussi dans
les manuscrits de Paris (7 dans les deux et 4 dans celui
de r Arsenal seul). Le volume paraît ne pas être adievé^:
4^ Manuscrit de la Bibliothèque royale de Tv,rin, mar*
que L. T. 13. Cest un in-folio de grand format, éerit sur
^ Sons le titre : Ci commence le pèlerinage Renart ii eanil ala à
Rome* Le teste de la GaeanateDsÎB paraît offrir quelques yen eo plus-,
notammeot lea deux derniers :
Renart et Bernart et Belin
Ains puis ne furent pèlerin.
On en trouve une analyse dans le recueil de Le Grand dtAusay.
* Insérée, par M. Tobler, dans le t. Y du Jahrbuch fUr rojuaniiche.
und englische Literatur, pp. 211-221.
' Ce manuscrit n'avait point passé sous les yeux de M. Adalbert von
KeUer^ lorsque ce savant explorait, en 1840, les bibliothèques romaines^
pour j recueillir ce qu'elles pouvaient offrir de curieux en fait de pro-
ductions du moyen âge appartenant à la littérature poétique » tant
i-omane qu'aUemande. Et cependant il n'avait pas négligé de visiter la
Casanatensis, comme le prouve l'important recueil des pièces qu'il a
i-assemblées: pendant ce voyage en Italie et publiées sous le titre de
Rompart (Manuheim, 1844). Mais aussi lors de sa visite, il n'existait
point encore de catalogue des manuscrits de cette coUecttou^ et' il
nous apprend que le conservateur, le Dominicain Giacinto de Ferrari ^
venait seulement de commencer à le rédiger.
En têtede la première page du Ms., on lit en mai^e.- B(mréMei!793 ;
pn^ablementle nom du propriétaire^.
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— XIV
parchemin, en lettres de forme, sur trois colonnes de
50 lignes chacune. Du temps de Pasini, qui renseigne
ce volume à la page 468 du tome II de son catalogue
{n^ xxxu), et qui, tout en donnant des extraits assez éten-
dus, Tavait fort négligemment examiné, il était coté
6. II. 9. Ledit catalogue lui assigne la date du xiu^ siè-
cle ; mais Jean de Condé écrivant encore en i 337, nous
attribuerons la confection de notre manuscrit, avec plus
de probabilité, à la fin de la première moitié du xiv* siè-
cle. Quelques rimes chronologiques, placées en écriture
cursive sur le verso du deuxième folio blanc de la fin, font
mention de Valenciennes, avec la date de 1407, d'où
Ton peut inférer qu'au xv« siècle le volume se trouvait
encore dans nos contrées ^ Deux des plus longs poëmes
de lean de Condé ont été insérés dans le manuscrit dont
nous parlons; Tun, Li Chevalier à la manche^ s'y trouve,
sans titre, aux fol. 27 v"* à 35 v®, et est renseigné dans
le catalogue de Pasini, mais avec la remarque incerti
auctoris ou sine auctoris nomine, bien que ce nom soit
clairement exprimé au v. 2350. C'est le désir de colla-
tionner le texte de ce poëme avec la version du codex
de la Casanatensis, oii il se trouve également, qui dous
engagea à prendre inspection du volume de Turin, et ce
fut pour nous une bien agréable surprise, quand nous y
' Nous avona fait la description et le dépouillement du codez de
Turin dans le 3«et 4« cahier du Bibliophile Belge, !'<" année (1866),
80U8 le titre : t Notice et extraits de deux manuscrits français de la
Bibliothèque royale de Turin » .
La plus grande partie de cette notice est consacrée à Tanalyse de la
principale des cinq pièces que renferme le volume ; c*est un poëme
d'aventure de plus de 24,000 vers, resté inconnu et intitulé Sone de
Nausay (Nancy).
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XV
découvrîmes, aux fol. S2 à 27, une seconde composition
de notre poëte, qui avait échappé aux auteurs du cata-
logue Pasini, et dont Texistence même était restée incon-
nue à tous ceux qui, avant nous , ont traité de Jean de
Condé : li Lais du Blanc chevalier. Le nom de l'auteur,
nettement exprimé au v. 21, ne nous laissait aucun
doute sur la paternité de cette très-remarquable compo-
sition.
On pourrait peut-être contester, pour un certain nom-
bre de pièces, Tattributioq que nous en avons faite à Jean
de Condé. En effet , dans ie nombre des 75 que nous
publions, il y en a 39 seulement dans lesquelles le nom
de l'auteur soit explicitement énoncé. Ce qui nous a fait
accueillir les 36 autres, c est tout simplement la circon-
stance qu'elles se trouvent mêlées à d'auires pièces por-
tant le nom de Condé (c'est le cas pour 7 pièces anonymes
du manuscrit deRome), ou renfermées dans un recueil
consacré exclusivement, d'après un intitulé contemporain
du manuscrit, aux poésies du père, d'abord, et du fils,
ensuite. Cette circonstance, combinée avec le fait qu'au-
cun motif intrinsèque ne s'y opposait et que toutes les
pièces ont une physionomie générale commune , nous a
semblé suffisante pour justifier notre procédé. Une chose,
toutefois, nous a frappé et nous tenons à la signaler :
c'est qu'aucune des pièces légères (des fabliaux propre-
ment dits, les n^» 14,15, 30, 57 et 72), n'est signée. Ces
pièces font, à la vérité, disparate avec le caractère
sérieux de la généralité des poëmes du trouvère, mais
celte disparate n'est point une incompatibilité et ne
nous autorisait nullement à les exclure.
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XTI
Le plus grand nombre des compositions de Jean de
Condé, comme de celles de son père, appartiennent à la
poésie morale ; l'enseignement y est la plupart du temps
appuyé sur une parabole ou sur quelque monstre tirée
de la nature, de l'histoire ou de la vie journalière. Le
poète y prend sévèrement'à partie les vices du siècle, non
pas avec Tardeur impétueuse d un prédicateur sorti du
cloître, mais avec l'indignation moins acerbe d'un laïque
honnête homme, tout disposé à accorder les jouissances
que peut offrir ce bas monde, à condition que les règles
de la vertu et de Thonneur ne soient point négligées et
que le pauvre ne soit point oublié. La chevalerie ou la
noblesse, pour lui, n'a des droits et même n'a sa raison
d'être que si elle observe les hautes obligations qui
s'y rattachent : grandeur d'âme , largesse , courage et
magnificence. Les hommes sont égaux ; issu de gentil
ou de vilain, nul n'est vilain, sinon de cœur.
Le culte de la femme, malgré les quelques peintures
un peu frivoles qu'il s'est permises, est chez Jean de
Condé d-une délicatesse remarquable ; il faut honorer la
femme, parce qu'une femme nous a donné le Sauveur,
qu'une femme nous enfanta et nous allaita, qu'une
femme fut notre épouse, fut notre amie. Si la femme
succombe, il ne faut pas l'excuser, mais lui pardonner;
les coupables, ce sont les hommes qui lui tendent des
embdcfaes. Le poëte est souvent pris d'une sévérité plus
ou moins pieuse, mais toujours exempte d'une austérité
aigre et hargneuse.
Bien que le style soit plus soigné , l'allure plus
franche, l'élocution moins lâche et moins diffuse, la pen«
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XVB
sée aoavent plus vive, le développement des matières
plas agencé qae chez Baadouifi, la lecture de ses oeuvres
fatigue à la longue par la monotoiite des sujets et le
peu d'originalité dans les idées,; mais oe sont là des
débuts qui caractérisent le genre qu'il cultive, et inhé-
rents à sa profession de trouvère salarié. Les tours de
force de rimenr et le« jeux de mots apparaissent bien
çà et là, mais la rime équivoque ne prédomiae pas
comme citez son père.
Jean de Condé offre infiniment plus d'attrait dans le
récit que dans le genre didactique. Ses contes ou chants
d'aventures du Blanc chevalier^ du Chevalier à la Manche,
du Lévrier^ du Magnificat et sa Messe des oiseanx ont, à
part quelque mérite d'invention, une touche gracieuse
et même parfois de l'éclat. Les quelques fabliaux insérés
dans son œuvre ne sont dépourvus ni de vivacité, ni
de piquant; tous n'ont pas la même valeur, il est vrai,
mais on peut hardiment ranger Jean de Condé parmi les
meilleurs fabliers de son temps ^
Le poète avait reçu, on ne saurait en douter, une
éducation soignée; non-seulement il accuse une grande
familiarité avec les usages et les sentiments qui régnent
dans les hautes classes de la société , dont il censure
constamment les défauts, mais une instruction littéraire
distinguée, comprenant aussi bien les auteurs profanes
* Au injet de la flexibilité de talent dont notre poète ftdt preuve en
•essayant sur des genres si varies, M. Dinaux rappeUe un mot que
Jean de Condë aurait inséré lui-même quelque part dans ses écrits :
Variété, c'est ma devise. Nous n*avons pas trouvé ce mot dans les
75 pièces de notre recueil.
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— XVUl
étudiés et répandus de son temps , que la littérature
sacrée, qu il se pique quelque part de counattre aussi
bien et même mieux qu'un disciple de saint Dominique
ou de saint François.
Dans ce qui précède, nous avons rapidement énuméré,
d'abord les écrivains qui, avant nous , se sont occupés
du poète dont nous éditons les œuvres, puis les sources
auxquelles ont été puisés les divers éléments dont elles
se composent ; ensuite, nous avons brièvement indiqué
le caractère général des compositions de Jean de Ck>ndé,
abandonnant aux lecteurs un jugement plus précis sur le
rang littéraire de ce trouvère ; il nous reste à faire con-
naître quelques détails sur la vie de notre auteur.
Malheureusement, ce que nous en savons, n'ira pas
au delà de ce que d'autres avant nous, et nommément
M. Tobler, ont été en mesure d'élablir. Nous n'avons vu
la mention de son nom dans aucune production littéraire,
ni dans aucun document. Les recherches faites à cet
égard dans les archives du royaume ou en province,
n'ont point abouti. Les Jean de Condé y apparaissent en
grand nombre, mais en aucun cas l'identité avec celui
qui nous intéresse n'offrait quelque probabilité.
Les écrits du poëte devaient donc seuls nous guider
pour réunir quelques éléments biographiques.
Impossible de rien conjecturer sur le lieu ou sur
Tannée de sa naissance ; mais deux faits sont acquis :
c'est qu'il était fils de Baudouin de Condé et de natio-
nalité hainuyère. Le passage du dit du Lévrier, que
nous avons cité dans l'Introduction du t. I, p. ix-i, et
les mentions réitérées et élogieuses du Hainaut, de son
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— XIX
soaverain et de ses habitants ^ ne permettent guère
d'élever un doute à cet égard. Le dit du Bon comte
Guillaume de Hainaut, qui exprime les regrets du poâte
à la mort de cet excellent prince, ne confirme pas seule-
ment à son tour les conclusions favorables à la nationalité
hainuyère de Jean, mais il nous apprend que celui-ci,
à répoque de cet événement, en 1337, était employé à
demeure dans la maison de Guillaume.
Si a au faire mis acort
Jehans de Condet, qui estoit
De son<naisnage et qui viestoit
Dés robes de ses escujers :
Li gentieus quens des Hainnuiers
Lui a dou sien douné maint don. (Vv. 164-1C9.)
Cette position d'écuyer-meneslrel du comte, Jean de
Condé Tavait-il occupée dès le début de sa carrière, ou
lui fut-elle accordée à raison d'une renommée acquise
en d'autres lieux, durant la vie nomade d'un trouvère
ou ménestrel de profession? Il serait difficile de rien
fixer à ce sujet. La dernière supposition, cependant,
^ Dit du Blanc cheyalier, 776; CheTalier à la .manche 827-30;
984; 994; Dn Clerc qui fut repus derrier TeBcring, 7. La mention du
comte de Soissons, seigneur de Chimaj (Chevalier à la manche, 831),
pourrait bien reposer aussi sur le désir de se rendre agréable à la
maison 4e Hainaut, dont une branche était, du temps de Fauteur, en
possession de la terre de Chimaj par suite d*alliance avec Théritière
des comtes de Soissons. Les mots (Messe des Oisiaus, 575) :
Doné m*en ot plus d'un sestier
' A la mesure de Biaumont •
n'indiqueraient-ils pas à leur tour des relations arec le château de
Beaumont, habité, comme on sait, par des seigneurs amis des lettres ?
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pôonrait peut^^^e «'étayer dû passage saWant, extrait
da dit (des Jacobins et des Fremenears (vv. 247-857) :
Si sui des menestrex el conte,
Car biaus mos trueve et les reconte,
Dis et contes, et Ions et cours,
En mesons, en sales, en eonrs
Des grans seigneurs, vers oui ge Yoid,
Et haut et bas oient ma vois.
De mal à fere les repren
Et à bien fere leur apren ;
De ce jour et nuit les sermon,
On ne demande autre sermoif
En plusout'S liex où je parole.
Dans le même dit, le poëie en appelle encore à la
renommée dont il jouit dans mainte contrée :
Jehan de Condé sui noumez ,
Qui sui en maint lieu renoumez.
Des 75 pièces que nous avons rassemblées, il ne nous
a été t>ossible de tirer que trois dates exactes concernant
la composition de Tune ou Tautre d'entre elles.
La pièce LV, De lipocresie des Jacobins, a été com-
posée sous l'impression toute récente de la mort de Tem-
pereur Henri VU, qui est attribuée par Fauteur, en toute
oertitdde, à Teffet du poison ; elle date par conséquent
de Tan 1313.
Le poôme intitulé : Li dis du Segneur de Maregni, qui
a pour objet les enseignements à tirer du sort de ce
fameux personnage, a été écrit fort peu de temps après
son exécution (30 avril 1315], comme il ressort nette-
ment des vv. 76 et ss. .
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— Itl —
Des antres fais taire me veul
Et d'une veiijenee nouvele
De Dieu, dont partout est nouvele,
Vous voudrai parler ci endroit,
Qui est avenue orendroit :
D^un riche homme, d^un grant seigneur...
Enfin, le dit sur la mort de Guillaume de Hainaot, a
également sa date bien fixée, énoncée même en toutes
lettres aux vers i 86-7 : celle du 7 juin 1 337.
Jean de Gondé peut avoir trové aussi bien avant 4343
qu'après 1 337 ^ ; nous assignerons donc pour espace
chronologique de son activité les 40 ou 45 premières
années du ut® siècle.
* Pour mieux enchaîner la biographie de Jean à celle de Baudouin,
on pourrait peut-être, modifiant un peu le cadre chronologique
(1240-1280) établi pour ce dernier dans rintroductlon du t. I,8'en tenir
provisoirement aux dates approximatives Vivantes , jusqu'à ce que des
données nouvelies viennent mieux ëclaircir cette question : Baudouin:
naissance v. 1230, mort v. 1290 (rima à partir de 1245) ; Jean : nais-
sance V. 1280, mort v. 1345 (rima à partir de 13Û5). — Arthur
Dinanx fait fleurir Jean de Condë de 1275 à 1340, mais il n'apporte,
pour la première de ces dates, aucune pièce à l'appui. L'abbé Papon,
répété par Dinaux, prête à Le Grand d'Aussj l'affirmation que les
vers de Jean de Gondé se trouvaient dans un recueil remontant
à 1266, et lise plaît à combattre ce fait par une circonstance historique
relative à l'introduction des Franciscains à Paris (Voyage en Pro-
vence, 2« éd. Paris 1787, t. II, p. 208). Je ne sais où le savant Ora-
toiîen a rencontré cette assertion; pour ma part, je Tai vainement
cherihée. Voici, bien au contraire, ce que Le Grand d'Aussj avance à
propos du dit des Chanoinesses et des Bernardines (éd. 1781, t. I,
p.291) : «Le changement de Nivelles arriva vers 1059. Celui de Moûtier-
sur-Sambre ne se fit qu'en 1282; et ceci prouverait que notre poëte
écrivait sur la fin du treizième siècle ou jieut-être au commencement du
quatorzième. >
6
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XXII
Les notes eooplicatives dont nous avons fait suivre les
poëmes de Jean de Condé, sont rédigées dans le même
esprit que celles du 1. 1 ; nous tenions à la fois à faciliter
rintelligence du texte à des lecteurs peu rompus encore à
la diction du xiii* et xiv*^ siècle, et à recueillir par-ci par-
là certaines particularités lexicographiques ou gramma-
ticales, que nous avons jugées dignes d'être relevées au
profit de la science philologique. On verra que nous nous
sommes surtout attaché à ce que le lecteur ne se méprenne
pas en prêtant à certains mots leur signification actuelle.
Au reste, la langue de Jean de Condé est, relativement par-
lant, nette et facile, rarement confuse, rarement incor-
recte ; sa phrase est construite avec plus d aisance que
celle de Baudouin; les longueurs, les enchevêtrements,
les anacoluthies involontaires qui déparent le style du
père, ne sont pas trop sensibles dans la poésie du fils.
L'expédient des chevilles y règne encore largement,
mais ce n'est pas dans un genre poétique et à une époque
ou la fraîche inspiration, le jet vif et vigoureux du
cœur font défaut, qu'il faut s'attendre à le voir employer
avec moins defréquence.
BruxeUeB, janvier 1867.
AUG. SCHELER.
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é*^J^9^d%?^9i*;^Ji'rii*S^^^
Ll LAYS DOU BLANC CHEVALIER •.
Ch'est monlt grans cose de preudomme ;
N'est nus qui pettst faire somme
De son pris» tant fait à prisier.
Ossi ne puet nus esprisier
5 Bon conseil, tant est de grant pris ;
Si est sages et bien apris
Kl bon oonseil croit et retient
Et qui selonc ce se maintient
Que ses bons consaus lui aprent,
10 Et qui ce ne fait, il mesprent.
Car maint home ont fait essillier
Et honnir li mal conseiller
Et mainte femme mise à honte.
Che puet on moustrer par maint conte»
15 Une aventure c'ai aprise
Vous sera orendroit reprise ;
J. exemple prendre i pores.
Es paroles que vous orrés,
En partie de ce c*ai dit.
« Mb. de la Bibl. Roy. de Turin. L. I, 13, fol. 22 r* à 27 v*.
II Ms. on fait.
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3
20 Or vous vueil commencher le dit
Jehan de Condé sans delaj :
Ch'est dou blanc chevalier le laj.
Entre Loherainne et Bourgongne,
Si com H contes le tiesmongne»
25 Avoit .i. chevalier manant.
Jadis de grant terre tenant.
Riches estoit, de grant manière.
Et portoit as armes baniere ;
Haus bons estoit et moult gentieus
30 Et d'ounour faire entalentieus.
De lui est plaisans li recors.
Qu'il fu preus et vaillans de cors ;
Il ot non Ferris de TAunoj.
Liés iert de cuer et sans anoj
35 Et avoit la grasce de tous,
Qu'il n*estoit meUieus ne estous,
Mais dous et en fais et en dis.
Et au besoing fiers et hardis ;
Car si fais doit chevaliers iestre.
40 Loing et priés prisoit on son iestre.
Car à tous biens avoit s'entente.
Mais tant qu'il fu en sa jouvente
N'ot point cure de mariage;
Tant que il fu de grant eage
45 Et que as armes pau aloit.
Ne marier ne se vouloit.
Et si estoit moult riches hom.
Mais, sachiés, de cheste okoison
Le blasmoit moult tous ses vinages ;
50 Moult en ert dolans ses linages
Et moult souvent le reprendoit
De ce que femme ne prendoit
30 Mb. tntenlentiens ; de même v. 116, entenlente.
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— 3 —
Pour avoir enfans kl teniâsent
Sa terre et s'ounour maintenissent.
55 .1. jour durement Ten blasmèrent
Li plus gros et ki plus Tamèrent
Et disent que ch'iert grant defaute
Quant chevaliers d'ounour si haute
Sans hoir de sa char se moroit.
60 II respondi qu'il s'en vorroit
Aviser qu'il en vorroit faire ;
Plus ne lor dist de son affaire.
Teus response poi leur souflst ;
Or orrés chi après qu'il flst.
65 Par son cuer ot tant atendu
Si con vous avés entendu.
Et apriës petit detria
Que de son cuer se maria.
.1. escuyer voisin avoit,
70 Gentil homme et qui moult sa voit
De bien et moult en ot veû
Et maint travail en ot eti.
Une fille ot cortoise et sage,
Gente de cors et de visage,
75 De grant biauté enluminée
Et de tous biens endoctrinée.
Pour sa biauté et son renon
La t bielle damoisieUe » ot non,
Et quant elle fu mariée
80 De t bielle dame • ot la criée.
Mais sa biauté passoit ses sens ;
Ses propres nons fu Elissens.
Pour le bon non de la puchielle,
Ki tant estoit et bonne et bielle,
85 Fu de la prendre volentieus
Li chevaliers preus et gentieus ;
Plus prisa bonté que riqueche
Et ce li vint de gentilleche.
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— 4 —
Car nûeus vaut bontés et savoirs,
W A droit pris, que ne fâche avoirs.
Longe bargaingne ne fist pas,
Ains en parla isnielepas
A lescuyer en itel guise.
Que sa fille lui a requise
95 Au plus bel que faire le pot.
Si con chieus qui bien parler sot.
■— • Sire, dist chieus, pour Dieu merci.
De ce ne devés parler chi ;
Car n'a nulle comparison
100 De linage et de garison
De ma fille envers si haut homme
Con vous iestes, ce est la somme.
Sire, pour Dieu, si vous requier
Que vous ne me vueilliés mokier ;
105 Elle n'est pas en vostre endroit ;
Ne pas n'iroit la cose à droit.
Ne je ne le poroie faire
Ce qu'il afiert à vostre afaire. »
— c Biaus amis, dist li chevaliers,
110 Qui iert courtois et biaus parliers,
Onques ne me soch entremetre
De mokier gens, ne de proumettre
Cose que donner ne vosisse ;
Envis requeste vos fesisse
115 De vo fille sans volenté;
Le cuer en ai entalenté.
Ne vuel avoir que vous ayés,
Jà de ce ne vous esmayés.
Pour moi et pour li ai assés,
120 .Ta de rien ne vous en lassés. »
Or fu li escuyers moult aise
Car n'ot coze qui li desplaise.
— « Sire, fait il, puisqu'ensi est.
Je le vous otroi , sans arriest ;
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— 5 —
1^ Diex me vuet par sa graace aidier
I^lus que n'osaisse «ouhaidier ;
De toat mon cuer Fen regraaci
Et sa très douche mère aussi. »
Dou mariage dont vous conte
130 Vous verrai abregier le conte.
Li chevaliers point n arriesta,
Mais tout son atour apresta
Et manda parens et cousins,
À pluisours lontains et voisins.
135 Sa femme espousa à grant âeste
Et tint court moult larghe et hounesto.
Car moult bien faire le savoit
Et volenté bien en avoit.
Tous li pays s'en mierveilla
1 10 Et tenu à grant merveille a
De ce qu'il a tant atendu
Et n'ot en plus haut lieu tendu ;
Mais li preudons i avisa
La bonté, point ne devisa
143 Rikeche ne grant terre à prendre.
Des noches ne vueil plus reprendre.
Car si con usages aporte
Que bons à femme se déporte,
Ensement déporter se pot
150 Li preudons, car bien de coi ot
S'il ne remest en sa partie.
Quant la fieste fu départie,
A sa femme ûst telle hounour,
Con ne peiist penser grignour ;
155 Et la dame bien le valoit,
Car nus biens en li nt; faloit,
Et elle avoit en conpagnie
134 'M;lotaint,
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— 6 —
Une damoisielle ensengnie
En tous biens, qui li enortoit^
162 Ensi que raisons Taportoit,
Che qui afiert à bonne dame
Au pourfit dou cors et de Famé.
 bon conseU ert assenée
La dame, qui estoit scnée,
165 Et elle volontiers creoit
Ce que raisonnable veoit,
Et chelle estoit tant bien aprise
Qu'elle Tetist tantost reprise,
S'elle en son affaire veïst
170 Aucun tour qui li desseïst,
Folz maintiens ne foies samblanches,
Ne le siervoitmie de blanches
Ne ne le losengoit de rien
En disant t ma dame dist bien, i
175 Mais ne le veoit pas mesprendre
Dont il le couvenist reprendre.
Et la dame fourment Tamoit
Et le doutoit et le cremoit,
Con celle qui ot le cuer fin.
180 Or iîouvient tout aler à fin :
Une maladie toucha
La damoisielle, et s'acoucha
Et si trespassa en brief tans.
La dame en fu moult dementans ;
185 Bien etist le cuer esperdu,
Se bien seust qu'elle ot perdu,
Encore mie nel sara,
Car jà mais si bonne n'ara.
Li sires l'en fist une prendre
190 En cui moult avoit à reprendre.
Qui sa manière bien setist
170 M«. dessmsf. - 187 Mr. ne le sara.
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— 7 —
Et la première coneUfirt,
Qui fu pure et âne con gemme ;
Et nonpourquant à preude femme
195 Ert tenue ; se le setist
Li chevaliers, point n'en etist
Mise o la dame, s'eiist droit.
Or poés oïr chi endroit,
A ce que vous m'orés retraire,
200 Dou premier conseil le contraire :
Eti rot et bon et loyal,
Or Tara faus et desloyal.
Un jour avuec sa dame estoit
Celle ; ensi que le viestoit,
205 Regarde son cors et sa fâche
Et dist : — f Se jà Diex bien me facho
Et sekeure Tame de mi,
A tel dame afferroit ami,
.1. preu et vaillant bacheler
210 El setist sen iestre celer
Et fust biaus et nés et sachans
Et deduisans et solachans. t
— • Ha , dist elle, très douche amie,
Pour Dieu, de ce ne parlés mie,
215 Car d*acointise ne d'amour
Ne Tueil avoir cri ne clameur,
Fors don bon signor qui m'a prise,
Qui tant m'oneure et aimme et prise.
Por coi dont autre ami feroie?
220 Trop laidement en meferoie
Et aroie esperit maligne.
Car ne sui pas de l'avoir digne.
Et quant si grant hounour m'a faite.
Se j'estoie enviers lui meffaite,
225 Che seroit hontes et despis.
— f Ha dame, jà n'en vaurriés pis
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Ne jà n'en fériés à blasmer.
De bien et loyabnent amer
Un preu bacheler Bouffissant,
220 Vaillanche et hounour counissant.
Qui hounour et pais vous portast
Et par amour se deportast.
En joie» en solas, en déduit.
Oui amours prent en son conduit,
235 Mieus en vaut, bien af jer Tose
Et tiesmongnier pour vraie cose;
D'amer avés bonne occoison.
Car messires est mais vielz bon,
Po ara en lui de solas,
240 Tos sera recreans et las
De jone dame à donojer.
Si vous devra moult anojer ;
Quant vous serés en millour point,
N'arés de lui de solas point.
245 Jone estes, en biauté croissans.
Et ses pooirs est descroissans. »
— « Taisiés, dist elle, bielle suer.
Se je metoie ailleurs mon cuer.
Trop seroie et fausse et mauvaise,
250 Car je ai plus d*ounour et d'aise
Assez que n'en soie meritte ;
J'ai quanqu'll me plaist et delitte.
Et si preudomme qui tant m*aimme
Et dame et amie me elaimme.
255 Porquoy dont autre ami querroie,
U honte u domage aquerroie)
Ne puis pas toutes les paroles*
Recorder, et sages et foies,
Dittes et avant et arrière
2fK) De la dame et sa cambriere,
Ki .i. tel oaudiel lui atempre
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— —
Dont anuiera tari u tempre.
Por eose la dame desist,
Ne laissa que ne li mesist
265 Plnisour fois la puche en roreille.
Et .i. mes à li appareillo
De honte, s'elle ne s'en garde
Et son afaire ne regarde.
Trop luy est ses consaus mués,
270 Car ses pourpos est remués,
Conbien qu'elle en fâche dangier :
Car mauvais consaus fait cangier
Maint cuer et muer son pourpos .
Et chelle n iert point à repos,
275 Que n'alast sa dame atisant
Et losengant en la prisant
Et loant son cors et sa fâche
Et semonnant que ami fâche.
La dame ne se pot tenser
280 Qu'elle n'en entrast en pense[rj,
Car amours l'esprent étatise
Et si le met en convoitise
De faire ami, par grant débat.
Car dedans son cuer se combat
285 Raisons contre amours par grant forche.
Mais en la an amours efforche
Raison, car elle n'en croit point.
Ensi amours la dame enpoint.
Si c'a sa cambriere entent
590 Et volontiers l'oreille i tent.
Et chelle moult bien s'en perchoit
Et moult soutilment le déchoit.
Qu'elle est maliscieuse et fausse
Et li destempre telle sausse
295 Dont li saveurs sera trop forte,
20ft Mr. Fn .t. mf$ li app.
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— iO —
Car à mal faire 11 enorte.
Or orés cornent il avint.
La saisons dou tournoi revint
En wain» et iestre i de voit
3(X) Près de là où on pris Tavoit.
On n'avoit pas auques veu
Qu'il eiist là tournoi eii.
Mais ensi con par aatie
Estoit pris en chelle partie
305 Des Bourgheignons as Loherains
Par Facort de ses souverains.
Chevalier priés de là passoient»
Qui le preudome oounissoient.
Si vinrent lajens prendre osteL
310 Li preudons lors iist samblant tel
C'au soushaidier assés pierdissent ;
Pour son bon semblant s'esbaudissent ;
Ce fu drois, car la bonne chière
Ont toutes gens d'ounour moult chiere.
315 Cheli dou comencbement orent,
Si k'au partir loer s'en porent,
Et viande et vin orent tant
Que ne m'en vois entremetant.
Layens avoit .i. bacheler,
320 N'est nus, qui tant pettst aler.
Qui veïst plus biel ne plus gent
Ne plus plaisant à toute gent ;
Avuec ce qu'il estoit plaisans
Et biaus, estoit trop deduisans,
325 Cantans et de vie envoisie,
Plains d'ounour et de courtoisie,
Jouenes, hardis et vigerous
Et moult estoit chevalerous.
Quant on eut mengiet et l)eû
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— il —
330 Et fuison de bon mes eti.
En la cambre s'en sont aie.
Et la cambriere a parlé
À sa dame celéement.
— « Dame, fait elle, vraiement
335 Mon penser ne vous quier cheler.
Ne le vous doive révéler.
Ves là .i. chevalier trop biel
Et par samblant fort et isniel ;
Plains d'avenandie et de grasce,
340 Tous chiaus c'onques veïsse passe.
EUreuse qui Tamera
Et qui ami le clamera !
Mieus en ameroie iestre amée
Que estre contesse clamée ;
345 Ki d'amours a tout son voloir,
Que 11 doit il de plus caloir? >
— c Bielle amie, la dame a dit,
A ce ne mech nul contredit
Que li bachelers ne soit biaus,
350 Et de tournois et de cembiaus
Samble il iestre moult bon maniers ,
Meschiés seroit s'estoit laniers,
Et bachelers de tel renon
N'est mie d'amie se non ;
355 Qui estrangne boyel aloie
Au sien, je vous di qu'il foloie ;
N'en concis nul mieus me pleûst,
Ki le fait celer en petist.
Et nonpourquant quant à ce vient
360 Que ami faire me convient.
Je vorrai mon bien employer ;
Par amour vorrai employer
A celui qui plus preus sera
Et tous les autres passera
365 De cetournoy prochainement.
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— 12 —
A chelul tout chiertainnement
Sera m'amours abandonnée
Et chainture et bourse douné«
Et vert kapiel avuec ara
370 Et message qui lui sara
Sagement donner le présent;
Et se 11 bachelers se sent
Teus que il puist iestre si preus,
Adont Ten venra doubles preus,
375 Kun d'amour et lautro d'ounour,
Grant doit on tenir le menour ;
Et je en serai moult joians
Et plus le serai conjoians
Que nul autre, si bien me plaist. i ~
380 A cel mot la dame se taist.
Or ojés de la maquerielle
Ki va pourtraiant la querelle.
La besongne pas n'oublia.
Son point coiement espia,
385 Car bien sot son roit de .tel trait.
Le bacheler d'une part trait
Et li dist : — • Sire, or m'entendes.
Se à joie d'amours tendes
De dame bielle et noble et haute,
390 En oui on ne set nulle faute,
Poés conquerre la cointise.
Se ne le pierdés par faintise. >
— < Damoisielle, vostre mierchi,
Fait il, de ce que dittes chi;
395 Mais que ce soit cose chiertainne,
Il ne remanra jà pour painne,
Mais son non volentiers saroie
Et selonc ce conseil aroie. »
370 Ms. sera.
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— 13 —
— • Sire, fait elle, c'est ma dame,
400 Cul amours esprent et enilame,
Ki d'ami faire se pourvoit.
Et si sai bien qu'elle vous voit
Plus Yolentiers comme qui vive. >
Une estinchelle et une vive
406 Le euer dou bacheler esprent ;
Dont amours à ce cop le prent.
Si qu'il lui samble que tout arde.
Et la dame à ce cop regarde.
Qui plus estoit enluminée
410 Que rose en maj la matinée ;
Ne puet de li ses yelz tourner,
Qu'adiès n'i vuelent retourner,
Con oistoirs ki par fain oisielle.
— t Ha ! fait il, gentilz damoisielle,
415 Coment poroit ce avenir
Que je petisse parvenir
A s'amour? » — • Je le vous dirai.
Fait elle, jà n'en mentirai.
Li tournois est près de chi pris ;
420 Ki en pora avoir le pris.
Ma dame en couvenant li met
Que cuer et amour li promet,
Capiel, chainture et aumosniere ;
Elle Totrie en tel manière
425 Que jà de riens n'en faussera.
Chieus qui les autres passera
Sera ses amis vraiement.
De li ara tel payement. »
— f Damoisielle, fait il, par m'ame,
430 Et je voe chi pour la dame
Que mon pooir faire en verrai,
T^ en chelle painne raorrai.
424 Mb. telle.
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— 14 —
Pour li vueil mes armes cangier
Et escu d'asur encarchier
435 Semé d'argentés losseignos,
Uns chiés d'unne dame mignos
D'argent tout enmi assis iert.
Il me samble bien i aâert. f
Li sires de Tostel oï
440 Ces mos, dont point ne s'eiyoï.
Bien entend! quanque dit ore[nt],
Derrière yalz ert, et ne le sorent,
A une feniestre apojés.
Or fu de cuer moult desvoyés
445 Et plus ot de courons et d'ire
Qu'il ne doie moustrer et dire.
Ensus d'yaus se traist coiement;
N'ot cure d'esbanoiement,
Mais pour ce c'on ne s'en peilst
450 Pierchevoir, que courouch etist,
Huche .i. ménestrel qu'il avoit,
Qui trop bien citoler savoit ;
Puis enprent la tresque à mener
Et par samblant à démener
455 Grant joie pour lui à couvrir,
Car ne se vœt pas descouvrir.
Tous déduis convient prendre fin ;
On demande espesces et vin.
Quant il ont beii, congiet prendent,
460 Li chevalier point n'i mesprendent,
Dormir vont dusc'à l'endemain,
Puis s'en sont parti assés main.
Quant li chevaliers levés fu,
Cui jalousie ot de son fu
465 Espris, mais nul samblant n'en fait,
435 Ms. sentes, — 448 M», eshaniemeni.
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— 15 —
Celer vœt son cuer et son fait.
Housés est et esporonnés
Et de ses gens avironnés,
Kl apparillier se voloient,
470 Ënsi que faire le soloient
Pour chevauchier ensamble lui.
Mais il dist qu'il ne vuet nullui,
Ne soit nus qui s'en apparille.
A la dame dist en Toreille :
475 — < Dame, li tournois moult aprocbe
Et ce seroit pour moi reproche
Se je n'aloie tournoyer.
Por ce me verrai desvojer,
Car je me verrai déporter
480 D'ore en avant d'armes porter,
S'ai à faire aucune besongne
Dont je sui de cuer en grant songne.
Chevalier par chi passeront
Ki au tournoi s'amasseront,
485 Je sui de plusours coneiis.
Car en maint lieus les ai velis ;
Se cheens vuelent demorer,
Penés vous d'yalz à hounourer ;
Mais quant il ne me trouveront,
490 Poi d'arriestement i feront ;
S'on me demande, vous dires,
Par si que jà n'en mentirés,
Calez m'en sui hors de la terre
Grant besongne cachier et querre
495 D'un mien cousin qui m'a mandé. » —
Lors a .i. ronchit demandet
D'un sien vallet et congiet prent.
Tous seus s'en va, sa voie prent
A guise d'escuyer tous seus,
500 De cuer destrois et anguisseus.
— f Diex, dist il, cui puet on mais croire ;
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— J6 —
Les pluiâour font bien à meseroire.
Quant en tel penser est la mole,
Que je tant pensoie et amoie
505 Et cui tant avoie essauchie
Et en si haut estant hauchie.
Et tant estoit bielle et vaillans
Que nus biens n'iert en 11 faillans,
A ce c'on i pooit veïr.
510 Or se vuet d*ami pourveïr,
S^enviers moi pense felounie,
N'en dirai autre vilounie,
Que j'ai mal emplojet moja tans, i —
Ensement s'en va démentant.
515 La maquerielle traîtresse
De lui se moque à sa mestresse
Et li dist : — c Se Diex me garisse.
Dame, il s'en va par avarisse.
Jà mais hounour ne desirra,
520 Car de plus em plus enpirra ;
Ch'est de viel homme la coustume.
Rihoteus et plains d'amertume
Et avarissieus devient
Li hons quant à vielleche vient ;
525 II est jà d avarisse poins.
Faites ami, bien en est poins,
Ki iestes en vostre jouvent.
Et vous l'avez jà en couvent. »
La dame dist : — t Bien le tenrai,
530 Par vo conseil m'en maintenrrai. »
Or est elle bien assenée.
Quant elle est à ce point menée ;
Maus consaus le fait desvojer
Et en mal chemin convoyer.
522 MB.plain.
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— 17 —
535 Dou preudomme qui n'eu aloit»
En ctti nus biens ne defaloit,
Mesdiaoit ensi la loudiere ;
Scelle fost en une caudiere
Boulie^ ce fust grans leeche.
540 Li cheyaliers de grant proeche
Vint àVredun à la viesprée.
Là iert la besongne aprestée,
Bon oste eut» preudomme et sage»
Il a mandé par .1. message
545 Deus cousins qu'il eut par delà,
Et puis sen oste en appiela
Et demande se pour avoir.
Poroit .i. blanc cbeval avoif .
— < Sire, fait il, moult bien oheU
550 Vous est, j'en ai .i. pourreu
Que j'ai cbaiens en mon ostel ;
En cheste cité n'a nul tel
Ne qui raille tant de cent livres,
Trop est iniaus, fors et délivres ;
555 Ensi qu'il vous plaist, le prendés. •
— Ostes, fait il, or m'entendes.
Il me convient tout blanc atour .
Et si gardés que par nul tour
On ne sache pour cui ce esté »
560 — • Sire, demain Tarés tout prest. t
La nuit fu moult bien aaisîés,
Encor fust ses cuers despaisiés.
Mais ne vuet que nus sanlant fâche
De lui ; ne vuet pas c'en le sache «
565 L'endemain sont à lui venu
Si cousin, qui èrent tenu
Trop vîgreus, et ôi erent il
559 M; C'on ne sache,
B ETJ. DI COND^. — TON. II.
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18
Et de linage moult gentil,
Grant et hardi, fort et poissant
570 Et en armes moult connissant ;
Si estoient frère giermain.
n furent venu assés main ;
li chevaliers joie leur fist,
Car leur venue li soufist.
575 — < Signer, fait il, de vo venue
M'est grans joie en mon cuer venue. »
— c Sire, font il, à vostre mant
Sommes venut ; à vo cornant
Volons faire, c'est bien raisons,
580 Tondis et en toutes saisons. >
— € Signer, fait il, moult grant miercis,
De joie est mes cuers esclarcis
Pour vous, et il le doit bien iestre.
En secré vous dirai mon iestre :
585 Je vœil tournoyer si en pais
Qu'il n'en soit ne firinte ne plais,
Mentions nulle ne samblans.
Et verrai iestre armés tous blans. •
— « Sire, font il, con vous vorrés,
590 Vo besogne ordener porrés;
A vous est dou tout nos acors,
Veschi apareilliés nos cors.
La besongne fu pourveiie
En pais, c'onques ne fu seiie,
595 Et au tournoi pris li ostés
• Et tous li conrois aprestés.
Ne fu mie fais Ions séjours
Que du grant tournoi vint li jours.
A Toul, par dehors la chité.
576 Mb. çrant. — 5T7 Ms. fait U.
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— 19 —
600 La ot trop grant nobilité.
Li dus de Bourgongne i estoit,
Qoi de tournoyer s'aprestoit
Contre le due de Loheraine
Et Tassamblée premeraine
605 Vent avoir; ensi aatis
S'en est. Li tournois fu partis :
Franchois, Normant et Angevin
Englès, Breton et Poitevin
Et Pohier et Viermendisien
610 Et Campenois et Artisien
Deviers les Bourgegnons se tinrent ;
Avuec les Lohcraîns revinrent
Alemant et li Aussien,
Qui le jour le âsent moult bien,
615 Li Flamenc et 11 Hainujer
Li Braibenchon et li Rujer.
Ensi fu partis, œ me samble;
N*i ot fors de Faler ensamble.
Ne vous puis pas tout deviser,
620 Trop i aroit à aviser
Et trop en seroit Ions li contes.
Il i ot dus, prinches et contes
Et maint chevalier de vaillanche,
Bien .xii.c. sans defaillanche.
625 Li blans chevaliers atendi
D'issir tant que il entendi
Qu'il estoit pries de Tassambler.
Tous armés ist hors sans ambler,
Quanques li chevaus aler pot ;
630 AvoBc lui ses .ii. cousins ot ;
.1. fol visage avoit cascuns
Que ne les coneilst aucuns.
Li blans chevaliers se hasta,
Qui d'assambler moult grant haste a ;
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— ao —
635 II encontre hors de la porte
Sa camberiere qui aporte
Le présent sur son palefroi ;
Lors fu de cuer en grant effroi
Et en ot ire et grant engaingne ;
640 Se il Telkst en la longaingne
Abatuc, ce fust à droit.
Mais son cuer couvri là endroit,
A plus grant cose a mis s*entente.
Au tournoi en vint sans atente,
645 Viers les JLoherains se va traire,
Car d'autre part voit son contraire.
Qui ahatis iert de conquerre
Le pris dou tournoy pour aquerre
L'amour, si con vous ai conté.
650 Lors li sont en son cuer monté
Orgielz et despis et outrages
Et doublés lui est ses corages.
Cb'iert cose pour lui nécessaire,
Calengier vuet son aversaii'^
655 Sa femme. Il fiert des esporons ;
Li autre de tous les corons
Muevent, mais premiers assambla
Li blans chevaliers, qui ambla
L'assamblée à tous les grignours ;
660 Si avoit moult de grans signours.
Li autres contre lui se meut
Au plus radement que il peut.
Qui iert vaillans et moult se prise
Et qui faite avoit forte emprise,
665 Dont il aura dures nouvielles.
Encarchié ot armes nouvielles
D'asur à losseignos d'argent.
Et d'ouvrage moult noble et gent
Ot enmi d'une dame .i. chicf
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— at —
670 D'argeut ; venir coidoit à chief
De tel cose à quoi il faurra :
Autre i ara qui mieus raurra.
Il estoit moult chevalerous
As armes et à Tamoureus
675 Fist crjer à celle jouméet
Mais painne li fu ajournée. '
Fourment fu à regarder biaus
Des «ii. chevaliers li chembiaus.
Des espées fourment s'assalent
68Û Sur les bianmes fièrent et maillent;
Cb'est mierveille qu*il ne s'estonnent
Des grans oos qu*en peu d'eure donnent.
Cors efforchent et bras estendent,
Che qu'il enpruntent, tantost rendent.
685 Bien disent tout chil qui les voient
C'ainc tel estour veti n*avoient
En tournoi de caples d'espées.
Sour jak .ii« seus tournent les bées
Des dames et des damoisielles,
690 Dont priés de là ot moult de bielles
En un tertre, et si bien seoient
Que partout le toumoj veoient;
Des bien faisans en bien parolent
Et cbiaus qui mal le font rigolent.
695 Moult demandent qui est li blans,
A cui sa forche estoit doublans
Et que plus vient et plus s'efibrche ;
Là moustre cuer, pooir et forche.
Ne trnevent qui lor sache dire
700 Qui il est, si en ont grant ire.
Hiraut à Tamoureus crioient
Et de bien faire Teseriolent,
685 Ms. touê. — 688 J'ai ttjoxxiè êeus pour compléter le vers.
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- M™
Car il estoit t)ien conetis,
Bien voloit ses nous fust setts.
705 Li blans chevaliers le destraint.
Tire et boute et sache et estraint ;
De Tespée après le refiert,
Ensi con au mestier afiert,
Et il se deffent quanqu'il peut,
710 Mais Yueille ou non marchir Testeut,
Car sa fordie lui amenuise,
Comment qu'il li grieve ne nuise.
Li blans tant le fiert et demainne, •
Que forche lui faut et alainne.
715 Adont à .i. fais estancha,
Si que par forche âanoha.
Si escuyer le mainnent fors.
Car falis li est ses effors.
Du chief li ont le jaume osté,
720 Vers .i. bosket l'ont acosté
Pour reposer et raffreschir.
Moult bien cuide du sens issir
Li biaus chevaliers amoureus ;
Trop est, ce dist, maletireus,
725 Quant li blans Ta ensi marchi
Et Ta fait venir à mierchi ;
Trop li ertchilz fais reprouvés.
De ses armes s'est mal prouvés
Qu'encarchies ot de nouviel ;
730 En lui n'ot joie ne reviel.
Li blans chevaliers ot grant joie.
Que ses pooirs li engramoie.
Quant desconât a son content ;
Cors esvigeure, bras estent
735 Et se fiert en la grignour presse
Là ù.il le voit plus cngresse.
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— as —
Si doi cousin moult priés se tienent.
Qui moult vaillaumeut se maintienent.
Au duk de Bourgongne est Tenus»
740 Qui trop bien s'estoit maintenus ;
Encontre lui Festour enprent,
Grans coz là donne et si en prent,
Car de chevaliers ot grant route.
Mais li blans Ta par forche route
745 Con fiers et hardis et estous,
S'en vint au duk enmi yak tous
Et de Tespée tant le bat
Que tout enmi ses gens Tabat,
Mais il fu moult tost remontés.
750 Là fu moustrée la bontés
Dou blanc chevalier, car séjour
Ne tant ne quant ne fist ce jour ;
S'il emprunte, tantos va rendre.
•Li pluisour ne Fosent atendre,
755 Car moult en a fait fianohier
Desous lui. Ne peut estanchier
Li blans chevaliers, tant ert buens ;
Millour n'ot là, ne dus ne quens.
Mains chevaliers a esmayés ;
760 Si t08 qu'il ont ses cos sajés.
De lui s eslongent et le fuient.
Hiraut crient après et huient
Au blanc chevalier qui tout vaint.
Et li preudons pas ne se faint,
765 Mais là ù plus fort tournoi voit
Et plus de chevaliers avoit.
Là est toudis enmi plantés.
Li amoureus, qui s'est vantés
Que li plus preus iestre vorruit
770 U il en la painne morroit,
742 Mg. li donne. — 757 Ms. tant estait buens.
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— M —
Se fu grant pieche reposés*
Il estûit hardis et osés.
Si s'est rembatus au tournoi»
Au cuer plain d*irour et d'anoi ;
T75 O lui ot .ij. bons escujers,
Si assambla as Hainujers»
Qui d'armes ierent moult manier ;
A yalz rendi caple moult fier
Et grans fais encontre jalz soustint
780 Et moult vassaument se maintint.
Tant que moult en estoit prisiés
Et des dames autorisiés.
Aucunes dient qu'il sera
Li plus preus et qu'il passera
785 Le blanc chevalier en la fin.
Et li hiraut, ce vous afin,
Crient haut au plus amoureus,
Qui tant est biaus et savoureus.
Li blans chevaliers entendi
790 Le cri et plus n'i atenài»
Ains s^adreche droit ch^e part ;
Le cuer ot plus fier d'un lupart.
A l'amoureus recoori seure ;
Bien cuîdoit venir au deseore
795 De chialz qu'il avoit assalis,
Mais ses cuidiers estoit falis,
Car chilx revient qui tout mestrie.
Qui sour lui ara la mestrie.
Li blans chevaliers sans demour»
800 Qui li veut calengÎM* s'amour.
Que le jour voloît conquester.
Le fiert grans cos sans ariester.
Li amoureus, qui l'aperchoit.
Par moult grant orgueil le rechoii
8(^)5 Et rêva à lui assambler,
Si fera «on anui doubler.
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— 25 —
De tous leur pooirs s abandonnent
Au capler et teus coz se donnent
Qu'il samble qu'il soient diervé ;
810 Li uns a Fautre moult grevé,
Encor de pis faire s'apreste;
Li plus dou tournoi là s'arrieste.
Les hiaumes font cstinceler
Et les estinchieles yoler,
815 Onques nus fevres par coustume
Ne feri teus coz sour englume,
Con il firent, tant s'en donnèrent
De coz, que trestout s'estonnèrent;
Ne encore ne se repentent :
820 Des espées grans cos carpentent,
Moult plus menu que carpentier.
Si que il n'orent jaume entier»
Dames et puchielles les voient.
Dont en leur cuer grant joie avoient,
825 EUes n'acontènt mie .1. ail
A lor painne n'a lor travail ;
Ambedeus fourment les prisoient
Et mainte parole en disoient*
Tant s'ont li vassal conbatu,
830 Tiré et bouté de viertu.
Et 11 amoureus moult estanche
Et si cop prendent arriestanche
Et est si mas et si confus,
Qu'il devint aussi koîs k'uns fus.
885 Li blans chevaliers, qui désire
Hounour, fourment le boute et tire
Et le fiert fort et durement ;
Si vous di tout seilrcment
Que sans orguel et sans bufoi^;
840 Fiancha la seconde fois,
817 Ms. Con U/erirent. — 818 Ms. tresiom.
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— 26-
lEX on crie au blanc ckevalier .
Onques Alixandres d*Alier
Ne se maintient mieus en bataille
Qu'il flst à ce tournoi, sans faille ;
845 Ne sent travail ne blechetire.
En son hardement s'asseUre.
Ki tout vous vorroit raconter,
Il seroit biel à escouter,
Mais li contes seroit trop Ions ;
850 Por ce abrigier le volons.
Au blanc si grant hounour avint.
Que de chevaliers plus de vint
Fist flanchier, ce dist li contes ;
Et entre les .xx. ot .ii. contes.
855 Li amoureus ot esperdu
Le cuer, qu'il dist « tout ai perdu. •
Moult se gaimente et poi se prise,
Car il a fali à s'enprise.
Li cucrs li remonte ens ou ventre ;
860 DMre enflâmes ou tournoi rentre
Et se feri es Alemens ;
De hardement caus enflamans.
Se fiert entr'iaus, les bras desploie,
Les cos qu'il donne bien emploie,
865 As coz ferir si les estonno
Qu'il ne sèvent s'il vente ou tonne.
Fianchier en fist jusqu'à quatre.
Puis se rêva par forche embatre
En la plus grant route qu'il voit,
870 Car ailleurs beanche n'avoit
Fors ou blanc chevalier trouver.
Pour la tierche fois esprouver
S'il le poroit consievre en point,
Dont il le peiist mètre à point.
875 II le trouva en moult poi d'eure;
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— 27 -
Erraïunent 11 recouru seUre.
Biel fist yeoir cel tierch eetour ;
Si ot grant asamblée entour.
Li doi chevalier se rassaient,
880 II n^acroient riens» tout sek paient :
Cascuns en iert bien coustumiers.
Se fors fu li estours premiers
Et li secons, li tiers passa.
Des .y. cascuns si se lassa
885 Et fu de cors si fourmenés.
Que li sans par bouche et par nés
Leur keurt; as grans rieus chiet à terre.
Qui vosist .ij. chevaliers querre
Fors et poissans, s^autres presist
800 De ces .\j., voir il mespresist,
Que de la caleur de vassaus
Et de Falainne des chevaus
Fu moult très grande la fumée.
Cascuns ot pensée alumée
805 D*orgueil et de fin hardement;
Sor yalz ot grant regardement ;
Longuement dura la mellée.
Qui moult fort fu entremellée.
Li amoureus fu si aquis,
000 Que poi s*en faut qu'il n'est conquis ;
Li blans chevaliers se requevre,
Qui estoit bien duis de telle œvre ;
A Tespée sus li recourt.
Moult le frape et moult le tient court,
90& Et chiens se deffcnt molcment,
Qui estoit près d'afolement.
Laidement là 11 mescei,
Ses chevaus desous lui ceï,
Qui onques puis no releva.
010 A ramourcus si fort greva
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- 28 -
Cau cheoir qu'il ûst est paimét.
Mais pour oe que n'en fust blatmés,
Li blans chevaliera s'en tourna*
Conques vers lui ne retourna.
915 Hautement crient li hiraut
Ou blanc chevalier qui tant vaut,
Que il a le tournoj vaincu :
Tés bons doit bien porter escu.
Or vous dirai de Tamoureus,
920 Qui tant fu mas et dolereus
Et tant de painne enduré ot.
Conques puis aidier ne se pot.
Par dedens Toul fu reportés.
Moult tristes et desconfortés.
925 Atant de lui chi me tairai,
Du blanc chevalier retrairai,
Ki s'est combatus demanois
En la bataille as Champenois,
Ki tournoient as Braibenchons ;
930 Moult forte i fu la contenchons.
En la grant presse s'enbati
Et rustement se conbati
Et fièrement fu requellis
Et des Champenois aquellis,
935 U moult de grans coz a offlers
Et moult endurés et soufSers,
Et se li Champenois peiissent,
Volentiers desmonté Fetissent.
Mais là vint li dus de Braibant,
940 Ki petit prise leur beubant,
Au blanc chevalier fist secours
Et tint les Champenois moult cours
Et lor a fort caple livré
Et le blanc don tout délivré.
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- 49 —
U45 Li Uans chevaliers ne repose ;
Teu8 Fenoontre, atendre ne Tose.
Ses caers de plus plus enasprist,
ûnques le jour estour n'enprist
Que il n*en yenist à bon chief .
950 Chiaus que il veoit à meschief
Des siens, il les aloit secourre.
Ne jà mais ne daignast sus courre
Chevalier c'a desous veïst.
Mais contre chiaus se pourveîst,
955 Oui il vefst plus oi^ueillous ;
Là faisoit estour mervillous.
Bien poés savoir plainnement,
N'ouvrèrent pas vilainnement
Si doi cousin qui le siervirent,
960 Hounour et bienfait dessiervirent.
Car le jour si bien se maintinrent.
Que tondis priés de lui se tinrent.
Et quant [à] .i. fais regardoient
Selonc lor pooir Tan gardoient,
965 Si qu'avoir n'en durent reproche.
Li jours passa, la nuis aproche, ^
Li blans chevaliers ne s'aidast
Mieus au toumoy, s'il souhaidast,
A l'assambler fu premerains
970 Et ou camp fu li daarrains ;
Et qui vosist plus tournoyer,
A lui peûst esbanoyer.
Atant est li tournois espars,
Hiraut crient de toutes pars
975 Au blanc chevalier, qui enporte
Le pris dou tournoj, drois Fenporte,
952 Mb. h daigmM, — 970 M«. darrains.
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- 30 —
Par Tacort de trestous fu fais ;
Les dames loent bien ces fais.
Anchois que 11 pris fust donnés,
980 Est li blans chevaliers tournés ;
En voies à Tostel s'ala.
Qui n*esi mie moult loing de là.
As hostelz s*en revont errant
Et un et antre tout bâtant;
985 Pluisoor convoitent le repos.
Celle qui voloit son purpos
Furnir, qui messagiere estoit,
Dou présent donner s'aprestoit ;
990 Elle a encontre .i. hiraut.
— i Biau frère, se I)iex vous consaut,
Fait ele, .i. poi à moi parlés, i —
— € Demisielle, que me volés ? • —
995 — i Amis, je vueil savoir le non
Dou chevalier de grant renon
Ki a bui le pris dou tournoi.
Car j'arai au cuer grant anoi
S'il en va si que ne le sache. » —
1000 — « Amie, se Diex bien me fâche,
Ch*est li blans chevaliers sans doute,
Chilz en a la criée toute.
Autrement ne le sai nommer. » —
— «Je Ten ai oït renommer,
1005 Fait elle, mais je ne sai mie
Son ostel. » — t Ciertes, douche amie,
Fait chilz, en la chité n*est pas ;
Tourner Ten vi plus que le pas
Viers une ville de chi près,
1010 Et ses gens aloient après, i —
— « Amis, se tu m'i vues mener
981 m.$*ênala.
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— 31 —
Et à son ostel aasener,
Bien i sera tez convois sans. > —
Tantos lui a donné ,xx. saua;
1015 Chilz prent Taisent, joie en demainoe,
La demoisielle o soi enmainne.
Et tant on[t] leur chemin tenu.
Qu'à la vilette sont venu.
Tant en demandent et enquierent
1020 Et d*08tel en autre le quierent»
Que la mesnie au signer voient.
Qui lui et ses cousins avoient
Desarmés et en la court èrent.
Du blanc chevalier demandèrent,
1025 Mais nus ne lor en volt riens dire,
Dont la damoisielle a grant ire.
Li chevaliers desarmés fu,
Ki ot le cors caut come fu ;
Celi sur son palefroi voit,
1030 Ki le présent faire devoit,
Ensi con il en savoit Fiestre,
Et ce vit par une feniestre.
Un sien vallet en appiella :
— f Vois tu bien chelle femme là?
1035 Bien sai c'a moi parler s'en vient ;
Por ce ens laissier le convient.
En partie sai pour quelle œvre ;
Je me coucherai, or me quevre.
La damoisielle descendi
1040 Dou palefroi, qu'elle entendi
Que li chevaliers lajens ère.
Lors a dit au hiraut : — • Biau frère,
Grans miercis de vostre convoi.
Quant l'ostel au chevalier voi, »
1045 Et chieus à Dieu le commanda.
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— 3â —
Chelie à .i. vallet demanda
S*aa blanc chevalier puet parier.
— « Amie, nus n'i puet parler, »
Fait li yallés. Atant aoourt
1050 Li autre vallés en la court
Et fait prendre son palefroi
Et dist que ne soit en effroi,
Qu*à son signour savoir ira
Qu'à la damoiselle dira.
1055 Atant viers le chevalier vait,
Ki sour son lit couvrir se fait,
Et li dist de la damoisielle,
< Qui aporte aucune nouvielle,
Si con je croi, et à vous veut
1060 Parler • . — t Puis que faire l'esteut.
Fait 11 sires, fai le venir :
Aucuns biens en puet avenir. • —
Chieus le va querre et Tarnena,
Au litdou signour Fassena.
1065 Chelie devant lui s'ageneille
Et puis son présent appareille.
Et le salue bielement.
Li chevaliers isnielement
Le bienvigne à couviert visage,
1070 Muant sa vois et son langage.
— i Sire, fait ele, ce présent
De par ma dame vous présent ;
Capiel, chainture et aumosniere
Vous envoie par tel manière,
1075 C'o les jojalz s*amour vous donne
Et cuer et cors vous abandonne ;
Ch'est la plus bielle et la plus noble
Ki soit jusqu'en Constantinoble
1076 Ms. tellf.
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— 55 —
Et en cul plus a d'esbanoi ;
1080 La bielle dame de TAunoi
Est nommée et li sienB maris
Est nommés mesires Ferris. •
Li chevaliers fait moult grant fieste
Dott présent et lieye la tieste.
1085 11 ot le visage couviert»
Si Ta mottlt petit descouviert. .
— i Damoisielle, fait il, par m'amc,
Je doi moult merchjer vo dame,
Ki tel présent m'a envoyé.
1090 Je me tieng por bien avojé.
Car ki Famours refuseroit
De tel dame falis seroit.
Je rechoif le don volentiers
Et vueil iestre à li tous entiers.
1005 Quant avoir puis amour si haute,
N'ai mie gieté à la faute. • -^
— c Sire, ma dame est vostre amie
Et bien sai ne voua conoist raie,
S*avés hui eût grant renon.
1100 Que 11 dirai je de vonont
Il aâert bien que je le sache.
— € Amie, se Diex bien me fâche,
Vous ne le poés savoir ore,
Mais vous le sarés bien encore ;
1105 Vo dame me saluerés
Et pour moi le mierchierés
De son présent et de son don ;
Dou tournoi ai biel guerredon.
Encor pour li biaus cos ferai
1 1 10 Et assés tempre le verrai ;
Mon non et mon iestre sara
1092 Mb. telle.
II. ET J DE COKHt. — TOM. II.
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— 34 —
£t bien connissanche en ara.
S*il vous plaifloit à demorer
Chayens, vous feroie hounourer
1115 Etsiervir quanque je poroie. i
— « Ha, chevalier, je ne vorroie
A nul fuer que nus m'i seikst
Par tant que il me conettst. » —
Lors prent congiet et si s'en vait,
1120 Moult bien ot son message fait.
Li sires .i. vallet apielle
Et li dist c'a la damoisielle
Doinst .X. livres, et chiens s'en va
Et la damoisielle rouva
1125 Un pau atendre et va conter
L'argent, sans denier mesconter.
• A la damoisielle les baille,
A cui tart est qu'elle s'en aiUe ;
Le signour moult en remerchie ;
1130 De tost errer s'est avanchie ;
Avuec li .i. fort garchon ot,
Qui les voies moult très bien sot.
Li chevaliers fait appieller
Ses gens, car il se vuet celer,
1135 Et dist c'on ne lest ens nului.
Ne nus ne viengne jusqu'à lui.
Toz fait venir vin et viande
Et ses .g. cousins tantos mande
Et son bon oste de Vredun,
1140 Sierviche lui ot fait plus d'un ;
A .i. garchon, apiert et net.
Fait ensieler son ronchinnet.
Quant il a .i. petit mangiet
1116 Ms. chevalier tires.
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-35-
Et bett, plus n*a atargié,
1145 II a à 868 .y. cx)U8iiis dit :
-*- € Signour» fait il, sans oontredit
Af avés siervi à ce besoing,
Onques n'iquedistes ensoing.
Et li doi cheval seront vostre. >
1150 — * c Sire, par sainte patrenostre,
Jà n'en volons cheval avoir.
Ne vous siervons pas pour avoir. •
— « Signour, point nel me contredittes
Ne ma parole ne desdites,
1155 Car le blanc avuec retcnrrés
Et tout mon harnas enmenrrés. » —
Pour débat que chil i mesissent
Ne valut cose qu'il desissent.
— c Biaus ostes de Yredun, fait il,
1160 Tirouvet vous ai bon et gentil,
Si vous en doi grantguerredon.
Si remanrés por faire .1. don :
As menestreus donrrés .xx. livres,
Pour mains n'en vueil iestre délivres,
1165 Et as hiraus tout autretant.
Bien le voisent entr'ialz partant
Et mon lit as hiraus donrrés,
Que nulle riens n'en retenrrés ;
Li blans chevaliers lor envoie. » —
1 170 Lors monte et se met à la voie.
Uns siens parens le convoya,
Qui de bon oste l'avoja.
De là ne fu eslongiés gaires.
Quant trompes vienent et naoaires
1175 Et huant, criant hautement,
I vienent, sans ariestement ;
11 53 Mi. nel contredUten,
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— 36-
Car .iig. chevalier venoient,
Ki moult grant parole tenoient
Dou blanc vassal et de ses fais
1180 Et des fors chembiaus qu'il ot fais.
Devant Tostel sont arriesté,
Demandé ont et enquesté
Dou blanc chevalier ù il est.
— c Par foi, il s'en va sans arriest,
1185 Dist ses ostes, chi n'en a point. >
— € Par foi, ch'est cose mal à point.
Font li chevalier, ce nous samble.
Car tout li grant signour ensamble
Autre que lui ne demandoient
1190 Et par nous Auj. lemandoient. »
— € A tel bruit que vous chi veés
Dist li ostes, or m'en créés.
Que autrement iestre ne puet ;
Par besoing aler l'en estuet. >
1195 — < Or nous dittes, biaus sires chiers.
Gomment a non li chevaliers? •
— € Signour, par Dieu, ce ne puet iestre
Que nus puisse savoir son iestre ;
Tant qu'à ore ne puet iestre el.
1200 Yingnent avant li ménestrel,
.XX. livres leur envoie à boire,
S'il est qui les vueille rechoivre.
Et .XX. livres donne à hiraus.
Si s'en assentent bien par yalz,
1205 Et son lit si qu'il gist entiers. • —
Si don sont rechieut volontiers.
Dist li ostes : — « Biau chier signour,
Diex vous doinst tous joie et hounour,
On ne doit chi nul mal noter,
1210 Besoins fait la vieille troter.
Car li preudons, cui Diex garisse,
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— D/ —
Ne s'en va pas par avarisse,
As barons le recommandés,
Dont il estoit par vous mandés. > —
1215 Li ostes si biel Tescondist,
Qae cascuns des chevaliers dist
Qu'il estoit courtois et vaillans
Et n'estoit pas à sens faillans,
Et il lor a fait en la fin
1220 Donner à boire moult boin vin.
Ménestrel et hiraut s'en vont,
Ki de lor dons grant fieete font
Et s'en loent trop durement.
Ne puis pas compter Terrement
12!& De la fieste ne des barons ;
Atant la parole en lairons.
Maintes paroles furent dittes,
Des grandes gens et des petites,
Dou chevalier que ne set nus
1230 Dont est ne qu'il est devenus.
Chil ki à lui âanchié orent
A oui aoointier ne se sorent.
Chi endroit me tais dou tournoi,
Et dou chevalier de F Ausnoi
1235 Vous dirai, qui si ert celés.
La nuit fu moult aise ostelés
En paisible lieu et secré,
U on le siervi à son gré ;
Il estoit blichiés et froissiés
1240 Et dou travail moult anguissiés.
La nuit repose et Tendemain,
Bien fu siervis et soir et main ;
Plus reposast, s'il lui pleiist,
1243 Ms. si lui.
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— 38 —
Ains ne fu nus qui Fi seiist
1245 Fors ses cousins ki le siervoit.
Et quant le viespre aprochier voit.
Il est montés, si s'en repaire
Cheléement viers son repaire ;
Ains ne vct iestre convoyés.
1250 Viers son ostel s'est avojés,
Nuis estoit, durement brocha.
Et quant son manoir aprocha,
A Feutrée de ses estans,
A .i. ponchiel est arriestans,
1255 Pour ce que couvrir se voloit.
Au ronchin, qui petit valoit,
A boutée Tespée au ventre
Et en apriès en la boe entre.
Sa camberiere est revenue,
1260 Ki mainte parole a tenue
Dou chevalier et de son don.
c Yaillans est, ce dist, et preudom, •
Et tout reconta le bien fait.
Comment il Fot au tournoi fait,
1265 Et la dame moult le désire.
A la porte s'en vient li sire,
Son portier huche et chieus l'entent,
La porte œvre, plus n'i atent,
Puis crie < alumés, alumés ! »
1270 Si con il iert acoustumés.
— • Sire, fait il, pour Dieu mierchi»
Comment revenés ensi chi? » —
Li sires se taist, si entra
En la sale, si encontra
1275 Ses mesnies, qui hors saloient
Et as torses viers lui aloient.
Cascuns mierveilleus en devient
Por ce que en tel point revient ;
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— 39 —
Tout cbil de Tostel sont venu.
1280 — • Sire, que vous est avenu? »
Fait la dame, f estes vous tous sains? »
— i Dame, bon gret Dieu et ses sains,
Je sui bliciés et eubouwés^
Ensi que veoir le poés,
1285 En mon cors et à mon visage.
Quant vincb chà dehors, au passage
Dou ponchiel, il me mesceï.
Car mes rouchis sur moi ceï,
Si Fai là tué orendroit. »
1290 La dame dist : — i Cest à bon droit;
Ck>mment poés ensi aler ?
On n*en doit en nul bien parler,
A si riche homme con vous lestes
Est tels maintiens moult deshounestes. »
1295 — • Dame, ensement est escetl.
Bien voi qu'il m'en est mesceti ;
La besongne que on ne puet
Amender, Tendurer Testuet,
NI vaut ne courons ne esmais,
1300 Car il n'en puet el iestre humais. » —
Son privé cambrelenc enmainne.
En la soie cambre demainne.
Ne vuet qu'o lui entre plus nus.
Lors fu grans parlemens tenus
1305 De la dame o sa camberiere.
— • Vojés, fait chelle, en quel kariere
Et en quel voie il est entrés,
S'il fust jà de gens encontrés,
Nel peiist valoir pour mil livres.
1310 D'ounour sera tempre délivres.
Car entrés est en grant ordure,
Des or mais ares vie dure.
Car jone dame à viel mari
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— 40 —
A maintes fois le cuer mari. > —
1315 Ënsi dist du preudomme lait,
Car ne set pas qu'il a ou plait,
Ensi, con renars dist au leu,
Ne parfera mie son jeu.
Par son malisse est dechetiwe,
1320 Car elle en estoit parehetiwe.
Li chevaliers se reposa
Et se baingna et ventousa,
Tant qu'il refu en boin point mis ;
Puis amande tous ses amis,
1325 Et chiaus aussi de par la dame,
Cui amours asprement endame
Le cuer; tant la presse et Fengresse
La maquerielle, qui ne chiesse
' Nuit ne jour de li atisier
1330 Et du blanc chevalier prisier.
Or li est tart qu*elle le voie.
Entrée fust en maie voie
Et à folie ert ses assens,
Ne fust li preudons et ses sens.
1335 Partout sont li message espar»
Pour les amis d'ambedeus pars.
Au jour vienent qui lor fu mis.
Et li preudons s'est entremis
D'iaus flestyer en tel manière,
1340 Que il tient âeste aussi plenicre
Qu'il se mariast de nouviel.
Grant déduit mainne et grant revici,
Con houniestes et amistables.
Il meïsmes siervi as tables,
1345 Deduisans et plains d'esbanoy,
1333 Ma. at^. ert, - 1339 Ms. telU.
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— 41 —
Et les joialz que au tournoj
Conquiat, qui erent riche et bel,
Chainture, aumosniere et capel,
Moustra le jour et s*en para,
1350 Lesquelz chierement compara.
La dame les a conneûs,
Ses cuers fu forment esmeils,
Ne seut que faire ne que dire,
Grant mierveiUe a que ch'est à dire.
1S55 Enyiers sa cambriere regarde,
Ki bien s*en est donnée garde;
Moult furent andeus esmaïes,
Pour leur folies sont trahies.
Or ne sèvent que faire puissent
1360 Ne quel confort en elles truissent.
Et li chevaliers est joians,
Et les bonnes gens coi^joians,
Ensi qu*il en iert coustumiers.
A la table siervi premiers,
1365 Et au premier mes aporter
Si chante pour lui déporter
Moult haut, si con par arramie :
< Puis que ma éUme a fait ami.
Il (\fieri Uen que facke ande. »
1370 Et apriès siert, plus n'atendi.
La dame moult bien entendi
Que son couvenant bien savoit
Et que pour li chanté avoit.
Li jeus point ne li abieli,
1375 Car n'ot point de confort en li ;
Ses cuers li bat et 11 flajelle
Et frit con tourtjalz en payelle,
1368 Biep que ce vers soit privé de rime, il ne paraît pas j avoir de
lacune ; toutefois le scribe du Ms. a laissé la dernièi'e ligne de la colonne
en blanc.
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— 42 —
Fourment a cangié son latin.
Ce jour, dou soir et dou matin,
1380 Les siervi si bien c'a devis
Chieus, qai ne le fait mie envis;
Plus ne setissent soushaidier,
Et pour ce n'en vueil plus plaidiei*.
Et quant U tans de couchier vint
13S5 Et que départir les convint,
Des amis fu li congiés pris,
Et li preudons, con bien apris,
Dist que si ami s'en porront
Aler, mais encor demorront
1390 Chil qui à la dame apartiennent ;
Trestout cheste acordanche tienent.
Li ami qui sont dcmouré,
L'endemain furent hounouré
Dou preudomme moult franchement,
1395 Siervi furent moult richement.
Grandement a à tous pleti.
Quant on ot mengié et bcii.
En une cambre riche et bielle
Li preudons les amis apielle
1400 Et la dame, et en sa presanche
Ensi sa parole commenche^
Au père et as amis ensamble :
— t Biel signour, fait il, que vous samble
De ma femme et de vo cousinne,
1405 De son estre et de se couvinne ;
Li porte je assez hounour? » —
Lors respondenty grant et meneur :
— t Sire, ne sariés aviser
Plus d ounour ne plus deviser,
1410 Qu elle a o vous de bien et d aise. »
1382-3 Ces vers sont inteiTertis dans le Ms.
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— 43 —
— « VoirOy signour, mais que li plaise.
Or regardés à coi ce monte ;
S*eUe me fait otant de honte
Comme je li ai d'oanour faite,
1415 Combien elle est viers moi meffaite. »
— f Sire, font il, s^ensi estoit
Et à ce faire s'aprestoit.
Bien dessierviroit c'on Tarsist
U on tel justiche en fesist
1420 Que les autre garde i presissent.
Si qu*ensement ne mespresissent. »
— < Signour, fait il, je vous dirai
Qu'elle a fait, jà n'en mentirai.
Ma femme ert à ce conseiUie
1425 Que d'amer ert apareillie
Le chevalier qui tés seroit
Que tous les autres passeroit
Et poroit conquerre le pris
Du tournoy qui fu à Toul pris.
1430 Li blans chevaliers le pris ot
De ce tournoy, cascuns le sot.
Son message à lui envoya
Et jojalz» et lui otria
L'amour de li et le dosnoi.
1435 Signour, je vainqui le tournoi ;
Li blans chevaliers fui, sans doute.
S'il est un qui de ce se doute,
Vcchi capiel, bourse et chainture ;
Je doi bien avoir, par droiture,
1440 S'amour, je lai bien acatée
Et par mes armes conquestée.
Mariages poi i valoit.
Car la besongne mal aloit
1419 Ms. telle.
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— 44 —
Pour moi, dimi blasme et honte eUss«»
1445 Se le covenant ne seûsse
Et je ne seUsse toar qaerre
Pour Famour de li reconquerre.
Diez me fu au besoing aidans
Con se je fuisse souhaidans. t —
1450 Et la dame plus n*i detrie,
Mais à genous mierci 11 crie,
Les larmes oourans par sa fâche,
Et dist à son signour qu*il fâche
De 11 ce qu'il Ten plaist à faire,
1455 Car ne puet noyer cest afaire.
— • Sire, se j'ai viers vous meffait,
Ch'est de pensée et nient de fait;
Mieus vaut folie recrettwe
Que amontée et parcreûwe.
1460 Vous m*avés de cheste pensée
Par vostre grant valeur tensée.
Car jà mais n'arai autre amant;
Faites de moi vostre commant,
Volés de mort, volés de vie,
1465 Je ai bien la mort dessiervie. >
— c Dame, dist il, jà n'en morrés.
Mais en vostre hounour demorrés ;
Or me dittes comment avint
Que telle volontés vous vint.
1470 — € Sire, jà n'en serai mentans,
Passet a maint jour et maint tamps
Que celle que o moi meïstes,
Dont ma cambriere vous feïstes,
M'avoit tel besongne enortée
1475 Et mainte nouvielle aportée
Dont poi de cure au cuer avoie ;
Et maus consaus maint cuer des voie.
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J
— 4Ô —
Par sen conseil fui deavoïe
Et en tel penser desvoïe.
1480 Diex ait Tame de la première,
Ki tout adiès iert coostumiere
Dou bien à moi amounester.
Et nuit et jour sans arriester.
A moi puet on .i. sens aprendre :
1485 Ch'est bonne compaignie prendre
Et conseil setir et loyal
Et refuser le deslojal.
Car on n*en puet fors empirier.
Mise sui en fol desirier
1490 Par celi et par son enort.
Dont en vilain point et en ort
liTettst mise par ses faus trais.
Mais or est mes cuers tous retrais
Par Yo sens et par yo ralour.
1495 Ki va trop priés de la calour
Du fu, il se puet toz bruir.
Et pour ce le doit on Mr.
Li saint orent temptations
Au siècle et tribulations,
1500 Che fist Diex pour les esprouver
Et pour la bonté d'yalz prouver.
Diex et vo sens m'ont destoumée
Qu*à folie ne sui tournée,
Et je veuwe que d'autre amour
1505 Ne vueil avoir jà mais damour,
Penser, volonté ne envie,
Encor ne fuissiés vous en vie.
Fors de vous, car bien doit doubler
Vraie amours en moi, sans doubler. >
1510 — c Douche amie, fait li preudom,
De vostre amour m*avés fait don,
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— 46 —
Et vraiement je Tai moult chiere.
Or n*6n faites plus poure chière,
Ne en vo cuer n'en soit esmais ;
1515 Ne vueil que par moi tous soit mais
Chieus fais nulle eure réprouvés,
Or gardés comment vous prouvés.
De grant honte avés ett
Le non, c'est en maint lieu seii
1520 Et 11 bien fais tousdis s'esprueve.
Car ki fait le bien il le trneve.
Voirs est» de ce est cascuns as.
Que la camberiere vous fis
Prendre ; or vous a desconseillie ,
1525 N'i vueil pas que soit essillie,
Mais mes ostés en iert délivres.
Elle ot pour son présent .x. livres ;
Or 11 donnés pour son siervichc
La millour robe et la plus riclie
1530 Que vous avés, si s'en ira
Et de vous se départira,
Courtoisement, comment qu'elle ait
Pourcachié vo honte et mon lait.
Li blans chevaliers arai non
1535 D'or en avant, et le renon
Dou tournoi vueil bien c'en le sache ;
Encor ai voloir que je fâche
Aillour veoirmes blanches armes. *
La dame pleure à caudes larmes
1540 De la joie qu'elle a au cuer.
Ne s'en puet tenir à nul fuer.
Et li blans chevalier le baise
Et moult douchement le rapaise.
Et la dame se délivra
1536 Mb. c*(m sache.
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- 47 —
1545 De la makerielle et livra
A li sa robe la plus nneve.
Et puis de 11 partir le rueve
Courtoisement et bielement ;
Chelle en ala isnielement.
1550 Tout li ami s'esmierveillièrent,
Dou preudomme et se traveillièrent.
Que grans joie fust layens faite.
Or oés la valour parfaite,
La gentlUeche et la bonté
1555 Dou cheyalier dont j'ai conté,
Ki ensi ouvra par mesure,
Sans outrage et sans démesure.
En mains lieus fu puis renommés
Et li blans chevaliers nommés
1560 Et vainqui tournoi de sa main.
Et la dame au soir et au main
Siervoit Dieu et faisoit tous biens ;
Puis n'ot en li faute de riens
Et tant ert à tous amistable
1565 Et as povres gens caritable,
C'on ne savoit mieudre de li. •
Au blanc chevalier abieli
Sa vie et moult bien li deut plaire.
Or poés chi prendre essamplaire
1570 A ce que m'oés recorder.
Que mauvais se fait acorder
A conseil qui à blasme tourne,
Si est sages qui s'en destourne
Et de folie son cuer oste.
1575 En son ostel a vilain oste.
Qui mauvais conseillier retient
1572 Ms. blâme.
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— 48 —
Et pai* son conseil se maintient ;
Il se trahist et deshonneuro,
S'en puet honiz estre à une eurc.
1580 Dès or mais vueil estre à repos,
Quant assommé ai mon pourpos
De ceste aventure à retraire.
Dont on puet moult de biens estraire.
Li blans chevaliers fu preudon,
1585 Diez fâche à s'ame vrai pardon ;
Ne sai se plus est ses manoirs
Ne s'il est mais nus de ses hoirs.
Car non de ville sont mué
Et signerage remué,
1590 Et si voit on en mainte terre
Maint biau lieu eschillié par guerre,
Et chieus fais est de moult lonc tamps.
Si oom les contes est contans,
Ne ains ne fu en rime mis ;
1595 Et pour ce s'en est entremis
Jehans de Gondé, qu'il li samblc
Que plus ara de bons ensamblc,
Che lai plus volontiers orront
Et exemple prendre i porront.
1600 Li lais a biel commenchement
Et encor millour finement;
Or prions à Dieu de cuer fin
Qu'il nous doinst à tous boinne fin.
CM Jne li lois dau Nane chemlier.
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II
Ll DIS DES TROIS ESTAS DOU MONDE
<ils fait grant sens qui vœlt ayoir
fL'amour de Dieu, oest noble avoir
Qu'il a proumis à ses amis ;
Et puisk'en Tomme Dieus a mis
5 Les .V. sens donnés par nature,
N'est mie raisons ne droiture
Dou bien laissier pour le mal faire,
Mes à bien tourner son afaire.
Puis c'uns bons bien et mal cognoist,
10 Aucun des .y. faire li loist,
Fols est s'il allainne au pieur
Qnant il cognoist bien le miUeur,
Mes li plus l'ont entrelessiet
Et ont leur cuer si enlaciet,
15 En mal enflchié et empoint,
Que le bien leur vient mal à point,
• Ma. de Rome, fol. 145. Les variantes qui suivent représentent la
leçon que produit le manuscrit d'après la copie qui m'en a été transmise
pari obligeante entremise de M. le chevalier Tessieri. Il se peut que
parfow ce que j'attribue au Ma., n'est imputable qu'à une lecture
mezacte du transcripteur.
10 iiwtkp. Aucun. — 12 eoçuitt.
B. ET J. DE COKÙÉ. — TOI. II, ^
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- 50 -
Et li plus des gens riens n'i compte.
Entendes, roi et due et conte,
Qui justice voulés tenir,
20 Comment vous devés maintenir
Et pourquoi Dieus vos fist seigneurs
Des grans régnés et des honneurs :
A jus le commun gouvrener,
Apriès le mort lassus régner,
25 Se TOUS faites ses drois comans.
Or vous dirai tout en rommans,
A vous et à tous en commun,
Cascune gent et à eascun :
Il sont .iy. estât, c'est du mains,
30 Seigneurs, de cou soyés ciertains :
CheTalerie et prestrage
Et puis ordre de mariage.
Qui ces .iij. ordres bien congnoit,
Ne quel que sains qu'il onques soit,
35 Se gouvierne et se maintiegne
Si à point, que mal ne l'en viegne.
Li chevaliers, con chevaliers
Justes et loiaus justiciers,
Au toc doit bien prendre exemplaire,
40 S'il vœlt à Dieu siervir et plaire.
Li kos est .i. gentils oisiaus,
Cointes etûers, nobles et biaus,
Por droit garder c'est .i. biaus signes.
Por tenir em pais ses ghelines
45 Toudis près et apareilliés.
Les conduist espourons cauciés,
"Fidès les a en ses talons
28 Je doute fort de T exaotitnde de œ vers ; ma copie portait A ttmne (?)
gent or (?) a chasmn. - 33 ordre. — 34 saint. - 37 chevalier.
— 38 Mal — 43 biel.—AÔLep. les.
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- M —
Poar cevaucier sour les félons
Qui 868 geliiMs veulent noire ;
50 Tondis est priés d'elles conduire.
Ensement doit oeyaliers faire :
A ses gens iestre deboinnaire,
lanls tenser de leur anemis,
Les espourons en ses pies mis,
56 Pour le droit d'iens partout à querre
Et em pais maintenir sa terre.
ÂpriÀs dott koc Tantre manière
Vous dirai : Il a sa baniere
Tondis au vent desvolepée
60 Bt oondoist baniere lev^
Les gelines. Biel en esploite ;
Car tondis tient la keue droite,
Qui la baniere nous ensengne.
Li cevaii^v smi entressengne
66 Doit porter droite, s'il n'est sos,
En tel manière que li kos,
Moustrer sa fierté, sa puissance
A ciaus qui font ses gens nuisance,
Bt sainte église retenir ;
70 Sa baniere droite tenir.
Anoor dou koc est entendu
Qu'a a tondis au col pendu
L'escu, ^rement embraciet,
Hardiement l'iaulme laciet.
75 Premièrement nous entendons
Son escu par quatre fannons ;
Ansi con II oms son cief hiaume,
Entent par le creste le hiaume.
Tous jours est priés de la bataille
80 Et si garde c'on ne l'asaille,
51 ce9aU$r. — 64eevaUer.-^ 77 €<m homs. — 78 Ukimme.
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— 52 ~
Lui ne autrui qui à lui monte ;
Par prouecce les fols sourmonte.
Qui droit cevalier se vœlt faire,
Ensi maintiengne son afaire :
85 L'iaume laciet, Teseu au col,
Trenchanment castjer le fol
Et destruire les maus faisans,
S*il Yoelt à Dieu iestre plaisans.
Le tort destruire, faire droit.
90 Se chevaliers vœlt faire à droit,
Encor dou koc poés entendre
Une riertu, c'en doit bien prendre.
Qui moult doit plaire et qui moult vaut
Il tient tous jours le cief en haut,
95 Si qu*en ses pas et en sa garde
Enviers le ciel tous jours regarde.
Li cevaliers doit regarder
Tous jours yiers Dieu et lui garder
Qu'il n en ciece en mal peciet,
100 Si ait viers Dieu le cief dreciet.
Quant chevalier se vœt nommer,
Dieu doit siervir, croire et amer,
Hounourer clergiet et le temple ;
Li kos en donne boin exemple
105 Dou bien maintenir et avoir.
Encor vous faic du koc savoir
Et prover vœl appertement.
Qu'il tient ses heures justement,
Et n'en trespasse eure ne point,
110 Et si les cante à son droit point.
Quant tamps en est et il affîert.
Et en cantant ses elles fiert.
90 chevalier. — 92 tiertue, — 93 Le deuxième q%% manque.
99 Qu^il n'en eiesse. — 107-8 Ces vers sont intervertis dans le ]
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— 55 —
Car pénitence veult tenir*
Chevaliers se doit maintenir
115 Si con li kos : tiengne mesure,
En Dieu siervir mete sa cure.
Sans délayer, comment qu'il soit,
Ses hommes tiengne si qu'il doit,
Carjou lui faic pour voir entendre,
120 Ne doit bien recevoir ne prendre
Nuls bons, s'il nel vœt desiervir ;
Aussi doit il bien Dieu cremir,
Aucune fois lui traveillier
Soit en juner u en veiller ;
125 Et soit as siens de bonne part,
Ensement con li kos départ
A ses gelines sa pasture,
Quant il le trœve d'aventure ;
Car pour voir dire bien vos os,
190 S'uns kos estoit .vig. jors enclos
En une cambre sans mengier.
En grant prison et en dangier,
Et puis apriës qu*il issist hors
Et en sa voie trouvast lors
135 .1. grain de fourment làgeté,
11 est de si grant loiauté
Que tant ne quant n'en gousteroit.
Mes ses gelines huceroit ;
S'elles l'oient, elles venront
140 Et à son gaaing partiront ;
Moult leur est loiaus parcouniers.
Si doit iestre li cevaliers ;
Entirement sera parfais,
S'ensi se maintient en ses fais.
114 chevalier. ~ 129 J'ai igout^ bien pour le besoin de la mesure.
- 130 jors manque au Ma. — 141 lapai — 144 Bmi p. STenti.
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— 54 —
145 II doit iestre, c*68t ma devise.
Droite espée de sainte église,
Quant ohevaliers à droit rœt iestre.
Ensi monstre li kos au prestre
.1. exemple moult droiturier :
150 Pour (OU fu mis sur le moustier,
Que li prostrés j prengne garde.
Li kokeriaus tous jours regarde
En Tair et nous monstre le yent ;
Celle part tourne justement
155 Et droitement est en ce cas ;
Tout ensement, oom par compas,
Li priestres doit ensi moustrer
As gens qu'il a à gouvrener
Le bien tondis et ensengnier
160 Et ne doit painne ressongnier
Pour iaus gouvrener et estruire.
Le droit cemin les doit conduire.
Le bien moustrer en sainte église,
Con li kos monstre vent de bise,
165 Et si ne doit point plus faillir
De ses hommes à droit tenir,
Quant tamps en est, sans nul séjour;
Con fait 11 kos et nuit et jour,
Ensi le font souvent li sage.
170 Et qui Tordre de mariage
Fraint et debrise aucune fois,
Parjures est et li faut fois
Et moult follement se maintient ;
Se son mariage ne tient,
175 Soi mesmes occist par folage.
Li kos gouverne son poulage,
kdaUiumMre.
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— Îi5 —
Seigneuralment se fait doubler,
Nuls d'iaus ne Fose contrester.
Et dont doit bien 11 Irons oonduire
180 Famé et enfans et entredoire
Sa maisnée, par estouvoir.
Si qu'il face le Dieu vouloir;
Gouvrener les doit et nourir,
Con sire sur iaus seignourir,
185 Le bien leur doit moustrer et dire,
Ne il le doivent point desdire.
Dieus, qui ces .iij. coses feïs,
Çà jus en tierre les meïs,
Donne cascun lui si conduire,
190 Qu'ennemis ne nous puist sousduire,
Et ces .i\j. ordes acomplir
Nous lais, tes commans aemplir,
Se il te plaist et nous poons ;
En quel ordre que nous scions,
195 Nous si garnir et si armer,
C'anemis ne puist entamer.
Par nul peciet, ne corps ne arme
De s'aglîe trençant guisarme,
C'avis nous laisse si ouvrer,
200 En vraie foi persévérer,
K'en ta glore puissons venir.
177 Le Mb. a doubtier, forme incorrecte provoquée par la mauvaise
leçon du vers suivant; l'usage de Tinfinitif en ter est limité par des
régies. — 178 Ms. ne Voet contraitier ; le sens réclame le verbe
au présent de l'indicatif, et contreiter convient davantage , pour
rimer avec doubter, que contralier , auquel j'avais d'abord pensé.
— 184 J'ai mis con au lieu de q%ant^ — 185-6 Ces vers sont inter-
vertis dans le Ms. — 190 Leur ennemis ^ leçon contraire au sens et
à la mesure. -^ 192 laist. — 194 qui p. que.
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— 36-
Et dou koc nous puist souvenir,
Pour nous armer en la manière
D'elme, d'escu et de baniere.
205 Jà anemis ne lui nuira
Qui ensement se conduira ;
C*e8t vérités certaine et finne.
Ichi li dis du koc deffinne.
207 }âB, vérité.
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m
Ll DIS DOU LYON '*
'ons d'armes d'onneur oouYoiteus
^Ne doit mie iestre rihoteas
Ne orghelleus ne mal querans
Ne à ses voisins sourquerans
5 A tort, car son honte feroit
Et encontre honour mefferoit;
Mais s*on li fait tort, si Tamende,
S*on li ceurt sus, si se deffende ;
Où on 11 vœt tollir le sien,
10 Là se doit maintenir si bien
K'à tous jours mes en soit doutés,
Qu'il ait ses anemis dontés
Et castjés si c'autre fois
Ne li moustrent mie buffois.
1 Rome , fol. 146 (publié par Tobler, pp. 9-12); Mb. A (Bibl. imp.,
1446), fol. 182; B (Arsenal, 317), fol. 113vo. C'est le texte de Tobler
qui nous se t de base ; nous ne nous en écartons que pour la notation
orthographique et dans quelques passages, où la collation desMss. A
et B nous a, soit mis à même de corriger d'une autre façon que Téditeur
allemand, soit engagé à ne pas toucher au mannscrit. Nous avons,
dans les Tariant:^s , distingué par des caractères italiques , les leçons
primitiTes du manuscrit de Rome.
4 A. Ne sour ses voisins aqueraus. — 1 1 toutes p. doutés, —
14 moustre, — AB. boufois.
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--58 —
15 Si doit amer et honnerer
Ciaus qui dalés lui demorer
Yœllent em pais ; là ne doit querre
Nul mauvais tour pour avoir guerre,
S*en face ensi con li lions :
20 Kant dalés lui passe li bons
Et li voit sa proie mengier.
S'il passe outre sans atargier
Et il le lion ne regarde.
Si courtois est qu'il n'en a garde,
2ô Mais tout sans grevance s'em part ;
Et s'il regarde celle part,
Li lions en a tell despit,
Qu'il 11 court sus sans nul respit,
Et si l'estranle et le deveure,
30 S'il em pœt venir au deseure.
Se li bons n'est si vigereus,
Si fors et si bacelereus.
Que dou lion se puist defTendre.
Ci pœt on le samblance entendre,
35 C'uns bons doit en teil guise faire ;
Car ne doit riens à ciaus meffaire
Ki em pais dalés lui demeurent.
Et, quant avient que sus li courent
Aucun sien voisin sus sen droit,
40 Despiers doit iestre là endroit.
Et si doit son droit calengier
Et lui crueusement vengier,
Si qu'il en ceurce tés nouvielle,
19 AB. Mais face; Mb. Nenface.— ^l B. Et ilyet. — 28 AB. Qu'e^
rant li queurt sus sans respit. — 39Tobler ainatilement corrigé: MM
sen droit» Voj. Notes expl. — AB. ont de même sour ou tus s. dr.
— 42 A. ii îwi p. Et lui. — 43 Ul
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— 89-
Que suif oontre lui ne revielle,
45 Qu^il ne doubte lui et aet fte.
Bons d'armes doit iestre ta fiûv
Qu'il se Biaintiengne par mesure.
Or prendés garde à la nature
Dou lion, qui est bieste mue,
50 Qui de son lien ne se remue
Pour ramme* quant il passe encoste,
Mais que son regart de lui este ;
Et quant Tiers lui tourne sa faoe.
Ail lion semble qu'il mesface
55 Yiers li» s'en a despit en lui
Et tantost court sus à celui.
Selonc ceste manière ârance
Doit bons en lui avoir souflrance.
Que dans qui riens ne li mesfont
60 Laist em pais ensi que lui font.
Voire est, pour aidier ses amis
S'est tamains bons en guerre mis
Qui s'en relaissast volentiers ;
Mais cils qui est amis entiers,
65 Son kemin d'amisté ne tort.
Doit aidier à droit et à tort
Son ami, puis c'a pais venir
Ne pœt ; quoi qu'en doie avenir.
Faire le convient son devoir,
47 AB. par droiture (leçon préférable). — 67-68 Tobler s^plus au
li«a de jwif , et il donne à ces vers la ponctuation suivante :
Doit aidier à droit et à tort
Son ami plus c*à pais venir ;
Ne pœt, quoi qu*en doie avenir.
Cette ponctuation ne donne pas de sens satisfaisant ; évidemment
pl%i est une faute, et j'y ai substitué puis d'après les Mss. de Pans.
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- 60 -
70 U blasme end a, ce di de voir,
S*en celui n*a faute trouvée
Dont par droit son confort li vée.
Mais nus pour se propre besongne
Ne doit faire à autrui viergongne,
75 A sen voisin huers de raison.
Mais cils poins est mal en saison,
Car li pluiseur si fort s*orgœllent.
Que lor voisins à guerre aquellent,
Ensi les vœllent sourmonter ;
80 Et li pluiseur, au voir conter,
Par convoitise se desroient.
Encontre leur voisins guerroient
Pour çou qu'il convoitent le leur.
Si en voit on mainte doleur
85 Venir et mainte pestillence.
Mais atant en tenrai scilenoe ;
G^ droiture n'est mes en cours,
Nous le veons en hautes cours
De princes , qui tant sont poissant ;
90 S'il ne sont raison connoissant.
Si cuidons entre nous gens basses
Qu'il soient recreans et lasses
De droiture faire s'il puelent.
Ensi ne haut ne bas vœlent
95 Faire droiture, s'en avient
70 ce dist — 71 AB. n*eH p. n'a. — 73 Tobler : Mais miexprû^
qui ne donne pas de sens ; j'ai adopta la leçon de AB. — 74 AB. Ne doit
faire anui ne viergongne. — 78 voitin. — 79 AB. Et si. — 82 B. Et
contre. — voisin. — 88 AB. es hantes cours. — 91-2 Ces deux
▼ers sont altères ; AB. portent :
Si faisons nous entre gens basses,
Ki sont recreandes et lasses.
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- 61 —
Mains maus, et finer en couvient
Tamaint homme villainnement.
Pour cou vous di ciertainnement
Que plus a de droiture em bieste
100 Qu'il n'ait en gent, trop sont rubieate.
Jehans de Gondé bien Tafinne,
Qui chi endroit dou lion ânne.
96 inaint mal. — 97 B. PluBenrs hommes. — 100 B. K'il n*a
es gens. — 102 B. Qui chi le dit d.l. f. — Le même Ms. ajoute ces
deux vers :
Diex nous doinst tous si bien finer
Qu'à Ini voisoDs au definer !
-ae>C8G5CBH-
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IV
U DIS DOU ROI ET DES HIÉRMITTES ^
t i bien set dire et recorder,
iBien j doit son cuer acorder,
Si que, quant li biens est repris,
K'exemples y puist iestre pris
5 A ciaus qui le recort oront,
Qui en aucun tamps 8*em poront
Amender et de mal retraire.
Pour ce vœt .i. conte retraire
Jehans de Gondé sans atendre,
10 Où on puet boin exemple prendre ;
Et à oïr est delitans,
Plus est & rame profitans.
n fu uns rois de grant hftuteoe,
Qui ert de mainte bonne teoe
15 Enteciés et Dieu moult amoit
Et jour et nuit le rodamoit.
.1. jour oevauçoit son oemin,
Si oom le trais en parcemin ;
Ses conrois fu nobles et gens,
* Ms. de Rome (publié par Tobler, pp. 13-19).
13 kanteees. — lAmaUieiÏHmneiUcei*
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— 64 —
20 luj ot moût de bonnes gens.
Li rois en .i. oemin entra
Et sains hiermites enoontra,
Viestis de moût poores ados ;
Quant qa*il avoient en leur dos
25 Ne valoit mie auques d'avoir.
Li rois, qui moût ot de savoir,
Desoendi, plus ne demoura
Et en genous les aoura.
Li cevalier qui o lui èrent
30 Entr* iaus de oe fisLit moult parlèrent
Et disent que c*iert grans desroîs :
c Ains ne fist teils nicetés rois,
Et laidement en iert repris
Partout ù dus fais iert repris. »
35 Gascuns sour ce fait moult gloza,
Mais nuls dire ne li oza.
A un frère que li rois ot
• Disent qu'il tenoient pour sot
Et pour oublié lor signour,
40 Car onques niceté grignour
Ne fist nuls rois de teil poissance.
« Poi a en lui de connissance,
Dont à nous tous durement poise,
Quant gent de si poure despoise
45 Li avons veU aourer. >
Li frères sans point demeurer
Vint au roi et si li conta
Che que de ses gens escouta.
— c Sire, fait il, assés savés
50 De bien, mais moult mespris avés ;
Durement en sont courechié
Vo chevalier et conmienchié
En ont entr'iaus grant parlement,
Et dient bien que malement
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— 65 — .
55 Poursivés ce que rois doit faire ;
Moult em prisent mains vostre afaire,
Quant contre gens si deshonniestes
A tierre en genous mis vous iestes. » —
Li rois de riens ne s'escondi
60 Ne à lui mot ne respondi ;
Mais il a bien tout retenu,
Quant à Tostel furent Tenu.
Li rois une coustume avoit :
Quant justice faire devoit
65 D'un homme, on Ten moustroit teil signe
K'en haut faîsoit une buisinne
La nuit devant son huis sonner.
Pour son frère exemple donner,
Le corneour à soy manda
70 Et à sonner li commanda
La buisine à Fuis de son frère.
Cieus flst ce que enjoint li ère ;
La nuit la buisine sonna
Moult haut, et cieus qui le son a
75 Oï, forment s'en estourmy
^ Ne puis celle nuit ne dormy,
Mais son tiestament ordena
Et tous ses enfans ordena.
La nuit passa à grant tristrece,
80 Car de cuer iert en teil destrece ;
Con cieus qui tantost morir doit,
Et cil tout autreteil cuidoit.
Au matin o sa femme court
Et o ses enfans yiers la court
85 Plorant et grant dœl démenant.
Li rois qui sot le convenant
58 çenofu nuls vous, La correction est de Tobler.
70 Et au senneour commanda. Correction de Tobler.
B. ET J. DE CONDÉ. — TON. II. O
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Pour quoi Tôt fait, à soi le maudo ;
Cieus qui fu en doutance grande
Devant le roi s'agenoulla
90 Et des larmes son vis mouUa ;
Jointes mains li pria mierci.
Li rois li dist : — t Levés de chi,
Caitis et fols et mesceans.
Car li nisces est malvéans.
95 Quant la buisine tant doutas,
Quant le vois la nuit escoutias
Que devant ton huis sonner fis ,
De la mort cuidas iestre fis .
Je t*ai si oon mon frère cier,
100 Ne te pouroie justicier,
Et si n'i ai point de droiture
C'a toi fesisse mespresure,
Car tu ne Tas de riens méfiait ;
Mais quant tant redoutas le fait,
105 Dont doi ge bien douter la mort,
Qui de son mors haut et bas mort ;
A cascun est devant sa porte,
Poure ne riee ne déporte.
Combien que faice atargement.
110 Apriès,de Dieu le jugement
Doi ge bien douter et cremir.
Car nuls ne m'en puet escremir ;
S'il est ensi que bien ne faice,
De la mort d'infler me manace.
1 15 Caitis, or pues tu ce entendre :
Cieus qui ces .vj. convient atendre.
Se doit bien douter, s'il est saiges.
Et pour Dieu amer ses mesaiges. »
Ensi son frère castia ;
95 Tobler : visées. — 106 desonmor.
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— 67 —
120 Apriès li rois pas n'oublia
Les parolles des oevaliers
Mal entendans et fos parliers.
Un ouvrier a o soi mandé,
Si a à Cèdre commandé
125 .iig. coffres moult desguisés,
Teils oom il li a devises.
Les .\Jm d*ouyraige biel etgent,
Dehors furent d'or et d'argent
Ouvré par moult grant signourie,
130 D'os de mort et de car pourie
Les a fait par dedens emplir.
Apriès, pour s'entente aoomplir,
Fist les autres emplir de pieres
Prescieuses , rices et cieres,
135 Et avoec des bonnes episoes ;
Ensi les empli de delisces ;
Li maistres par dehors les cuevre
De harpoit et de moult poure œvre.
Quant l'uevre fu parestorée,
140 Li rois n'i a fait demorée.
Par devant ciaus qui repris l'orent,
Qui son convenant pas ne sorent,
A fait les ooffres aporter,
Puis leur commence à enorter
145 Que les miUours que il peuîssent
De ces .iiij. li esleuissent;
Et il ont les .^j. dorés pris,
Qu'il les tiennent de grignour pris ;
Et 11 rois les a fait ouvrir
150 Pour s'entente à iaus descôuvrlr,
Si en îssi moult grans puonrs ;
133 les. ij. autres.— \ 46 esluissent.—lAS Qui fc*.— 151 Grant,
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- (» —
Dehors iert ricece et luours,
Dedens ordure et poureture.
— « Signour, • fait il, « de tel nature
155 Sommes entre nous rices hommes,
Qui dehors si bien paré sommes
Au plus rieement que poons,
Et com biel que dehors soions,
Quant ne nous volons repentir
160 Dou mal et au bien assentir.
Nous sommes dedens entecié
D'ordure et de vilain pecié^
Qui vient d*orguel et de coîntise,
D'avarisce et de convoitise,
165 De rancunne et de felonnie,
De luxure et de gloutrenie,
Dont les cuers avons emboés ;
Teil moustre en nous veïr poés. » —
Les .ij. coffres de poure moustre
170 Fist ouvrir, et apriès lor moustre
La grant rikaice qui enclose
Ëstoit dedens si poure coze,
Et la boinne oudour et la sainne
Dont la salle estoit toute plainne.
175 — i gigneur, • dist il, « en teil manière
Poés veïr moustre pleniere
Des sains hommes que j'aourai ;
Pour lor bonté les honnerai.
S'il portent poure viestement,
180 II vivent si honniestement,
K'en iau^ n'a pecié ne ordure ;
Dehors samblent plain de laidure,
Car il ont en despit riquece,
Dedens sont plain de tel noblece
185 Que, quant dou siècle partiront,
A la gloire Dieu partiront
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- G9 -
En la grant joie parmenabic.
Folle gent et mal raisonnable,
A raison mal garde presistes,
190 Quant vous de ce me represistes
K encontre gent de teil atour
M'engenoullai ; lor créateur
Aourai, qui lor a donnée
Si grant grasce, qu'abandonnée
195 Lor est la parmenable joie.
Où Tame adièç sans fin s esjoie.
Folle gent et plainne d'orguel.
Vous ne jugiés mais fors c'a Tuel ;
Prendés à la manière garde :
200 Dieus autre cose ne regarde,
Fors ke la naitte conscience. > —
En lui ot H rois grant science
Et, à oïr son fait reprendre,
Puet cascuns boin exemple prendre,
205 Comment par exemple reprist
Ses gens, et voie leur aprist
Dont à Dieu peuïssent venir,
S'il missent painne au retenir.
Et cil qui cest recort oront
210 Boin exemple prendre i poront.
201 Fors ko. (qu'à). — 204 cascun.
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Ll DIS DES .lit. MESTIERS D'ARMES
(oble ordene est de cevalerie,
(Si doit iestre, sans Jtricerie,
Sans lasketé et sans foiblece,
Plainne d*oanour et de noblece,
5 De hardemens et de vigour,
U gésir feroit en langour
Cevaliers l'ordre qu'il a prise,
Qui doit iestre en tous bien emprise.
Pour cou ne doit on pas celer
10 Che dit à jouene baceler
Qui est cevaliers devenus
U à commencement venus
Dou droit cemin et de l'adrece
Qui mener le puet à proaice.
15 Cil qui cevalier l'ordenèrent
Chà en arrière, l'ordenèrent
Trois mestiers d'armes à tenir :
Les .\j. pour le tierc maintenir
Où tous li sors apent sans faille :
I Rome, fol. 154.
17 maistier. — IS le tiere. ■— l^li/ors.
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— 72 —
20 Joustes et tournoj et bataille ;
Ce sont d*annes li .i\j. mestier,
Où hardement a grant mestler
Où vigours parfait la besoingne.
Et amours avœc ce besoigne ;
25 Car qui les mestiers n ameroit,
Li drois d'armes Tem blameroit,
Jà ne le tenroit om pour preu,
U pourement feroit som preu.
Es .iy. mestiers que vous oés,
30 Vous de voir savoir le poés,
Li doi mestier sont d'esbanoi,
Ensi que joustes et tournoi.
Li anchyen qui s'entremissent
D'armes, les jouenes joster fissent,
35 Premier aprendre à cevaucier
Pour retourner, pour encaucier,
Puis pour son corps d'armes pener.
Pour savoir de glave assener.
Pour iestre ou harnas plus manier,
40 Qu'il ne devenissent lanier,
U pour miex .i. grant cop porter.
Chi ne se doit nuls déporter :
Corps et ceval em péril mait
Qui de ce maistier s'entremait,
45 Qui durement est perilleus.
S'en voit on maint fait mervilleus.
Et les tournois, à voir reprendre,
Establirent il pour aprendre
Les jouenes gens à bien combatre
22 hardemens, — 37 Premier son corps, — 39 Par iestre, —
48 Estàbilirent. — 49 J*ai introduit bien pour le besoin de la
mesure.
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— 73 —
50 Pour lor anemis à abatre,
Si qu'a se seuïssent deflTendre
Au besoing et fort estour rendre,
U painne et travail endurer,
U pour miés ou hamas durer,
55 Pour iestre connus et connoistre.
Pour son pas et pour son los croistre.
Quant bacelers ou tournoi entre,
Qui a hardi cuer en son ventre,
Où il assamble à son content,
60 Les bras desploie et les estent.
Où ses cols d'espées départ,
Où on Tassant de mainte part,
Si est fort tirés et saciés.
Que il est ou ceval ficiés
65 Si fort^ c'en ne Fem puet hors traire,
Ains rent estour à son contraire
Si dur, qu'il les fait tous frémir;
Où fait sa venue cremir
A tous ciaus qui venir le voient
70 Si que li auquant l'en desvoient.
Là se plante ou plus grant estour
Aussi seiirs k'en une tour.
Si con Gauwains et Piercevaus,
En la fumée des chevaus
75 Qui monte en l'air, et en la poudre.
En la tounoire et en Tesfoudre
De tabours et de trompeours,
D'assallans, de defiendeours,
Al marteleis des espées
52 estou rendre. — 56 par son los. — 61 ces cols. L'orthographe
ces p. ses est très-fréquente. — 63 fors. — G5 A défaut d'un û ma-
juscale dans nos casses d'imprimerie , je remplace toujours è
(= ubi), au commencement d'un vers, par où.
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- 74 —
80 Où ses ventailles sont copées,
Où ses cotes d'armes desroutes ;
Là où se départent ses routes
Par la force des plas poissans,
Où tondis est 11 cners croissans
85 Al baceler. Quel grief qn'il ait,
Le toumoj pour ce pas ne lait,
Ains rêva as flotes plenieres.
Où Toit venteler ses banieres
Et hirans hautement cryer,
90 Les preus semonre et escrjer.
Ou grignor tas se va rembatre
Où il se fait sacier et batre
D'espées de chiaus qui Fasalent
U qui de toutes pars li salent,
95 Où moût rustement le lequierent,
Où doseur lui maillent et fièrent.
Aussi com ferres de martiel,
Où il fait de Fescu castiel,
Don hïaume tour et deffense,
100 Et de si bien tournoyer pense ;
Celui jour si grant fais endure,
Que c*est mierveUes comment dure.
Comment que li tournois soit jeus.
Il est despiers et outrageus,
105 Durs, anguisseus et moût penables,
Mais il est as preus convenables.
On doit durement prisier Fiestre
Don baceler qui teus puet iestre,
Où tant fait d'armes de son cors,
110 K'en maint lieu en va li recors.
84 Je pense qu'il faut Là (ou H) taudis, — 97 feere. — 105 J'ai
inséré mont pour la mesure.
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- 75 —
Et k'eecd em bataille morteil?
Des mestiers ii*i a encor teil ;
Li ooart n*6n ont point d^envie ;
C'est pour le cors et pour le vie,
115 Où rame en est en aventure.
Se oe n'est par trop grant droiture
U encontre les mescreans.
Bacelers à hounour béans
U qui doute honte et reproce,
120 Quant il de la bataille aproce,
Nevœt mie iestre daarrains,
Ansçois se met des premerains.
Quant la bataiUe flert ensamble,
Enmi le plus grant tas s'asamble,
125 Où il fait le plus perilleus.
Aussi com lyons famîlleus
Fiert asprement entre les biestes,
Où li estours est plus rubiestes.
Se flert en la priesse grignour,
130 Où il voit le plus grant seignour ;
Et là si fort estour commence,
Que pies et jambes, bras detrence
Et si espant sanc et cierviaus.
Teils mestiers n'est mie reviaus :
135 Là taille toute jour entier
A manière de carpentier ;
Ensi con fevres sur englume
Fiert de son martel par coustume
Chevaliers, et ceval abat
140 Et si fièrement se combat.
Que là demeure mors et pris.
Où teil los aquiert et teil pris,
Que il s'en fait pour preu tenir.
Qui ensi se puet maintenir,
145 Con j'ai de ces .ivj. mestiers dit.
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— 76 —
On le doit bien sans contredit
Hounourer, mais que il poursive
Ces mestiers tant que il consive.
Par bieH fait et par boin renon,
150 De haute proaice le non.
Qui est par grant travail aquise
U par armes en maint liu quise.
Matere grant ai commencie,
Or ne Varai tote fente ;
155 La sentensce longhe seroit.
En grant pièce ne cesseroit,
• Et je vœl que cils dis soit cours,
S'iert miex oys en hautes cours
Et devant les boins bacelers,
160 A cui plaist d'armes li parlers.
Et miex li fais, si le comperent
De lor cors, mais dou non se perent
Et de plus em plus s'em parront
Com plus proaice comparront.
165 Jehans de Condé, qui chi finne
Son dit, le tiesmoingne et afinne.
149-150 Vers transposés dans le Me. — 149 regnon.— 154 Ce vers
est de ma composition et destiné à combler la lacune du Ms. — 156 Ma
copie porte conseroU. — 158 heinte.
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VI
Ll DIS DE BOINE CHIERE
ir^0krv>^
lemons dist en ses provierbes :
VQu'il vient miex à porée d'erbes
Appieler gens en carité,
Qu'il ne face donner plenté
5 D'un gras vïel avœk hayne.
Bien dist, que, se rois et roynne
Donnoient de vin plains cheliers
Et lor cuers fust mas et laniers,
Si que il donnaissent envis,
10 Ne saroit jà nus bien siervis,
Qui leur mauvaistiet conistroit,
Ne jà en gré ne prenderoit
Les mes, combien qu'il en eUst,
Mais qu'en onneur se conneUst;
15 Car n'est riens c'on doie avoir ciere
* Rome, fol. 155. — B. fol. 128.
2 Qui vient mies au pore d'erhes; B. à panée. — 3 B. ne feïst. —
5 gras manque à ma copie. — 6 B. quar p. que. — Imns . — B. de
.X. mes pleniers. — 8 Lors cuers fumas, — B. fust malz. — 9 B. Si
qu'il les. — 11 B. percevi-oit. — 12 B. recevroit. — 13 R. orthogra-
phie le plus souvent mais;}W préféré écrii*e uniformément mes, —
14 mais en onneur.
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- 78 -
Tant comme on fait la boine cière :
C est cou qui les mes assaveure,
Et 11 laide cière deveure
Les despens et à nient les met,
20 Et pour jtant, qui s'entremet
De donner .i. rice mangier.
Il le doit faire sans dangier
A cière resbaudie et lie
Et à contenance jolie.
25 Mieus ameroie ensi .i. œf
K'à la mauTaise cière .i. bœf,
Ne jà li ons ne sera aise
Oui on fera cière mauvaise.
Riens qu'il prengne ne li profltte,
«% Car le pensée a desconflte
Pour le laide cière et obscure
De celui qui de lui n'a cure.
Mais quant li bons liés congoïst
Les mes, et il se resgojst
35 En festissant les boinnes gens.
N'est mes si nobles ne si gens
Ne qui miex plaise n'atalente ;
Qui aroit pensée dolente.
Si seroit elle remuée
40 Et de dœl en joie muée.
S'il iert encor mau porvetîs,
Quant ses boins sanlans iert vêtis.
Si ert çou qu'il a en gré pris,
16 On hait. — B. A court avant la bonne ciere. — 22 J'ai suivi le
Ms. B.; ma leçon portait : Que U doit donner sans cargier, — 25 B.
Mieus priseroie. — 26 hœs p. hc^. — 27-28 manquent dans B. —
27 Ne dations. — 29 Biens qu'il. — 30 adies confite. — 34 B. Lea
gens. —35 B. festoiant. — 37 Ne miex plaise ne ataUnte.— 39 SisenÀ
elle. —41-42 Ces deux vers sont intervertis dans le Ms. de Rome. —
41 mausporveiiSf B. poi porveiis.
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— 79 —
Car de nus boins n'en ert repris.
45 Pour tant pri à tous rices hommes,
Qui d'avoir despendent grans sommes,
Qu'il soient joieus à leur table,
Car n'est pas cose moult coustable.
Et faicent à boinnes gens fleste :
50 C'est courtoisie moût hounieste.
On ne poroit faire siervice
Dont on siervist de mes plus rice.
Jehans de Condet le recorde.
Qui au dit Salemon s'acorde.
55 Car quant uns homs plains de destrece
Donne .i. grant mangier àtristrece
Et fait cière abaubie et mate,
Li bons d'ouneur moult cier l'acate,
Cbe honteus mangier, quant le prent.
60 Et pour tant Salemons reprent
Que boinne cière tout mes pasce.
C'est uns mes qui partout a grasce.
Car tous autres mes asaisonnc ;
Qui le sien joieusement donne,
65 II est courtois et bien apris,
S'en a de tous boins los et pris.
44 n'en est. — 46 grant — 47 Qui p. qn*il. — 50 B. C'est oose
courtoise et hounieste. — 57 B. cière esbahie. — 60 B. aprent. —
62 nnfnais. — 63 asansonne.
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vn
U DIS DONNEUR QUENGIE EN HONTE
frans fuissons de biaus mos desisse
lEt souvent m'en entremesisse
Plus assés que je ne m'i mece,
'Mais pou voi nul qui s'entremeoe
5 Des biens recordés mètre à œvre,
Ainçois yoi que cascuns s'aœvre
Au mal faire et au bien laissier,
Dont honnour veons abaissier ;
C'est li biens fondus et remis,
10 Et des pluisieurs arrière mis.
Chi est li siècles de teil iestre,
Cbius qui soloit honnorés iestre
Ne samble as pluiseurs iestre honnours ;
A tous ce di, grans et meneurs,
15 Qui à honnour petit s'entendent
Mais à la contrefaire tendent.
Jadis partout ù on setîst
Homme qui autre mort etist.
> Rome, fol. 155.
6 wn$. — 10 Bt êst pluisieurs. Peut-être faut-il es pluiseurs.
13 Se samble. — 16 Mais au rontrefoire.
B. ET J. DE CONDÉ. — TOM. II. U
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-sa-
li en f ast estrois et hays
20 Et blasmés de tout le pays.
Se ne fust par aucune guère
C*on fait en deffendant sa terre,
U oe fust par si grant mesfait
Qui peuïst escuser le fait ;
25 Or en sont amet et prisiet
Et des pluiseurs autorissiet :
c Yez là soutil et hardit homme t »
Qui dou peciet saroit la somme,
On n'en donroit ne los ne pris
dû Celi qui si aroit mespris.
Jadis enssi qui s'aprestast-
D'userer et deniers prestast
As usures, il iert escius
A sainte église et en mains lius ;
35 Or sont partout mestre et signeur
Et leur porte on honneur grigneur
Cas millieurs qui ou pays sont.
Qui le leur de droit acquis ont ;
Dont à tous boins doit anojer.
40 Regardons .i. faus monnojer :
Jà n'ara par si ville gise
Riquece asanlée n'aquise.
Que ne soit partout avant trais.
Or soit ensi qu il soit estrais
45 De nation villaine et ville,
S'ait à marier une fille,
Il en sera plus grans à ree
Et Tara plus tost mariée,
K*uns gentils bons ne doie avoir.
19 Et Vin fust. — 27 C'est ainsi que je corrige mon manotcrit,
dont 1m traits portent : Ve le sont U et hardit homme, — 31 e'apreitat.
— 32 prettat. — ^ Or miUienn. — 43 Qih p. que. — 47 prant.
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— 85 -
50 Par convoitise de i'ftvoir ;
C'on ïte faât mais farce à nuki.
Combien qimnt ait éè biens en lui,
, S'il eirt etm qa'ïi ne sort rices ;
Et si n'est si fous ne si niées,
55 S'il est TÎces, c'on «e Tonneure.
Ensî est hontes au desenre
Et honneurs est trop abaisfle
Et durement entrelaisste
Etatre plusièars au tans qu'il court.
60 Jà veons nous en mainte court
VHains et garçons à ee^.
Qui gietent l'onneur tK>ntrev^
Et font le honte en haut monter
Et abaissent, an voir conter,
65 Ijcs gentîtrs hommes eanqu'il pœllent,
Por çon que sourmonter les vœllent.
Car li siècles Ta à rebours.
Partout, en cités et em bours,
Et ailleurs à ville et à cans,
70 Ne puis dire ne viers ne cans
Don siècle au jour d'ni qui riens vaille,
Car en quel liu que li bons aille,
Pour bonté ne pour gentillecoe
N'est nuls honneurés sans riquece,
75 Si tt'i a nul si ort truant,
Sierf villain ne bastart puant,
Cui avoirs ne faiee ensaucier
Et îes caperons desoaucier
Contre lui ; c'est gmns mesceance
80 C'on a en avoir teil créance
53 ^t n'ett ensi quù ~ M Et ii n*e$t si fars ne si ruées. —
65 pœefU; y si ndë pœllent selon Texigence de la rime. — 67 à retours.
— 72 Hus. — 74 nuls honneurs. — 77 avoir.
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-~ 84 -
Que tout bien en sont confondu
Et tout remis et tout fondu ;
Et entre ders et entre lais
S'en est fais .i. canges si lais
85 Ç'onneurs en est cangie à hwite,
Si con Jehans de Condet conte,
Voir en tant k'en ce mauvais monde.
Qui de mauvaistiet tout souronde,
Non pas à Dieu, ce vous di bien.
90 Pour lui doit on faire le bien,
C'est la souveraine science,
Et doit on prendre em passience
Dou monde les diviersetés,
Les maus et les aviersetés
95 Et à. lui tout son cuer offrir.
Et qui ensi poroit souffrir
Et à son pooir se gardast
De peciet et se regardast
A le haute honneur dou' haut règne,
100 Où Dieus en se magiesté règne,
Pau conteroit à Fonneur vainne
De ce siècle de pute vainne.
Qui est plains d'orguel et d'ordure ;
Et le fausse honneur si pau dure
105 K'en une seule heure est fondue,
Toute est destruite et confondue.
Dieus nous doinst celé honneur hautime.
Dont on ne poroit le centisme
Recorder, bien le vous afin.
110 Atant ma prière de fin.
93 Le Ms. porte les dis versietes, — 98 et manque an M«.
106 Tout ont destmit.
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^^
Vlll
C'EST DOU FICHIER
i=q9C-^. — •
^uant boins ouvriers devient \viseu8,
^Cest pour lui usaigcs nuiseus,
Et si ne sai nul reeouvrier
D'atargement de bon ouvrier,
5 Et as ouvriers soutieus et saigos
Pourfite souvent li usaiges,
Car ars et us ont tout apris,
Canque on seit, et qui vuet pris
Et pourfit avoir du mestier,
10 Li users li a grant mestier.
Avœc l'art qu'il a et le sens
Doit iestre à user ses asens,
U li ars petit li vauroit,
Car par faute d'user fauroit.
15 Pour çou dist Jehans de Condé,
Que li ouvriers qu'il a fondé.
S'a en quer aucun boin ouvraige,
Doit à çou tourner sen coraige,
* Rome, fol. 156.
7 ars et urs, — 10 W est grant mestier. Ma correction est fondée
sur Taccusatif «i^^/t^. — M s*enquert.
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— 86 -
Que d'ouvrer souvent soit songneus.
20 C*est pour lui .i. poins besongneus.
Bonne œvre est de biax dis reprendre.
Car on j puet moult de biens prendre.
Maint en ai conté et repris
Où li biens peuïst iestre apris.
25 Encor ne vœl iestre à repos,
Que n en poursive mon pourpos,
Ains vous vœl ci endroit conter
.1. moult boin dit à escouter.
En Tevangille truis lissant
30 Jhesucrist au peuple disant :
Uns preudon .i. gardin avoit
Et les boins arbres k'il savoit
Faisoit en son jardin nourir
Pour le lieu plus asegnourir.
35 Cis lius' li cottsta maint denier.
Car mis y ot .i, gardinnier
Pour ses arbres nourir et daire
Et à droite voie conduire ;
Cieus: en fist tout le raiaux qu'il sot.
40 Moult très^ biau âgier laiens ot ;
Cascun an. moult bien âorissoit.
Mais tous li fruis em pourissoit.
Li preudons le gardoit moult priés,
Que grant biauté avoiè. Âpriès
45 .iij. ans le trouva en tel point.
Que il de- fruit n'en fedssoit point.
Sen gardinier en a^iella :
— « Vois tu, i fiait il, « ce figier là?
iMfon. jardin pour noient encombre,
32 hier savoit. — 33 sa jardin. — 39 qui soi. — 40 biaux Jlgiers. -
44 Qui. — 49 teu combre.
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— H7 —
50 Car autre coee n*i fait c'ombre ;
Mauvaisement le Toi prcaver.
Car point de fruit n'i puis trouver.
Le fruit en avoie à garder,
Par .ig. ans les bien regarder,
55 Mais li fruis toudis y défaut.
Or le trence, car riens ne vaut,
Si nous en descombre la place. • —
Si refait cil : — c JàDieu ne place,
Ne rayés pas trop en despit,
60 .1. an li donnés de respit
Et je y querrû medechinne.
Si descouverai la rachinne
Pour veoir se il y faut riens,
Et si métrai entour dou âens;
65 Se nouyieUe terre y besougne,
De mètre entour serai en songne.
Se fruit ne fait en ceste anée
Plus n'i soit trïuve donnée. » —
Ensi li preudons respita
70 Sen âgier cui tant despita,
C*aToit commandé à trencier
Nonpourquant se TaToit moult cier ,
Mais pour çou que fruit ne faisoit,
Au preodomme plus ne plaisoit.
75 Ceste paroUe a grant mistere,
Dont oj avés la matere,
Et grant seneflance aporte
Li flgiers qui nul fruit ne porte.
51 9M. — 53-54 Cet deux vers sont évidemment fautifs. Voici
comment je propose de les corriger :
Le fruit en avoie agardé.
Par .iij. ans Vax bien reçardé,
58 U p. cU; JHue p. Dieu. — 79 nuls.
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— 88 -
C est li lions qui nul bien ne fait,
80 Ne em paroUe ne en fait,
Mais tous boins frais en li perist.
Ce qu'il a fleur et qu'il flourist,
C'est qu'il a humaine figure.
Si devroit mettre entente et cui-e
S5 Au commant de son creatour.
Qui le flst de si noble atour
K'en se sanlance le fourma,
Et quant si très noble fourme a,
Cest la fleurs qui est noble et gente,
ÎK) Plus qu elle ne soit de nulle ente,
Mais quant mauvaistés et perece
Font tant que la fleurs faut et sece,
Que frait n'en vient, c'est grans mesciés ;
Mauvaistié le seke et peciés,
95 Et vit aussi que sans raison.
Quant fruit ne fait nulle saison.
Mais le bien refuse et despite.
Et Dieus se vie li respite
Pour veïr s'il s*amenderoit,
100 Se il à boin frait renderoit.
Li gardinier, ce sont li priestre ;
Par aus nos âmes covient iestre
Parmi conflession curées.
Quant sont laides et macurées.
105 Li flens et la tierre nouvielle.
Dont la racinne renouvielle,
C'est que par iâus sommes semons
Par parolles et par siermons.
Que nous nous gardons de mesprendre,
110 Si que nous puisons boin fruit rendre ;
83 Ce qu*U. — 94 Que manviestié,.. — 99 H ta menderoit. — 102 au
p. aus. — 105 à^.et.— 109 nom ne gardons.
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ff^i sont pour nous les orisons,
Dont venir puet la garisons.
Qui nos amas puet alegier ;
Et tout aussi con dou flgier
115 Por cui li gardiniers pria
Sen signeur, qui li ottria,
Qu'un an li fust respis donnés,
Ënsement est abbandonnés
Respis de vie à peceour.
120 Dont no hautisme sauveour,
Pour lui de sen mau repentir
Et à boin fruit faire assentir.
Et li repentanoe d*unne eure
En lui tant esploite et labeure
125 Que nostres sires, qui pierçoit
Sen cuer, à mierci le reçoit.
Et Diex no doinst tel repentance
Que soions parmi penitance,
Tout receti à boinne fin ;
130 Ce devons pryer de cuer iiu.
nirespii. — \\9 pecaur. — 119 respU. — 127 Ule.
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IX
U D»S DOU NHROIR
[rop est li siècles perviertis
^Et li biens en maas conviertis ;
Ne sai c'onneurs est devenue,
Car pourement est maintenue
5 Par ciaus qui par droit le deuïssent
Maintenir, s'en leur cuer euïssent
L'estoc d'ouneur et la rachinne ;
Hontes à sen lieu s'enracinne,
Qui espant mainte longe brance :
10 Ce fait à hounour encombrancé
Si k'à mainte gent ne puet croistre.
Car nesèyent bouneur counoistre.
Et qui honte ne doutera,
Jà en hounour ne montera.
15 Par honte douter et cremir
Puet on contre honte escremir
Et em puet on accroistre hounour ;
Ce sèvent bien grant et meneur.
« Rome, fol. 1&7.— B., fol. 126 v».
2 Et Ubimêiârt. ** 7 restai. — 8B. ea sen lieu. --9 espart. —
12 B. honte p. kounew. — 17 B. aquerre honneur.— ISB. ce saohenb.
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-98-
Hons d'ouneur, je te faio savoir,
20 C'un miroir double dois avoir
Par devant tes ieus em présent.
Endroit de moi t'en faio présent,
Pour cou je vuel adiès le voies.
Il y a .ij. contraires voies,
25 Si t'i dois mirer selonc droit.
Et en Tenviers et en Tendroit,
Et commences auquel que voes,
Car auquel que soit, prendre pues
Boin exemple de bien à faire.
30 Dou miroir et de son affaire
Te vorai le point deviser,
Mais or tM vœllcs aviser
De cou que tu ces poins retiengnes
Et c a tom pooir te maintiengnes
35 Selonc le monstre dou miroir.
Qui devant toi doit aparoir
Jour et nuit, et y dois penser
Pour toi de mal faire tenser,
Dont à hounour venir poras.
40 De lendroit dou miroir oras.
Or regardes .i. vaillant homme,
Cui 11 pays d'ouneur renomme
Pour le bien qui en lui demeure,
Dont cascun le prise et houneure,
45 Qu'il akiert hounour et teil gloire
Que puis sa mort sont en mémoire
Si fait ; à cou te dois mirer
Et le bien faire désirer
23 B.qu'adiès. Le que est inutile.— 24 e^rtoûiiMf voies, ~ 25 Setû
— 27 B. Et comence auquel que tu veulz. ~ 33 B. Ace que. — dô dot
aparoir, — 42 B. en bien renomme. — 44 caeeune prise. — 46B.
Qn^après sa mort. ^Al se doii mirer.
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— 95 —
Et pener que soies si fais,
50 C'om puist em bien noter tes fais.
Regardes qués est li recors
Des preos oevaliers qui le corps
Penèrent et aventurèrent.
Tant c'au siècle en vie durèrent,
55 Dou non d'ouneur et de proecce
C*aquisent par le gentillecce
De leur cuers gentius et houniestes,
Si en fist on roumans et giestes
De quoi 11 renons ne faura,
60 Tant comme li siècles durra.
Or prends garde as preus qui or vivent.
Qui d'ouneur maintenir s'avivent,
Comme il sont prisiet et amé
Et preudomme et vaillant clamé,
65 Et en tous lieus ù il sourviennent,
Pluiseurliet et haut en deviennent,
£t dist on : i Jà maus n^avenra
En nul lieu que teus bons venra ;
C'est créance de moût de gent. »
70 Vés ci miroir à bielle gent ;
A ce miroir dois garde prendre,
^ Pour le bien que tu os reprendre
Des preudommes et mors et vis.
Cil miroirs doit devant ton vis
75 Estre em présent et nuit et jour,
C'est qu'il faice en ton cuer séjour.
Pour ce le te di, c'aucun sont
Qui clers ieus et bien veans ont
50 B. teuir tes fès. — 52 B. leur cors. — 54 denvie durèrent. —
56 Car q^ sefU par, — 58 B. roamans de gestes. — ôl Orprendet
garde as prem qtU vieeni. — 67 jà mais; B. jà mal. — OS^enteil
lien qui. — 70 B. Vez ci mireoir bel et gent . -— 76 Hgnour p. sejonr, —
76 raseun sont, — 78 voans.
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-94 —
Et qui 4o« cuer gante ne voient»
80 Dont soHTent laidement deavoient.
Car qtti don cuer goûte ne voit
Sen ame ponrement porvoit.
L'endroit dou miroir {kbs cfr,
Qua tout boin doivent oongoi^ ;
85 Or te jwni moustper reaviers
Qui est moût obeeurs et diviers ;
NoApourquaat boin mirer s'i fait.
Car oft dist, qui d'autnâ mesfait
Se puet eastyer, il est eaigee.
90 ProQ garde aa &i8 et as uaaiges
Des caitis et des meeceans.
En oniieur pourement veana,
Plaims de mauvaistié et de honte
Qui ne sèveat qu à hounour MoaÉe,
95 Ne il n'ont dou eavoir talent,
Car il sont pereceus et lent.
Fi dou mauvais et dou failli.
Qui au non d*ouneur a failli !
Tu ies de gens d'ooneur estrais,
100 Bien te dois warder de teus trais,
Si c'onneur en honte ne canges,
Car est maus courtois et lais canges ;
S'a onneur parvenir desires.
Es œvres des mauvais te mires
105 Et gardes que ne soies tés
Qu'o les mauvais soies contés
80 B. Lor vie pourement pourvoient.— 81-82 Ces deux vers ne sont
qu^uoe paraphrase des deux précédents, et manquent dans la version de
B. Pour sen ame, voy. les Notes expl. — 84 Et toui b∈ B. qui tout
bien. — 85-86 les viersqm sont. — 90 Versomis dans R. — 93 Ptots.
--^AqnantVewremonte. — 99 B. Tu, hons de... — 100 tmsjkis, —
à honte. — 102 B. mal courtois. — 104 B. As œvres. — 105 tens. —
106 Qu'au les m. s. honteus.
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Et les caitis et les laniers.
Se bien i'ï regardes, jà n^iers
De leur rieule ne de leur route ;
110 Car qui o les caitis s'aroute
n fuit Tonneur et honte aproce,
Dont il et si hoir ont reproce.
Dou miroir par double manière
Pues tu yeoir œvre pleniere ;
115 Selonc cou te dois pourreir.
Honneur et honte j pues reïr :
Honneur pour cou que tu le sives,
Honte pour cou que tu Tesklyes.
Par bien faire est honneurs aqulse ;
120 Ensi par le contraire gise,
C*est par mal faire et mal ourrer,
Puet on tost honte recouvrer.
Si te semonc que honte laisses
Et à porsivre houneur feslaisses.
125 Cils mireoirs exemple donne.
Se tes cuers à mirer s*adonne
En teil manière et en teil fourme
Que cils exemples f en enfourme,
Que Jehans de Condet t*a dit,
130 Qui chi endroit finne sdïi dit.
108 Si bien regardes. — i 1 i Z faii l'onneur. — 113 par durable
manière. — 114 B. prueve pleniere. — 115-116 B. pourveoir : avoir.
— 119 B. conquise. — 120 eontratUe. — 121 Et par. — 127 Si en
teil. — 128 afoMrme.
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Ll RECORS D'ARMES ET D'AMOURS
Lr sont il .ij. mestier ensanle
[Et bien aviennent, ce me sanle,
Et aussi fait il les ploisours.
Quel sont il ? D^armes et d*amours.
5 Si doit on pour Taillant tenir
Qui à droit les vœt maintenir,
Car ensanle sont biel et gent ;
Mais moult petit sèvent de gent,
Qui les mist ensanle et pour coi,
10 Et qui se voura taire coi.
De moi pora tel cose oïr
Qui bien fera à congoïr.
En Griesse, au tamps ancjennour,
Eut moult de noblece et d*ounour,
15 De ricece et de signourie.
D'armes et de cevalerie.
Plus qu*en nul pays c*on seiist.
N'iert nuls déduis c'on n*j peUst
* Rome, foi. 158. Peut-être faut-il lire acors p. recors.
1 nuiiieri.— 4 QWil sont il — 6 fo va/. — 18 c'on y peUst.
B. ET J. DE CONDÉ. — TON. II. ^
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— 98 —
Trouver ne iiciIb sens de dergie,
20 Car là fu premiers hierbegie.
A Atainnes furent tenues
Des escolies et maintenues
Lonctamps, et de là, c*est la somme,
S*en revinrent apriès à Romme
25 Et lonc terminne j séjournèrent.
Et puis en France s'en tournèrent,
Où elles ont ore séjour.
Si croi de voir mais qu*à nul jour
Siège ailleurs ne retenront :
30 De France mais ne partiront.
Or repairons à no matere.
En Griesse, c'est moult cose dere.
Furent maint grant déduit trouvé
Et ceste arons nous tost prouvé.
35 Ansçois que Troie fust assise.
Qui fu à destruision mise.
Ne ains clercules ne Jelzon
Alaissent querre le toizon,
.1. siège devant Tebes ot
40 Moult granty tous li mondes le sot,
Où maint cembiel d'armes ot fait :
Biel en sont à oir li fait.
Devant si lonc termine sisent
Que la citet à force prisent
45 Li Griguois par leur grant desfort.
Qui à ce tans ierent moût fort.
Et li hoir qui de ciaus issirent
Apriès cou Troies destruissirent.
28 Se croi. — 29 Vers boiteux. Peut-être faut-il s^our^, mge. —
31 Enno matere. — 34 Et ciste aront outost prouue. — 40 tout î. «.
lisot. - 42 Bien en sont. - 48 .///. deetruûimrent. Ceci nous donne
la mesure de rinadvertance du scribe qui a tracé notre Ms.
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— 90 —
A Troies mains jeus delitables
50 Eut trouTÀs des eskiés, de tables,
]>e earolles et de donois ,
D'autres desduis sans esbanois ;
Bien Test la vérités contans.
Devant ces .ij. sièges lonctans
55 Ot .i. grant parlement sans faille
Mars, c'en nomoit dieu de bataille,
Contre le dievesse Venus.
Adont ert tés coustume esmus
Que cil qui par amours amoient
60 A li de leur maus se clamoient,
Si li faisoient sacrefisoe ;
Et à Mars rendoient siervioe
Gent d'armes, et ensi avint
Que li uns o l'autre convint
65 A parlement, par alianoe
Fait ensanle tout par fiance,
Et par sairement créante.
Ne poroit iestre raconté
De leur grant conroi la ricece,
70 Li grans orgius et li noblece.
Ariesté sont en une lande.
Qui moût estoit et bielle et grande.
Venus de parler s'avança
Et en teil guise commença :
75 — « Sire Mars, i fait elle, t entendes,
Se g'i mesprenc, si amendés.
Li mestiers d'armes est moult biaus
De batailles et de cembiaus,
56 Mars eognomoU dieus. — 58 est tés. La leçon ert est plus con-
forme & Tenchaînement des idées. — 59 ciU, — 62 Et à mal. —
64 vint. J'ai mis eoutint pour satisfaire à la mesure. — 71 Aeiestes
sont. J^anrais plutôt corrigé assiest/ (éiehli)^ si Texistence d*UQ verbe
assiester mVtait constatée.
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— 100 —
Dont vous avés la poesté,
80 Si Toet hardement et fierté.
Homs d^armes doit iestre despiers,
Fiers et fel, hardis et apiers,
Quant as cans a la tieste armée
Et a la ventaille fremée
85 Et Toit les anemis venir.
Avœc lui se dolent tenir
Orgius, outraiges et despis.
Car cascuns doit faire dou pis
Com [il] puet à sen aversaire
90
Li maistiers d^amours n*est pas tels
Qu il soit à ce faire aprestés.
Car il est dous et amistables,
Courtois, joieus et delitables.
95 Amours demande humelité.
Douceur et deboinnaireté,
Jolietet» joie et déduit.
Chius qui le met en sen conduit
Doit renoncier à felounie,
100 A orguel et à vilounie,
[Et] à despit et à outraige.
Et doit aiourner sen coraige
As teices que vous m*oés traire.
Par foi, c'est bien cose contraire
105 Des tecesdeces .ij. mestiers,
Et pour ce seroit bien mestiers
Que voie trouver peuïssiens,
Dont atemprer les seuïssiens. i
— < Dame, bien me plaist , > ce dist Mars,
110 I Chi afiert avis et esgars ;
00 Vers omis — 91 Maistiers d'armes — 98 Metent en sa eenduit.
-110 Chi afiert a virs et açars. Je ne sais si j'ai bien deviné.
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— 1(M —
L'acordance bien j voroie
Et de quanque faire poroie,
I vorroie de conseil mettre,
Se vous en voliés entremettre,
115 Car moult bien commenciet avés
Et plus que ne saice savés.
Par tant à vous m*asentirai. » —
Dist Venus : — t Mars, je vous dirai
La voie que gM ai trouvée.
120 Jouenes bons, c*est cose prouvée.
Quant il iert d^armes couvoitous,
Doit iestre orgilleus et estoua ;
Quant il iert sur les cans armés
Et ses bjaumes li est fermés,
125 C'est li drois d*armes que teus soit;
Et s*il à amour ne pensoit
Et le pointure ne sentist,
Dont à Mars comment s'asentist?
II ne poroit son cuer tenser
130 Qu*il ne li couvenist penser
Orguel, c'est [bien] cose assavoir.
Ne ne poroit grant joie avoir,
C'adiès devant li revenroit
J. pensers dont li couvenroit
135 En tristrece son cu^r embatre
Por le volenteit de combatre
U .i. autre fait d'armes faire.
D'autre part bons de boin affaire
Et jouenes, par amours amans
140 Et en désir d'amour flamans,
S'il n'iert hardis et vigereus
Et en armes bacelereus.
Bien tiesmoing que petit vauroit,
128 Dfmtamar, — IZApemer, — 138 hùinne. — 139^ paramours.
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— 102 —
K'à pris et à hounour fauroit.
145 Pour cou acordanoe pleniere
En faisons chi en teil manière
Que bons d*armes soit amoureus.
Si en sera plus sayereus,
Plus dous, plus gais et plus jolis,
150 Quant ses orgius iert amolis;
Et li bons u frans u gentius,
De siervir amours volentius,
Sive armes pour mius à valoir,
Si poura mieus à son voloir
155 Venir et à son desirier,
Et si ne poura empirier
Li uns Taultre, mais amender.
Des .ij. mestiers, qui regarder
I vorra ceste convenance,
160 Dont nous faisons ci ordenance.
Quant li baeelers iert as oans.
De grans fais d*armes aprocans
Et mouvera pour assambler,
Dont li devra amours doubler
165 La fierté et son bardement,
Cbi ara biel acordement.
As cans doit iestre baeelers,
Estons et bardis con senglers
Et fiers com lions et lupars,
170 Et quant li cembiaus est espars
Et revenus iert à Fostel,
Ne doit pas manière avoir tel :
Dons et débonnaires doit iestre,
I
Gentieus en maintien et en iestre,
175 Courtois, larges, de bielles mours ;
Car ce sont les teces d'amours,
154 Si poura. — 175 de bieUes amours.
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— 105 —
De quoi amans doit ie«ire duis,
De bians geus ei de biaus déduis,
De compaignie solaçans
180 Et nés et faitis et saçans.
Encor yœl jou tout entresait
Que tout adiès .y. taices ait,
Qui d*ouneur engendrées sont.
Si orés les nous qu*elles ont :
185 Soit joie et jolietés.
Quant li bacelers iert montés
Et il doit aler à Testeur,
Ceintes et de joli atour
Doit iestre; quant il est as cans
190 Et appiertement cevauçans.
Quant aproce Fautre partie.
Qui contre lui est ahastie
A grant bruit d^estrumens diyiers,
Caudement doit aler deviers
195 Ses anemis par grant flerour.
Plains de hardement et d'irour ;
Et à Tostel tout ensement
Joliement, joieusement
Entre toute gent se maintingne.
200 Ensi yoeH jou qu*il se contingne.
Et ensi ce poons savoir,
G*on a des .\j. maistiers avoir,
Si a honneur, eur et pris
S*il fait oou que vous ai repris, i
205 — t Dame, vraiement, > ce dist Mars,
« Ensi iert bien .c. mille mars
Li maistiers d'armes amendés ;
Ensi iert, comme as iex bendés,
K*à unne cose ne pensoit ;
182toc«.-183 engendré.— ISS joli$.^^3£raa, -204 Si/ait.
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— 104 —
210 Je m'aoort bien» ke ensi soit
Que vous m^avés chi devisé.
Le millour avés avisé
Que nuls aviser ne peilst.
•Jà bons d*armes joie n'elist
215 Parfaite ne bien grant solas,
Et fust souvent tristres et las,
Se ne.fust jMLr œste acordance,
Car trop grans est la descordance
De tés tieces ensanle avoir.
220 Apriès, à regarder au voir,
Hons estrais de gent d'onnerance,
En qui amours fait demoranoe.
Trop molement se maintenroit
Et petit de lui on tenroit,
225 Se il voloit ce refuser
Que d^armes ne vausist user.
Moult boinne voie y avés quise,
Si le créons tout en teil guise '
Et jurons par les poestés
230 Et par les bautes majestés
Des baus cius et dou fermement,
Uacorde à tenir fermement,
Et Taliance recordée. • —
Ensi fu la cose acordée
235 Et jurée d^ambe .g. pars ;
Si est li parlemens espars
Et ensi départi se sont.
Et desdont ces .ij. mestiers ont
Usés maint baceller vaillant
240 Ensanle, ne sont point faillant
Des poins dont furent acordé.
ilSgrant.^ 219 De cesfietes, — 228 Se p. lyt—âSS Et des cieus.
239 vaiUans. — 240 de/aUlans.
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— 105 —
Maint biau fait en sont recordé
En romans, en lais et en contes,
De rois et de dus et de contes
245 Et de mains oevaliers de pris.
De ces mestiers duis et apris.
Dont il eurent joie et hounour.
Chi en ot on, grans et menour.
Des pluiseurs conter et reprendre
250 A cui amours a fait aprendre
Maint grant fait d'armes et fumir.
Cui elle emprent à mambumir.
N'est nuls, s'il n a prouvé sa force.
Qui creut coment ele enforce
255 Cuer diamant, et quant sans descorde
O le mestier d'armes s'acorde,
Grant advantaige a de valoir,
Que es .ij. mestiers a voloir
De faire cou qui li amonte.
260 Nompourquant, quant vérité conte.
Tous est bons d*armes qui pas n'ayme
Et teus amans qui part ne claime
En armes ne point ne Ten caut.
Mais cascuns des .y. mains en vaut,
265 Che dist bien Jebans de Condé ;
Mais qui a le cuer abondé
Des .y., on voit bien avenir
Qu'il le font à honneur venir. ,
Bien ait dont qui les maintenra,
270 Et cou que j'ai dit retenra ! ^ |
i
*252 emmambrwiir. — 269 ait don.
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XI
Ll DIS DE LAIGLE '•
'au8 hons doit à haute œvre entendre,
^S'il set son non à droit entendre,
C'est à hounoor et à prouecce ;
Car s*il ciet en maie perece,
5 En ayarisce et en ordure,
A sa hautece fait laidure,
Et trop villainnement s'abaisse
Quant haute œyre pour baisse laisse ;
Toudis doit tendre à haut aler
10 Ensi c'on voit Taigle Toler,
Qui desour tous oisiaus haut vole,
Si gart que ses elles n'afole
Ordure ne villainne tece,
C'est çou qui afoUe hauteoe.
15 Au vol de Taigle garde prenge
Et sen vol de tel point emprenge
Que de plus plus puist haut monter.
Car, qui vœt vérité conter.
« Rome, fol. 169. — A., fol. 183 ro. — B., fol. 1 14.
1 à honneur — 2 Si set non a... ^4 H eiet. — 8 iT^p. Qnant. —
9 t€9u[re en haut monter. ~ 10 eouvient]^, e*on voit, — Il haut est
omis dans le Ms.
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— 108 —
Moult est haus bons de petit pris,
20 Quant il s^est à bas voler pris.
Car il doit par droit iestre tés
Que par sa valeur soit doutés,
Si que cil qui à li marcissent
Sour sa prouecce s'esbaïssent
25 Et ne s'osent viers lui drecier.
Car il s'en doit si adrecier
Qu'il les faisse esbahis et mus.
Si corn li aigles est cremus,
Que tout li oisiel qui le voient
30 De son encontre se desvoient
Et en sont si espoenté
Que jà toute jour volonté
N'ara de bien voler oisiaus
Qu'il le voit, tant est damoisiaus.
«35 Sur tous li aigles est poissans :
Si tosii c'oisiaus Testconnissans,
Esbahis est de son regart,
Et 11 est mestiers qu'il se gart ;
Car tout est sien canqu'il atrape,
40 Riens qu'il prenge ne li escape.
Ensi se doit faire cremir,
Haus bons et doit faire frémir
Ciaus qui contre lui se sont mis.
S'a lui se prent ses anemis,
45 Crueusement s'en doit vengier
Et sen outraige plestengier.
Si que castjer s'em poroient
Tout cil qui parler en oroient,
20 Quant U est. — 22 B. pour sa valeur. -^23àHle fnarstssent.—
24 B. Pour sa pr. — 27 fuissent estabis. — 30 œontre, — 33 N'aront,
— 36 Puis cosiaus est recannissans. — 40 Biens. — 44 AB. S'a lor
ort prent. — 4ô AB. Lor oat rages doit blastengier. — 47-48 AB.
porront : orront.
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— 109 —
Si qu à lui n'osaissent meffaire.
50 Haus hons» qui est de noble afaire,
Qui pris a en haut sa volée
Et qui n'a pas Telle afolée,
Se doit ensement maintenir
Pour sa hautece retenir.
55 Enoor trouvons en escripture
De Taigle une noble nature,
Où grant seneflance apent»
Car ses aigliaus contreval peut
A ses pies pour iaus esprouver,
60 Et ciaus que puet aspres trouver,
Qui se redrecent contremont,
Ciaus remet en son nit amont
Pour cou qu'il les sent vigereus ;
Et ciaus qui sont mal elireus
65 Et lanier, pendant contreval
Sans redrecier, ciaus jeté à val ;
Plus ne les vœt cierir n'amer,
Morir les lait et afamer.
Car pour desnaturés les tient.
70 Se ceste samblance retient
Haus bons, grant pourflt y ara ;
Ke ciaus que preudommes sara,
Loiaus et courtois en tous fais,
Retiengne o soi ; mais les mauves
75 Et les couars et les laniers,
' C'en voit aprestés et maniers
49 AB. Si qu'il n'o«ent vera lui meffaire. — 51 A. Ki a haut prise;
B. Ki haute a prise. — 54 «a haute. — 55 AB. en rescriture. —
59 A. A son piet. — 60 aspre. — 62 Et ciaus remait en son lit amont,
— 64 A. Ciaus qu'il trueve mal eureus. — 67 AB. Chiaus ne wet
chierir ne amer. — 68 AB. laist o\x lest, — 72 Se ciaus qui pr,
Mera. — 73 «i tel fais, — 74 A. retient.
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— no -
De villenie consillier,
Qu'il vœllent honneur essiUier,
Se tels les trœve et tés les saice,
80 Se huers de son ostel les cace
Quant leur mauvaistié pieroevra,
Dont fera il cou qu'il devra
Et s ara la nature droite
De Taigle, qui ensi esploite
85 Con je vous ai dit et retrait.
Où est princes qui tel atrait
Ait en soi qu'il faice ensement ?
Gent de mauvais apensement»
Plain d'ordure et plain d'avarisce,
90 Sont au jour d'ui en leur offisce,
Et li boin, qui tous biens voroient.
En tout canque faire poroient,
Tenroient d'ouneur la cariere,
Cil sont au jour d'ui mis ariere,
95 Et pau fait on à iaus de force,
Car mauvaistés bonté efforce.
Maint haut homme ont manières teles
Qu'il volent de mal fermes elles,
Car de haut voler se dessivent,
100 Ne la nature point ne sivent
De l'aigle, ensi con j'ai retrait. *
Car entour iaus font .i. atrait
De gens qui d'onneur les destoument
Et leur cuers à mal faire atournent
83 AB. Et Bivra. — 85-86 AB. et conté : tel bonté. — 87 Aint en toi
qui. — S9 plains. — 02 De tout; AB. Et en quanqne. — 96 Ma copie
portait : Car mauvaiité toute et efforce,— ^1 AB. Et haut h. — 97-98
ABR. manière tele : ferme elle. -- 99 A. se dessiurent; B. se des-
voient (et à la rime : ne ne voient).
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— m —
105 Et de leur houneurs les affoUent,
Et par leur conseil si bas voilent
Que quant il cuident voler haut,
Leur vols tout à .i. oop leur faut,
Et si est dou tout bestournés
110 Et de haut em bas retournés.
CTest mesciés qu'il ne s'em piercoivent
En quel manière il s*en déçoivent.
Moût de biens oent recorder
Et ne se vœllent acorder
115 As mauvais d'ensus d'iaus cacier,
Les boins atraire et avancier,
Qui pour iaus se travilleroient
Et Tounour lor consilleroient
A leur loyal pooir toudis.
120 Çhi finne de Faigle li dis.
105 AB. Et d'eile d'ounour. — Nos vers 104-108 sont cit^s par
Roquefort, y^ oel$ ; le Mb. qu'il a suivi donne le vers 105 de cette façon :
lyœle (prononcez d'oëk) d'oneur les afoUnt. Cette forme oëU p. ele est
remarquable. — 108 Ma. suivi par Roquefort : Leur oè'le à Vinstant
lor faut. — 110 A. bestomés; B. atournez. — U2 B. se déçoivent.
— 116 A. Et à boins traire; B. Et as boins traire (leçon prëfërable).
~iâ>CK5c^-
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xn
Ll DIS DOU SENGLER
^ardis cuers au besoîng se praeve,
^Mais on n'en puet certaine praeve
Savoir ne eonnoistre en nulle heure,
Car teus en un estour demeure
5 Qui en un autre quiert refuit
De lui garandir et s'en fuiti
Si est teus pour cduars tenus,
Quant en un estour est venus,
Qui bien y paie sen devoir ;
10 Et tout cou vous afi de voir,
Que teus a de hardit le non,
(Tdn voit de hardement se non :
Teus chose li puet eschcïr,
Tant c'en voit Tomme bien ceïr
15 Et il est bien dé son affaire
Au deseure, s'ôn li voit faire
Grant fait. Là ne puet on savoir,
Quel cuer puet en son ventre avoir
Ne s'il a seilr hardement.
« Ronie.fol. 160; A. fol. 180v«;B. fol. 111.
5 aquiett. — 12 AB. Qui est. —XhEtU laist. ^ 11 Là le puet, •
18 Qnel cuet la lepûet on savoir (étourderie du scribe).
É. ET I. DE CONDÉ. — T0«. II. B
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— ii4 ^
20 Mais selonc droit l'egardement
Vous mousterai par quel manière
On en puet prouvanee pleniere
Mostrer pour hani}it assayer.
Qui bien set sen devoir payer.
25 Quant uns bons voit de sa partie,
Que la querele est mal partie.
Si qull m 4e tout le piour,
Si n*a doutanoe ne freour,
Si qu'il 8*aferme en sen droit pas
30 Ne de là partir ne vœt pas
Et demeure oois en Testour
Ossi seurs qu en une tour,
Où il demeure mors u pris
Ou À tous jours en am pris, —
35 Hons qw atant telle besongne
Et qui nul péril na pessongne.
Je di, dus est liardis à droit.
Exemple aprendés cbi endroit
Au sengler qui est acuelliéa
40 Des ciens et si est recueilles
As fors basions por lui tuer,
Si le voit on ^viertuer
Et par devant tous rendre eatal
Et fait des ciens grant baitestal,
45 K'à dens les decoppe et detnenee
Et là si fort estour ooumenoe,
Quant en yreur est escauféa,
Ke sanleque ce soit maufés;
21 par ielk manière, — 22R. 0» ne p%et pourteanee pleniere. —
26 Vers omis dans R. — 27 A. Qu'il en a de trop (B. ftt qu'il a de
trop) le piear. — 29 A6. Si qu'il ne demeure en son pas. — 31 AB.
Ains demeure. — 32 que une tour, — 33 AB. demourra. — 34 ara
le prie; B. Qu'à toujours en sera repiis. — 42 On omis dans R. --
44 basiestal; AB. batestal. — 48 Ce sanle que ce tùit une maufés.
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~«5 —
Car trop AeremMit sa oomlAi
50 Et ks ciens entour lui abat,
Et sur le veneour 9*en Tient
Si que Tun des .g. en courient
Pierdre, on le voit sourent sang failU'.
S'il avient li vénères faille,
55 De son oorpe 11 puet mesoeïr ;
S'il adreee, il oouvient keïr
Le sengler, c'est proranoe vraie»
Nonpourquant de riens ne s'esmaie
Li senglers, car hardiement '
60 Vient ttionrir sans detriettient,
On le veneour et ses kiens
Escape, si qu'il n'i pîert riens.
Et moult grant damaige leur fait.
Ënsi li bons de hardit fait,
65 Quant le beaoing voit, se maintient,
Et pieœ de tierre détient
Tant qu'il puet en vie durer ;
Et li fait ses cuers endurer
Tant de painna, et tant traveillier
70 Li fait, c'on s'en doit merveillier,
Et par sen hardement seUr
Puet escaper, s'il a etir.
Si c'en voit avenir souvent ;
Et s'il y mnert, moult cier se vent,
75 Si com li senglers orgilleus,
Qui pour atendre est perilleus.
Si est si hardis em bataille
Que cols flert d'estoc et de taille
Et hardiement se deifent,
80 Bras decoppe et tiestes porfent,
Et espant boielles et sanc
* ^. mais hardiement. — 61 Et h, — 66 A. retient ; B. maintient.
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— H6 —
Si que taint eii vermeil le blanc.
Qui teus est pluiseurs fois trouvés,
Pour hardis doit iestre esprouvés ;
85 Car tant con bons est au deseure
Et il ceurt hardiement seure
£m batailles ses anemis,
Or soit c audesous les a mis,
A ceste fois ne set on point
90 Que il seroit ne en quel point.
S'il veoit tourner le moscief ;
Et pour tant vous di de recief.
Que teus a le non de hardi,
Con voit bien puis acouardi,
95 Quant voit mestrere la querelle,
Qu est maupartie la roelle.
Mais ciaus qui est hardis parfais.
En tous besoins et en tous fais
S'aselire.selonc le tamps,
100 Quant il ne puet iestre partans.
Par honneur il mait tout pour tout ;
Là le trœve on fier et estout
Et de plus em plus s*esviertue ;
U il est pris u on le tue,
105 U d'ouneur emporte se part:
Autrement dou lieu ne se part.
Qui teus est corne vous devis,
Drois hardis est à men avis ;
Je n en quier mentir ne gengler. —
110 Chi finne li dis dou sengler.
88 AB. ait mis. — 89 AB. A celé fois. — 90 y seroit. — 91 Si
teoit. — 95-96 Mieux vaut ici la leçon des Mss. AB. :
Quant voit mestrere la meriele
Et mal partie la querele.
100 AB. n'en puet.
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xin
Ll DIS DES .111. SAGES '•
is fais des gens et as usages
^Veons .iij. manières de sages.
Li premiers est sages parfais,
Car c'est et en dis et en fais
5 Que ses sens lui et autrui vaut ;
A cestui sage riens ne faut.
Li secons est sages pour lui
Et si ne Test plus pour nului :
C'est pour ce k'il n a mie soigne
10 D' autrui fors que de sa besoigne,
Et de celi tant s'entremet
Que sa besoigne en boin point met
Et la sagement acomplie
Et on dist i folz est ki s'oblie ; >
' Bien que cette pièce, dans le Ma. de Rome, fasse suite à la précë-
deute , et que pour cette raison elle soit insérée en cet endroit , je la
reproduis d'après le Ms. de la Bibl. Imp. (Ms. A., fol. 178), dont
j'avais déjà pris copie quand j'ai commandé la transcription des
pièces delà Casanateilsis. J'ai jugé inutile de rechercher les variantes
de R., et je n*en ai pas rencontré non plus qui soient dignes d*êire
recueillies, dans le Ms. B., où le dit se trouve égaloment (fol. 108 v^).
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— 118 —
15 Chiens n^est pas de sens desconfis,
Qaant de son sens li vient profls.
Sages pour autrui est li tiers
Et nient pour lui ; c'est uns sentiers
Ki n'est mie de moult grant pris.
20 Li sages doit estre repris
Ki ses besoignes met ariere
Pour les autrui ; ce par derrière
Met deranty car selonc raison
^ Doit de lui penser sages bon
25 Et ses besoignes mètre à point.
Et quant eles sont en bon point,
S'il puet autrui aidier après.
C'est boin ; mais moult plus li est près
Sa chemise ne soit sa cote.
80 S'il prendoit garde à eeste note
Tout premiers de lui pensseroit
Et de damage tensseroit
Lui et chiaus qu'il doit soustenir.
Ceste voie devroit tenir,
35 Et puis, s'il pooit conforter
Autrui ne pour lui fais porter.
Ce seroit bon, bien me plairoit.
Quant ses besoignes n'en lairait.
Il ne porroit ensi mesprendre,
40 Mais quant il veut tant entreprendre
Ke de sens en sotie chiet,
Il me samUe qu'il li meschiet ;
Car sens doit profiter à Tome
Premiem qui l'a, ce est la some,
45 Et puis puet «s autres valoir
Mais quant il met en nonchaloir
Sa besoigne et garde n'i prent
2A hons.
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— 119 —
Et autrui besoigne entreprent,
De sens en sotie est cheiis
50 Et par son grant sens dechetts.
Mais on dist que quant li bons quide
Sages estre, sens de lui wide
Et est SOS, piecha c'on Ta dit.
Chi ne mete nus contredit,
55 Car li hons qui sages se sent,
A tant entreprendre s'assent
K*adiès ne Ten puet bien cbeïr,
Ancbois Fen convient mescheir.
A le fois, dont ses sens bestourne
60 Et à grant sotie li tourne ;
Dont en est tourmentés si fort,
Qu*après ce met plus grant effort
A celé besoigne poursuivre
Que devant pour le fin consuivrc,
65 Et que plus le cacbe et pis vient.
A si fiut sage ensi avient
Mainte fois, s*est à lui mes lait.
Quant ses besoignes entrelait.
Dont perte et damage reçoit,
70 Mais par son grant sens se déçoit.
Plus grant pourfit pettst avoir.
S'il quidast mains asseis savoir. —
Atant la parolle en lairai
Et des A\j. sages me tairai.
67 B. wioult lait (leçon pr^fërable).
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XIV
DES BRAIES LE PRIESTRE.
jf^ecorder ai oy maint conto
ipQue priestre ont fait as pluisors honto
Et ont à leur femme jeti
Et avodc oou le leur eii ;
5 On en conte maint lait reviel,
S'en dirai .i. conte nouviel,
Qui est estrais de vérité.
Il avoit à unne cité.
N'a mie lonc tamps, .i. boucier;
10 Sa femme eut .i. priestre plus cier
De lui, car mius faisoit sen gré,
Quant à li parloit à secré.
Li bouciers, qui mot n'en savoit,
Ens ou markiet aler devoit
15 compaignons de sen mestler ;
D'argent cou qu'il en eut mestier
Quistpour mouvoir é^rendemain^
Qu'il dist qu'il voloit alor main.
Sa femme fist savoir au priestre
* Ms. de Rome; publié par Tobler, pp. 161-164.
2 piiestres.
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- iii _
20 K*en pais poroit avœc loi iestre.
Li priestres, qui le oouToita,
Dou boucier le meute gaita;
Celle qui haioit son slgnour
Le fist mouvoir devant le jour.
25 Quant de se maison fu issus,
Li priestres, qui n*est mie ensus,
S'est ou lit la dame coudés.
Chius a ses compaignons huciés ;
Il dient : — t Qui t'a encanté?
30 Encor n'ont pas li cok canté ;
Il est pau plus de mienuit,
Rêva coucier, si ne t'anuit,
Car encor pues dormir grant somme ;
Il a en toi trop songneus homme. »
35 Cieus en revint en sa maison ;
Sa femme dist : — f Pour quel raison
Revenés? que vous faut il ore?
— • N'en vœlent pas alôr encore
Li autre, • ce dist ses maris.
40 Li priestres fu tous esmaris ;
Elle dist que garde n'aroit.
Coi se tenist viers le paroit ;
Et li bouciers se rendormi
45 Celle fu dou mains bien partie,
26 qui net. — 34 Mb. // y ei^roU troi$ t. A.; M. Tobler, faisant ter-
miner le diaconn des compagnons au v. prëc«, corrige ainsi : Il f
entroient songneus homme. Cette correction est inadmissible et ne
donne aucun sens satisOûsant; le vers, tel que je Tai rétabli , convient
80U8 le rapport du sens, de la grammaire et de la lettre. — 38 nen
uoel. ~ 44 La rime nous indique ici une lacune ; cette lacune est-elle
d'un seul vers ou des trois vers qui manquent à notre pièce d'après
Texplicit du Ms. (ETplicit .c. et ,xtt viers) 1 Cela est difficile à
ëtablii'. — 45 doumais.
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— 125 —
Car .\j. en eut en sa partie :
Li pnestret ee giaoit à diettre
Et ses maris deviers senieetre.
Et quant vint daviers r^unier,
50 Li autre se vont atoumer
Et iiucièrent leur compaignon,
Si saut sus à loi de gagnon
Et se lieve» plus ni atent;
As pies de sen lit se main tent,
55 Au prendre ses braies mesprent.
Car les braies le priestre prent,
Conques il ne s*en donna warde,
Haste soi pour cou c'on Fawarde.
A ses compaignons en ala
60 Et si se parU de delà.
Llpriestres remest ens ou lit,
Et si démena sen délit,
Et quant li plot, si se leva ;
Les braies au boucler trouva,
65 S'i trouva le bourse pesant.
Par lui meïsmes va disant :
« Je ne sui pas moût enganés
Quant à Targent sui assenés ;
Boire jrai, point d'argent n*avoie. »
70 Li priestres en ala sa voie ;
Li autre au mardet venut sont,
Biestes pour acater quis ont.
Li bouciers une en acata
Et donné sur cel acat a
75 Le denier Dieu sans délayer,
Puis va à se bourse à brayer,
Qu'il voloit payer son argent.
54 de se lit.— 65 Tobler : Si trouva.— 7 i suce la cat a.— 76 Tobler
bourse ahrayer.
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— 124 —
Entour lui ot assés de geai;
Sa monnoic trouver y cuide,
80 Mais il trouva sa bourse wide,
Dou priestre y trœve le sayel ;
Dontfu batus d'un grief flayel,
Et fu de cuer honteus et mas.
• Foy que doi > fait il < saint Thumas,
85 Vesci coze trop desghisée ! »
Entour lui ot moult grant risée.
Li bouciers fu tous entrepris
Et de grant mautalent espris,
Quant le saiel au priestre trœvc ;
90 Or puet veïr apierte preuve
Que li priestres fu de li priés.
.1. siens compains li dist apriès :
« Compains, c'as tu fait de tes braies?
Or as tu ensengnes bien vraies
95 Dou priestre dont le saiel as ;
De ta femme fait ses soûlas
Et si est dou tien parçonniers,
Qu il a te bourse à tes deniers. »
Li bouciers fu plus abaubis
100 Qu'entre .x. leus une brebis
Et cascuns di : c vois dou huihot ! >
La bieste de quoi payer n*ot ;
Trestous desoonfts en revint.
Telle aventure li avint ;
105 La nouvîelle s'en espandi
Et 11 evesques Tentendy,
Si vot à tous priestres deffendrc
95 4t ert, — 101 Tobler a imprimé huibot en observant qu'on
pouvait tout aussi bien lire huihot, hiuhot\ voj. les Notes expl., d'où
il résultera que ma leçon ne laisse aucun doute.
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Des saiaus à leur braies pendre.
Pour cou vous di au daarains :
110 Priestresont trop rade de rains,
Si en ont maint homme ahonté ;
Maint conte vous en ai conté
Et par vérités enquis ai.
Atant m en tais» que plus n*en sai.
lOd uois di. — 110 priestres. — 111 mainte.
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XV
Ll DIS OOU PLIÇON '•
léhê sont qui ont plus kier risées
; mokeries desghisées
OVr que ne facent siennons,
3'en ai estet souvent semons
5 De risées à rime mettre,
p]t pour cou me vœl entremettre
De conter rime yeritaule,
Où il a .i. fait moult notaule.
D'un faus tour et moult desghisé
10 Et soudainnement avisé,
Et pour cou s*autrui vint à point,
Si en fust oelie en mauvais point
Que de ce biel tour avisa
Ensi oom ele devisa.
* Mb. de Rome; publié par Tobler, pp. 165-168.
3/aee. — S fait fnal en. — 9 /a». — U JSt pomr cou autrui tint
bienàpamt.— 13-14 Ms. :
Que de ce hiel tourja visa
Bmi c&mme devisé a.
Je ne suis pas tout à fait satisfait de ma correction , mais elle me
plaît davantage que la leçon de M. Tobler, qui met au premier vers :
Qui ce hiel tour i avisa
en ne changeant rien au second, malgré le défaut de la rime.
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— 12» —
15 II fu la femme à .i. bourgois,
Qui ot fait ami à son cois
D*un escuyer oointe et joli.
Une nuit se gisoit o li.
Car ses maris n*estoit pas là.
20 Jà orés que la cose ala.
Li bourgois rerint coiement
Et aluma couyiertelnent
La candeille, c*on ne seut mot.
La femme, qui son ami ot
25 Entre ses bras et coste à coste,
Ne se garde pas de tel este.
Li bourgois» qui point n en savoit
Ne soupecon point n en avoit,
En la cambre entra maintenant
30 La candeille en sa main tenant.
Sa femme moût s'en miervilla^
Quant veUe la candeille a,
Si se dreça toute esbahie,
Car bien ouide iestre traie.
35 Cieus bouta la tieste ens ou lit,
Qui n*ot ne soûlas ne délit ;
Il ne set que faire ne dire,
Tout tranle de pavour et d'ire.
— • Harou, » dist elle, • qu'esse chi ?
40 Que ce puet iestre. Dieu mierci ?
Douce dame sainte Marie !
Que cils maus hons m'a esmarie !
Priés que n'end ai pierdu le sens.
Ce n'est pas fais de boinne gens
45 De revenir si faîtement,
Car c'est .i. tours d'agaitement.
Vous m'avés mis en grant freour. •
20 Tobler a inatilement changé que en con, — 45 Y fut.
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— 129 —
— c Taisiés, > dist il, c n'ayés payoar.
Si TOUS apaisiés, douc^ suer,
50 C'onquds ne pensai en mon cuer
Qae pour tous gaitier revenisse
Ne que nul mal en vous tenisse ;
Mais tout à yo pais en sojés
Ne point ne tous en desTojés. » —
55 Sur les pies de son lit s'assist.
A celui qui ens ou lit gist
Li cuers de grant paour fraiele
Et frit con tourtiaus em paiele.
Li bourgois sa femme conforte,
60 Qui la couleur ot pale et morte, ,
Car ne set que faire peûst
Ne quel confort en li eiist.
— « Sœr, » dist il, t de cou c'ai meifait
Me pardonnes tout le mesfait,
65 Car je ne vous mescreï onques. » —
Celle dist : — « Or respondés donques ;
S'un homme etissiés ci trouvé
Par dalés moi à fait prouvé,
Dittes que fait en euïssiés
70 Ne se souifrir le peuïssiés. » —
Et cil respont : - — « A ceste espée
Le tieste eusse lui copée
Et vous morte en se compaignie. t —
Celle,*qui bien fu ensaignie
75 Et au grant besoing avisée,
Li a dit faisant grant. risée :
— c Vous ne savés que fait eusse
Ne comment gardé m'en eusse;
66 ornponda. — 72 Lui eiUse 5. L c. — 73 morte compaiçnie. —
77 euitsse. — ISToblerigard/eni'en fuisse; y Siccepierais Tolontiers
cette correction en substituant y^^^e k fuisse, qui ne rime ni avec eilsse
ni avec euïsse, comme écrit M. Tobler au vers précédent.
B. ET J. DE COtmi, — TOH. II. 9
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— 150 —
.N'en fîiisaa gaines «b friçon. » —
80 Sonr leik lit a pria sam pliMon,
Celai le gieia soor le <àeî
£t pnia Tacola de recief
Parmi le yisaiga et le ool ;
Enai a ayeulé le fol.
85 Lors bouta doa piet son an j
Et cils, qui d'anguisse fremj,
Ist dou lit tout ntts aparmain
.1. coatiel tout not en sa main,
De quoi il se fnsi défendus
90 Et» se pemiai, monlt cier vendus.
La dame le bourgois aooUe
Et en riant fort le rigoUe ;
Cils ist de la cambra tous nus.
Il ne sera huimais tenus.
95 — t Ensi fort tenir vous saroie.
Tant c'a la voie mis Taroie •
Dist celle, qui sen point regarde.
Et quant vit que cius n'aroit garde
C'on 11 fesist ne grief ne lait,
100 Sem plicon este et son geu lait.
— c Or est il, ■ fait elle, c escapés,
Huimais ne sera atrapés.
Coures apriès, car il s'en va. » —
Or oies con fait tour trouva !
105 Li tours fu biaus et grascieus,
Plains d'engien et maliscieus.
Si fu à grant pourfit tournés.
Car grans maus en fu destoumés.
Quant oeUe ot fumi son pourpos,
110 Ses cuers fu aisse et à repos,
89 y sefust. Cette substitution de y k il est une faute presque habi-
tuelle de notre scribe. —90 w p. Sê, — 104 oyi^s. — 106 PîaiM.
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— 131 —
Si demaina joie et leaice ;
Ses maris aussi s'esleaice.
Qui tenoit tout à mokerie ;
Entr'iaus .ij. eut grant ciflerie.
115 Cius s'en tourna sans plus à faire ;
Plus ne sai conter de Taffaire.
Des dras à Fesoujer reponre
Ne couvient pas celé semonre ;
Quant si fait tour ot achievé,
120 Cius autres li ot pau grevé.
Li vérités plus ne m'en conte
Et pour çou finnerai men conte.
111 îaaiee, — 112 sesîeaige. — 114 w^. — 115 affaire (ortho-
graphe habituelle des Msb. pour à /atW). — 117 responre.
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XVI
Ll OIS DES RIKECES C'ON NE PUET AVOIR '-
Hols est qui vœt tendre à avoir
[C'aquerre ne puet ne avoir,
Et moult malle est la convoitise
Qui de tel penser Tomme atise.
5 Grant painne a à son cuerbastie,
Dont Salemons son fils castie :
c Biax fius, f dist il, c tes iex ne dreces
Ne ne lieves apriès riqueces,
Lesquelles tu avoir ne pues,
10 Car s*apriès elles tendre vœs,
Si com de Taigle prendront elles,
Qui seront si fortes et telles
Que viers le ciel s'en voleront, i
Bien dist, car trop affoleront
15 Les cuers telles pensées vainnes.
Qui sont penables et grevainnes,
Si voront à riqueces tendre
Si hautes c*on n'i puet atendre,
* Rome, fol. 163. — B. fol. 120.
2 STaquerren. p. et avoir. -* 17 B. pénibles. -^ 18 Qui voront; on
pourrait ausâ corriger : qu'il (les cœurs) vorout.
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— 154 —
Car jamais cuers n'iert à repos
20 Qui tent adiès à sem pourpos,
Dont il se destniist et affblle.
Car tant plus y tent, plus s*en voUe,
Si ne le ciesse de poursiyre
Et si n'a pooir d'aconsivre,
25 Car toudis le fuit et alonghe,
S'en est en aventure longhe.
Ensi s*cn est es dus Tollée
La riquece, dont avalée
Sont mainte gens par les pais ;
30 Li cors lor est trestous aflis
Et la pensée est si sosprise
Et de teil convoitise esprise,
Que la flame ne piiet estaindre.
S'i n'i puet som pourpos ataindre,
35 Car il s'en voile contremont.
Pour cou Sallemona nos aemont
Que nous gaj^dons de couvoitier
Trop haut, c'on ne puet eaploitier
Pis que par convoitise malle ;
40 Teus cuide monter qui avalle.
11 est voirs c'on voit avenir,
C'on voit .i. homme parvenir
A teil cose c'on ne peuïst
Quidier c'avenir y peuïst.
45 A ce parvint par grant eiir,
Mais pour çou n'est on pas seUr ;
De teil eUr ne doit on pas
Tant couvoitier, mais par compas
22 B. com plus.— 25 les fuit; B. Car tons temps li fuit et esloi^ne.
— 26 B. en atente trop longhe.--* 28 MveUude, -^f^dOVmomin
dans mon maDuserit. ^ 31 St sa pensée. -^ 36 e^m&nsi, -• 44 B.
Que venir y deuïst.
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— 135 —
Doit ou moyenne voie querre
50 D'avoir aasanler et aquerre,
Car cUb qui tent à trop grant cose,
Ses cners à metaise repose,
Et maint home, ce vous afin,
En sont venut en maie fin
55 Et destruit d'armes et de cors.
Pour ce nous dist en ses recors
Salemons, qui pour voir afie
C'uns poures bons cui il souffîe
Ce qu'il a, a plus de ricece
60 C'uns plains de gloire et de hautece
Qui adiès apriès pain mendie.
Cieus est mendians, quoi c'en die,
Qui de couvoitier point n'estance
Ne onques ne prent ariestance
65 De couvoitier, mais que plus vient,
De plus plus couvoiteus devient.
Ne ses cuers nul repos ne prent.
Dont Jehans de Condé reprent
Tous ciaus qui sont de tel manière,
70 S'en moustre provance pleniere
Par Salemon, le saige roi.
Qui forment blasme le desroi
Dou rice aver et couvoiteus.
Qui tout adiès est souffraiteus.
75 Poures est et poures moura.
Car jà asambler ne pora.
Pour cou dist : t Rices n'est nuls bon,
Combien qu'il ait d'argent fuison.
48 Tant par mohier, — 50 a p. ^^ — 56 et s'est recors, —
58 cui yssovffie. — 59 Le second a manque dans R. — 60 Vers
omis dans ma copie. — 68 Vers omis dans ma copie. — 72 htas-
mes. — 78 B. d'avoir fuison.
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— 136 —
S'il n'a d'avoir sa souffîsance. »
80 Chi a legiere oounissanoe.
Qui j vœt regarder à droit ;
Et partant m'en tais ci endroit.
79 Si n'a. — 81 reigharder.
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xvn
Ll DIS DOU SENS EMPRUNTÉ *•
fehans de Conddt ciertefle,
^C*on voit meserrer mainte fie
Par autrui conseil homme saige.
^ Ce Toit on par commun usaige
5 Souvent d'un saige homme avenir
Mieus seroit c'on ne 11 conseille,
Si doit on tenir à mierveille
Comment autrui miex que 11 croit ;
10 C'est aussi con cius qui acroit.
Qui a d'argent plainne sa bourse ;
C'est cose contraire, et rebourse,
Car je tieng à fol et à yvre.
Qui a assés dou sien pour vivre,
15 Si va à autrui emprunter.
Cest affaire puet on conter
Du saige qui sen sen refuse
Bt de pieur que dou sien use ;
Qui sen sen lait et autrui prent,
< Rome, fol. 163.
2 mmerer. — 6 Lacune d'an vers.
11 7 a.
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— 138 —
20 II m'est avis que moult mesprent.
Car on ne doit pas gieter puer
Le sen qui vient dou propre cuer.
De celui sens doit on ouvrer.
Leur on puet tondis recouvrer,
25 Et ne le doit on pas cangier
Pour celui c'en a à dangier.
Se sem boin sens pour pieur cange.
Avis m*est que fait poure cange.
Et qui le fait, souvent j piert.
30 Mais, se Ton voit tout en apiert
Qu'aucuns sens que li siens miex vaille,
Dont le doit on croire sans faille,
Car boins consaus est de grant pris,
U soit en saige u en fol pris,
86 Et quant saiges bons le pierçoit,
S*il ne le croit, il s*en déçoit.
Or y a de tés qui bien voient
Qui par autrui conseil fourvoient
Et n'en vœllent pas ciaus desdire
40 Que U paroUe en oent dire ;
Tout cou fait amours et fiance
Qui leur fait mettre en oubliance
Leur boin sens et leur boin avis
Pour Fautrui ; dont il m*est avis
45 Que n'est mie saiges par&is
Li saiges qui est de tels fais.
Or voit on teil que on renomme
21-22 Le Mb. porte:
Car on ne doit pas ieêtre coer
30 S*on ne voit dont tout e. a. Cette leçon contrarie le sens. — 3I/i
sens. — Ne faudrait-il pas plutôt : Qu'autrui senif — 33 Car boin
conseil de boin groaU pris. — Sien saines. — 36 SiMskcroit.
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— 139 -^
De grant sens et dlestre preudomme
Plains d'onneuF et de gentiUecoe,
50 De hardeoieni et de proeoe.
Qui earoit par ioi gouyerner
Un roiaume et oon roia régner,
Voire de Romme tout Tempire
(Tela faÎB ne fait pas à deapire),
55 Car s'il devoit conduire .i. roi.
Il aaroit bien tout son oonroi
Ordener par sen propre sens,
Et quant il cuide pau de gens
Et pour tel homme .1. pau de terre,
60 En autre cuer va le sens querre
Et [dont] plus par autrui sens œvre.
Vesci assés desghisée œvre :
Cius qui porroit .i. roi conduire,
Comment se puet laissier sousduire ;
65 Je ne sai que tels bons demande.
Pour tant Jehans de Condé mande
Par quel homme quel part que soit.
S'a son affaire bien pensoit.
S'il se pooit cavir du sien,
70 A autrui n'enpronteroit rien ;
Mieus vaut le sien que Fautrui prendre.
Vous poés ci endroit aprendre
Que sens en autrui cuer puisiés
Ne doit mie iestre tant prisiés
75 Que cieus qui dou propre cuer vient.
Voirs est c'a le fois se convient
Consillier pour plus ciertains iestre ;
De çou n'empire on point son iestre,
52 0% roiaume. — 55 H devoit, — 56 1 earoit. — 58-59 Je ne sais
si ces deux vers sont corrects ; toigours est-il que je n*en pénètre pas
le sens. — 67 Vers obscur et suspect. — • 69 Sise, —IS nepirott.
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— 140 ~
Mais qui son sens pour pieur lait,
80 Avenir Tem puet grief et lait ;
Qui puet iestre saiges par li
Cangier ne s'en doit pour nullui
Ne meitre som boin sens arrière,
Car ce devant metroit deriere,
85 Si ne loc pas que on Ti mete.
Fols est qui autrui met en dete.
Puisque puet par le sien finer ;
Et atant vœl men dit finer.
87 par li sens.
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xvm
Ll DIS DOU FRAIN*.
Il cuers des gens sont si hastant
^Que souffrir ne vœllent pas tant
C'uns boins dis soit tous huers oïs,
N'en est pas pour cou congois
5 S'il est ensi qu'il ne soit cours,
Si est coustume es hautes cours
Plus c'ailleurs ù mainte monnoie
A de gent, car à nul annoie
C'a l'autre plest à esoouter
10 Çou qu'il ot et dire et conter.
Moût est de mauyaise despoise
Cieus cui 11 oïr le bien poise ;
Il pert bien k'envis fait le bien.
Pour teles gens ne dites rien,
15 Mais pour cens qui yolentiers oient
Le bien et de cuer le congoient,
Et pour çou vœl sans ariester
he bien as boins amounester.
* -Rome, fol. 164.
9 A Vautre. — 12 /«» oïr. — 13 Ma. // pert bien cenius faire bien.
Je ne sais ai j'ai rencontre juste.
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— «42 -
A telle gent sienrir s'aeorde
20 Jehans de Condet, et recorde
Une paroUe moût notaule
Que Tierenses nous fait estaule,
Uns maistres de philosophie,
Et apriès lui le vous afiîe.
25 Cieus qui puet sen cuer justicier
Et à raison faire adrecier,
De segnerie plus abonde
Que cius qui les .ij. pars du monde
En sa siyetioD eiist
30 Et justicier pas ne peiist
Sen cuer et à raison mener.
Comment pnet à droit gouverner
Gntnt tiere cieus qui n'a pooir
Sur sen ouevi ne le puis reoir ;
35 Mais qui puet justicier sen emer
Et 11 puet faire jeter hosr
Une mauvaise volente
Quant il s'en sent atalenté.
Sires iert et de grant poisttince.
40 De ce doR avoil* oonnisfance
Qui set ceffte parolle entendre,
Et doit à cou pener et tendre
Que soit par raison gomrrenés.
Par 11 doit iestre rafrenés ;
45 Se maus pensera se vost embatre
Ou cuer, raisons le doit debatre
Si que 11 cuers ne soit eff^ains*
Tout ensement comme li frains
Retient le ceival de mescaurre,
27 jPiw» abonde. — 28 Qiw doiU qite. — 29 Les traits du Ms. por-
tent : En sauutecion, — 39 Sire. — 46 raiton.
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-> 143 —
50 Tout aussi doit raison resoourre
Le cuer contre le mal penser,
Et c'est li frains qui puet tenser
Le cuer d'une mauvaise voie,
Qui à droit cemin le ravoie.
55 Par raison doit gouvrenés iestre
Nient plus c'uns bons ne puet conduire
Ceval sans frain, ne pœt bons duire
Sen cuer, se raisons ne le duist :
60 C'est li frains qui le cuer conduist,
Sans meserrer, le cemin droit.
Or prendés warde ci endroit :
Si com frains à ceval besoingne,
Doit li bons mettre cure et soingne
65 Que sen cuer par raison maintiengne
Et de maie œvre le retiengne ;
C'est li frains qui le cuer afrene
Et à droit cemin le rasene.
Tele afrenure est de grant pris,
70 Dont li cuers est duis et apris
En maintien, en dit et en fait ;
Et si desvoie et si mesfait
Se frains à raison ne l'amainne.
Qui raison tient et s'en demainne,
75 De legier ne puet mesaler.
A tant en lairai le parler ;
Nonpourquant assés matere ai.
Mais tant c'a ore m'en tairai.
Si pri c'as entendans souffle
80 Çou qu'en ai dit à ceste âe.
51/^^11^. — 56 Vers omis. ^b9 saraitonnekdmit. -^Q^mal.
67^ afraneiroiane. — 69 Tél. — 75 nmaUr.
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XK
Ll DIS POUR QUELS .11. COZES ON VIT AU MONDE <•
f hius a le cuer nice et rubieste
r£t vit au siècle à loi de bieste
►^Ne jà n'en ert dis boins recors,
Qui ne poureaice honour au corps
5 Ou à Famé le vrai salu.
Pau a au rice avoirs valu
De quoi il n'a houneur etie
Ne Tame de riens pourveUe ;
Ne sai qu'il a au siècle quis,
10 Quant l'un de ces .ij. n'aaquis.
Entendes chi , grant et menour,
Gomme em bien faire a moult hounour.
Bien puet on sen corps avancier
Et hounourer et essaucier
15 Par grant valeur et par science.
Et qui a boinne conscience,
Selonc çou que Dius 11 consent
D'ounour, s'a li siervir s'asent
« Rome, fol. 114. — A., fol. 155. — B. fol. 82 v^.
1 Que a. —4 B. Qui ne pourvoit. — 10 n*i aguis,
bien faire a moult grant honour.
B. ET J. DE GOHDÉ. — TOV. II.
12 AB.Em
10
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- 146 ~
Et il soit de bien faire espris,
20 Adont aquiert il parfait pris ,
Puis que em bien on le renome
Et li donne on non de preudome.
Ensi par le bien qui abonde
En 11, aquiert hounour au monde
25 Et à Tame vie celiestre ;
Ne jà n'iert bons de si grant iestre,
S'il iert mauvais, ne soit bays
Et blasmés de tout le pays.
Et tel mil qui n*en virent onques
30 En dient mal. Or veons donques
Que c'est grant bonté qu'il se fait
Par son mauvais et bonteus fait.
Ensi sans bounour se vie use
Et à le mort Tarme refuze
35 Diex, que il n'a de mauvais eure,
Si est jetés en cartre obscure,
Et ensi n'a riens conquesté
A çou qu'il a au siècle esté.
Au mains au siècle avoir detist
40 Tant acquis d'ounour qu'il petist,
Puis que de l'ame ne pensa
Ne de damner ne le tensa.
Et se il est uns poures bon
Qui n'ait tiere ne warison
45 Et vit à bonté et à vilté
En ce siècle, à grant poureté,
N'ait point le pensée espierdue
27AB. S'iieat.— 29:
Et étais qu'il n'aura veUt (m^ues
Embienu mal,.,
La leçon de A6., que j'ai adoptée, est celle que réclamait le sens.
31 B. Se c'est. — 32 Car ses mauvais. — 41 le pensa. — 42 Ne
ne danner. — 43 un. — 45 B. Aîns vive. — 47 N^aint point.
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— 147 —
Se onneur mondalnne a pierdue,
Mails se poureté en gré prehde
50 Et Dieu grasce et loenge en rende,
Et si le sîerve de cuer fin ;
S'iert sauvée Tame en là fin.
NVQle autre ho^îneiirs n*est aînôntans
A ceste, qui eôt voir contans.
55 Or 7 a une houAeur mondaine
Qui de fliedut d^aibe est lointainne,
8*eât à TeiV Msés pleniere,
Si orés jà en quel nlahiere.
Bien Teons hous, çou e6t la somme,
60 An siècle hounenre otk le rioe homme,
Si est mainte ricebe aqtiise
Par affilés miermUeu^e guibe,
Et li fds riees se de|yoHé
Quaht il voit c'ouneur on li poHe
• 65 Pour çou qtf il a ïulflwn d'atbir.
Fols est s^ensi le cuide avoir,
Elle n'est pas si aprestéé
Qu'elle éoit ensi con4uestée.
Qui honneur rœt à ûtàii t^^rbe,
70 ParWeii ftiire le doit cbniJUërbé,
Par hardeiheiit et pér pro^ce;
Par courtoisie et p&r largece.
Par sens et par relegioii;
Ensi conquiert hounoui* li oii,
76 Non pas par autrui baréter
Ne par autrui deshireter,
Par aquerre fiés et masures,
Par deniers prestes à usures
48 Sen onneur. -^ 50 Et dius. — 51 Et êe. — 54 f>oirs,
57 AB. conoifltre. — Les vers 57-58 sont intervertis dans AB.
63 A. forBriees.
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~ 148 -
U par maroeandise fause.
80 A ounour n'a mie tel sause,
Qui est aqaise par bien faire.
Se rice home de tel affaire,
Recréant de bien faire et las,
Prendent leur joie et leur solas
85 En leur blés et en leur greniers,
En leur meuble et en leur deniers.
En leur or et en leur argent.
Et sont avant trait de la gent.
C'est honeurs ki est fause et vainne
90 Et al salut d'ame grevainne.
Et quant tel riche homme mort sont,
Chil qui plus hounerés les ont.
Qu'en dient il? Or dirons voir,
Briément le vous ferai savoir.
95 Par foi, font il, chil ne âst onques
Nul bien, k'est il devenus donques ?
Li diable ont l'ame de lui.
Or ne doit on juger nullui,
Ensi qu'escriture reprent :
100 • On ne set en quel fin Diex prent
L'omme ki au siècle dévie • ;
Et nonpourquant la maie vie
En fait dire maie lichon
Et iestre en maie souspechon.
105 Or retrayons à l'ounour vraie.
Ensement con la lune raie
Et resclarchist le nuit oscure,
Ensi preudons ki met sa cure
Au bien en son cuer retenir,
110 Pour soi à houneur maintenir.
79 B. Ne par. — 82 Ce rice 86 meubles 88 Et 50». -03 B. à
dire voir. — 105 ^ Vamour vraie. — 106 et la lune.
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— 149 —
Resclarchist maint cuer tenebreos.
Car se il est riches et preus,
De grant tiere et de grant poissanche,
S*a il en son cuer coniqsanehe
115 De soi maintenir en bonté,
Et Dieu, ki Ta si haut monté,
Siert de vrai cuer et croit et aime
Et à tous besoins le redaime
Et le cognoist en sa hauteche ;
120 Et ch*est la souveraine teche
De salut d'ame et la sente.
Et Diex par sa grasse consente
Tous preudommes si contenir
Que la sente puissent tenir
125 Ei Tame en paradis convoie
Et tous les pecheours ravoje
Ki par pechiet sont desvojet.
Si qu'à lui soyent ravoyet.
— ^«SGS&-
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XX
Ll DIS DOU CHIEN '.
j^ar exemples de créatures
I Etpar regarder leur natures
Se pœt on ensengnier et duire
Pour sa yie user et conduire.
5 Pour çpu vous vœl .i. dit retraire
Dont'On poura exemple traire
Pour sa vie user pourfltable,
Bt'Siten sont: li mot notable :
C'est de la nature dou cien,
10 A qui sont donnés .iiy. bien
De nature que je moût pris,
Si vousresont' par mi repris.
H' sent au flair, c'^stli premiers;
Puis est de bayer coustummiers,
15 Dont il ftkit lé laron fuir
Et sa poissance esranuiV ;
Sa langhe medechinne porte
Et- la plaie aM laicier' conforte,
S'est â sbn signour vrais amis.
20 Ces .iiij. dbrns nattcre'a^mls
* Rome, fol. 165.
•20 Cest p. ces.
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— 152 —
Ou cien, et cil qui j vorront
Prendre garde, miex em porront
Valoir, s'il y sont cognissant,
Et plus 11 haut prince et poissant.
25 Li premiers dons c'al cien consent
Nature, c'est que au flair sent,
Monstre que bons de grant puissance
Doit avoir en lui counissance
Ke les boins et les mauvais sente,
30 Si ke au bien dou tout s'asente
Et si maice le mal arrière ;
Et s'il entre en ceste karriere,
Si con li ciens, boin flair ara.
Quant le bien et le mal sara.
35 Si doit par l'un sa vie user.
L'autre guerpir et refuser ;
Les boins tiengne à soi et atraie
Et son cuer des mauvais retraie.
Car il y a villain atrait,
40 Si fait bien ciex qui s'en retrait.
Apriès li ciens par abajer
Fait le laron si esmajer,
Qu'il s'en fait paourous et mas.
Haus princes, qui entendu m'as,
45 Fais ensi que par ton abbaj
Soient li mauvais en esmai,
Si qu'il ne t'osent aprocier.
Car tu dois si bien justicier,
Que des mauvais soies cremus,
50 Que paourous seront et mus
Et n'oseront oïr ta vois.
27 Moustrer, -^29 Et les b.— 35 par lui. — 42 FetU
le laron H esmayet. — 45 que omis.
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— 155 —
Tout ensement oon don cien vois
Que le laron ensus encace
Qui à le maiBon max pourcace
55 Que il doit gaitier et garder^
A ce te dois tu regarder
Que les larons essorber puisses,
En tous les liex ù tu les truisses,
Qui ton pajs desreuber vœllent,
60 Et le font quant faire le pœllent.
Jà mais li ciens ne ciesseroit
De bayer tant que priés seroit
Li leres, et ensi dois faire.
Ciax qui sont de mauvais afaire
65 Dois tu tant cacier et tant sivre
K'en la fin les puisses consivre,
Et si ne les déporte point.
Dou cien après suit le tierc point,
Dou don que nature li donne :
70 Sa langhe au curer s'abandonne
lia plaie, quant le pœt lecier.
Ensi dois tu langhe adreder
A biau parler ; c'est biaus assens
De dire parolles de sens,
75 Deboinnaires et amiables,
Miserioors et caritables.
Pour cascun le bien enorter
Et les soufft'aitous conforter.
Langhe de preudomme ravoie
80 Souvent maint homme à boinne voie,
A tels gens dois le bien apprendre.
Si qu'il se gardent de mesprendre.
Se ce fais, c'est prouvance finne,
74 parçUe,
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— 154 —
Tftlaagfaapocte medâeizuu^.
85 Et as plqjfloara santé açoirte
Quant aOi bien, fair» kar «ODrie
Et da mal faire I&b destouma.
Et Diex hèi mal eia biau retourne.
tia quart don, en amour parûdt,
90 Pœi. souvent ciens prouver par fait,
Et oascuns em pœt iestre sages,
. Bien le moustre communs usages
Qu!el monde n*a amour grignour
Que li ciens a viers son signour.
95 Ensi doit haus homs Dieu amer
Et lui de vrai cuer réclamer,
Tenir et garder ses oommans,
Et soît ensi dou proisme amans.
Si proisme sont tout crestjen,
1ÛA< Par Gris, le roi oelest^etn.
Par qnifdeFona tout ieatre.fràrei;
Bian nouaian. donna ,1a matese
Quant.pour nous monit en^la orois.
Et tUi.hauBjhon^ qui en Dieu caois,
105 Qui, dois fraraS' à, autres ieatiïa,
Bien doiaroagacdanàttoniestlse.
Que tea franea n!eii faÛM» siere^
Se ton craatottr àidcoitsiersi
Tu leadoia por fîf^» tenir.
110 Voira estcqa'jl t*0slOQt naaintanir
La poiasanea/qui. t'est dounéfti
EnsiiqnaDienftrÀ ordenée^
Et tes gens te doivent aiervice.
SaDieuB t'a faitfpQi8aaQt.et niée,
87 ledesUmme. — 90 cietu omis. — 109 ^ dois por frère.
lU donner.
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— iS5 —
115 Tes gens dois à droit gouvrener
Et les dois par raison mener.
Ta ies leur sires et leur mestres,
Leur gouvreneres et leur paistres,
Si ne dois pas iestre tirans
120 Ne d'iaus destruire desirans,
Car garder les dois et tenser,
A ce se doit cascuns penser.
Bien poBS çon qu*il te donnent prendre,
De ce ne te pœt on reprendre,
125 Mais se tu les presses et grieyes
Et malles coustunmies alieyes.
Tu ne feras pas ton devoir.
Ce puis je bien dire pour voir.
Au jour d*ui fait on le contraire,
130 Par bien laissier et mal atraire.
La yerité n*en oseroie
Dire, car bays en seroie;
Pour tant yous pri que yous souffle
Ce que j*ai dit à ceste ûe
135 De ces .ii^. natures dons
Dou cien, dont doit cascuns preudons
Retenir la segnefiance,
S*aront li boin en 11 fiance.
Si con Jebans de Gondé conte,
140 Qui ci endroit finne son conte,
Où boin exemple poront prendre
Cil qui Feront dire et reprendre.
116 Tels ffms. — 121 le dois. — 135 De rest. — 140 T^
mot son omis.
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XXI
Ll DIS DE SEURTÉ ET DE CONFORT
(oble coze est d'ayoir confort,
pCar cils qui vit en desconfort,
En grief point vit et en fort tamps,
Car qui trop est desoonfortans
5 Em péril vit d'ame et de corps.
Pour cou vous dist en ses recors
Jehans de Gondet et tiesmoingne.
Qu'il n*est si contraire besoingne,
Con ne s*en doive conforter.
10 Quant fortunne yœt aporter
Aucun grief et Dieus le consent,
Li bons qui le Toit et le sent
Doit souffrir ce que Dieux envoie.
Et doit de confort querre voie
15 Contre le grief et le durté.
Cils confors vient de settrté,
Une viertu ferme et seUre,
*^ ^^^me, fol. 167.
^••* àidn confort (qui dit juste le contraire).
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— 188-
Qui contre tous fais Faselire.
Quant uns hons piert avoir et terre
20 U on art se maison par guerre,
Con grant anui que ses cuers porte,
Selirtés oonfoH lui aporte
Et dist i\e faice cière amere :
c Car tu nasquis nus de ta mère ;
25 Mais que santé et honour aies,
De nulle pierte ne t'esmaies,
Car se tu voes par sens ouvrer.
Bien pouras avoir recouvrer,
Car est cose qui va et vient ;
90 De ce dœl faire ne convient. »
S*un8 bons a em bataille esté.
Où il ait si pau conquesté
Qu'il ait pierdut de ses amis
Et soit vaincus des aneit)i8|
35 Dont au cuer ait dœl et fi^eiftifte,
Seûrtés adont le rapaise
Et dist que doôls ni à mestier.
C^est li usaiges dou maistiet*
D'armes c'en y piert et g&aingne
40 Tel paiement et tel bargaingne ;
Tels est vaincus qui vaint apriès.
n n'i a fors dou tenir priés
Et d^anguissier son aversaire ;
(Test cose en wiere nécessaire.
45 Hons d^armes doit aventurer
Son corps tant con il pœt durer.
Ne nens ne doit douter fors honte,
Car de mort ne doit tenir conte ;
Et se tes amis as pierdus,
24 nuti. — 44 wiere alterne ici avec guerre y comme ailleafs
ftarde avec garde, n>aUier a.yec gaitier, etc.
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— 159 —
50 Jà n'en soies trop espierdiu :
Canke yie prent, morir dmt ;
S*uns iioM .^. <$. ans «tendoit,
ai ie oMvient, bieii le t'aliii,
55 Et couTieni mourir de nortteil
Corn Dieu pbôst. De ooea morteii
Ne doit iestre znMiés grans deus ;
Car quant ayient que on s'en deut,
Si çou c'on amander ne pœt,
60 U YcsUe u non, souffrir TeetoBt.
Se Diex reprent eou qui est sien,
Encontre nous ne mes&it rien.
Tout sommes sien ; 8*à nous leprent,
Entiers nous de rien ne mesprent.
65 S'uns hons a guerre sour sen droit
A plus fort que à son endroit
Et soit dolaas de œst desooii,
CTon n'i trœve pas ne aceort,
Seûrtés vient plus que le pas
70 Bt li dist : • Ne t'esmaies pas. •
Car nous trourons en une istoire,
Qu*à grans gens n'est pas la victoire
Mais où Diex le vœt envoyer.
Pense de fort à guerroyer
75 fit de hardiement marcir ;
Pour tes anemis à marcir,
Diex te pcet de ten droit aidier.
Plus que ne penses souhaidier.
^SeU, — 54 Je me suis permis d'iosërer ce vers de ma façon,
pour remplir la lacune que présente ici mon texte. ~ 57 dms; la gram-
maire imposait, contrairement à la rime pour Tceil, la forme devi
(prés, du subj.).— 59 Si cou eomander ne pœt. -* 64 ne manque.
— 68 poê ne aceort. — 72 Qwi grans.
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— 160 -
S*uns bons piert se marceandise
80 Sur mer u par une autre guise,
C'om li ait emblé u tollue,
Combien que soit de grant yallue,
Setirtés vient plus que le cours,
Pour lui faire %jue et secours
85 Et li dist : c Amis, or m'entens,
Que à gaaignier avoir tenst
Quant tu Tas, forment le goulouses.
Et quant le piers, tu t*en doulouses.
De ce dœl te dois repenser,
90 Car ten cors, ce dois pourposer,
Avodc ravoir pierdu cuisses.
Se tu de Dieu confort n'euïsses.
Dieus favoit prestet teil avoir
Et quant il li plaist à ravoir
95 Et el corps s'aucun mehaing as
Dont tu teil avoir gaaingnas,
Grasce en dois Dieu et non dœl faire
Et regarder à ton affaire.
S'au gaaingnier te vœs reprendre,
100 Dieus le te pœt au double rendre.
Ensi quel grief que li bons ait.
Ne quel meskief ne quel dehait.
Puis que setirtés s'acompaingne
A lui, il a vaillant compaingne,
105 Car en tous ses fais le conforte,
Con dure ne soit ne con forte
La pesance qu'il a au cuer,
Ne ne vœt souffrir à nul fuer
Qu*il s'embace en désespérance,
95Stîe€orpi.--V7 Grasce entent ZHeu et no» dois faire.
- 99 tes voes, — 105 Car en dons.
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~ 161 —
110 Àins le tient em boinne espérance.
On a le bien apriès le grief;
Si TOUS àU par paroUe brîef.
Que seûrtés est de grant pris.
Car boins oonfors est en lui pris,
115 Ensi corn je le tous ai dit.
Et chi endroit finne men dit.
B. ET J. IMKCOin>£. — TOM. II. H
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nii
Ll DIS DE LOLIETTE ''
?^f^\Ss
/est sierviches biaus et courtois
^De retraire aucun sieryentois
•^Par devant preudomme à se table^
Si n^est pas cose moult eoustable
5 A celui qui le seit retraire,
S^em pœt on en Teure retraire
Maint cuer d*anui et de grevanee ;
Si est toute apierte prouvance
Qu'il n*est nuls mes si profitables,
10 Si plaisans ne si delitables
A homme saige et entendant
Et à oîr le bien tendant;
Bien savés qu'il n'est mes si riees,
Dont à table soit fais siervices,
15 Qui sierve fors que pour une eure,
Mais boinne paroUe demeure
Au cœr qui Ta en ramembrance,
Et si y fait racinne et brance :
* M», de Rome; publié par Tobler, pp. 20-22.
ASe^. si. — 9 (et ailleurs) mais.
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Racinne en cou que le retient
20 Et brance en cou que se maintient
Selonc le bien c*on li recorde ;
S*est sages qui à cou s'acorde,
Et qui n'est mie si parfais
Qu'il se puist si prouver par fais
25 Que tout cou qu'il ot dire faice
(Car pau n*est nuls qui ne mesfaice),
Jà pour çou en vis le bien n'oie
Ne boins recors ne li anoie.,
Encor fust qu'il fust enteciés
30 D'aucuns maus grascieus peciés,
Se de tant pooit sen affaire
Amender que il peuïst faire
.1. seul des biens qu'il ot reprendre.
Si que sen cuer peuïst reprendre,
35 Li pouroit cils biens tant valoir
Qu'il en metroit en noncaloir
Les maus, et les biens recevroit
Et selonc çou se maintenroit.
Car on voit bien que tout à trait
40 Uns petis biens .i. grant atrait ;
Et qui .i. petit bien commence.
De plus em plus croist la semence
Tant que grant bien em pœent croistre.
La prourance em poés connoistre
45 Par .i. petit grain d'oliette, •
Une semence deliette
Et petite, qui s'enrachinne
En tierre, et vient de sa racinne
Tant d(» jrrains c on ne les poroit
28 retorpt. — 34 que se cuer. — 47 peitiiiê.
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50 I^ombrer, qui faire les voroit.
C est trop bielle œvre de nature
Comment grains de tele faiture *
Monteplie en telle manière ;
Dont la prouvance est si pleniere
55 Que Taparant en voit cascuns.
Tout aussi, quant il est aucuns
Qui aucun petit bien emprent.
Se dedens sen ouer se repent
Et s'i commence à delitter,
60 Li pœt cils biens tant profiter
Qu'il en het les maus et despite
Pour ce bien que en lui abbitte.
Qui d'autres biens atrait plenté
Et en sont li mal susplanté, ^
65 Qui de plus obscure deseroissent,
Et li bien de plus en acroissent,
Et si grans fuisons en j vient
Que les maus partir en convient ;
Et ensi par ce bien petit
70 A de tout bien faire apetit ;
Cils petis biens qu'il commença
Aquise ensi se semence a,
Et ensi poroit avenir,
Ensi c'on voit dou grain venir
75 D'oliette d'autres grains tant.
50 vaurùit. Les copistes ont T habitude de ne pas distinguer entre
roroU (de vocdoir) et vauroU (de valoir), ainsi qu'entre tarra et
vawrra^ vansist eteausisty mais je suis d'avis que les éditeurs des textes
anciens devraient le faire. Je n'ai pas toujours suivi moi-même cette
règle, mais je compte le faire à Tavenir, car la clarté ne peut quV
gagner. Tobler a eu tort de corriger le à la place de les ; faire est le
substituant de nombrer et réclame le même régime que prendi^ait ce
dernier. — ^ de plus acroissent; on peut aussi corriger ; de plus plus
croissent. — 67 grantfuison, — 71 Ms. et Tobler : aqmtte.
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— 166^
Pour tant oil qui sont assentant
A biaus mos oVr recorder,
n en doient moult amender.
As boins et as max profitable
80 Sont proYierbe et 11 mot notable.
Car 11 boins en doit mieudres. iesire
Et 11 mauvais em pœt sen iestre
Amender et prendre exemplaire ;
Pour ce doit li biens à tous plaire,
85 Jehans de Condet, qui chi finne
Sen sierventois, le nous afinne^ .
8t6 Set gierventoû.
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XXIII
Ll DIS DOU CHEVALIER A LE MANCE '•
I est qui sa langhe atempre
3n biel parler, et tart et tempre
bielle parolle en saison,
Et s*est bien voie de raison ;
5 Car paroUe de courtoisie
A souvent grant jre aooisie
Et dur cuer à amour atrait.
Je ne sai nul si biel atrait
D*amour que c'est de biel parler,
10 Si piert on moût par mesparler ;
Car parolle de yiUounie
Nourist es cuers grant felounie
Et hainne forte et despierte.
Si est cose à veoir apierte
* Mb. de Rome; publié par Tobler, pp. 23-88; coUationDé sur le
Mb. de Turin, fol. 27 t® à 35 t®. — Les yariantes imprimées en cai-ac-
fères ordinaireB Bont celles du Mb. de Turin ; oelleB en italiques repro-
dnîsent les leçons primitiTes du Mb. de Rome, cojTÎgées dans le tente
fvoit par M.Tobler, soit par moi.
2 car tart. — 7 retrait. — - 14 à venir.
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— 168 —
15 Que biaus parlera est de grant pris.
Si est saiges et bien apris
Cieus qui mesure ses paroiles
Et qui retient ooies les folles.
Qui poroient faire grevanoe,
20 Si em pœt on moustrer prouyance
SouTent ; de quoi .i. conte orés
Où exemple prendre pourés
Qu'il vaut mieus parler saigement
Que ne faice vollaigement.
25 En Tieraisse, sour la rivière
D'Oize, manoit (à en arrière
En moult biel lieu uns chevalierSy
Qui par coustumme iert biaus parliers.
Et plus n'avoit en lui de bien,
90 Car de son corps ne yaloit rien,
S'en faisoit casoons ses escars.
Tant estoit avers et escars, .
Plains de lasqueté et d'ordure.
Si l'en dist on mainte laidure.
35 Moult iert biax et poissans de oorps
Et, ensi con dist li recors.
Bielle tierre en se main tenoit,
Mais nicement se maintenoit.
Il "n'iert mies dou pajs nés,
40 Car il estoit frères mainnés
A .y. chevaliers de Campaigne
Moult vaillans, qui par grant engaingne
L'orent caciet de lor pajrs,
Pour cou qu'il iert de tous hajs ;
45 Pour la caitivite de lui
N'estoit li amés de nuUui.
35 S Vit moult biaus. — 43 hors dou pais.
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— 169 —
Li frère, qui de grant ootrèrent.
Celle tiere là lui donnèrent.
Pour çou qu*il amoit le repos
50 £t Tolentiers aloit au bos
Pour prendre sauve^nne au las ;
C'iert ses déduis et ses soûlas ;
De prendre pietris et faisans
Li estoit li déduis |4aisans,
55 STiert mestres de prendre oiselés
A yregielles et à brailles.
Pour çou que teus iert ses usaiges,
Ot non c li campegnois sauvaiges. » i
Ensement se maintint maint jour
60 Corn cieus qui amoit le séjour.
Et jà fust il avers et niées,
Si ert il bien garnis et rices.
Une dame ou pays avoit
Si bielle que nuls ne savoit
65 Nulle plus plaisant ne plus gente,
STiert en la fiour de sa jouvente.
Nulle riens en li ne faloit,
Avoec sa biauté tant Taloit
K*à tous biens estoit assenée,
70 Tant estoit TaiUans et senée*
.1. cevalier ot à mari.
Qui n'avoit pas le cuer mari ;
En sens, au tiesmoing de pluisours.
Il passoit tous les vavasours
75 Dou pajs, s'iert de boin eaige,
Grant tiere tint et biel manage
Et si tenoit si grant hostel
K'en tout le pays n'avoit tel ;
51 as las. — 52 se déduis. — 56breuillés. — 65 plavi^*^.
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— 470 —
Tant se tenoit courtois et gent
80 Qu'il iert à toute boinne gent
Apparelliés et nuit et di.
Li cevaliers dont je vous di,
Qui ot si peu honneur à pris,
Fu de Tamour la dame espris,
85 Et de plus em plus crut sa flame
Amours qui les amans enflame.
Et de si grant désir Fesprist,
K*en ce désir hardement prist
Et âst tant que il sot le point
90 Que dou mari ne trouva point.
Cieus oui amours le cuer endame
Est venus en Fostel la dame.
Et de tant biel avantaige ot
Que courtoisement parler sot.
95 A la dame ot s'amour requise
En teil manière et en teil guise
Qu'il savoit parler saigement,
Et li dlst que moût longement
L'avoit amée et qu'il moroit
100 Pour li, escaper n'en poroit.
S'il ne parvenoit à s'amour.
Quant la dame oj sa clameur,
Li viaires d'irour li mue.
Si pensa, si fu coie et mue.
105 ( Dieus, > pense elle, c con faite ruse !
Ciex hons bargaingne, bien l'amuse,
Musars est et si vœt muser
Et le tamps en folie user ;
Car onques nuls hons en essart
110 Ne fu plus falis dou musart.
79 le tenoit —83 et pria. — Tobler : apris, — 85 ot sa flame.
— 9{ les c%er8.^90 amet,^ lOi et fn.— 109 mw lièvres du fiart.
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— 171 —
Guide il or c'amer le detisse
Ne que ai failli cuer etisse ? »
La dame atant li respondi :
c Sire, • fait elle, « je voiu di
115 Que, quant teus et si preus seréa
Que tous Tos voisins passerés
De hardement et de prouaice.
De yalour et de gentillecce,
Adont serai ge vostre amie
120 Etjusk'atant n*en parlés mie.
Mais quant à tel non parvenrés*
Hardiement çà reyenrés,
Car si bien couvent vous tenrai
C'a mon ami vous retenrai. »
125 Ce lui dist elle par despit;
Car prendre cuida tel respit
Que ciex à celle eure en alast
Que li jà mais plus n'en parlast.
c Dame, • dist il, c plus ne demanc
130 Et sour cou à Dieu vous commanc ;
Et Dieus me laist si bien ouvrer
Que teil non puisse recouvrer ;
Mais amours m*aprent et ensengne
Que de vous aie aucunnc ensengne,
135 U guimple u mance, pour porter
En armes pour moi conforter ;
Pour vostrc amour le garderai.
Et quant je le regarderai,
G'i prendrai soûlas et confort
1 40 Et me fera iestre plus fort. »
111 are.— 121 Tobler : cet; je pensç qu'il faut ^W (cp. v. 132);
c et t sont difficiles à distinguer dans le Ms. (voy. la var. v. 127.). —
122 cant revenrés. Je fais la correction d'après Tobler. — 127 par
telle (on celle?) eure. Tobler : à telle heure. — 135 ghinche.
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— 172 —
Or ne set la dame que dire
Ne li set comment eseondirc
Selonc çou que proumis li a.
Or pense qu'elle foUia
145 De la proumesse qu elle fist
A celui qui bien li soufflst.
• Sire, » fait elle, f tous Tarés,
Ne jà tant pierdre n'en sarés
En fais d'armes n'ayés nouvielle. »
150 Cieus ot volentiers la nouvielle.
La dame saige et aramie
Estoit à privée maisnie.
Si li ala querre une mance
De drap lingne ridée et blance,
155 Qu elle ot à .i. sien cainse prise ;
Au cevalier, qui moût le prise.
Le donne, qui grant joie en fait,
Et dist k'il faice tant par fait
«
K'à bien emploiïe le tingne,
160 Et en teil guise se maintingne
Que se doit maintenir amans.
c Dame, » fait il, t à vos commans
Vœl obbeïr moult volentiers,
Si que vrais amans et entiers ;
165 Car finne amours le me commande, i
A cest mot le congiet demande,
' Si s'en va, et celé demeure.
Qui forment va pensant en Teure
Au cevalier et à son iestre ;
170 Ce li sanle drois songes iestre,
Celui tient à fol u â ivre,
Dou tout en cuide iestre délivre ;
151 enresnîe. — 157 Li donne. — 171 fol uaniie ou uanice{ce qui
fait u à nice).
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- 173 —
Ne cuide pas le cuer euïst
Dont à nul bien penser peui'st.
175 t Or soit ensi que il avingne, t
Fait elle, • que viers moi revingne,
Quels profls li ert et quels preus?
Comment poroit il iestre preus?
Plus failli n'a en .i. roiaume,
180 Ki ains en son cief eûst hiaume.
Et comment dont si preus seroît
Que tous ses Toisins passeroit? •
De la dame atant me tairai
Et dou cevalier retrairai,
185 Qui s*en aloit liés et joians
Et sa mance moult conjoians.
SouTent le baise et si le touoe
Et à ses ieus et à se bouce.
Il n'a juskes en Salenike
190 Ne saintuaire ne relique
Qu'il euist si cier à baisier,
Il ne s'em pœt point apaisier;
Grant volenté a de bien faire,
Il a atourné son afaire
195 A mener grant vie et honnieste;
Car boinne amour l'en amonnieste.
Moult U convient aventurer
Le corps et grant painne endurer.
Car qui a mauvais non aquis,
300 Ansçois qu'il l'ait boin reconquis.
Plus c'au double l'estoet pener,
Ains c'a boin non puist rasener.
lii jours vint d'une fieste grande
177 est,— 180 Ains ne fu frus en son hyaiime (sic). — 199 apris.
- 202 l'ecouvreix
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- 174-
Ou bos de Faigne en une landei
205 Que .X. chevalier prise avoient.
Qui contre tous jouster dévoient.
De .X. pajs estoient né,
Si furent ensamble attné
Pour çon qu'ensamble se trouvèrent
210 En .i. hostel là ù il èrent»
Si n*avoit autres gens entr*iaus,
Si lor nûst avant .i. hiraus
Et dist jà mais ce n*avenroit,
Ne nuls d*iaus en liu ne venroit
215 Où il veïst cou avenir
Qu'il veïst en .î. liu venir
De .X. pays tels .x. vassaus:
f Et se creûs iert mes consaus.
Une fieste cryer fériés,
220 Où vous .X. ensamble sériés
Pour joster à cîaus qui vorroient
Venir et nouvielle en oroient. »
Adont trestout se regardèrent
Et à ce conseil s'acordèrcnt,
225 Si le fissent sans detrjer
Partout noncïer et cryer.
Tout sont à le fieste venu,
Et haut et bas, gros et menu,
Cil des marces de là entour ;
230 La veïst on moult rice atour
Des dames et des damoisielles,
Dont à fuison y ot de bielles,
Qui sour .i. escafaut seoient.
Si que partout moult cler veoient.
204 Fagnes. — 205 chevaliers prisï — 206 et 221 jtuter, —
226 Tobler a eu tort de corriger anoncier; car noneier peut fort bien
être traité comme trissjUabique. — 229 Cils, — 231 De d. et de d. —
232 Dont il i ot fuison d. b.
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— 175 —
235 Lor conrois fu moult noble et gens.
De pluisors pays y ot gens»
Là entour ayoit mainte tente.
Uns oris fu cryés sans atente
Que cieus qui le mieus josteroit
240 .1. espriviér emporteroit
Tout blanc de sa droite nature,
Ck>rond, aumousniere et çainture,
Que la roinne li donroit,
Et que .y. lances ne pouroit
245 Courre oevaliors dôforains
Sans le congiet des souyerains,
C*estoit des .x. qui là estoient»
Qui d'iaus esprouver s'apriestoient.
Il j ot .i. Vemiendiyen,
250 .1. Flamenc et .i. Artisien,
.1. GambresiSf .i. Hainnuier,
.1. Braibençon et .i. Ruier,
.1. Behaingnon, .i. Ardenois;
Li disimes fu Campegnois,
256 Moût courtois en dis et en fais ;
Cieus iert de la fieste rois fais.
Et 8*amie roinne fu,
K'amours toucie ot de son fu.
Et si ot à celle aramie
260 Cascuns des bacelers s'amie,
U fust u lontainne u yoisinne,
U sa serour u sa cousinne.
Là estoit la fieste pléniere,
U moustrée ot mainte baniere
' 265 Et mainte ensengne desploiie
235 fu nobles et gens — Ms. Lors c. — 242 Coroie.— 245 Coure.
— 249 ViermendiBien. — 252 Tobler a lu erronément rivier. —
53 .1. Hasbignon. — 255 Moût ceintes. — 258 de sonrfu$t.
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— 176 -• .
Et mainte lance pecoiïe.
Es vous le cevalier y vient,
Cieus sa mance moustre que tient.
Qu'il avoit sour son hiaume assise ;
270 Si bien fu montés c a devise,
Et ot atour mont noble et gent.
De geules à mances d'argent
Fu ses escus et auteil cotte
Avoit, qui iert rice et mignotte ;
275 Les couvretures dou ceval,
Qui li pendoient contreval
Jusk'as feiUons, autretel furent.
Li cevalier ne le connurent,
Si demandèrent as hiraus,
280 Se il avoit nuUui entr'iaus
Qui connettst le baceller.
c Nous le vous poons bien celer • ,
Font il, • mais selonc nostre esmance
C'est li cevaliers à le mance,
285 Ne savons c'autres soit ses nous
Et endroit de nous le douons,
Mais nous ne savons qui il est. t
Li cevaliers vint sans arriest
Viers ciaus dedens, es rens entra
2d0 Et d'outre en outre se moustra.
Au passer les dames regarde ;
La dame bien s'en donne garde,
Qui le mance a reconnett
Qu'elle avoit autrefois ette ;
2^ Grantmierveille en a en son cuer.
Qu'elle ne cuidoit à nul fner
267 S voui t. eh. u vient, ^ 268 Cuî sa manche moustrer coo-
TÎent. — 271 entour. — 277 Jo8k*aB filions autelles furent. —
284 cevalier, ^ 286 le devons (leçon fautive). ~ 294 verie.
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— 477 —
K*en oeloi tant de bien euist
K'en.boin lieu moustrer le deuïst.
Li cevaliers outre s'em passe,
300 Qui ariesta moût peu d'espasse.
.II. escujers, qui li portoient
Grosses lances, priés li estoient.
Au renc s'en vint, car jouster weut ;
Uns autres contre lui se meut,
305 Sour iaus ot grant regardement,
Car il viennent moult radement ;
Es hiaumes lor lances pecoient,
Li cevalier .i. poi arcoient,
Outre passent et puis retournent,
310 De l'autre cop jouster s'atoument ;
A lor escujers lances rœvent.
Quant prises les ont, si remuevent ;
Mierveille est que ne 8*estonnèrent,
Tels cols es hïaumes donnèrent.
315 Lor lances volent par esclas.
Mais cieus dedens caï tous plas.
Uns escuyers son ceval prent.
Et renmainne ; point ne mesprent,
Quant ses maistres Ta abatu
320 Et nuls ne li a debatu.
Hiraut crient : « C'est bien aler ! »
Dont commencièrent à parler
Dames et damoisielles toutes
Et dient que joustes estoutes
304 s'esmuet. — 306 trop radement. — > 307 les hïaumes lances
p. — 313-314. Turin:
Telz coz es bjaumes se donnent,
Merveille(8) est qu'il ne s'estonnent.
318 A le mance p, «. m. (leçon fautive que j'ai corrigée d'après
Tobler).
». IT J. DB GONDi. — TOH. 11. iS
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— 178 —
825 Verront dou cevalier nouvid.
Volentiers voient teil reviel,
Car de painne n'i maitent gaires.
Lors sonnent trompes et nakaires ;
Cascuns de faire bruit se painne,
330 Hiraut crient à longe alainne,
Ensi com lor mestiers apporte :
t Amours au<;evalier qui porto
La mance, bien le doit porter,
Car il se seit biel déporter
335 Dé lances froissier et brisier.
Bien se doit la dame prisier
U la pucielle u îestre quinte
De qui tels bacelers s'aquinte. »
Ensi le cevalier looient
340 SI que les dames cler Tooient.
Chius qui d« la fleste estoit rois.
Qui avoit moult rices conrois,
Fu moût durement courouciés
Que ses compains ûi tresbudés ;
345 Lance demande et on li donne.
Droit viers le cevalier randonne,
Qui là revient de grant ravinne ;
De hardement et d'unour finne
Avoit espris le cuer dedens.
350 II se ûerent devant les dens
Es hiaumes et si se hurtèrent
Que les hiaumes de ciés estèrent,
Cascuns sa lance en tronçons froisse,
Ki a celui n eUst angoisse.
325 vorront — T. dou bacheler n. — 331 Taporte. — 335 froer.
— 347 Qui li revient. — 349 le cors. — 352 Que les h. se restèrent.
Encore une variante amenée par la variation do la prononciation du
mot hiaumet en deux ou en trois syllabes.
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— 179 —
355 Ciex c'oa soloit Donaaer saAvaige
ÀToit cauciet .i. fol visaig^.
Pour oouc'on ne le connettst,
Ne voloit pas c'on le settst,
Jusk'atant qu'il eûst tant fait
3C0 C'on reoontast em bien son fait.
Moult s'esmieryeilleiit 11 auqoant,
C'a lui ne pert ne tant ne quant
Que il ait esté point atains.
Et li rois est d'anguisse tains,
365 Bt li ist 11 sans par le nés ;
Arrière ou ranc fu nottenés.
Mottt petit apriès estança,
Tantofit demandée lanoea.
Et f u ses hDEHOies laciés ;
370 Et li autres fu ay^Aoiés,
Si que ne tenoit à lui point.
Li uns Tiers Fautre brooe et point
Et se fièrent par si grant force
R'ensi qu'elles fuissent d'escorce
375 Voilent leur knoes par tronçons.
Li rois voUa hors des arçons,
K'ou eeral tenir ne se peut
Pour le ruiste oop que il eut
Desotts le hiaume en la barbiere ;
380 AxMsi estendus oomme em bierc
Se gist à tiere tous pasmés.
Cil de eui il estoit amés
Sont tout entour lui descendu,
Quant le voient si estendu;
385 Mieus cuident que soit mors que vis,
Pas n'est la oose à lor devis.
386 ToUer a eu tort de oorrig<er /ouf vitaigé, — 366 est ramenés.
- 369 relachiés. — 371 Si quMl. — 377^8 pot : ot.
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— 480 —
Atant revint de pasmisson,
Si ot au cuer grant marison,
Qu'il saut sus ensi con diervés,
390 Mais dou grant cop f u si grevés
Qu'il cancielle et fust reketis,
S'il n'euïst estet retenus ;
Mais si compaignon le soustinrent
Et parmi les costes le tinrent.
395 Lors Tenmainnent sans point d'atente
Pour reposer dedens sa tente,
A peu que dou sens ne marvoie.
« Las caitis » ! dist il en sa voie,
« Qu'il m'est laidement mesceiâ,
400 Quant ensi vol mon les Ϟ !
Je ne doutoie mie hui main
Homme tant fust preos de la maiu.
Or l'aporte ensi aventure
Que mis sui à desconflture ;
405 Li cevaliers est bien céans,
Et je ai esté mesceans. •
Ensi durement se démente.
Celle qui l'amoit fu dolente
Et se claimme lasse caitive,
410 Mieus resamble morte que vive
A sa faice et à sa couleur,
Tant ot en son cuer grant doloui- -
Que voiant les dames fort pleure ;
Et hiraut crioient en l'eure :
415 t Amours au cevalier gentil,
La mance bien porter doit il,
Que si est preus et vighereus.
Bien afiert qu'il soit amoureus î »
388 tel marison. — 391 f%. —392 esté percheiis (leçon recommandée
par la rime). — 400 i?o«.
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— 181 —
Chius à le mance pas n arieste,
420 Dou darrain coups faire s'apreste ;
n regarde viers TescafTaut,
A bien coisir mie ne faut.
Voit la dame que tant pris'on.
Qui li tient son cuer em prison.
425 Hardemens li double en ce point,
Le destrier des espourons point
Contre .i. qui li vient de randon ;
Corps et ceval en abandon
Pour son compaignon rengier mait,
430 Mais de folie s'entremait,
Car uns provierbes nous raconte
Que tels cuide yengier son honte
Qui Tacroist, et ensi avint ;
Car li uns contre Tautre vint
435 Par grant orgœl et sans déport,
N'i a nul le hiaume ne port
A son compaidgnon hors dou cief.
Et les lances de cief en cief
Froissièrent, qui de gros fus ièrent ;
440 Li ceval ensamble hurtèrent
Au passer si con de traviers.
Et cils dedens cai* en viers ;
Mais au ceïr li mesceï,
Car ses cevaus sour lui eaï ;
^145 Li autres li ot fait estrinne
De la tieste et de la poitrinne
Si que li arçons de la sieUe
Froissa comme une seke astielle.
Chiens à le mance s'en ala
450 Outre, et .i. petit cancela
420 daarrain. — 424 Qui tient son cver en sa prison. — 433-
434 atient : vient. — 447 arcon.
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— 184 —
Ses cevaus, mais il le retint
Au frain et si biel se contint
Qu'il nefu nuls qui perceufst;
C*angois8e dou eop receu&t;
455 Si biel savoit grant cop porter.
Mais il n'ot que desconforter
En celui qui à tiere gist;
L'eure c*onque8 sour ceval sist
Maudist, quant ensi est ceQs,
460 Si estoit des dames yeûs.
Dont iestre cuidoit bien amés ;
Souvent s*est mesceans clamés.
Si compaingnon le relevèrent,
Qui à tel mescief le trouvèrent
405 Que li cevaus sour lui gisoit;
La cuisse pierdoit, ce disoit.
Le ceval sus levèrent tant
Que hors vont le gambe metant.
Li cevaus relever ne pot,
470 Que unne gambe brisie ot
Et fu de Tespaulle affoUés.
Li oevaliers fu adollés,
N*a pooir soustenir se puisse.
Si avoit blecie la cuisse,
475 Et uns maistres qui le regarde
Dist que de brisure n*a garde.
Ceval demande, si monta ;
De cou qu'il ceï grant honte a.
Chius à le manoe ot ses . v. cours
480 Si bien fumis qtt*en toutes cours
En devra iestre renommés,
Or n'iert plus sauvaiges nommés.
464 trouvent. — 470 Qui.
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— 185 —
Hiraut son non pas n^oublyèrent,
Le jour maintes fois le erjèrent.
485 Li oevaliers des rens se part
Et cevauoe droit celle part
Où sa tente tendue avoient
Ses maisnies qui le siervoient.
Doi hiraut le sievent au dos,
490 Qui li demandent ses ados ;
Gotte et couvreture lor donne
Et son hosteil lor abandonne,
Et lor dist que viers lui reyingnent
Ne point à pajet ne se tingn^it.
495 Si escujer revenut sont,
Qui deus cevaus ramenés ont,
.1. blanc et Fautre noir que meure.
Et li tiers affbllés demeure.
Li autre cevalier joustërent,
500 Dont li auquant bien se portèrent,
Et mainte lance j ot l^risie.
Et moult fu la fleste prisie.
Li rois de la âeste ot grant yre.
Plus que je ne tous saice dire.
505 II dist, quoi qu'il doie couster,
K'encor yœt à celui jouster
Qui ore endroit le tresbuça ;
.L sien varlet tantost huca
Et .i. ceval a demande.
510 Fait fu puis que Ta commandé ;
Montés est et es rens reyient
Et dist que jouster II couyient.
Il flst .jj. cours par tel samblance
Que cascun cop brisa sa lance,
49 1 cotte couvretwre. — 492 li abandonm. — 494 appayet — 496 ot
p. ont. — 505 cai qu'il. — 509 Un sien cheval. — 510 Tôt demandé.
— 514 cascun cours.
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— 184 —
515 Lors fist le hirant appieller
Qui ot le cotte au baceler.
c A celui à le mance iras » ,
Fait li rois, c et si 11 diras
Que s'il ne li doit anojer
520 K'encor se yingne esbanojer
De courre lances» sans desfois,
Tant que lui plaist et tantes fois.
Sans yillonnie et sans rancure
Et sans nulle pensée obscure.
525 Chius, qui ot passé maint passage,
Oi moult tost fumi son message.
Li ceyaliers, qui en fu liés.
Se fu moût tost aparelliés ;
Uns moult biax cevaus pumellés
530 Li fu erranment ensiellés,
Ains n'i daingna bailler estrier,
De tiere sali ou destrier^
Qui forer fu fu pour painne souffrir ;
D'un vert samit Tôt fait couvrir,
595 Et sa cotte fu d'autel guise ;
Uns variés, qui fu nés de Guise,
L'escu as mances li pendi
Au col et plus n'i atendi,
Ains li aferme de recief
540 Le hiaume et la mance en son cief .
Atant se part de la foriest
Et s'en vint es rens sans ariest.
Li pluisour volentiers le voient.
Qui ses biaus cols veUt avoient,
545 Et les dames grant joie en font.
519 Que «t. — 521 Ici, comme ailleurs, coure p. courre.
— 522 tante fois. — 523 rancunne, — 534 samis. — 540 */
mance.
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— 185 —
Mais li cuers d^anui en confont
Une damoisielle moult oointe.
Qui plus iert qu*esmerillons jointe
Et de la âeste estoit roïnne ;
550 Pour cou avoit à lui hainne
Qui son ami ot abatu.
Si a as autres debatu
Tout le bien que de lui disoient.
Car sour tous autres le prisoient.
555 II estoit, ce dist, plains lecieres,
MalreTenans et beubencieres,
Et vorroit qu'il 11 mesceist
Et que jus dou ceval ceïst
Par si que huimais ne joustast
560 Et granment dou sien li coustast.
Celle qui le mance li ot
Donnée taisir ne se pot.
i Damoisielle » , ce dist la dame,
« Mal consillie lestes par m*ame;
565 Car qui d*autrui mesdist à tort,
Villonnie fait et se tort ;
Mais on recorde en maint pays
Que li enfes qui est hajs
Ne bicl vis ne biel ris ne fait.
570 Dou cevalier ne de son fait
Ne pœt on tant qu'à or mal dire
Sans trop appiertement mesdire ;
Car c'est de tous 11 miex faisans,
Comment qu'il ne vous soit plaisans ;
548 Mb. et Tobler : cointe. — 555 Ma. et Tobler : plains de
cieres (ce qui n'a pas de sens). — 557 qui li. — 565 me dist. —
566 Tobler corrige inutilement et s'a tort ; Texpression se tordre p.
mesprendre^ mal agir, est fréquente. -^ 569 ne biel jeu ne ùàt, —
571 fnal ditte. — 572 Car trop ap. mesditte.
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— 186 —
575 S'il a abatu YOBtre ami
Et de cop de lanœ endormi.
Si que ne sot que il deyint,
Par aventure ensi avint.
Veaci le oevalier tout prest,
580 Si li viengne rendre son prest;
De lui à moi noient ne monte
Ne de s'onnour ne de son honte.
Mais j*en paroUe chi endroit
Selonc raison et selonc droit. »
585 Illueo oommença grans murmure,
Langes ni sont pas en fermure.
Ghius à le mance muet atant
Des espourons moult fort bâtant,
Et li rois contre lui revient ;
590 De lor amours lor resouvient,
Dont cascuns veoit le miroir
Par devant ses ieus aparoir,
Si rustes cols se vont donner
Que les lances font tronçonner
595 Et portent les hiaumes des ciés ;
Tantost est cascuns radreciés
De repairier et si s'aprestent
De recourre, petit s'ariestent,
Cascuns fu hardis et estons
600 D'armes et d'amours couvoitous.
Li rois, qui durement se prise,
A Tassambler se lance brise.
Et cieus à le mance Tatainst,
Si con cieus qui pas ne se fainst.
575 Bien que je n'aie pas note de var. du Ms. T., j'ai mis S'il
p. si. — 576 Je soupçonne qu'il faut estormi; je n'ai cependant pftB
note cette var. dans T. — 582 sa honte. — 585 ^f»«/. — 598 petit
arriestent.
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— i«I —
605 De la lanoe, qui fti moût forta,
Outre ju8 dou oenl remporte»
Si que li hiaumes ûert en tiere.
Uns variéi vint le oeval querre
Et si Fenmainne sans calmige;
610 Li rois durement se laidenge
Et se daimme caitif et las.
En s'amie n'a nul soûlas
Quant son ami abatre voit
Celui c*à tort blasmé avoit ;
615 Encor a au cœr grignour ire
De cou que les autres voit rire,
Qui li remetoient devant
Ce qu'elle en avoit dit avant.
Li rois dist à ses compaignons
620 < Signeurs, » dist il, « poî gaaingnons ;
Nous cuidiemes bien maintenir
Le fleste et tous ciaus retenir
Qui y venroient pour jouster,
Combien que il deuïst couster.
625 Entr'iaus .x. preus, comme nous sommes,
Devroit avoir des raillans bommes ;
Mais trop est d'armes etireus
Çieus cevaliers aventureus,
Qui d'armes tous nous desconilst ;
630 La fleste pas ne me soufflsi,
Mar fiist elle onques commencie. »
Cieus qui ot la cuisse blecie,
Qui estoit de Yiermendois nés,
Gentius cevaliers et sénés,
635 Li a dit : « Rois, ne vous en caille ;
60% Si H. ^ 610 si (s'i) laidange. — 615 grignmr rie, ~
625 Entre nous .z. tel con nous sommes.— 631 fiai il OMfiM».
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— 188 —
Ensi qu il pœt aler si aille,
Car ainsi vont les aventures.
Qui à le fois viennent moult dures
Et à le fois miex qu'à souhait.
640 Ne moustrons samblant de dehait.
Laissons fortunne convenir
De tout cou que pœt avenir ;
D*annes le requiert li maistiers,
Li desconfors n'i est jnestiers.
645 Ciex à le mance est preus sans faille.
Il ne jouste cop que il faille.
Nous .iij. y sommes assajé,
S'avons esté tout sec pajé.
Or loc li autre s'i assaient,
650 Diex leur doinst plus d'onneur en aient
Que nous .iij. n'avons conquis ore ;
Si pouroit avenir encore
Que aucuns de nous bien keroit
Et au cevalier meskeroit. »
655 Uns cevaliers de Cambresis
Dist, pour .c. lîb. de Parsis
Ne lairoit il la jouste ester,
Qu*il n'i joustast sans ariester ;
Il s'aparelle si con doit.
660 Cieus qui son harnas li gardoit
Lui a forte lance donnée,
Et il mœt de grant randonnée
Contre celui qui a talent
De bien faire et ne vient pas lent.
036 qui pœt. —641 soutenir; la conjecture de Tobler est confirmée
par le Ms. T, — 644 n'i a mestiers. — 650 qu'en aient —Le Mb. T. a
laissé la dernière moitié du vers en blanc— 653 /<frot<. Mieux vaut la
version dn Ms. de Turin qui porte : Qu'à aucun de nos bien kairoit*
— 656 pour .0. mars de Parisis.
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— 189-
665 Si ruistes cols donner se Yont
Que tronçons de lor lances font ;
Li cevalier ferme se tiennent
Es oevaus et biel se contiennent.
A l'autre cop si se hurtèrent
670 Que les hiaumes andeus s'estèrent
Et andeus lor lances brisièrent.
De quoi moult de gens les prisièrent.
Bien se porta li Cambrisiens ;
Mais uns autres Artisyens»
675 Qui estoit de sa compaingnie,
Moult grosse lance a empuingnie
Et à celui la jouste embla
Et au cevalier assambla
Ensi com par mélancolie,
680 Et il li tourna à folie ;
Des lances si droit assenèrent
K*en .ijj. tronçons les tronçonnèrent,
Mais li Artisiens tel cop ot
K*ou ceval tenir ne se pot,
685 Ansçois ceï tout en .i. mont,
Si que les jambes contremont
Alèrent et le tieste aval,
Et uns variés prist le ceval ;
Car quant li uns Tautre abatoit,
690 Nuls le ceval ne debatoit.
Des hiraus j ot grant criée,
La mance n*est pas oubliée.
Trop en feroie lonc aconte,
Se volloie mettre en mon conte
695 Toutes les joustes une à une
Et qui mieus le fist de cascunne.
Cevaliers j ot mehaingniés
674 Mais uns chevaliers artisiens.
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^400 —
Et pluiieurs oevaus gaaingniés.
Dont ecent les joustes aciertes
700 C'on joustoit en sielles ouviertes.
Et ore, qui d*un cop morroit
De lance, ou oeval demorroit.
Cieus qui portoit Tescu as mances,
Il flst .ii\j. cours de .xx. lances,
705 Dont il ot renommée haute,
Ç'onques de lance n*i fist faute
Qu'il en tronçons ne le brisast,
U ceTaHer, tant se fiast.
Ne portast à tierre en la pourre.
710 Aucun autre vit on bien courre,
Mais à toutes gens sambla niens ;
De lui disoit on tous les biens,
Cascuns dist < chi n'a que jugier,
Car nuls ne poroit alegier
715 Que cieus n'ait de trop loing le pris,
Jà jngeour n'en seront pris. >
Li oevaliers dont vous oés
Fu le jour de tous moult loée,
ŒauB dedens a en dœl assis,
720 Car des .x. abati les .vj..
Et l'un .y. fois, ce fù li rois;
Mont li amenri ses desrois,
Car par amonrs ert desrées.
Or fu de cœr moult eflftués.
725 Tout li autre ont an cuer douleur,
Car il ot .vj. cevaus dou leur,
Le sieptime eurent 11 mesiel.
Qui volontiers burent le piel.
699 apiertes/- 701 qti€, - 704 Ufutt. - 710 veut. - 714 aU-
gier. — 7168eroit. — 718 îejows. — 721 ferot — 722 sondesroi ;
T. porte ses conrois (leçon ëvidemment fautive).
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— «91 —
Li c6Tali^8 jouflté etlst
730 Encore a'aidier se peUst,
Mais ou brac fu naTrés forment.
Dont 11 pluisour orent tourment,
Mais 11 cols ainsi assena,
Li cevaliers forment sanna
735 £t ftt remenés à sa tente
Et fu desarmés sans atente ;
Si esqujer qulerent .1. mire.
Qui sa plaie taste et remire
Et dist que mal dou brac n'aura,
740 Car moût tost saner le saura.
Mais jà nuls n*en ait mesestance ;
De sainnier eeranment Testance,
A son droit Tatoume et le loie.
Se des joustes conter voloie
745 Les fais, 11 contes serolt Ions ;
Pour çou abregier le volons.
Tant joustèrent que la nuis vint
Et que départir les couvint.
Ensi c'on est en est logiés
750 Fu cascuns au bos hierbegiés.
Et cil qui très ne tentes n'orent
De fuelUes logier se porent.
Car ce fu tout droit en mi mai.
D'ostel ne fu mie en esmaj
755 Qui ot argent, tout sans dangier
Trouva à boire et à mangier.
Pluiseur cbevallier assamblèrent
Et viers la tente s'avalèrent
A celui qui la mance porte ;
760 Uns hiraus devant Ten aporte
Nouvielles et il se leva
761 NowvieUe eiiile 9al%a (leçon qui pâcfae à la fois oonti^e Je sens
et la rime).
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— IM —
Et uns siens variés li lava
Le visaige et li apareille
Robe d'escarlatte viermeiUe.
7d5 Cil sont venu qui Forent quis.
Demandé li ont et enquis,
Dont est ne de quel tierre nés.
Bien parlans estoit et sénés
Et iert de manière courtoise.
770 f Signeur sur la rivière d'Oise » ,
Fait il, c est mes poures manages ;
Nommés sui Campegnois sauvages ;
Par perecoe et par niceté
M'a on de mauvaisté reté,
775 Mais on ne set quel les gens sont
Ne quels cœurs en lor ventres ont
Devant c'au besoing sont venu ;
Ënsi est de moi avenu.
Onques plus ne fui em besoing
780 Ne je n'ai eu d'armes seing.
Or m'a hui mieus fortunne aidié
Que je n'euïsse souhaidié;
Désormais vœl armes poursivre
Pour le tamps pierdu raconsivre. >
785 Quant si doi frère l'entendirent,
Qui là èrent, plus n'atendirent,
Andui le ceurent aooller
Et ne s en pœent saouler ;
Onques mais si grant joie n'orent.
790 Tout cil qui la nouvielle sorent
S'esmierveillent de la prouecce
De celui qui tant ot perece
D'ariester quoi en son ostel ;
Or a cel jour conquis los tel
762 le lava. ^763 rapareille. —775 qui les gens sont. — 787 an-
deuM. — 19» Et ne se. — 793 en soi ostel.
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— 195 —
795 Que jà mais ne sera blasmés
Ne plus n*iert sauvages clamés.
Hiraut crient sans ariestanee :
• Au preu cevalier à le mancç f ;
Moût lonc pœt on le bruit oi'r.
800 Es .y. frères n'ot qu'esjoïr.
Qui la vigour lor frère voient
Que longuement haï avoient.
Et Tonnour qui en sa venue
Li estoit le jour avenue.
805 Cil de la fieste se doloient ;
Nompourquant parfaire voloient
La fieste sans point de faintise ;
Car il n'avoient convoitise '
Fors d*onnour et de gentillecce,
810 Si estoient de grant riquece.
Celle nuit à mangier donnèrent.
Et si la besoingne ordenèrent
Que des biens j ot grant fuison,
Que plaindre ne s'en dut nuls hoii.
815 Ce fu cours ouvierte et pleniere,
Bien'siervie de grant manière.
Sour tous autres fu honnerés
Li cevalliers énamourés
A le mance, bien desiervi
820 L'avoit et on bien le siervi
A guisse d'omme de vaillance.
Le jour aquist la bienveillance
De mainte gent par sa vigour.
Qui ot jut lonctamps en langour ;
825 Or est garie et tierminnée
Et à honneur aceminnée.
797 sans atarganche. — 812 EnH la. — 813 tel fuison.
814 doit. — 822 Henvaillance.
B. ET J. DE COHDÉ. — TON. 11. 15
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— 194 —
Li quens de Hainnau s'aprestoit
De lui honnerer, qui estoit
Vaillans et de moût boin renon,
830 Si avoit Bauduvins à non ;
Li quens de Soison ensement
Ne Fonneure pas fausement^
Qui adont honneur moult amoit
Et grant nobleee maintenoit ;
835 Dames et puoielles Tonneurent,
Et maint mot qui d'amours saveurent
Les aueunnes devant li metent,
Mais de folie s*entremetent,
Car n'entent pas au dit cascunne,
840 Toutes les oublie fors unne.
De celui n'est nuls tant seuist
Que celle nuit se pierceuïst
Que ses ieus tournast celle part^
Mais li cuers point de li ne part.
8-15 La dame fu toute esbahie,
Par li meïsmes est trahie,
Ce dist en son cuer et le pense,
Au miens que pœt i quiert deffensc
Et va ses pensées emblant ;
850 Car la nuit fait moult biel samblant.
Apriès mangier à brîés paroUes
Sont commencies les carolles.
Qui ont longhe pièce duré,
Et entrods a on procuré
855 Comment donnés sera li pris,
Ënsi que consaus en fu pris
As signeurs et as gens d'onneur ;
833 Ki à ce tamps Chimay tenoit. — 836 qui amours sav. —844 de
lui. — 848 pat quel deffense.Tnrin : qu* elle pœt quiert deffense, -
855 donné. — 856 EnH li consaus.
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— 195 —
Tout loerent grant et meneur
Cou que là en fu devisé,
860 Par droit d'armes fu ayîsé.
Li rois de le fieste au cuer fier
Aporta le blanc esprivier,
D'encoste lui .y. damoisielles
Tout cantant, moult gentes et bielles,
865 Empur les corps, bien j aviennent ;
A celui à le mance viennent.
« Sire, » dist li rois, • recevés
Cest esprivier, bien le devés
Avoir com bacelers vaillans,
870 Qui n'est mie à honneur failJans. »
Li oevaliers le main y tent
Et le reçoit, plus n'i atent.
S'en miercie la compaingnie.
La rojne bien ensengnie
875 Li vint aportant sa couronne,
Sa compaignie l'avironne.
Les amies des .y. vassaus
(Ensi en iert pris li consaus)
Cantant viennent moult doucement ;
880 La rojnne présentement
Li fait de la couronne ou cief
Et puis li donne de recief
Aumonsniere rice et çainture.
C'est de le fieste le droiture.
885 Cius, qui sa joie eut renforcie,
Courtoisement les en miercie.
Et li hiraut plus ne detrient,
A celui à le mance crient.
865 En purs les cors bien leur aviennent. — . 871 li tent. — 872 reçut,
— 874 corne ensengnie. — 879 moult gentement. — 883 Aum. et
riche ç. — 884. de droiture. T. Ch'ert de le f. le dr. — 855 cui sa joie
e«t renforcie. — 887 n'i detrient.
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— 196 —
Cius cris dura moût longe espasse,
890 Et quant celle criée passe,
Li grans déduis recommença.
Et la carolle renforça.
Cieus à le mance à soi appielle ^
Ses .ij. frères et lorespelle
895 Son penser et la volenté
Dont le cuer ot entalenté.
— • Signeur, • fait il, « je me conseil
A vous, car de vostre conseil
Vorai ge désormais user
900 Sans point d'onnour à refuser.
Je vœl court ouvicrte tenir
Et ces boinnes gens retenir
Demain, se vous le me loés. »
— • Frère se finner em poés, »
905 Font il, c moult bien le vous loons
Et liet de cuer iestre em poons. »
— Signeur, » fait il, • je le ferai
De cœret bien Tcstofferai,
Puis c'om pœt avoir pour argent
910 Viande pour aaisiergent.
Dieu mierci, j en suibien garnis,
De tant ne sui pas escarnis ;
Se j'ai estet de maintien nices,
Nompourquant sui ge d^avoir rices,
915 Désormais le vœl desplojer
Et en haute honneur employer ;
Car poures hons ne pœt riens faire,
Ne nuls ne prise son afaire. •* —
Tous ses variés d*unne part trait
920 Et sa volenté leur retrait
898 par vostre conseil. — 910 pour assasier. — 916 Et en honeup
faire employer.
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— 197 —
Et lor prie que se pourvoient
Selonc çou que le besoing voient.
Puis fist .i. hiraut aparmain
Cryer sa court à Tendemain.
925 Tous déduis convient prendre fin,
On fist donner partout le vin,
Dormir ala qui dormir vot,
Et qui vot veiller veiUer pot,
K'em pluiseurs liens ot grant déduit.
930 Pluisour cevaUier ont conduit
Celui à le mance à sa tente,
A lui siervir maitent T^entente,
Canqu'il pœllent d'onneur li font ;
Apriès les jus coucier s'en vont.
935 Li cevaliers ot moult grant songne
Que bien fust faite la besoingne :
Toute nuit alèrent messaige ;
Si doi frère, qui erent sage.
De la besoingne s'entremissent,
940 A caseun mestier varlet missent.
Si comme requiert ses maistiers.
Car dou bien faire estoit mestiers.
Si fu la besongne ordenée
Et si saigement gouvrenée
945 Que tout^cil qui à la cour furent
L'endemain mierveillier s'en durent,
Comment si bien fu pourvciis.
Illuec fu grans atours vêtis
921 prient, — 932 En lui siervir ont leur entente. — 934 Apriès
le vin. — 937 Contre nitit (leçon évidemment fautive). — 988 Li doi
frère. —941-942 :
Cascuns quiert quaaqu'il ert mestiers.
Si con le requiert ses mestiers.
944 Et ei fu saigement. — 948 atoubs.
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^
— 198 —
Et de gens d'onnour grant noblece.
950 Li dingners fu de grant largece ;
Qui souhaidast, si ot assés,
N'en y ot nul n'en ot son ses,
Et par tant m'en tais en mon conte.
Li cevaliers donna au conte
955 Qui justiçoit les Hajnnuiers
L'esprivier blanc, qui iert muiers,
Si l'en ot moût boin gré li quens,
Qui iert de cuer gentieus et buens ;
Le jour le retint de mainaige
960 Et si li donna .i. manage
Et .y.c. livrées de tierre ;
Ensi pœt on honneur conquerre
En faire au besoîng courtoisie.
Moût fu celle fieste envoisie ;
965 Tout li hiraut, gros et menu,
S'en sont au cevalier venu,
Hardiement dou sien li rœvent
Et large de donner le trœvent,
Tout s'en loèrent au partir;
970 En la tavieme vont partir
Leur don (mieus y sèvent la voie
Que au moustier, se Dieus m'avoie) ;
Ménestrel d'autre part reviennent.
Qui d'avoir dou sien pries le tiennent,
975 Et il sans point d'atargement
Leur donne dou sien largement.
Le jour de tous la grasce aquist
Et tel non et tel los conquist
Que là n'est nuls qui ne le prise.
950 T. orthographie disners, — 951 souhaida. — 952 Ma. et
Tobler : ses es. Tnrin : N'en ot nul n*en eiist assés. — 956 qui iert
moult ciers. La rime m'a engagé à préférer la leçon de T. —
057 len sot. — 974 Qui du sien avoir.
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— fîW —
960 La dame fu toute entreprise
De cou que proumis U ayoit ;
Selonc Taparaut k*eii lui voit,
Pense bien que si preus sera
Que tous ses voisins passera ;
085 Son couTent li couvient fausser
U son mariage quasser,
£t cou ne feroit à nul fuer ;
Ce dist et le jure en son cuer.
Ne vous puis pas de c« lie âeste,
990 Qui tant fu courtoise et honnieste.
Recorder com il âst le jour ;
Grant joie y menèrent pluisour,
Et si joustèrent esqujer ;
Mieus le usent li Hainnuier.
995 Mais cank'à ces joustes ot fait,
Oubljèrent tout pour le fait
Dou cevallier dont vous ares
Oj et le fait en savés,
A cui si grans honnours avint.
1000 Tant ala que li viespres vint.
Li quens Bauduvins s'adonna
A ce que le souper donna
De large cuer et liement ;
Embatre se pot fièrement
1005 Cascuns qui embatre s'i vot
Et moût bien saouler se pot ;
Tel plenté y ot do tous biens
(Ton n'i avoit faute de riens.
Apriès souper si caroUèrent,
1010 Li auquant ensamble parlèrent
D*armes, d'amours» d'autres affaires ,
Trompes j sonnent et naquaires
991 com i fiât. ^ 1006 Vraiement soeler si pot.
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- aoo --
Et autre estrcrtnent à grant force,
Li uns pour l'autre 8*en esforoe.
1015 Quant les caroUes prisent fin.
On fait donner vin cler et fin.
Couder s'en vont li traveillié,
Li autre ont déduit et vellié.
Et quant ce vint à lendemain,
1020 Si se départent assés main ;
Tout s'en revont en lor parties ;
Car quant les cours sont départies.
Dolent qui ne seit ù aler !
Dou cevalier m'estœt parler
1025 Qui sieut de mauvais renon iestre ;
Or en a bien cangié son iestre.
Plus ne vœt croupir en maison,
Car quant ce vient à la saison
Dou tournoi, fait ot son atour,
1030 Celle part ala sans retour ;
Tant que la saison duerra.
Son corps y aventurera
Et y despendra son avoir,
Ce dist, pour meilleur non avoir.
1035 Entre Soisons et Montagu,
Là moustra premiers son escu
A le mance ridée et blance,
Là se maintient par teil samblance
Cà mierveilles tenir le porent
1040 Tout cil qui à lui content orent;
Si rendoit à tous fort estour.
Fort le trouvoient comme tour ;
Maint orgœl le jour abati.
Tant y capla et combati
1013 estument ~ 1018 Et li autre. — 1025 regnon. — 1029 /at<
an. — 1035Si86onne. — 1040M8. etTobler:0(Mi^< or^»^.
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— 201 —
1045 Et si son corps abandonna
Que on tout le pris Fen donna.
De Fautre tournoi en teil guise
A il la huée conquise.
Partout est courus li renons
1050 Et fu si essauciés ses nons
C'en ne faisoit par toute France
De cevalier tel ramembrance
Que de lui ; bien y ot raison.
Car il ot esté mauvais hom,
1055 Falis et couars moult lonc tamps ;
Or ieit en tel honneur montans,
Dont moult mierveillier se pooient
Tout cil qui parler en ooient.
Chi pœt on avoir connissance
1060 C'amours a moût haute poissancc.
Qui fist cangier en teil manière
Homme de pensée lanière.
Qu'il mist tous maus en noncaloir
Et si mispt Tentente au valoir ;
1065 De tous biens se fist escr jer
Et fist tous ses maqs oublyer.
Jà si lonc tournoi ne seUst,
Con grant essongne qu'il eiist,
Que tantost celle part n'alast
1070 Et feïst tant qu'on em parlast
Em bien, s'en ot de maint le pris ;
Car ses cuers iert d'amours espris.
Avœc cou qu'il iert bien faisans,
Iert il grascieus et plaisans.
1049 en courut. — I0b5 faits €si couars. — \0^ Car amours a
moult haut p. — 1063 Qui mist, — 1065 />« tous bien. - 1067 si loing.
— ]068 grant beaoing que il. — 1070 Jlst tant que on. — 10"? l de
main. — 1072 d^ounours espris.
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1075 Plains de donoi et de déduit ;
Ensi ot amours son cuer duit.
En tous liens aloit honneur querre,
Fust à tournoi u fust à guerre ;
Partout son corps ayenturoit
1080 Et painne et travail enduroit
Pour venir à non de prouaice.
Ne point ne Fen ostoit perece.
Et si maintint tant cest usaige
Qu'il n'ot tout entour le vinage
1085 Sour .XX. lieues si preu d'assés ;
De loing a ses voisins passés.
Li preus cevaliers à le mance,
Qui estoit par acoustummance
Biaus parliers, ala viers la dame
1090 Pour qui amours son cuer endame.
Qu'il ne veoit mie souvent ;
Semonse l'a de son couvent
Et de ce que li ot proumis
Que adont seroit ses amis
1095 Que tous ses voisins passeroit •
Et que li plus preus d'iaus seroit.
— • Dame, se j'ai si bien siervi
Que j'aie tel non desiervi.
Faites moi ciertain paiement. »
1100 —t Sire, » dist elle, t vraiement
Preus iestes et de grant emprise
Et bien sai que cascuns vous prise,
C'est bien drois que grant pris aycs,
Mais de moi bien iestes payés ;
1105 Car dou pyeur de cest pays
1082 Point ne l'en arestoît pereche. —EstoU p. o«tot<.— l084Tobler
a inutilement corrige le Ms. en mettant : en tont U WHiinaçe. —
1093 ce qu'il H. — 1094 Qui adout.
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— as —
Et qui plus iert de tous hajs
I^ar son mauvais et fali fait
Ai le meilleur cevallier fait.
Si est paiemens biaus et gens»
1110 Et qui iert devant toutes gens
Prisiés ; bien me sui acquittée.
Si en doi bien iestre quittée. »
— I Ha dame, > fait il, c de vaillance.
En qui n'a de bien défaillance,
1115 II est voira et bien le connois
Que ne valoie pas .ij. nois.
Et c*est par vous se je riens vail ;
G'i ai mis et painne et travail.
Et la volenté y mesistes
1120 En ce que vous me proumesistes.
Très douée dame, qui proumet,
Saciés que en debte se met ;
Et tant d'entendement avés
Et de bien et d*onneur savés
1125 Que ne me devés faillir mie.
Et nonpourquant de teil amie
Ne sui pas dingnes, bien le sai,
Si me verrai mettre en l'essai
Se venir à plus grant valour
1130 Porai, ne painne ne dolour
Ne travail n'en resongnerai ;
Se Dieu plaist, si besoingnerai,
Si c'a employie tcnrés
Vostre amour et me retenrés.
1135 Je m'afl en vostre noblece ;
Car courtoisie et gentilleco
1 107 et/u H fait. — 1 1 1 1 m'en sui. — 1117 par vois se je r. vaille.
— 1118 Se i ai mis painne et tr. — 1 130 Poroie, painne ne dolour ;
Ms. Porai nen painne nen dolour, — 1132 je besoingnerai.
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— 204 —
Et honnour sont en vous ensamble.
Douce dame, quant il vous samble
Que TOUS sojiés bien aquittée,
1140 Si soit la oose respitée,
Tant que vos cuers frans et gentius
Et d'onneur faire entalentius
Vous fera vérité oonnoistre,
Et je ferai mon pris acroistre»
1145 Et si me prouverai par fais
Que cevaliers serai parfais.
Se Dieus m'en vœt grasce prester ;
Et je m*en vois sans arriester
La leur on doit parfait pris querrc,
1150 Et se je puisstel pris aequerre
Et ceste part puis revenir,
Encor poura bien avenir
Que je serai de vous amés
Et à droit non amis clamés.
1155 Etsourçou congiet vous demanc
Et au roi des cieus vous commanc. > —
Ensi de la dame se part
Cils, qui de douleur ot se part
Et ot au cuer .i. rain de raige ;
1160 Mais trop biel couvri son corage.
Et la dame gente et mignotte
Ses courtoises parolles notte,
Et si les recorde en son cuer ;
Elle ne cuidast à nul fuer
1165 K'ensi se deuïst conforter
Et si em pais son fais porter.
1 14-2 Qui d'onneur faire est talentius. — 1 147 grasces. — 1 149 Là
où on (voy. Notes expl.). — 1150 Et se je le puis tel conquerra. —
1 151 parvenir 1 154 par droit non. — 1 160 9(m damage. — 1 162 Et
ses courtoises.
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— 205 —
Sa response plaisans et douce
Parfondement au cuer li touce
Et Fesmuet .i. peu em pitié.
1170 « Trop l'ai, » fait elle, • despitié.
Si ai tort, que je le dévoie
Amer et proumis li avoie ;
Trop li ai esté felonnesse.
Mais quant je fis ceste proumcsse,
1175 Ne cuidai pas qu'iestre peuïst
C'a tel non parvenir deuïst.
Qui proumait il se met en debte,
Si mesprent s'il ne s'en desdebte.
Or y revoi péril grignour,
1180 Car fausser m'estœt mon signour,
Se viers cestui vœl couvent faire.
Et ensi me convient meffaire
Douquel que ce soit de ces .ij.. »
Embatre se va entre deus
11 85 Amours biellement et à trait,
Qui les paroUes li retrait
Douces, plaisans et amoureuses
Et à recorder grascieuses,
Ke li eevaliers li ot dit.
1190 Donts'acorde sans contredit
De sa proumesse à aquitter.
Mais raisons li fait respitter,
Ki li dist qu'elle est mariée.
Si ne doit pas avoir criée
1195 Fors seulement de son mari.
Ensement a son cuer mari :
Amours à raison se combat
En son cuer et fait grant débat ;
1 178 H ne t'en desdebte. ~ 1 188 savoureuaeB. — 1 195 D'antrui fors
[que] de son mari. _ 1 198 et font.
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— 206 —
Mais li cuers à amor s'aoorde,
1200 Qui le bien fait celui recorde.
c Âh ! » fait elle, < corn j'ai mespris
Ënviers homme de si haut pris,
Oui je fis si grans fais emprendre !
A moi pœt on exemple prendre
1205 Que nuls ne se doit entremettre
De riens nulle à autrui proumettre
Dont il n'a de donner talent ;
De cou ai ge le cuer dolent.
Or fust ensi que riens n'eiisse
1210 Proumis à lui, si le detisse
Amer pour sa prouecoe haute ;
Tondis en est sour moi la faute.
Où que il voist, je Tamerai
Et mon ami le clamerai
1215 Sans mon signour deshonnourer. »
Ënsement va énamourer
Amours la dame par pensée,
Qui saige estoit et apensée.
£n ce point la dame demeure,
1220 Ki férue est d'un dart à meure.
Qui moût souvent parfont le point.
Ensi com elle iert en ce point,
Si est en son hostel venus
Uns cevaliers viens et quenus ;
1225 Le signeur del hosteil demande ;
La dame à .i. varlet commande
Que il maice ens son palefroi.
La dame ot esté en effroi.
S'en ot prise couleur vremeiUe,
1230 Et li cevaliers s'esmierveille
1220 Tobler : ameure{en un mot).— 1227 en son paUfroi,
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— 2W —
De la biauté qui fu en li ;
Au regarder II abielli.
Si Le salue hautement,
Et la dame moult gentement
1135 Li respont, car moult iert courtoise ;
II n'ot sour la rivière d*Oise
Dame qui tant de bien selist
Ne si grant renon en eiist.
Dou signeur nouvielles enquiert
1 140 Li cevaliers. peu y conquiert, •
Car nouvielles n'en seit la dame.
— « Se je le savoie, par m'ame,
Biaus sire, je le vous diroie
Ne point ne vous en mentirbie.
1245 De ci se parti hier matin
Sans dire romant ne latin,
Ne sai ù il tourna sa voie,
£t s'ensengnier le vous savoie.
Je le feroie liement.
1250 Commandés à nous fiaument.
Se riens vous plaist que puissiens faire.
— t Dame, > fait il, t d'aucun affaire
A vo signour parler voloie ;
Car on dist que pas ne foloie
1255 Qui à preudomme se conseille
Et de retenir s'apareille
Son conseil, ce est bien prouvé.
Or n'ai pas vo signour trouvé.
Ce poise moi, quant il n'est chi,
12G0 Si m'en jrai, vostre mierci,
Dame, de vostre boinne cière. >
— < Sire, s'onques euïstes ciere
Nulle famé n'en son dangier
1251 paissons.
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— 208 —
Fustes, demourés au mangier,
1265 Si me porterés oompaignie. i
— I Dame, bien iestes ensengaie
Et moût d'onneranee savés.
Puisque conjuré m'en avés,
Je demourrai moût volentiers.
1270 Mes cùers encore est tous entiers
A dames et à damoisielles,
Encor voi volentiers les bielles,
Je leur otroi cuer et regart ;
Car dou surplus, se Dieus me gart,
1275 Oi déport assés désormais.
Qui a tant fait qu'il ne pœt mais,
On le doit bien em pais laissier ;
Mais viellecce fait abaissier
Maint desroi et si amenrist
1280 Maint orgœl. • — La dame s'en rist.
Et si en mainne moût grant joie
Et le preudomme moult conjoie.
âe maisnie les tables misent
Et de biel siervir s'entremisent
1285 Ck)n gent qui le mestier bien sèvent ;
La dame et li cevalier lèvent.
Et une damoisielle gente«
Qui plus blance iert con flours sour ente,
Qui estoit fille d'un sien frère.
1290 La dame, qui moût courtoise ère,
Âssist le cevalier en mi
D'eles deus. — • Par l'ame de my • ,
Fait li preudons, t tout asseur
1269 J'en demorraî. — 1270 Mais e%ers en est t. e. — T. : Mes
cuera a esté t. e. ^ 1275 Ou diport. La Traie leçon paraît être celle
de Turin :
Ai de pai assét désormais.
1276 Gomme souvent, qui p. qu'il.
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-209 —
Sui d encor avoir grant eiir
1295 En mes viex jours, miex ne poroie
lestre assis ne mais ne voroie
Nul autre parradis avoir
Ne au siècle plus grant avoir.;
Ne dites pas je soie sots. •
1300 La dame rist de ses biaus mots.
Li sierjant sans atargement
Les siervirent moult largement
De vin et de boinne viande.
. La dame au cevalier demande
1305 Moult de mierveilles pour oïr
Ses boins gas et pour resjoïr
Son cuer, et il, qui moult savoit
De bien, tant de boins gas avoit
En lui, que ne les oïst nuls
1310 Qui se fust de rire tenus.
Assés ont mangié et beii,
Tant qu'il en ont leur ses eu.
Apriès mangier a congié pris
Li cevaliers com bien apris.
1315 La dame le congiet li donne
Et son hosteil lui abandonne
Et dist que s'ostesse seroit
Volentiers quant là passeroit.
^ Chius Ten miercie et puis s'en va
1320 Là ù son palefroi trouva,
Cuns siens variés ot apresté ;
Il monta, plus n'a ariesté.
Et ses palefrois tost l'emporte.
I Cevauçant vint devant la porte
1294 Sui encor d'avoir. — 1299-1300 Le Ma. a sols et mois (leçons
impossibles). Tarin porte, avec la syncope usuelle du i : sos^ mos. —
1312 Le texte de Tobler porte fautivement Uurs es.
B. ET J. DE CORDÉ. ^ TOH. II. M
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— 21t) —
1325 Dou preu chevalier à le mànce.
Qui iert issus par anoiance
De sa porte ; sus ses estans
Iert dalés peskeurs ariestans.
Qui li peskoient ses viviers.
1330 Lors descent li vieus chevaliers.
Qui moût estoit de grant value,
Celui à le mance salue,
Qui tost acouru contre lui ;
Grant fieôte se font ambedui.
1335 Chîus à le mance, qui désire
Compaingnie, li dist : c Biaus sire,
Dittes moi, de quel part venés 1 1
< D'avœc .g. angeles empenés
M'en vieng » , fait il, t de parradis ;
1340 Bien y voroie iestre toudis, ,
Si biel y fait ; bien dire l'os.
Qui regarde tés angelos,
Jà mais partir ne se vorroit ;
Uns bons mors revivre em poroit ;
1345 Car samplus par le souvenir
Devroit à santé revenir
Hons qui à le mort transiroit. »
Chius, qui à ojr desiroit
Cose qui le reconfortast
1350 Et qui soûlas li aportast.
Demande qui li angele sont
Qui si grant biauté en iaus ont.
Lors li a la dame nommée,
1326 assis. — 1338 Avœe. — 1342 Tobler a d'abord imprimé
ses anç.j puis dans un errata manuBcrit, qu'il a eu Tamabilité de
me communiquer, il a mis ces; le sens et la leçon de T., toute-
fois. Justifient ma correction. — 1343 ne s'en. — 1344 ravivre.
— 1345 J'ai laissé subsister à dessein cette curieuse orthographe sam-
plus p. sans plus. — 1351 que li.
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— 2H —
Qui tant iert de grant renommée,
1355 Et la grascieuse pucielle.
Kant cieus entent que c'estoit celle
Qu il ajmme, lors prent par la main
Le cevalier : • Par saint Giermain • ,
Fait il, t huimais n'em partirés
1360 De moi, mais le voir m'en dires
Dou grant angele et de Tangelot. i
Et quant li vieus chevaliers Tôt,
Si dist que demeurer ne pœt.
€ Par Dieu • , fait il, < ensi lestœt
1365 lestre. « Lors Ten mainne tirant
Con cieus qui ot cuer désirant
D*oïr de cel angele empené.
Pour qui il a son corps pené;
Encor n'en est pas hors de painne.
1370 Jusques à la salle Tenmainne,
Aporter fait vin et espisses ;
Cil en cui en fu li offisces
.Les aportent, si com il doivent ;
Espisses prendent, puis si hoivent.
1375 Chius à le mance, qui tant ère
Destrois, rentra en sa matera
Et dist que cil angele plaisant
Poroient iestre mal faisant
A .i. homme aussi tost com bien.
{ 1380 < Ains ne pœllent grever de rien i ,
Fait li vieUars, t c'est mes avis ;
Car tant sont plaisant à devis
Que venir n'em pœt nuls dehais.
Mais d'iestre avœc est .i. souhais ;
1355 que ce est celle. — 1370 à sa salle. — 1372 Ms. (et T.) Chius
(chiens). —T,à cui p. en cui. — 1 375 que tant. ^ 1376 eif ^ matere.
J^observe ici que , dans le Ms. de Rome, les traits de î et de s sont
généralement peu distincts. — 1380 pueent.
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— 212 —
1385 Cui à le mort en souvenroit,
Je croi qu'en vie revenroit.
Comment pœt on sentir amer
En si dous angelos amer ?
Je dis c amours n'est point amere,
1390 Mais aussi douce com la mère
A son enfant quant elle alaite ;
En amour a douçour parfaite ;
Et pour cou se doit fins amans
Obbeir à ses dous commans
1305 En atente de guerredon.
Que jà de mierci n'ara don ;
Si n'en pœt il nuls maus venir.
Et comment poroit avenir,
Quant honnours en vient et prouece,
1400 Soûlas et déduis et leecce
Et tout li bien, ce vous créant?
Mais li faUi, li recréant,
Cil s'en dolousent et complaingent ;
N'ajmment pas à droit, ains se Taignent.
1405 Encor ne sui pas repentans
D'amer, qui ai pries de cent ans.
Et si ameraî de cuer fin,
Tant que ma vie prendra fin
Si n'iert mais nulle jovencielle,
1410 U soit dame u soit damoisielle,
Qui riens doie compter à mi
Ne qui me tiengne pour ami ;
Mais em pensée et en regart
Prendrai soûlas, se Diex me gart. »
1387-1388 amow p. amer, — 1391 que elle alaite. — 1392 em
p. a, — 1398 cornent devroit. — 1401 je vous cr, — 1413 en
penser.
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— 2ir> —
1415 Chius à le mance, qui oï
Le cevalier, s'en resjoï
Et si oublie sa doulour
Et reprent viermeille coulour.
— f Sire, I fait il, t bien dit avés
1420 Et tout le fort d'amours savés.
Rendu m'en avés grant confort.
Qui estoie en grant desconfort ;
Jà mais ne m'en quierc gaimenter,
Ains vœl en amour présenter
1425 Mon siervice miex c'onques mais,
Ne jà mais paours ne esmais
Ne travaus ne m'i grèveront,
Mais ferme en foi me trouveront. i
— € Sire, » fait il, < vous ares droit. >
1430 Lors recommence là endroit
Moût d'aventures à compter,
Grascieuses à escouter,
Si n'iert pas à celui anuis.
Tant parlèrent que vint la nuis
1435 Et que dou souper vint li tamps.
De mes rices et delitans
Et de moult boin vin siervi furent.
Solacant mangièrent et burent,
Âpriès souper assés parlèrent
1440 Jusk'atant que dormir alèrent.
Li vieus cevaliers congiet prist
Et cieus , cui ânne amours esprist.
Qui bien sot preudomme honnourer,
Li a pryé de demeurer ;
1445 Mais il dist que ce ne pœt iestre.
Si le commande au roi celiestre ;
1415-1416 a oy. li cevalliers s'en re^oy, La leçon de T., que j'ai
snivie, est ëvidemment meilleure. ~ 1422 J'en ère en gr. d. (leçon
fautive). >- 1434 Tant parolent.
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— 214 -
L'endemain matin s*en ala.
Chius à le mance remest là,
Qui a faite sa pourveance,
1450 Car de mer passer a beance.
Tout son affiiire apareilla,
R*à nullui ne s'en eonsilla ;
Il n'i et mais fors de l'aler.
Ce fu apriès le candeler,
1455 Errant à le voie s'est mis
Et prist congiet à ses amis
En Campaingne et à ses .ij. frères.
Et de tant fu il meserreres
C*à la dame congiet ne prist
1460 Cui il amoit, si en mesprist ;
Mais ses cuers ensi le conseille.
Tant ala que vint à MarseiUe ;
Il ot petit illuec esté
Qu'il trouva passage apresté.
1465 .1. baceler de jouene eaige
Ot avœc lui en ce voiage,
Et tel conroi qu'il apartient
A homme qui honnour maintient,
D'escuyers, de gens de mestiers
1470 Et de sommiers et de destriers.
Il furent sour mer .ix. semainnes.
Où il orent assés de painnes,
Car contraire avoient le vent.
Si reclamèrent Dieu souvent,
1475 Et tant contre vent estrivèrent
Que au port de Sur arrivèrent,
Qui fu Tur nommée jadis.
Li chevaliers preus et hardis
1467 A tel conroi — 1408 maintinU — 1477 Tour.
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— 215 -
Prist en la citté son, hostel,
1480 Qu'il ot moût boin, et oste tel.
Qui souhait de boin hoste etist.
Plus courtois trouver ne petist.
Chius ra(Jreça de canqu'il vot,
Et tout ce que deviser sot
1485 Li âst faire sans contredit.
Si a à son compaingnon dit :
c Compains, par saint Piere de Romme,
Asené sommes à preudomme ;
Ne voi cose qui ne me siece ;
1490 Dalés lui serons une pièce.
Car de la mer traveillié sommes,
Onques ne me prist em pais sommes ;
Et quant de chi nous partirons.
Droit au saint sépulcre en jvons ;
1495 Ensement Tai ge pourposé. •
Quinzainne se sont reposé.
Dou pays, qui iert à mescief.
Ont demandé de cief en cief ;
Car 11 Turc et li Sarrasin
1500 Leur estoient moult mal voisin,
Qui moût souvent les requeroient
Et souvent sour iaus conqueroient.
Li cevaliers dist et aâe
Que à la proumerainne âe
1505 Qu'il venront sus les yra courre
Pour les gens dou pajs secourre.
L'endemain, que plus n'atendirent,
Li Turc ou pays s'estendirent
Et de Sur aquellent leur proie,
1510 Et cieus à le mance à Dieu proie,
1480 maint ban. — 1492 ne m'i prist. — 1493 de chi departii^ons.
-1505 808 leur.
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^ 210 -
Quant il a le cri entendu
Que li Sarrasin estendu
Sont ou pays, qu'il li consente
Que sa baniere lor présente.
1515 Lors s'arme et avoec lui ses gens;
De son grant fu ses conrois gens ,
Mais s'il n'erent que .x. conté,
Si erent tout de grant bonté.
A le porte s'en vint armés
1520 Et a dit : t Signour, deffermés,
S'irons les anemis requerre,
Dieus nous y laist honneur conquerre î »
Quant li gardans de la cité,
Qui icrt de grant nobilité,
1525 Les vit, il lor dist : < Biel signour,
Diex nous doinst hui cest jour honneur î
A tendes, nous nous armerons
£t la porte deffremerons ;
gens d'armes et o piétaille
1530 Yrons g vous en la bataille. •
As armes fait cryer partout,
Conroi orent fort et estout.
Dou preu cevalier à le mance
Regardèrent la contenance,
1535 Bien lor plaist, en lui moult s'aâent
Et Turs et Sarrasins defBent ;
Errant ont fait ouvrir la porte.
Li arcevesques la crois porte.
Qui fu devant tous proumerains,
1540 Cieus qui estoit leur souverains
Le siut, cieus à le mance apriès
Et ses gens sont de lui moult priés.
1513 quel li. — 1529 à piétaille. — 1535 et en lui s'afient.
]^'\6 sarrasin, — 1537 on fait.
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— 217 ~
Les Sari*asins voient espars
Par le pays de toutes pars,
1515 Qui tout destruisent le pais ;
Les proumerains ont envais
Com cil qui mie ne se faingnent,
S en occient canqu'il ataingnent.
Cius à le mance est tous proumiers,
1550 Qui moult bien estoit coustummiers
De grans fais d'armes endurer.
Si vait son corps aventurer.
Canqu'il ataint ocist et tue
Et de plus em plus s'esviertue ;
1555 Le jour, de sa trençant espée
A il mainte tieste coppée.
Li proumerain se vont fuiant
Et chil de Sur aprics huiant.
Tant ke la grant bataille voient
1560 Des Sarrasins, qui tant avoient
De gens que cil de Sur en furent
Abaubi et coi s*ariesturent.
• Signeur • , ce dist li cevaliers
A le mance, qui tant est âérs,
1565 c Yesci honnour qui nous aproce.
Faites tant que n'aient reproce
Vostre hoir et bien vous deflRendés.
Se vous mourés, si vous vendes
El non de celui qui moru
1570 Pour nous que d'infier secouru.
En la bataille demourons
£t, s'D 11 plaist, pour lui mourons. •
Et cascuns li crie : « C'est drois,
Gentiex cevalliers et adrois.
1575 Gent conseil et boin nous donnés,
1554 Et plus. - 1555 la trencans. — 1559 gent bataille. - 1564
ert fiere. — 1565 aporte. — 1568 se vous vendes. — 1572 si li.
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— 218 —
Et ceste bataille ordenés ;
Par YO conseil nous maintenrons
Et moût priés de vous nous tenrons. »
Atant lor batailles rengièrent,
1580 Et Sarrasin si desrengièrent,
Qui lor vinrent abandonné ;
Là ot maint ruiste cop donné. "*
Nostre crestyen les retinrent,
Qui hardiement se maintinrent,
1585 Qu'il n'ont ne paour ne grevanee ;
Et li cevaliers à le mance
Moût fièrement se combat!
Et ou grignour tas s'embati.
Canqu'il consiut à tiere porte,
1590 En iaus occire se déporte.
Il fait les rens esclaryer,
Si c'om y porroit caryer.
Et cascuns qui le voit Tensengne.
Nos gens s'adrecent viers s'ensengne,
1595 Si c'apriès lui a trop grant routo ;
Toute a le bataille desroute.
Tant que il vint à Festandart.
Illuec fu lanciés de maint dart
Et fu trais de maint arc turcois ;
1600 Mais pour cou n'est il mie cois,
Fiert et tue et desront la priesse
Et de plus em plus les engriesse.
Entre lui et ses compaingnons
Vont il decopant ces waignons,
1605 Qui l'estandart par force abatent,
1585 ne cremanche. — 1588 en grignour cas. — 1591 aclarjer.
— 1599 Me. (et Tobler) maint dartureois. — 1604 gaîgnons. — 1605-
1606. Ces deux vers sont ainsi rendas par le Ms. de Turin, au grand
avantage de la clarté :
Et si fièrement se combatent
Que Testendart par forche abatent.
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— 219 —
Entre leur anemis s enbatent.
Cius qui conduire les devoit.
Quant Testandart abatu voit,
Dœls et anuis li fu croissans ;
1610 C estoit uns am'iraus poissans.
Ses gens raloie et mait ensanle.
guant ajusté furent ensanle,
Cius à le mance sus les courts
lUuec tint l'amiraut si court
1615 K'enmi ses gens em prist le cief.
Or furent ses gens à mescief,
Abaubi sont et amuy ;
Cil qui porent en sont fuj,
Et cieus à le mance les siut
1620 S'en occist canqu'il aconsiut.
On ne doit pas dou baceler.
Son compaingnon, les fais celer :
Maint Sarrasin le jour tua.
De plus em plus s^esviertua.
1625 Sarrasin furent desconflt,
S en orent no gent grant profit.
Apiertement poés savoir
Qu'il y conquièrent grant avoir
Et moult de prisonniers ont pris.
1630 Cieus à le mance en ot le pris.
Bien fu raisons, tout ot vaincu ;
Bien fist connoistre son escu
De geules à mances d'argent.
Là fu de la communne gent
1635 Aourés aussi comme .i. Bieus.
Des Sarrasins fu grans li dieus,
1611 et les rasamble. — 1617 anui. Ms. aamuy. — 1618 s en
«ont. — 1620 enconaieut. — 1628 conquisent. — 1631 raison.
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— 420 —
Qui s'en fuient tout espierdu,
£t si ont lor signour pierdu.
En la cité retourné sont
1640 Cil qui grant avoir conquis ont.
Il font les portes reffremer
Et puis si se font desarmer.
Mais dou gaaing ne retint nuls,
Fors cou c'on en donna le plus
1645 Au preu cevalier à le mance ;
Tout ravoir ot à gouvrenance.
Moût fu 11 cevaliers joians
Et ses compaingnons coi^oians
Cui il ot si vaillans trouvés,
1650 Que cascuns s'i est si prouvés
C'on len devra tous jours prisier
Et en tous lieus auctorisier.
•viij. jours apriës ce séjourna
Et après cou si s'en tourna.
1655 Yiers Jérusalem tint sa voie ;
Li peuples assés le convoie
Et li prient de revenir.
1641 deffremer, _ 1643-1646 Ces qaatre vers sont intervertis et
altérés dans le Ma.; ils ont été parfaitement rétablis, oe me semble,
par M. Tobler, dont je reproduis le texte. Voici oe qui se trouvait
dans le Ms. :
Au preu ceualier a le mance
Tout lauoir ont a gouvrenance
Mais dou gaaiag ne retint nuls
Fors cou oon nen donna le plus.
D^autre part, la version de Turin porte :
Au preu chevalier abandonnent
Tout ravoir et grans dons li donnent,
Mais dou gaaing ne retint riens,
Fors ce c on en donna as siens.
Cette version est, à coup sûr, plus recommandable.
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— 221 —
€ Signour, bien pourra avenir, •
Fait il, • se Dieus me prieste vie,
1660 K'encore iert vo cité siervie
Par moi, se je revienc arrière.
Lors s'en tourne la grant carrière.
Et cil repairièrent dolent.
Cieus ceminne par grant talent,
1665 Et tant ont lor cemin tenu
K'en Jérusalem sont venu,
Assés main par .i. venredi.
Cieus à le mance descendi ;
A pied, en langes et descaus,
1670 Y entra 11 nobles vassaus
Et si compaingnon avœc lui,
N'i plourèrent n'i ot celui.
Lor hamas traire à Tostel font
Et droit al sépulcre s'en vont.
1675 lUuec mainte larme plourèrent
Et le saint sépulcre aourèrent ,
Et si ont la messe escoutée
C'uns des frères lor a cannée ;
Offiert ont et la messe oïe
1680 Et dilligaument conjoïe.
A Tostel reprairier ne vorent
Juskes atant que esté orent
En maint saint lieu par le cité
En foi et en humilité.
1685 Ce fu ains que Salehadins
Ne li siens frères Falfadins
Euïssent la cité conquise.
Que li cevaliers en tel guise
1662 tourna. — 1672 Si plourèrent. — 1673 lors. — 1675 mainte
larmes. — 1682 Jusie. — 1685 Ckmins que S. — ir>86 Sal-
fieulins.
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Estoit en grant dévotion
1690 En tiere de promission.
templiers et ospiteliers
Ala souvent li cevaliers
Combatre pour la foi deffendre ;
Bien j sa voit fort estour rendre.
1695 Li rois Bauduins li mesiaus
Estoit mors, et .i. jovenciaus.
Ses niés, iert rois, qui avoit non
Bauduin, mais tost fu se non
De vie, et jà estoit soudans
1700 SalehadinSy dont maus sourdans
Fu à toute crestjenté,
Ce fu par le Dieu volenté.
Li cevaliers o son conroi
Pu retenus dou jouene roi,
1705 Qui dou pajs ot les hommages.
Mais tost moru, ce fu damages.
Si fu rois Guis de Lusegnon,
Qui ou pays ot pau de non,
Qui dou jouene roi ot Fantain ;
1710 Et si proçain el si lontain
Grant pièce mal s'en acordèrent,
Et li baron se descordèrent
A lui, s'ot tribulation
En celle noble rigion.
1715 Mais je m'en tairai en mon conte,
A ma matere pas ne monte.
Dou cevâlier ci me tairai
Et de la dame retrairai,
1690 de devoscian (évidemment une méprise de copiste). — 169
la loi. — \Q98 fuses noti; Tobier semon. — 1699 Le manuscrite
Turin n'a pas le mot jà, --1707 Ouins de Besegnon.Yoj. Notes expl.-
1710 li pr. et li 1.
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— ism —
Qui courecîe fu forment
1720 Et fu remese en grant tourment,
En grant anguîsse et en misère,
Pour cou que ii cevaliers ère
Dou pays partis en teil point.
Amours souvent d'un dart le point,
1725 Qui li fait se couleur muer,
Premir, trembler et tressuer.
• Lassé • , fait elle, i que ferai
Ne comment teil mal soufferai
Qui ensi me point et argue?
1730 Fièvre quartainne u fièvre âgtle
Ne me fust pas, je croi, si forte,
Et si n'est nuls qui me conforte.
Ciertes c est drois se je rtie dœl :
Tout cou me vient par mon orgœl,
1735 Quant ne daingnai celui amer
Qui mon cuer a outre la mer.
Al commencier le despitai,
Mais comparé mon despit ai
Et le comparrai plus encore ;
1740 C'est cou que plus mon cuer acore.
Qu'il ne set riens de mon couvinne ;
Moût m'aimme de boînne amour finne,
Qu'il revenist, j'en sui ciertainne,
Mais de paroUe si lontaine
1745 Li fui qu'il cuide iestre escondis.
Courtois est en f^s et en dis,
Mar fui enviers lui orgueillie ;
Je ai bien la vierge cueillie
Dont jou méïsmes sui batue ;
1722 erre, — 1725 le couleur. — 1130 Jlevre argue. — 1731 fu. —
1732 n'est riens. — - 1734 m'avient. — 1741 ma couvine. — 1742 Car
il m'aime tant d'amour fine.
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— 384 —
1750 Par mon orgœl sui abatue. »
La dame ot au cuer grant dolour,
Si amagpist et piert coulour ;
L'unne eure gist, l'autre se lieve.
Si ne voit riens qui ne li grîeve.
1755 En tel painne et en tel ahan
Avoit jà esté priés d'un an.
Quant uns maus son mari touça
Au cuer, si c'au lit s'acouça,
Tant que dou corps se parti Famé.
1760 Moût courecie en fut la dame.
Mais les mors convient oublier.
Car pour pleurer ne pour crier
Ne les pœt on mie ravoir.
La dame ot grant fuison d'avoir
1765 Et si estoit de grant affaire.
Si pensa qu elle poroit faire.
Pense ens ou cuer qu'elle yra querre
Son ami en la sainte tierre. ^
Son frère mande et ses amis j
1770 Et dist c un voiage ot proumis j
Em Prouvence au baron saint Gille,
Mais n'en vœt faire nul concilie,
Celéement y vœt aler,
Mais n'en aient seing de parler,
1775 Car hastéement revenra ;
Privée maisnie enmenra,
Cevauçant sour. i. palefroi.
Tout sans beubant et sans effroi.
A son frère sa tierre lait,
1780 A cul il ne fu mie lait.
Grand meule emporte en deniers d'or,
1756 plus d'un an. — 1758 et au lit s'ac. — 1764 tuùou detoif- -
1767 en sou cuer. — gt»'t? yra, — 1781 Orans.
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— Ho —
Dont il court moult plus au tamps d'or
Que adont, et mut la semainno.
.ij. escujers o li enmainne,
1785 .iiij. garçons et .i. sommier;
De février mut le jour premier,
Qui fu droit par .». diemence.
Tant ala que vint en Prouvence,
A saint GiUe, et puis sans délai
1790 Si s en -ala à Vreselai
Pour requerre le Magdelainne,
Si ala bien une quinsainne
Une eure aval et Tautre amont, •
Car ses cuers ensi le semont,
1795 Dont ses gens orent grant mierveille.
Tant ala que vint à Marseille,
En tour .vj. jours j séjourna
Et tout son affaire atourna;
Ses esqujers d'unne part trait
• 1800 Et sa volonté leur retrait.
1 Segneur, encore ne vous avoie
Conte le fin de ces te voie.
Or ne le vous quierc plus celer.
En samblance de baceler
1805 Le saint sépulcre requerrai
Et le sainte citté verrai
Où Jésus Crist le mort souffri
Et son corps en la crois offri
Pour sauver som peule pierdu.
1810 N'en ait nuls le cuer espierdu
Pour cou s'il ne savoit la voie ;
Je, qui pourveiie Favoie,
Ai bien pooir dou parfurnir
1784 Trois esc. — o lui amainne. — 1790 Verzelay. — 1791 la
Mazilaiane.— 1793 L'une eure. — 1797 Bntours. — ISOôvairai.
i. ET I. DE CONDÉ. — TOM; II. 15
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Et de vous adroit mainburnip. •
1815 Cil dient sans atendement :
• Dame à vostre commandement
De tous nos cuers obeyrons.
Et quel part que vorés jrons. >
De oe fu la dame moût lie
1820 Que cascuns viers H s'umelie.
La dame .i. barbieur manda.
Qui fist cou qu'elle commanda,
Si ûst tondre ses biaus ceviaus ;
Ënsi com bacelers nouviaus
1825 Les âst à ce point atourner.
Jà mais ne voura retourner,
Ce pense, tant qu*elle sara
Celui, et que vetl Tara,
Qui le mance pour s*amour porte,
1830 Volontés ensi li aporte.
S*il est mors, en une abeie
S*iert à Dieu siervice obeFe.
Ceste Yolenté a celée,
C'a nului ne Ta révélée.
1835 Li passages vint au mi marc,
Sour mer montai par .i. demarc
La dame à joie et sans dehait.
Vent orent tel comme à souhait.
En mains d'un mois furent passé,
1840 De la mer furent peu lassé.
Port prisent, as osteus se traient.
De nulle cose ne s'esmaient.
Quant à tierre trouvé se sont,
L'endemain lor voie pris ont
1845 Pour en Jherusalem aler,
1828 quiveU.-- 1831 îei-t mors. — 1832 Cieri. — Tarin:ADi«û
sei*vice ert obeïe. — 1839 fnain.
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— 227 -
Car ne vœt pas oïr parler
La dame de prendre repos,
Tant qu'acieré ot son pourpos.
.i. peu me couvient de li taire
1850 Et dou cevalier vœl retraire,
Qui moût de painnes endura
Et qui son corps aventura
Souvent contre les mescreans ;
D'îaus grever nMert pas recreans.
1855 Cil de Sur apriès li alèrent
Et al roi Guion emparlèrent,
Que le cevalier envoiast
Avœc iaus, qu'il les convoiast
Pour aidier le pays deffendre.
1860 Li rois respondi sans atendrc
Que c'iert ses grés et ses assens.
Cieus, en qui iert prouaice et sens,
A Sur râla et fu premiers,
Com cieus qui es toit coustummiers
1865 De son corps mettre en abandon,
Et ses compains iert moult preudom
Et vaillans de cœr et geûtieus
Et de Dieu siervir ententieus.
Souvent Sarrasins mehaingnoient
1870 Et asés sour iaus gaaingnoient ;
Mais adiès ne gaaingn'on pas.
Sus les coururent à .i. pas.
Où apriès iaus cacié avoient,
Ensi que i*epairier dévoient.
1875 Li Sarrasin si les sousprisent
Que de ciaus de Sur assés prisent.
1848 ait son p. — 1849 laire. — 1858 qui les. — 1862 prou-
vanee. — Turin ; en qtii ot. — 1863 Asmun ala, — 1869 sarrasin,
1872 Sur leur corurent.
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Cieus à le mance lor rendi
Fort estour et se deffendi
Si bien c on s*en pot mierveillier,
1880 Comment tant se pot traveillier.
Ses compains fu mors en le place,
Dieus à Tame vrai pardon face !
Départie est lor compaingnie,
Si pierdirent de lor maisnie
1885 .vj. escujers, dont grant dœl ot
Li cevaliers, quant il le sot.
Or n est que lui tierc demeurés.
Dont de grant dœl est acourés.
Ses gens raloie au miex qu il pœt
1890 Ne de là partir ne se vœt ;
Forte bataille recommence.
Sarrasins decoppe et detrence,
Et les fait morir à martire
Con ciex qui a au cuer grant yre.
1895 En la fin s'en revont fuiant,
Et no gent vont apriès huiant.
Cieus qui les prisons enmenoient
Ont atains ; ciax qui les tenoient
Decopent et à mort les livrent
1900 Et ensi nos prisons délivrent.
As crestijens fu grans anuis
De ce que venue est la nuis.
Arrière s'ont ou retour mis,
Si en reportent lor amis.
1905 De pierdre et de gaaingnier erent
Coustumier, pour cou peu plorèrent ;
Car si fais est li mestiers d'armes.
Si n'i affierent pas grans larmes.
1879 se pot. - 1880 pat. - 1882 pardon liface. — 1897 ate-
noient. — 1900 nous prisons.
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— 229 _
Chius à le mance fu jriés,
1910 Trop fu ses conrois empiriés.
De .X. ni a remès que .i\j.,
S'en est anguisseus et destrois,
Ses compaingnons plaint et gaimente
Et dedens son cuer se tourmente.
1915 En ce tourment uns maus li touce
Anguisseus, qui au lit le couce.
Et y avoit jut longement
Sans point avoir d*aliegement,
Quant la dame en la sainte tierre
1920 Fu venue pour lui requerre.
En Jherusalem est entrée
Et com chevaliers s'est moustrée,
Le sépulcre ala aourer
Et de cuer ténrement plourer.
1925 Et quant elle parti de là,
A Tosteil meismes ala
Où cieus à le mance ot esté.
Tant com il ot là ariesté.
L'oste à Fun lés d'unne part trait»
1930 Tout biellement et tout à trait
Li enquiert de celui nouvielle
Pour cui ses maus li renouvielle.
Et li estes li dist : — c Biaus sire.
C'est li bons que je plus désire
1935 A veoir, je le vous di bien,
C ains bons ne me fist tant de bien. »
Or fu la dame resjoïe,
Quant elle a tel nouvielle oïe.
— t Biax estes, foi que Dieu devés,
1940 Or me dittes, se vous savés.
Où il est, car je le veroie
1914 s'en tourmente. — 1929 L'oate avœc li d'une p. tr.
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— 830 —
Trop Yolentiers et le querroie,
S*il ert en liu ù le seuîsse
Trouver et aler y peui'sse. »
1^5 Li estes 11 dist sans demour :
— • Sire, • fait il, • pour soie amour.
Vous ferai juskes là mener,
Si 7 pourés mieus assener;
En la cité de Sur soigorne. i
1950 — • Ciers hostes, si tost qu'il igorne,
Faites le conduit aprester.
Car je ne quierc mais ariester.
Tant que sarai comment li est. •
— c Sire, yolentiers, sans arriest. •
1955 La dame la nuit demeura.
Et li hostes moût Tonnoura,
Et quant ce vint à Tendemain,
Elle s'est levée assés main.
Si escuyer appresté furent,
1960 Qui ne sorent, ù aler durent.
A Teste son conduit demande.
Si monte et à Dieu le commande.
Etli variés qui le convoie
Le mena tant la droite voie
1965 Que Sur ont devant iaus coisie.
Qui est au veoir envoisie.
La mers aloit priés tout entour,
Haus murs j ot et mainte tour,
Biaus gardins et douces fontainnes,
1970 Qui n ierent pas des murs lontainnes,
Biax ahans et moult biel vignoble.
Si fu la cittés moult très noble.
Où Alixandres sist lonc tamps,
VM'Speuisse. — \949sousione. — Umquiaiome, — 1955 «wK^*
p. moût. — 1900 renvoisie. — 1972 Che fu jà Tvr, chité moott Bobld-
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-2M -
Si corn la gieste Fe^t contans.
1975 La dame entra en la ciité,
Moolt 7 vit de nobilitté ;
Li variés Fa bien assenée.
Car droit à Fostel Ta menée
Où cieus à le mance gisoit,
1980 Si malades que on disoit
K*en lui n*avoit de retour point.
La dame est venue à ce point
G*on disoit e*à sa fin aloit.
Mais à. petit encor parioit.
1985 Li estes, qoi le vit descendre,
L'ala âestjer sans atendre,
Car mont iert courtois et honniestes.
— - i Sire, 1 fait il, < de quel part iestes? >
Dist la dame senée et franco :
1990 «^ i Ostes, dott roiaume de Fnmce. «
•^ c Sire, » fait il, c à la boinne eure !
Ou pajs mains preudoms demeure ;
Je en ai .i. en mon hostel.
Qui gist, je croi, au lit mortel,
1995 Dont c'est grans diex et grans damages ;
Moût iert preus et courtois et sages
Bt de tous les biens enteciés ;
Çiertes, s'il muert, c'ieri grans mesciés
De preudomme de teil renoa. •
2000 -^ i Biaus estes, comment a il non? >
Li estes dist sans demonrance :
— c C'est !i ceraliers à le mance,
Onques de lui n'en peuc savx>ir
Qu'il Tousist autre non avoir. •
2005 Quant elle ot nommer son ami,
1998 mescief, — ^J^AvaumU
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— 25i-
I
Li sans li mua et frémi,
Priés qu'elle n'en ceï pasmée.
En son cuer s'est lasse clamée,
Moult souspire et en sa cambre entre,
2010 Forment li dœt li cuers dou ventre.
Or ne set où prendra confort.
Mais cuer li convient avoir fort
A manière de baceler.
Elle fait son hoste apieller
2015 Et dist que volontiers verroit
Le cevalier, s'iestre pooit :
« Que tel cose poroit oïr
De moi qui feroit resjoïr
Son cuer et à santé reprendre. •
2020 Li hostes n'iert pas à aprendre :
— • Sire, • fait il, • Dieu en souvingne,
Que par vous santé li revingne !
Moult de bien savés, ce me semble.
Or alons devant lui ensamble. »
2025 Au lit dou ceval^'er alèrent
Et à ses escuyers parlèrent
Que lor samble de lor signour.
— f Onques en doutance grignour
N'en fummes, • font il, > vraiement ;
2030 Car adiès sans delaiement
Empire et ciet en oubliance,
Poi y avons mais de fiance. »
Li cevaliers les ieus ouvri
Et .i. peu son cief descouvri,
2035 Au parler reconnut son hoste,
.i. peu son cuer d'oubliance oste.
€ Biaus ostes, • fait il, t bien vegniés. •
Li ostes com bien ensengniés
"2014 Elle a fait. — 2015 vorroit - 2027 Qui lor.
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— 235 —
Prie que Dieus li doint santé.
2040 — • Je n'en ai mies à plenté,
Biax estes, > fait il, > Diea mierci. •
— « Sire i dist li estes, t vesci
.i. cevallier de France né.
Que Dieus a çaians amené,
2045 Qui Tostre santé moult désire. •
— 1 Bien sojés venus, • fait il, « sire. »
La dame va tout larmoiant
Pour sa santé à Dieu priant ;
Coi qu'il en deuïst avenir,
2050 Elle ne se peuist tenir.
Li chevaliers plus n'i dist mot ;
De foiblece parler ne pot,
En oubliance est recetis,
Cascuns d'iaus s'en est piercetis.
2055 — ( Sire, i distli hostes, c alons
Là hors, à lui plus ne parlons. »
Dist la dame : — t Non ferai ore,
Une autre eure atendrai encore
Tant que mon voloir li dirai ;
2060 Pour riens que soit n'em partirai. »
Grant pièce atendre li convint
Tant que li cevaliers revint
A lui et souspira moût fort
Et mait en son cuer grant effort
2065 D'encontre le mal rebeller,
Si demanda au baceller
C'aucune nouvielle li die
Pour conforter se maladie.
— « Biaus sire, » fait elle, » par m'ame,
2070 Par moi vous salue une dame,
A cui vous rouvastes la mance
2040 mie eu plentë. — 2050 s'en peuïst. — 2056 parrons.
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— 254-
Et vous aymme sans deoevance. >
lii oevaliers» quant il oï
Cest mot, forment s^on esjoï.
2075 En son cuer .i. pensers li vint,
Dont des angelos li souvint
Dont li boins viellars U parla,
Quant il iert revenus par là.
Qui dist, cui il en souvenroit
2080 A le mort, que il revenroit
En santé. Lors jeta .i. ris
Ensement que il fust garis.
— • Sire, Diex vous gart d'encombrance, •
Fait il, c car j*ai ci ramembrance
2085 D*un mot c uns cevaliers me dist.
Qui souvent grant confort me flst.
Qui ot vettt .\j. angelos.
Qui orent de bîauté grant los.
Et dist, s^uns hons traioit à fin
3090 Et Ten souvenist de coer fin,
K*en santé devroit revenir.
Donné m'avés ce souvenir,
Car j'ai de vous .i. motoï
Qui tout mon cuer a re^oï
2095 Et hors d'oubliance m*a mis.
Diex m'a ohi son angle tramîs ;
Car pleuïst ore au roi celiestre
Que ce peuïst li angles iestre
Que li boins viellars me prisa
2100 En qui tant biauté et pris a.
Bien sai que je respasseroie
Et que moult tost garis seroie ;
Mais je n'ai pas si grant eiir. t
— 1 Sire, or soyée tout asseftr
2079 qu'il m.
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— 855 —
2105 Que, «dus que jours viengne demain,
Je vous creanc cbi de me main,
Le pourés veïr faice à faice.
Huimais ne loc pas c on vous faice
Plus de noise, c on ne vous griet. •
2110 — • Non fait, • dist il, • car trop me siet
Ceste grasoieuse noavielle.
Qui joie en mon cuer renouvielle.
Qu'il n est viens qui me puist grever.
Em pies me devroie lever,
2115 Tost deuïsse iestre sus salis,
Se je ne fuisse si fallis ;
Mais H maus m'avoit trop ataint.
Que je senc or sour moi estaint.
Or me faiç'on .1. peu mangier. »
2120 Ce ftt tantost fait sans dangier.
Si manga de grant volonté.
Le cuer de joie entalenté.
D'un bouljel d'un lait d'amande,
Et apriès à boire demande
2125 D'unne puison moût boinne et sainne.
Puis si se couce et si se sainne.
Foibletés li ala moût priés.
Si s'endoimi moult tost apriès.
Entrues qu'il repose, s'en vont
2130 Li autre souper et si font
Au jouene baceler grant fieste.
Qui dame estoit saige et honnieste.
Apriès souper des lis parlèrent.
Mais viers le cevalier râlèrent,
2135 Dont la dame moût se cremoit,
2105 jours faille demain. — 21 14 Je me deveroie lever. ~ 2122 De
cuer.— 2123 D'un boulietde lait.— 2125 douche et saine. -- 212081
recouce.— 2129 qui r^wr.— 2130 «i/i/on^.— 2132 joiieu© et honeste.
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— 236 —
8i re^rdèrent qu'il dormoit
Et si suoit moût darement.
Un petit d'asseurement
Y prendent, si veillent entour,
2140 Si prist li cevaliers retour.
L'endemain quant fu esreilliés.
De la suour fu traveilliés.
Car li maus Tôt trop afibibli,
Mais il ne mist pas en oubli
2145 La proumesse que tant tient bielle.
Le jouene cheTalier appielle
Et dist : — • Sire, pour Dieu mierchi,
Vous me proumesistes c'ui chi
Me mousteriés le biel visaige
2150 De la courtoise et de la saige.
Sojés ciertains» s'ele ert venue.
Santé me seroit recreûe. >
Dist la dame : c Vous mangerés
Et .i. peu vous reposerés.
2155 Je sui ciertains qu'elle venra
Al dingner, ensi avenra,
N'en doutés point, i — • Ciertes, » dit il,
c En vous a baceler gentil ;
Gari m'avés, Dieu le vous mire !
2160 II n'ot phesesyen ne mire
En Sur qui aidier me peuïst
Ne qui conseil mettre y seuïst.
Mais saciés bien, que je moroic
Ne point escaper n'em pouroie,
2165 Se ma proumesse estoit falie. »
— « Ne pensés pas à tel folie, »
Dist la dame, • car il n estoet ;
2139 tœllent.- 2140 Lij^t 2145 quêtant ertbiele.-2l47^'
dist dame pour D.m. — 2152 revenue. — 2163 q%ierre voroù*
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- 257 —
La proumesse fallir ne pœt. »
Si escuyer se confortèrent,
2170 La viande li aportèrent,
Si manga et puis prist repos.
Celle, qui voloit son pourpos
Aciever, son hoste apiella,
Et si se partirent de là,
2175 Si s'en sont aie à la messe ;
Aquittier voura âa promesse.
Quant à Fostel repairiet furent,
Par loisir mangiërent et burent.
La dame ne s*est plus celée,
2180 Sa volenté a révélée
A Toste et a sa fille prise,
Qui saige estoit et bien aprise.
Avœc li en sa cambre en va,
Ses dras oste et bien se lava
2185 En viaire, en mains et em bras.
Aporté ot des rices dras.
Si s'est moult ricement parée.
Ne samble pas famé esgarée ;
S elle fust contesse u ducoise,
2190 Si ot sour li assés ricoise.
Puis a fait son hoste hucier.
Que amer vœt et tenir cier.
Et tous les escuyers ensamble.
— • Signour, or dittes qu'il vous semble
2195 De moi? coment sui acesmée?
Je ai esté lonc tamps amée
Dou cevaUer c'ains ne l'amai
Ne mon ami ne le clamai.
Bien sai, pour moi passa la mer,
2200 Pour cou que je nel veuc amer,
2191 sonhoite. — 2194 gui v(ms.
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— a» —
Et pour lui sui la mer passée
Et moût tpaveillîe et lassée ;
Car je le tienc pour mon ami. »
— t Ha dame, par Tame de mi, •
2205 Dist li ostes, • bien avés fait,
Et tout cil qui oront oe fait
Recorder, tous en donront pris ;
Vos cuers est d'onnour bien apris.
Buer, dame, fuissiés onques née,
2210 Car vous iestes sage et senée.
Si avés cuer loial et fin.
Li cevaliers fust trais à fin.
Si croi ses tiennes fust moult cours ;
Moult li avés fait gent secours.
2215 Alons viers lui. • Atant Tenmainnent
Cil, qui moult grant joie en demainnent.
lÀ oevaliers pensoit moult fort,
Et si prendoit moult grant confort
En la proumesse qui proumisse
2220 Li iert, si a s*entente misse
En recorder les mos plaissans
Dou viellart^ si fu cois taisans.
Puis dist: c Dous angeles empenés,
Pour qui je me sui tant penés,
2225 Quant vous plaira il à venir
Et comment poroit avenir ?
Dont venriés vous en cest pays?
Je crien que ne soie trays.
Et ce seroit trop vilaine œvre. •
2230 Li hostes une feniestre œvre,
Li cevaliers viers lui regarde,
2206 orent. — 2209 Tobler a eu tort de changer /»im/* en finies.
L'hôte exprime un souhait. — 2212 /«.— 2221 En corder les mois ph
— 2229 idlain.
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— 3Bd —
Qui de cou ne se donne garde ;
De celle dame s'esmierveille.
Qui par devant lui s'ageneille
2235 Et dist : — i Sire, or me regardés !
Li angeles sui que demandés ;
Vés me ci tout à vo oommanc.
Cuer ares de loial amant,
Et je sui vo loiaus amie ;
2240 Saciés, de ce ne faurai mie. i
Li cevaliers ces mos oi*,
Si durement s*en resjoï
Qu'il ne sent ne mal ne destrece,
En estant en son lit se drece,
2245 La dame connoist et ravise.
— «Or est la cose à ma devise, i
Fait il, « mes couvens m'a tenus
Li bacelers qui est venus. »
La dame acoUe doucement
2250 Et elle lui tout ensement.
Viestie lui fu sa cemise
Et puis lui fu sa cote mise
Ou dos, et quant il Tôt viestie,
La dame durement âestie.
2255 N'est nuls qui peuïst aviser
Quel joie il a, ne deviser
Les dons mos et les amoureus
Et à pecorder savereus
Que li uns a à l'autre dit
2260 Sans débat et sans contredit.
— • Dame, i fait il, • qu'est devenus
Li cevaliers qui m'a tenus
Mes couvens? ù est il aies? i
2235 me garàét. - 2247 fiCett tenus. - 2248 £i b, nouvi^%s
ven%8. - 2257 moU, — Turin : maus. - 2263 Mais ^ouvens.
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- 240 —
— • Sire, • fait elle, t à lui parlés.
2265 Ensi com bacelers aloie
Pour vous, que retrouver voloie.
Pensés de santé recouvrer,
Car vous avés par bien ouvrer
Le cuer de moi premièrement
2270 Et puis le corps entirement. •
— t Dame, • dist il, t je sui garis.
Et qu'est devenus vos maris ? •
— 1 Sire, dou siècle est trespassés,
Et si ai puis mains maus passés
2275 Pour vous, ne mais repos n'elisse.
Tant que le voir de vous seiisse.
Ciers ôire, or vous reposerés
Et trestout en vo pais serés.
Et o vous quoie demourrai,
2280 Et à mon pooir vous vourrai
Siervir, tant que garis sojés. •
— t Dous angeles, > fait il, • envoyés
lestes pour moi à conforter
Et santé à moi aporter.
2285 Je ferai canques vorés dire.
De tout en tout, sans contredire. »
Ensi li uns l'autre conjoie.
Son mal oublie pour la joie
Li cevaliers ne en ce point
2290 De maladie ne sent point.
La dame le fist recoucier,
Si com celui cui moût ot cier ;
A ce que recorder m'oés,
La prueve savoir em poés.
2295 lia dame, moût senée et sage,
2274 Etj*ai puis mains maas pas passés.— 2*277 ttref — 2283 pour
moi reconforter. —2284 reporter. — 2289 nés en ce paini. — 2295 La
dame ert mont...
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— 841 —
De malades sot tout Fusage,
De lui garder fn en grant songne ;
Cius à oui touque la besongne
Le fait mieus c'uns autres assés.
2300 Li cevaliers fu respassés,
En la fin fu haitiés et sains»
A dieu rent grasce et à ses sains,
Quant sa santé li phdst à rendre.
Quant garis fu, ne vot atendre,
2305 La dame prist et espousa ;
Noble dame et boinne espouse a,
Ce dist, or ne se doit plus plaindre,
8'il a siervie amours sans faindre ;
Quant il en a tel guerredon,
2310 Ne Ta pas sierrie em xttrdon.
De lor joie ne sai plus dire ;
Quant il pœllent sans contredire
Faire lor boin et lor plaisir,
11 n'i a mais fors dou taisir.
2315 La dame aporta grant trésor
En biaus juiaus et en fin or,
Onques puis mer ne repassa,
Mais ou pays là trespassa
Encore anscois que ses maris,
2320 Dont li cuera de lui fu maris ;
Mais bien furent .xx. ans ensanle,
Ensi que boinne amours assanle
Pluiseurs rrais amans et desjoint,
Qui sont par loial amour joint,
2325 Qui en a fait ferme jointure.
Dolans fu de la desjointure
2298 touche.— 2302 i4 ZHw* grant.— 2304 rorf.— 2307 Ce dist on —
2317 rofMiMa.-— 2322 Mieux vaut incontcstableinent la leçon Je Turin :
Et ensi la marsdessassanle.
B. ET J. DE CONDÉ. — TUV. II. IG
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— â48 —
Li cevaliers, et ce fu drois.
Qu'elle estoit boinne en tous endrois
£t loiaiis et de vie sainte.
2330 Apriès se mort ot painne mainte
Li cevaliers pour Dieu siervir
Et pour sa gloire desiwvir.
Tant vesqui qu'il ot fuison d'ans.
A nulle vanité tendans
2335 N'estoit mais, si con j'entendi.
A Fhospital puis se rendi
Et siervi Dieu jusk'en la fin
Si con deus qui avoit cuer fin.
Chevaliers fu trop preus de cors,
2340 Si est de lui biaus li recors ;
Il ot mauvais commencement
Qui vint à grant avancement.
Prions pour ces .^. vrais amans.
Qui d'amours tinrent les commans,
2345 Et pour tous ciaus qui finnement
Aimment jusk'al definnement
Et sierrent de cœr amour finne.
Et atant mes contes ci finne.
Dieus, cui pooirs ne pœt finner,
2350 Laist Jehan de Condet finner
A lui, par cui est prise fins
De ces viers amoureus et fins.
2^33 /attoMf .--2339-2340 corps; rM;orp<.— 2343 fitis amans.
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XXIV
Ll DIS OOU VARLET Kl AMA LE FEMME
AU BOURGOIS '•
; i pourcace à autrui grerance,
àl\ s'empire et se desavanche,
Et souvent voit on avenir
C'on voit BOUT son col revenir
5 Tout le mal qui de son cuer muet.
De coi autrui encouper vœt;
S*en orés chi endroit .i. conte.
Si con la vérités nous conte.
Il fu jadis .1. rioes hon,
10 Qui d'avoir avoit à f uison ;
De son non ne isui pas chiertains,
Mais d'une cité sui ciertaîns
Et à la justice partoit
* Rome, fol. 182.
8 vérité. — 12-13 Ces deux vers n'offrent pas de sens; il faut ou
admettre nne lacune après le premier, ou corriger ainsi :
Maii d'wne cote t%i ciertains,
C'e^t k'à la justice partoit.
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^244 —
Et noblement son corps portoit.
15 Femme prist bielle et bonne et sage^
Gente de corps et de visage.
Et à regarder deliteuse
Et à pluisours gens couvoiteuse ;
Tant estoit ses corps biax et gens,
20 Ç'amée fu de pluiseurs gens.
Ce fu delitans compaingnie,
Si estoit de haute lingnie ;
Meîsmes cil qui le sienroient,
Li auquant pour s'amour diervoient.
25 Entr'iaus en ot .i. si hardi,
Qui de li proyer s'enhardi
Et li dist que pour li morroit
Ne lonc tamps vivre ne poroit,
S'elle n'avoit de luj mierchi.
30 Celle dist : « — Partes vous de chi.
Je n*ai cure de vo requeste ;
A moi feres poure conqueste.
Je seroie trop mal senée,
Quant je sui si bien assenée,
35 Sejefaisoie à. autre ami;
Pour çou n'en parlés plus à mi. >
• Dame» > fait il, « vous avés droit.
Bien puis piercevoîr ci endroit
C*un autre de moi mieus amés ;
40 Se je me sui à vous clamés
De mes maus, plus ne le ferai ;
Mes mon mesaise soufferai.
Se je muir, ce sei'a peciés
Pour vous, et s'iert à moi mesciés.
45 — ( Taisîés, t dist elle, « et tos widiés,
21 Cefu de H i^mps eompaignie. —23 Us iiervoient. — 42 Mes
mesaise soufferai.
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- 243 —
Fols musara et outTdouidiés. • —
Cius 8'«m ptiit à ciwr dolent.
Enflés d'ire et de maatalent,
Et pensa, s'il renoit à point,
50 Que 11 ne se fainderoit point
De li grever Tiers son signeur ;
Il n'avoit beanœ grigneur,
Et tont ensement en arint.
Car un joor à son signeur vint :
55 — c Sire, • fait il, t .i. homme avés
Entor yoiQg dont vous ne savés,
Et iestre pœt que je le saioe.
Le déshonneur que il tous caoe
De ma dame à faire s'amie,
60 Et hien sai qu'elle ne seit mie.
Vo honte sonffirir ne poroie.
Mes Tostre honneur caeier voroie. » —
Li sires moult courouciés fn,
Jalousie Ta de son fu
65 Espris, qui n'iert des mois estains ;
D'ire, de tourment fu'atains.
— « Amis, » dist il, • qui ce pœt estre?
Di m'ent le couTenant et l'iestre ;
Orant fausseté en teil homme a. • ~
70 Et li traîtres li nomma
.L, qui noQTielles n*en saToit
Et qui 4 ce ooupe n'aToit.
Li honrgois le flst tantost prendre,
Cul grans mantalens flst espreodre, ^
75 Bt le fisi mettre en fort prison.
Puis enquist de la mesprison,
Tant que la dertainneté sot;
Car icil nulle coupe n'ot,
57-58 Vers int^rrertlB dans le Ma. — 59 et face 8*amù.
72 coupef. — 78 Car celle nulle co%fe$ mt.
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— 246 —
Et aprièa si sot en quel guise
80 Chieus avoit sa famé requise.
Le boin yallet fist délivrer
Et fist le traitour livrer
A mort, s*en ta faite justice.
Leuwier ot selonc son service ;
85 Selonc raison ala la cose :
On dist» qui boise ne repose.
Preus seroit se li traïtour
En venoient tout à tel tour,
Con cieus fist de sa trajson.
90 Forment doit iestre hays bon
Qui preude femme mait sus blasme.
Dont on mesdit et on le blasme,
Et autrui vœt deshonnourer.
Tels bons ne devroit demeurer
95 Em pays ù on le seuVst,
Tant que sem paiement eui'st;
Bien fu employé vraiement
Que cbius en ot son paiement.
Condampnés fu par son mesfait,
100 Etli.bourgois fist .i. biel fait,
Et on y pœt exemple prendre.
Si c'en se gart d'ensi mesprendre :
C'est de trayson pourtraitier.
De quoi nuls ne se poet gaitier,
105 Et s*est li plus vilains peciés
De quoi bons puist iestre enteciés.
Et Diex tous traytours confonde
Quel part qu'il soient par le monde.
Et les amainne à pute fin !
110 Et atant mon conte defin.
97 Bienfust. — 103 Qui de trayson.
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XXV
U DIS DE LE PASQUE ••
j[arler vœl à tous crestjens
> Un poî de dons celest jens :
De ceste grant solempnité,
Qui est de si grant dingnité :
5 C*estde la résurrection,
Par qui de la subjection
Dou dyable nous delirra
Jhesa Cris, qui son corps livra
Ou pooir des Juïs félons.
10 Ceste feste Pasque apiellons,
C est li trespas nostre signour.
De tout Tan le fieste grignour,
K*en la crois fu crucef jés
Li aigniaus et sacrefjés,
15 Dont la loy Moyses parolle;
S'en redist une autre parolle
Saint Jehan Baptistre moult bielle,
* Rome, fol. 183. Ce poème de dëvotioD a été publie dès 1859, par
Tobler , dans la revue allemande intitulée : ArchivfUr dos Stndium
fier neueren Sprachen %nd Liieraturen. Herausg. von L. Herrig,
t. XXVI, pp. 285-287.
11 U trespas. — 17 S, Jékans. — Tobler, par erreur, a mis Saint
JehansVapostre;U Ms. porte baptistre.
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— 218 —
Qui Jesu Grist aigniel appielle :
i Veis ci Taigniel Dieu pur et inonde,
20 Qui oste les peciés dou monde. •
Dou sanc prescieus qui couru
De Taigniel qui en crois moru,
Furent lavé nostre pecié,
Et cil qui erent tresbuscié
25 Bn jnfler el parfont palu.
Revinrent à port de salu.
Plainne fu de grant pascience
De Dieu le haute sapience ;
Nulle autre à ceste ne compère :
30 C*e«t Jesu Cri«t âex Dieu le père.
Qui vint com bons mortex en terre
Ses brebis pierdues requérir.
Pour nous m<Hrir le coarenoît/
Car de çou dont la mors venoit
35 Couvenoit relever la vie.
Et 11 d jables plains d'envie»
Qui vainku avoit par le fust.
Aussi par le fust vaincu fîist.
Tu, crestjrens, qui en Dieu crois.
40 Sntens chi par le fust la crois.
Où le âeus Dieu son oon ottri
Et mort et anguisse souilM,
Pour le pedé dou pranier homme.
Qui n^enga le fhiit de la pomme.
45 Par fiist fumes à mort livré
Et par fust aussi délivré.
Moult fu celle mors ettreuse,
Comment qu'eUe fust dolereuse,
Quant en ynfier ierent dampné
50 Tout cil qui erent d' Adan né ;
18 Tohler : Que p. qui.
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— i4B —
Mais 11 fleui Dieu noua viseta.
Qui à 06 jour resassita ;
Mes aim jeta hors ses amis
D'infier ù Adans les ot mis
55 Par son pecié, selimc les lirres»
Et il fu li premiers detirres.
Sa naissance que nous yausist.
Se au racater nous fausistt
Por çou tous 11 peuples s'eqoie
60 Contre ceste âeste de joie ;
C*est des fiestes la souyerainae
Et en no loi la pmmerainne.
En ywAer estdit nos estaiges.
S'est paradis nos hiretsges ;
65 De bas sommes en haut monté;
Ce nous flst Cristpar sa bonté.
Loés Dieu, juste et peceour.
Et siervés nostre sauveour.
Qui nous gieta dou grief siervaige
70 D'infler, le lieu ort et sauvaige.
En morrant no mort destruisi
Et en suscitant restruisi
No vie» qui estolt destruite.
Or aions la pensée estrulte
75 A ce que si nous maintenons
Que la francise retenons
Que Crist par sa mort nous acquist.
Qui jusques en jnfler requlst
Les brebis dlraël perles;
80 Et furent par lui averies
Les prophéties et 11 singne.
Aussi que 11 prophète dingne
Lonc tamps devant anonoié orent,
BI Le singne.
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— 250 —
Qui par le saint Espir le sorent.
85 Par Crist fa infiers desnués
Des boins et li sabas mués.
Que au diemenoe faisons ;
Et il est droiture et raisons,
Car. ce jour fu resuscitês
90 Chius qui est voie et vérités
Et vie ; et o lui suscitâmes
D'infler et en gloire montâmes.
Là est nos sièges sans descendre,
S'au bien faire volons entendre,
95 Car mais nuls orest yens n'avale
En infier fors par œvre maie.
Dieus, qui est uns en trenités
Et est tresbles et unités.
Qui sans fin prendre vit et règne,
100 Nous mece o les sains en son règne !
:.t'r
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XXYI
Ll CASTOIS DOU JOUENE GENTILHOMME
' ^>Ca> -^ — —
[ons de gens de vaillance estrais,
'Les poins de nature mestrais»
Se le mal en ton cuer assanles
Et les preudommes ne resanles,
5 Dont tu ies estrais et Tenus»
Et se tu ies mauvais tenus,
C'est uns lais nons et despiteus.
Moult devroies iestre honteus,
Se tu te connissoies bien,
10 Kant de ton cuer ostes le bien
Et au retenir le mal tens.
Or te trais chà et si m'entens.
Et si prens warde à men castoi.
Tu fais tout premiers honte à toi,
15 Apriès à ciaus qui t'apartiennent.
Quant les gens leur parlement tiennent
De toi en mal, c'est hontes lais
' D'après le Mb. de Rome , collationné sur A (fol* 155) et B
(fol. 83 YO).
12 La leçon du Ms. de Home Or te tais chi m'a paru devoir èiv^
remplacée par celle de AB., q\\\ est plufi naturelle.
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— 252 —
Puisque le bien à faire lais
Que tu dois faire par nature.
20 Par droit doit gentieus créature
As gentiex dont elle ist retraire.
Dunt ne dois en ton cuer atraire
Nul maurais Tisse, et 8*il j est.
Ne 11 dois laissier faire arriest.
25 Car li bons estrais de noblece
A le cuer plain de grant foiblece.
Se villenie bors n'en cace ;
Et cieus qui sen bonté pourcaoe
Assés legierementy Tient,
30 Et c'est cose qui mal aTient
A celui qui doit gentius iestre,
Kant on le tient de Tilain iestre.
Dont Dieus et li mondes le bet.
S'en dist cascuns au pis qu'il seit,
35 Pour çou qu'il ne fkit cou qu'il doit,
Ains se fait ensengnier au doit.
Li uns dist jà ne muera,
Li autres dist qu'il passera
Les mauTais, car il oeurt apriès.
40 Et ensement, et lonc et priés.
En dist cascuns laide paroUe,
Et aucuns, quant on em paroUe,
Met par oontraile an fier le main
21 «i/p. ist — 22 relmire. — 26 çrant nohUee. ^ 28 A. sa bonté.
— 34 A. dou pis. — 36-37 AB. :
L*an se fait ensengnier au doit,
Qui dist jà muez (A. mules) ne sera.
Cette versioik est contraire au sens et à la coiTeetion grammaticale. -^
40 Et u ment. — 43 La forme comtraile apparaît plus d*ane Ibis dans
notre Mb.; je crois donc devoir la respecter; elle est d*aillenrs
conformé, au verbe contralier et à l'adj. CMiralius.
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— 253 —
£t dist : < S'on em parloit au maiu,
45 On ne seroit jà le jour aise. •
Ensi 3e manière mauvaise
En fait partout dire lait conte ;
Jà n'amera honneur qui honte
Ne crient. Â toi le faic savoir,
50 Hons : se tu voes honneur avoir,
Crien honte, à hounour parvenras ;
Puis k'en ce chemin te tenras.
Sans faille, se tu as eûr,
Jà n'i fauras, ce t'aseûr.
55 Gentiex bons, flex de grant signeur,
Entens chi, se vœs à honneur
Venir et en avancement.
Prendre en dois le commencement
Entrues que tu ies jouenes dans,
60 Car s*à hounour ies entendans,
Se de jouvente en toi commence,
S*& droit y reprent sa semence ;
Toudis de plus em plus croistra
Et tant que cascuns counoistra
65 Que tu as à hounour beanoe.
Si te vient de droite esceanoe
De ton taion u de ton père;
Et ciertes li hons bien se père
Qui en jouvente se lait duire
70 En bien pour à honneur conduire.
Et uns provierbes nous reprent
Que f ce que li nouviaus ciés prent.
Quant il est viens, il le savoure. •
Dont ne dois en ten cuer nule eure
75 Villainne tece consentir, _
02 reprens la sentence, — 68 bel se pero. — 74 nul eure.
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— 254 —
Mais si tost que le pœs sentir,
Fais tant que le caoes en voie,
Et au bien faire te ravoie.
Or j a teil n^est pas si saiges,
80 Qui cognoissent tous mois usaiges ;
Si doit des boins le conseil croire
Et de sa follie recroire.
Par le conseil des bonnes gens.
Chis poins H est et bîaus et gens,
85 Car trop laidement se sourduist,
Se il à mal faire se duist,
Car gentiex homs doit par droiture
Avoir courtoise noureture.
Que le bien li monstre et le duise,
90 Par quoi à honneur se conduise
Ne à ordure ne s'asente.
Mais ossitost que il le sente,
De son cœr tost le desrachinne,
Car quant lais visces s'enrachinne,
95 Trop est fors à desrachinner.
Atant Yoet sen castoi finner
Jehans de Condet, qui reprent
Celui qui ot et riens n'aprent.
Bien fera li bons à reprendre
100 Qui chi ne vora warde prendre.
80 AB. maiis usaiges. — 81-82 AB. :
ChiauB doit des boins le conseil traire,
Et de sa follie retraire.
89 B. etdeyise.
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XXVII
Ll DIS DE BOIN NON *•
ieus qui set loquense amojer
r A biaus dis faire et rimoyer,
'^Fet boin quant sen tamps j desploie
Et puis les die ù bien remploie,
5 Car qui y voroit garde prendre,
Moult de biens j poroit aprendre,
Et cil qui volentiers les oient,
n ne pœt iestre qu'il n*en soient
Amendé en aucunne guise ;
10 Si en ont pluiseur grasce aquise
Par biaus dis conter et retraire.
Et pour cou ne se voet retraire
Jehans de Condet de bien dire.
Si en sont plain d*anui et d'ire
15 Pluiseur. Quel sont il? Li mauvais,
Dont souvent ai repris les fais;
Car li mauves het par nature
Tous oiaus qui li mou9trent droiture.
Jà pour iaus ne se retraîra
* Ms. de Rome.
15 mauvais .
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— 286 —
20 De bien dire, ansçois retraira
Le bien tant qu'il sera en vie ;
Se 11 mauves en ont envie,
Pour cou n'afiert pas qu*il se taise ;
Mes seulement que as boins plaise,
25 Qui honneur aimment et ont oiere,
Biaus mos dira à lie cière.
Qui pour mauvais tenir se vœt
Et qui le bien oîr ne vœt,
Yoist ensus, car c'est lais jujaus
30 Dou bien conter qui est muiaus.
Et ne li tourne pas à sens.
Pour cou ai tourné mon assens
Au bien as boins ramentevoir.
Pour partie de men devoir
35 Pajer, si deverai tant mains.
Des rioes hommes voi tamains
Qui se devroient ensaucier
Et lor cœrs en hounour haucier.
Qui de ce villainnement usent
40 Que Founeur laissent et refusent
Et encargent honte à grant masse.
Mains bons n'a soing mes qu'il amasse
Grans riqueces et grans trésors ;
S*ên devient li siedes très ors,
45 R'au jour d'ui sont plentefft de gent
Qui aimment mlez or et argent
Qu'il ne facent honneur acquerre ;
Mais qu'onques puet, engien vait querre
Dont il ait avoir et riquece ;
50 Pau quert on autre gentillecce
Ne autre honneur, car con aveules
38 lors — 48 vaii omis. — 51 Con se veuUs.
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- 887 —
lest au tamps qui or ceurt li peules.
Quant .i. hons est poures clamés.
Il n*est hounourés ne amés ;
55 Combien qu'il soit de boin renon,
C'est riens quant d'aroir est se non,
En ce siede mal entendant,
C'on n'i a au jour d'ui tendant
Fora k'à grant avoir amasser :
00 De ce ne se pœt nuls lasser.
8i nous fait Sallemons savoir
Que il vaut miex boin non avoir
Que grant riquece ; mieodre est grasce
Que ors ne argent, car tout passe.
65 Sire, dist une antre escripture.
De boin non avoir aies cure.
Car plus te duerra assés
Que tu euïsses amassés
Mil trésors grans et prescieus.
70 Dont est ce trésors grascieus
De boin non, s'est de très grant pris.
Jà sont de preudommes repri»
Li bien qu'en lor vie fait ont
Mil ans apriës ce que mors sont,
75 Voire bien plus ; c'est apparant.
Vérité en tray à garant :
Tant que li siècles duerra, i
Li boins nons d'iaus adurera. i
Et ors et argent, que devient 1 \
SO Si tost con bons à se fin vient, !
Cascuns en vœt avoir se part
Des proismes ; qui pœt, si j part, '
Que plus en a, plus s'en déporte.
I
70 esse, orthographe presque habituelle p. est ce, — 75 esiappa- \
tant. — 77 Tant que me li. — 78 dieu a duret a. — S2 si p pace. I
B. ET J. DE GO!fDÉ. — TGV. II. 17 <
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— 258 —
Carli mors nulle riens n'enporie.
85 S'il fu boins, ses boins nons li dure.
Dont sont li cuer trop plain d'ordure,
Si di devant grans et meneurs,
A cul miez plest avoirs c'ouneurs.
Car n'a nulle comparison
90 Ne d'avoir ne de garison
Contre houneur, bien le vous créant.
Mais li mauvais, li recréant
Héent honneur et aimment honte.
De ciaus ne pœt on dire conte
95 Qui soit grascieus ne plaisans.
Si en doit on iestre taisans ;
Se n'est pour les boins ensengnier,
On n'en devroit parler daignier.
Mais des boins doit li recors plaire
100 Pour donner à tous exemplaire.
Et à çou ai mis mon acort,
Que du bien faire as boins recort.
BbSi/u,
— «>œ25@—
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XXVIII
Ll DIS DE LE PELOTE **
f oine amours est viertus si Anne
irQu^elle ne cange ne ne finne
^ En cuer diamant ; tant est pôissans
K'adiès est ses pooirs croissans ;
5 Mes li pluisour n'ont cognissance
De connoistre sa grant poissance,
Car de ciaus qui au jour d'ui aixnment
Et ont amé, et qui se dajminent
Loial amant, ne quic je pas
10 Qu'il en poursievent le droit pas
De cent uns, car d'iax est lontainne
Boinne amour, qui estlafontainne
Et li sourgons de bonnes mours.
Mes pluiseurs guises sont d'amours,
15 N'ont c'un non, mes grant differense
A es fais ; de grant reyerense
Doit boinne amours à tous ciaus iestre
Qui de li sèvent fais et iestre.
« Rome, fol. 186. — A., fol. 184 to — B.. fol. 1 17.
\4 font amours.
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D^amours vous dirai .iij. manières,
20 De quoi les .ij. sont moult plenieres.
Au jour d*uj très forment en cours,
Et la tierce va en decours,
Qui .c. tamps miex des autres vaut.
Qu'en li nulle bontés ne faut.
25 Li uns aymme pour son délit
Et li autres pour son pourfit
Et H tiers pour droite hounesté ;
Nuls n'a le cuer amounesté
D'amer, comment qu'il en avingne,
30 Que Fun de ces poins n'i couvingne.
Qui aimme dame u damoisielle .
Pour son délit, toudis oisielle
Apriès et gaite par quel guise
Il ait l'amour de li conquise,
35 Et le pui«t si à point saisir
Qu'il em pui«t faire son plaisir ;
Ne j'à s'ounour n'i gardera,
Ne meseief n'i regardera
Qui em poist œli avenir,
40 Mes qu'il em puist à cief venir
Et li carnelment gésir;
Tant est espris d'ardant désir.
Je di, qui teil amant vrai claimme,
n mesprent, car qui ensi aymme,
45 Boinne amour ne l'a pas en garde.
Puis que li amans ne regarde
A l'ounour sa dame garder.
N'aime pas, à droit regarder,
S'est une amour qui a grant ibrce
50 Al jour d'ui et maint ouer esforce
Et qui plus communément règne ;
43-44 claimment; aymment. — 45 Lomme amour. — 47/1
l'amour.
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— aiîi -
Entre toutes gens a son règne.
£t biautés oeste amour esmuet
Plus k*autre tece, u il estuet
55 Que grasoe le faice esmouvoir :
L'unne des .ij., par estouvoir,
A ceste amour avoir couvient.
De la seconde amour avient
G'uns hons, pour son pourftt cacier
60 Et lui de riquece avanoier,
Aimme une femme et est espris
Pour lui et forment enaspris
De son avantage poorsivre
Tant qu'il em puist la fin consivre ;
65 A ce Ta esmut couvoitise.
C'est amours plainne de faintise,
C'on n'i regarde fors Taxoir.
Ceste amours, ce poés savoir,
Court par le monde plainnement
70 Et fait souvent villainnement
Tant maint gentil homme abaissier
Et la gentil famé laissier
Et la viUainne rice prendre.
De ceste amour veons esprendre
75 Maintes gens qui s'en deshoneurent ;
De vraie amour point ne savourent.
Ceste amour siert de teil siervice.
Qui ne kace fors que la rice.
Celle li plaist et 11 dellitte,
80 Celi a coisie et ellite.
Autre ne quiert ne ne demande,
Car couvoitise li commande
Qui celi amer ]i semont.
52 En trêsUmtes gens eng.-r. — 55 li faire.— 50 esfatoir. — 60 En
lui en r. a.
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Ceaie amours oeort trop par Je mont,
85 Qui trop amenrist gentiUecce
Par oottvoitise de riquece.
La tierce amour, celé est la vraie.
Qui sa clarté rent et qui raie
Et qui esprent le cuer hounieste
90 Et désir loial Tamounieste.
Pour hounesté est commencie
Et est plantée et semencie
De naturel esmouvement.
Si ne pœt faire mouvement,
95 Ansçois demeure entire et ferme
Es cuers ù elle se conforme,
Et joint .ij. cuers si bien à point
Que il ne s'en defijoindent point.
Et est leur amours si ivielle
100 C'on ne poroit savoir li quelle
Est menre ; si bien est partie
Qu'elle est en çascunne partie
Si ferme et si enrachinnée,
Si coiy ointe et si aiBnnée,
105 Sans ordure et sans villonnie.
Qu'elle est si ivielle et hounie
Com est la mers quant est sans onde ;
Et en cascun des cuers habonde
Tous loiautés et teus droiture
110 C'autretant ayme par nature
L'uns l'autre, à cui s'est coigoins,
Con soi meïsmes, ne desjoins
N'en pœt iestre par de^ointure.
Se ce n'est dont par la pointure
87 si est, — 99 et 106 si isnielU ( A. a yu^éle, B. o%èU ; j'ai pré-
féré ivielle), — 108 cascuns. — 109 teil loiauté et tel dr, -
111 Uns cnnrs Tautre.
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— â(i3 —
115 De la mort, qui tout fait deajoiudre.
Ensi set amours .y. cuers joindre
Et si à point le jeu partir
G'on ne les poroit départir.
On pœt bien eslongier les corps,
120 Mes des cœrs est teils li acors
Ke kl eslongier les rouroit,
Je di faire ne le pouroit ;
Tant fort se sont entrecontré
K'en l'un cuer sont li cop entré
125 Qui de Fautre cuer sont venu.
Et ensi en est avenu
Comme de la pelotte avient :
Quant 11 cops encontre .i. mur vient
Et est férus de rade main,
130 A celui revient aparmain
De oui main la pelotte issi.
De ces .ij. cuers avient issi ;
Li cols qui de Tun est venus
Est si par Fautre retenus
135 K*ausi radement viers celui
Le renvoie qu'il vient viers lui ;
D'auteil volenté qu'il se part
De Fun, a li autres se part
Et enviers Fautre le rejeté,
140 Tout ensement oon chiens qui jeté
Contre une paroit le pellote.
Qui les poins de ceste amour notte,
Cest une amours qui moult doit plaire.
Mes mal em pœt on Fexemplaire
145 Trouver des amans qui or sont.
Des autres amours espris ont
117 ca ieu partir; B. le veut partir. J'ai suivi la leçon de A. —
129 AB. de roide main. — 133 de lui. — 135 roidement. — 138 De
lui et.,. — ue amans.
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— 884 —
Les cuers, si que vous «d oonté.
A ceste «unour oouYÎe&t bonté;
Plus y doit Yaloir e'autre tece.
150 Geste amours est <le graat hautecc.
Qui les peins garde entiremeurt.
Car hoonieste est premièrement,
AvoBC ce elle est deiltable ;
A Famant est moult pourfttaUe,
156 Car Famant fait à bien entendre
Et ne li lait penser n'entendjne
A mal faire, ansfois Fen repMit,
Et ensi ceste amours comprent
Les autres poijpbs cadiKgiés em bien ;
160 II ne faut à ceste amors rien.
De ses biens n'est nombree ne fins :
Elle est pure oon li ors fins
Qui pluiseurs fois est affiafiés.
Li cuers qui est enluminnée
165 De ceste amour, est biw ea^s
Et pœt conquerre honneur ot pris,
Car en lui a ylertu hautisaie.
De ses biens ne di pas le<lisme,
Et qui plus avant en verra
170 Enquerre, trouver le poura
Es livres de philosophie,
Si m'en tairai à ceste ûe,
Dieus doinst joie à tous vrais amans.
Qui de vraie amour les comoptacis
175 Vœllententirement tenir
Et bien et houneur maintenir l
151 Qui les concorde, A. Qui les boins garde. J'ai suivi la leçon de
B., qui seule est dans le vrai. — 157 le reprent. — 174 vrai.
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XXIX
Ll DIS DE LE MORTEL VIE *•
{oure oose est de mortel vie,
f S'i a moût d'orguel et d'envie,
De barat et de &usetet;
Sens 7 tient on à nioetet,
5 Car qui n'i est rioes d'avoir,
On n'i tient riens de son savoir;
Chil cui de Dieu plaiet 11 siervices
Et qui ne vœt mie ie&tre rices
De mal aquest, o'est uns caitis,
10 Mais cieus est saiges et faitis
Qui a manière et engien quiert
Dont au siècle rioece aquiert,
U soit à tort u soit à droit.
La prœve en veon^ ore endroit,
15 C'on n'a seing de quel ps^ qu'il vingne,
Mais que cascuns rices devingne.
Or est traveilliés et lassés
Uns hons, et s'a d'avoir assés.
Et quant il est em plus grant point,
' Rome, fol. 186.
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— 306 —
20 En çou qu*il ne se garde point,
Li mors vient, qui tantost Fabat,
N*en coayient faire lonc débat.
Et tout çou qu*il a aquis lait.
Uns autres, à qui n^est pas lait,
25 A ravoir, que gaaingnié trœve ;
Dont nos veons souvent la prœve.
Or regardons le plus rice homme
Dou monde, Tempereur de Romme,
U celui de Coustantinoble,
30 Le plus poissant et le plus noble,
Qu'esoe de lui ne de se force?
Li mors aussi tost le defforce
Que le plus poure dou païs.
Bien doit li mondes iestre hais
35 Pour le grant poureté de lui,
Car à painnes voit on celui
Que li mondes ne faice aveule,
C*est le clergiet et le lai peule.
Cascuns ne tent fors qu'à riquece,
40 On ne fait force à gentillecce
Ne à honneur se modt pou non ;
Se grasce piert et sen boin non
Hons qui est poures devenu^,
Il est viens et despis tenus.
45 Ostons tout çou encore arrière
Et metons en autre kayere
.1. homme et puist si haut monter
En avoir c*om poroit conter
D' Alixandre u d'Otevjen ;
50 Qu'esse de l'avoir terr jen ?
En mains c on ne puist clore .1. œl,
Convient tresbuscier cest oi^œl ;
24 Un, — 2hffraainjnie. — 47 ei puis, — 40 oievryen.
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- a(}7 ~
C'est songes u de vent trespas.
Si haste casouns son trespas.
56 Si tost c*ans bons au main se lieve,
Li dingners atendre li grieve,
Si le voit on poi atargier.
Et quant ce rient apries mengier,
Si rêva oublyer le jour.
60 S'en .i. lieu a fait lonc séjour.
En .i. autre aler en voira ;
Si hastera, canqu'il poura.
Que le jour ait menet ou viespre.
Puis va souper quant il aviespre,
65 Et apriès couder en son lit.
S'il veille, il a pau de délit ;
Longhe nuis à anui li tourne.
Si se dejete et se retourne
Et si convoite Ti^ournée,
70 Et ensi cascunne journée,
Dou main au soir, dou soir au main,
Et de Fun jour à Tendemain.
Quant il fait froit et est jviers.
Que li camps est frois et couviers,
75 Si couvoite on le tamps nouviel.
Le candeler, le quaresmiel,
Puis Pasques et le joli tans
De mai, qui tant est delitans,
Puis Pentecouste et S. Jehan,
80 Puis aoust, c'on fait molt d'ahan
A ciaus qui miessonnent les blés.
Et quant ils ont tous assamblés.
Le Toussains et le saint Martin.
Ainsi vont tout soir et matin,
85 Que revenus est li Noés
56 Strictement il faudrait ledinffner, — 63 ai. —76 quarmieL
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- 268-
(Uns Uns moult prâiés et loés,
C'on tient les ûestes et les cours)
Et re$t jviere en sen plain cours,
Li anrenues, li tiermes dis.
90 Ënsi. de plus em plus, toudis
Use li h<akè sa vie et gaste
Et d'aler à se fin se haste.
Petit est li bons à repos
Et poi souvent en .i. pourpos;
95 Chi se cange et diviersefie,
Chi a joie et se glorefie,
Chi a dœl et se desconforte,
Ënsi qu aventure laporte.
Or ait uns bons vesou .c. ans
100 Et n'ait esté nul mal sentans,
Mais toudis en pais, en santé
Ait vesçu, et en tel plenté
Qu'il ait eut tout son voloir,
Sans mal sentir, sans mal doloir ;
105 Or ait eut des biens asséa,
K*a il fait? Cils tamps est passés,
N*i a c'un poi de vainne glore,
C'om prent sans plus en le memore
Dou tans passet, qui revenir
110 Ne pœt, ne porroit avenir.
Celle glore, celle noblece.
Celle bouneurs et celle bautece
SamUe tout à recommencbier ;
Mais nature, qui avancbier
115 Fait se fin, pas lonc tamps ne targe;
Ne pœt valoir escu ne targe,
Qui de le mort le puist targier,
89 Voy. pour anretmes (pron, anreneus) , qui est bien exactement
la leçon du Mb., les Notes expl. — 105 Ora Ueut. — 112 honneur.
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Combidn c*od la voie attargier.
Or est il à se fin venus ;
120 K'a ilftût, qa'est il devenus?
C'est ensi que il ne fust onques.
Qu'esce de mortel vie donques I
C'est Songes u vens qui trespasse.
Chius qui vit le plus longe espasse,
125 II li sanle qu'il n'ait riens fait ;
N'enporte riens fors le bien fait.
A le mort lait on son avoir
Et le convient .i. autre avoir.
Tu, rices bons, u ders u lais,
130 Qui muers, le tien avoir me lais ;
Che fu hier tien et hui est mien.
Je ne feroie pour ti rien,
N'en revien riens à mi pryer,
Riens ne t'en voroie ottrojer ;
135 A l'aquerre mesis travail,
Mais de cou ne donroie .i. ail.
Recreamment le despendis
Et pour l'avoir t'ame vendis.
Mais l'argent je le despendrai
140 Ne jà pour ti riens n'en rendrai.
Quant le tien en me main mesis
Et pour ti nul bien n'en fesis,
Quides tu c'avoir doie soingne
De faire à t'ame sa besoingne,
145 Kant n'en pensas tant que vis fus?
Je faic de t'i aidier refus.
Au jour d'ui ensi en avient
Cui des âmes petit souvient.
Cil à cui li avoirs demeure
150 Les oublient en petit d'eure,
139 je manque au Ms.
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— 470 —
Et telle est la vie mondainne.
De quoi la fins est si certainne
Que cascun oouvient mort atendre.
Et pour tant au bien faire entendre
155 Dereroit cascuns de cuer fin.
Que Tame qui dure sans fin
Fust mise en celle gloire finne
De paradis, qui point ne ftnne.
Dieus nous doinst si à lui finner
lÔO K'en celle gloire sans finner
Serons nous reçut finnement !
A tant prent cil dis finnement.
IGl Sorons,
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XXX
Ll DIS DE LE NONNETE •-
L o ne doit mies trop reprendre
[Aucun fol, s'on li voit emprendre
Par ynnorance aucunne cose.
Car il avient que teils hons cose
5 Sour qui il a bien à koser ;
Pour oou vous di ge bien qu^oser
Ne doit nuls hons tel cose faire,
Mais à bien tourner son afaire.
Là doit cascuns mettre s'entente.
10 Or vous tobI dire sans atente,
Pourquoi cest provierjbe commence.
Car il n'afiert mie c'om mence,
Ains doit on ensievir le voir.
Jà bien oï ramentevoir
15 D'unne abbie, dont li eouvens
De dames iert legiers con rens ;
Car amours repairoit en Tiestre,
Qui legieres les faisoit iestre.
' Ma. de Rome, publie parTobler, pp. 169-176.
4 Car omis. — 14 Tobler a inutilement changé ^'^ enfai.
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-^ 272 —
Li abbesse ne haoit mie,
20 Car elle avoit souvent sen mie,
Qui de ses maus le garissoit.
Susposons ore qu ensi soit
C'en sewist bien que li prieuse
N'en estoitmie diseteuse ;
25 Celles des autres offechinnes
Ne yousissent paons ne chinnes
Tenir, quant leur amis tenoient;
Moult noblement se maintenoient.
Or revenrai à mon pourpos.
30 Une en j ot qui pour repos
Avoir layens s'estoit rendue ;
Assés nouvielle estoit viestue,
Si qu'encore oflSsce n'avoit.
Mais pour cou mies ne Favoit
35 Amours laissie à pourveoir,
Kar ne laissoit pas, pour veoir
Que ses compaignesscs fesissent,
Qu'elle et ses amis ne fesissent
Œvre d'amours assés de fois,
40 Tant que Fabbesse pluisseurs fois
Le vit et si li deffendi.
Mais li nonnette n'cntendi
Point à le deffense warder.
Si que Fabbesse rewarder
45 Ala, qui miex vœt c'en le mette
Em prison qu'elle s'entremete
De faire à Fabbie diffame ;
St pour le jeter hors de blasmo
Ftt li lassete cm prison mise,
50 Qui d'aiAer s'estoit entremise,
En une fort maison de pierre.
26 vansissent. — 34 laisHet, — 30 akies de fois, — 5] forte.
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— «rs —
Là réclama Dieu et saint Pierre,
Kar des jours y fu plus de vint.
Or orés jà que il avint
55 A la grascieuse au corps gent.
Une nuit faisoit biel et gent
Par nuit et si luisoit la lunne ;
Par un trau a veiîe Tunne
De ses compaingnesses passer»
60 Qui pour ses dous maus respasser
Aloit ayœques son ami.
Dist li nonne : ■— c Entendes à mi,
Dame qui là devant passés,
De Yostre vie vos passés
65 Mieus que de la moie ne faioe ;
Par les ieus qui sont en ma faice,
Se vous ne faites que hors soie,
Dechi demain vremeil que soie,
Je croi, yo visaige ferai
70 Et tout YO fait acuserai,
Si serés au mains mise en mue. » —
A le prieuse li sans mue
Lues qu'elle oj celle parler,
SI qu'à painne puet paraler
75 J. peu plus priés de la maison ;
Le nonnete a mis à raison,
Mais ses amis le soustenoit,
Si li a dit : — • Suer, ne t'anort ;
Par le foi que doi saint Martin,
80 Tu seras hors demain matin,
Ains que li couYens soit levés, i
— • Puisque vous en couvent Favés,
78 Se li. — 84 ç%i. J'ai généralement, dans Fintérêt de la clarté,
remplacé le q%i régime par cuù
B. ET J. HM COmt. — TOH. II. i»
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— 274 —
A vous m'en tieng comme à justice, i-
La dame, oui amours justice,
85 £t ses amis de là se part ;
Juer s'en vont ne sai quel part.
Quant oe vint à le matinnée.
Au cloistre vint toute atournée
Entre 11 et la cheveliere
90 Et avœk elles la boursière ;
Quant elles furent elles trois.
Si dist : — c Or me soit fais ottrois
De celle qui est em prison,
Par le corps Dieu, pau nos pris'on,
95 Quant si longhement on Ti laisse ;
Mierveilles est que ne s'eslaisse
A 11 tuer par desespoir.
Dames, faisons ent no pooir
De 11 ravoir tout maintenant. ■ —
100 Elles en vont leur main tenant
En celle besoingne afremée,
* Le cambre trœvent defTrem^
Là t droit Tabesse gisoit.
Li prieuse dist • Dieus y soit ! »
105 Si tost que laiens fu entrée.
L*abbesse fu mal encontrée.
Car elle ne gisoit pas seule ;
Nonponrquant si bien les aveule
Que ses drus fu ou lit couviers,
110 Qui n'estoit pas simples conviers,
Ains iert uns biaus abbes jolis.
Des dames fu pourpris li lis.
Toutes .iij. as genouls se metent ;
De canques pueent s'entremetent
115 De prjer pour leur compagnesse.
89 Tobler : cheneliere. — 100 mains. — 124 u est omis.
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— 875 —
— • Or n^en parlés plus • , dist Tabbesse,
« Car ciertes oe seroit pour nient. >
— Ma dame» on ne set qu^il avient » ,
Dist li prieuse, • si ferés ;
120 Une autre fie le ferrés
De verge plus grosse et plus dure. »
— • Ce n*iert pas tant que li ans dure i «
Dist Tabesse, • que celle en isse ;
Ce sanle .i. ciers u une bisse,
125 Tant est sa manière yolage. »
— • É, dame, ciertes, cel outrage
Li fait faire amours, bien le sai ;
Metés le hors» et par assai
Se point se vorroit castyer. i
130 — • Vous plaideriés jusk'à hier,
Ayant que vous le revissiés. •
— € Ma dame, ce seroit peciés,
S'ensi vous le laissiés mourir. »
L'abbesse fu plainne d'aïr
135 De cou qu^ensement estrivoient,
Et si se doubte que ne voient
Son ami, s*est ou lit assisse,
Puis a tantost se plice prise
Et le viesti delivrement.
140 Se chils qui cest dit âst ne ment,
Ensi que j'ai oy reprendre,
Kant sen cuevrekief cuida prendre,
Laidement au prendre mesprist,
Car les braies à Tabbé prist
145 Et puis les jeta erranment
Sour son cief, car grant maltalent
Eut et d'aïr fu alumée,
130 Tobler propose de lire : jusquà l'hiver; cette correction n'est
pas admissible, voy. mes Notes.
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— W6 —
Si ne s'en est point ayisée
Ne elle ne 8*en donne garde.
150 Et 11 priense le r^iarde.
Vit les lanières, qui pendoient
Devant sen front et banlioient.
Si les a les antres monstréee,
Bt elles se sont espantrées
155 Au rire, et li prieuse dist :
-^ c Dame, par le corps Jhesn Crist,
Vos ne nos faites mie à point,
Et flî saTés bien k'amours point
Si fort et maistrie les siens,
160 Qu*il n*est si fors ne si siens
Qui contre amour se puist deffendre.
Cuidiés vous faire le det fendre!
Nennil, car 11 maus est si fais,
Ne nuls n*em porte si grant fais
165 Qu*il n*en vorroit trop plus porter ;
Nous ne nos poons déporter
D*en recorder les grans douceurs ;
G*est très grascieuse labeurs,
Ce savons nous bien toutes chi,
170 Dame, si vous prions mlerchi
Pour no compaingne, 8*il vous plest. i
— € Se Dieus de chi lever me lest.
Pour moi n*iert hors de ceste anée. »
— • Vos m'avés ore trop tanée ;
175 Tant em parlés or que volés.
Car se vous teniés plus vos lés
Que vous ne faites le moitiet,
S'iert elle hors, et par congiet,
Ansçois que de çaiens issons,
180 Par le mère Dieu de Soissons,
152 *tf/r(m^— 154 e^pautres— 167 De recorder.— 180 Upar.
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— 877 —
U plus en serés oamoacie. >
— « Voire, qae je sde esoorcie,
Se m*en déportés p<Mnt ne pan. »
— • Et pour quoi, dame, de pagnau
185 A li lasse desiervi mort.
Se boinne amours la point et mort ? »
•^ € Efl^ir que elle s*en repent. »
— « Que savés tous que il vous pent,
Bielle dame, devant vos ieuls? t
190 — ( Que m*i penderoit, garoe vieuls?
Li cors de tous soit maleois ! » t
— « Uns cuevrekiés à menus plois
Vous y pent, dame, ce me samble.
Qui, par le cor Dieu, bien resamble
195 Çou de quoi on cuevre sen cul.
Cbe n'est mie de cuir de mul.
Dame, dont ces lanières sont
Qui vous pendent devant le front ;
Bien croi que leur pères fu ciers.
200 Que feus d*iniier arde vos niers.
Quant ensement vos maintenés
Et no compaingne retenés
Contre nous à telle destrece !
Dame, qnantes fois vo longhece
205 A anuit esté mesurée î
Or sojée mieus amesurée
De mains no compaingne mesdire » ,
Dist li prieuse, t et sans yre ;
Abbesse, que saige ferés ;
210 Faites tost, si nos amendés
181 Plus en sereps. — 182 que soiyes. — 184 Tobler propose de
corriger paçnau en de par dieu, en substituant an vers précédent |»^ à
pau;îe pente qu'il n'y a rien à changer; voy. mes Notes. — 185 de
Hernie, — \9Q point a mort. - 204 Ea: dame. - WUfereye. —
210 amendées.
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«-278 —
Cou qu avés enviera nous mespris.
Se vous ne volés que repris
Soit em plain capitle tantos. »
La dame n^eut le cuer tant os
215 K'en son lit ossast demourer,
Ains sali sus, sans demeurer,
K'os escaudés n'i feïst œvre ;
Des braies se tieste dascnevre.
Si k'à genouls mierchi cria.
220 Li prieuse Ten releva,
Ei Tabbesse plus de .c. fois
Leur cria mierchi là endroit,
Et dist : — c Jà mais n'a tort n'a droit
N'irai contre vo volenté.
225 Pour Dieu, ajés de moi pitié ! »
Elles em prissent le sairment.
Mais ce fu par .i. teil couvent
Que durent vir le baceler.
Et Tabbesse dist : — • Jà celer
230 Nel vous quierc et nel couvient mie. i
Le couvreture a rebracie,
Et li abbes Ta embracie.
Devant elles .iij. le baisa;
Et li prieuse s'abaissa,
235 Vit l'abbé et le reconnut.
— € Bawa, pour le crois que Diex eut,
Viseteres, iestes vous là ?
Par le langhe dont Diex parla,
Compaingnes, c'est nos viseteres ;
240 Ghi poons bien prendre materes
Orendroit à nos souverains.
224 voUntey. — 226 pUH. — 226 sarmefU, — 230 ynél^.et nel
g36 que diex nut. — 239 Compaigne.
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— 279 —
Que feus d'infier arda les rains,
Qui au liber espargneront ;
Et tout cil qui em parleront
245 En mal soient de Dieu maudit f >
Se cils ne ment qui âst che dit,
On se doit moult bien aviser.
S'il a sour lui que deviser,
Ains que sour autrui on mesdie.
250 Or querrés qui plus vous en die.
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XXXI
Ll DIS DOU MARIAGE DE HARDEMENT
ET DE LARGECE ••
[obles bons, qui à houneur tens
(Et le non de prouecce atens,
Escontes, si oras le voie
Qui Tomme à prouecce convoie,
5 Si com li anchjen le tinrent,
Qui prouece et hounour maintinrent.
Un dit end ai oi reprendre,
Tel cose ù on pœt bien aprendre.
Et pour çou fait .i. nouviel conte
10 Jebans de Condé, qui nous conte
R*unne dame de grant renon
Fu jadis, ( Seûrté • ot non.
Onques .i. seul jour paour n*ot
Ne riens esmayer ne le pot,
15 K*ensi k*aventure aportoit
Les coses, son cuer confortoit
Et tous ciaus de sa compaingnie.
< Ma. de Rome, collationnë sur A., fol. 184, et B., fol. 1 17.
8 Telle.
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La noble dame et ensengniè,
Qui desiroit enfans avoir,
20 .1. homme priât de grant savoir.
c Avis » fu li prendons nommés ;
Moult fu soutiens et renommés
De sens et de boinne atemprance.
Entre lui et la dame franco
25 Tout leur vivant si s'acordèrent
C*onques jour ne se desoordèrent
Ne n ot entr'iaus descordement.
.1. fil orent, que « Hardement »
Fissent nommer ; moult fu vaillans,
30 En tous fais aspres et taillans,
Et Vigours fu se suer giermainne,
Qui onques ne mois ne semainne
Ne fu ailleurs qu*o lui nourie.
Moult furent par grant signourie
35 Li enfant nouri et gardé
Et par leur père regardé
Qu il fuissent de noble apresure,
Si qu'il n*i euïst mespresure.
Et la mère en fu si songneuse
40 C onques tant ne fu besongneuse
Que d'iaus se vosist eslongier.
Men conte n'en vœl prolongier,
Ains vous di, briément à parler,
Que nuls ne seust tant aler
45 C'on trouvast enfans mieus apris.
Hardement eut Beautés apris
A los et à Tonneur conquerre.
.1. soir son père ala requerre
Que, pour sen pris à avancier,
27 AB.mesprendement.— 29 AB. Nommèrent qui m. f. v.— 45 A.
Qui, B. Qu'il trouvast. — 46 et pris. —47 Ailleurs et, — 48 Un jour.
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— 285 —
50 Li vousist famé pourcacier
> Qui fust telle k'à son endroit.
— c Biausâeus, • dist Avis, i orendroit
Ten ensengnerai la pins noble
Qui soit jusqu^en Constantinoble ;
55 Ne sai nul bien qui en li faille
Ne ne sai nulle qui tant vaille.
Par quoi a tant grant renommée,
£t si est ( Largece > nommée.
Qui tant par est vaillans et gente ;
60 Et puisque tes cuers 8*atalente
De famé avoir, cesti t'ai quise.
Ne sai veoir en nulle guise
Meilleur, pour toi faire counoistre
Et ton non et ton pris acroistre. •
65 — « Sire, » dist Hardemens, • bien dittes,
Jà vo parolle ne desdites ;
Ma sereur boin conseil vœl faire,
Mais pensés de haster Tafaire. i —
Deviers Largece s'en ala
70 Et dou mariaige parla
D'un fil qu'il avoit et de 11.
A Largece moult abieli
Et à tous ses meilleurs amis ;
De Tasanler fu li jours mis.
75 Al jour ot moult de noble gent
Et conroi moult noble et moult gent,
51 son adroit, — 53 Torassengnerai. — 56 Je ne sai. — 59-60 AB :
Qui tant est vaiilans et gentis
Et pois que tu es talentîs
64 AB. Et ton les. — 66-67 AB :
Ne jà To paroUes desdites
N'en (B. Ne) seront; vo conseil vœl faire.
69 AB. Avis vers Largeche en ala. — 7 1 qui avait. — 76 JSn conroi.
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— 284 —
D'ambedeus pars de grant riquece.
Hardemens esponsa Largeoe,
Tout leur ami graat joie en (M«nt
80 Et 86 penèrent, qoanqu^U porent.
De faire fieste si pleniere
Oon pœt faire en nulle manière ;
Ne pour penser ne aviser.
Ne vous en sai plus deviser.
85 Tout son avoir abandonna
Largeoe et maint biau don donna :
Cevaus et armes et harnas»
Coupes dorées et hanas,
Rices dras de vair et de gris.
90 Là estoit cascuns enaigris
De mener grant joie et grant fieste
Pour la dame large et hounieete,
Qui de tous ot acquis la grasoe
Pour ses biaus dons, em peu d'espasse ;
95 S*en ont moiestrel, poure et rioe,
Abandonné tout leur siervice ;
Là fu redoublée la joie,
Car cascuns la dame cox^joie.
Là orent ménestrel leur tans,
100 Cascuns engramis et hastans
De faire grant bruit et grant noise,
Car la gentieus dame courtoise
Ne les paya mies de bobes,
Ains leur donna cevaus et robes,
105 Or et argent as larges mains.
Si que cieus qui en ot le mains
S'en loa partout grandement.
79 AB. Dont tout si ami grant joie orent. — 93 B. conquis.
4 AB. Par ses dons en si peu d'espai
engrès et hastans. — 103 AB. de lobes.
94AB. Par ses dons en si peu d'espai^se. — 100 AB. Cwcnnsf»
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- 385 —
Casouns, à son commandement^
Don tout s*otr(He et abandonne.
110 Ensi cieoe qui volentiers donne
Aqniert des gros et des menus
Le gret, et si est chier tenus.
— c Biaus fins Hardement, > dist Avis,
c Comment ies tu par moi sierris,
115 Qui fai pourquis dame si haute
En qui de bien n*a nulle faute?
Vois tu coment seit Founeur faire ?
Or le croif tu n'i pœs mesfaire.
Et Tonneures de cner entier ;
120 D*onneur te menra le sentier. »
— c Sire, • dist il, • tout men pooir
En ferai, car bien puis reoir
Que durement fait à prisier,
Son los ne pœt <m esprisier. » —
125 Hardemens fu baus et joians
Et sa famé moult coi\joians ;
Par son conseil grant gent retint
Et le maistier d*armes maintint.
Em peu de tamps grant los aquist
130 Et grant tiere à force conquist,
Car en tous lieus ù il venoit,
A lui obeïr couTenoit.
lui menoit et père et mère
Et sa serour, qui tondis ère
135r Lés lui quel part que il tournast.
Ne jà nuls d'iaus ne retournast
S*euissent tous leur anemis
Desconfis et au desous mis,
111 AB. conquiert. — US tune.— 127 çrant pris. J'ai cm devoir
préférer la leçon des Mss. de Paris. — 135 AB. Deléslui quel part
qu'il tournast. ~ 136 AB. Ne jà Vigours ne retournast.
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— 286 —
Ne li laissent avoir repos,
140 Tant qu'il yenist à son propos,
Mais ses pères aloit devant
Qui 11 metoit les poins avant,
Qu'il ne oeïst en tell folour
Qui li destournast sa valour ;
145 Et Seiirtés, sa mère chiere,
Aloit devant, à baude eière,
Pour lui et ses gens conforter
Et resbaudir et enorter
De bien faire sans riens cremir.
150 Ses anemis faisoit frémir
Et esbahir moult durement
De ce que si seûrement
Sans esfréer se demenoit
Hardemens quant sour iaus venoit.
155 Et que vous dirai de sa famé,
Qui des autres estoit la gemme ?
De quanque mains pooit tenir,
Tout donnoit, sans riens retenir,
As gens d'armes, as soldojers,
160 As cevaliers, as escujers,
Ki par grant besoingne siervoient,
Et selonc çou qu'il desiervoient.
Leur dounoit dou sien grandement,
Et tantost sans atargement.
165 Tant iert ses cuers entiers et ans
Et quant fallie li ert ans,
Adont proumetoit par besoingne
Et apriès estoit en grant soingne
De faire tant que fin euïst
170 De quoi aquiter se peuïst;
139 Ne leur lamoit. J'ai adopte la leçon de A., plus favorable
à la construction. — 145 seurté. — 152 Com rius qui. — 166 /« ^'''
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— 287 —
Que plus dounoit, plus se penoieni
Ses gens» partout ù qu'il yenoient.
De bien faire et de conquester ;
Gascun veoit on aprester
175 De bien à payer son deyoir.
Dont je vous puis dire pour voir
Que ni ot si acouardi,
Qu ele ne le fesist hardi,
Car pour les dons qu*il couvoitoient
180 Se penoient et esploitoient
De vigereusement siervir
Pour les grans biens fais desiervir ;
Si n'eurent entente grignour
Que de bien siervir leur seigneur
185 Pour Famour de la dame sage,
Qui iert de si courtois usage
Et plaine de si grant vaillance
K'en li n ot de bien défaillance ;
Par ses dons trop grant los aquisent
190 Et tierres et pays conquisent.
Lonctans orent ensamble esté
Et moult grant avoir conquesté
Et moult de gent les hounerèrent ;
Adont une allé engenrèrent,
195 Qui fu appiellée Prouecce,
Dont il eurent moult grant leecce
Tout li ami d'ambedeus pars.
De li est li renons espars
En tout pays et lonc et priés ;
200 Maintes gens aloient apriès
Pour li veoir et remirer ;
172 AB. où il. — 183 Si n'atoient, leçon contraire à la mesure. —
191-192 Ces deux vers manquent dans les Mss. de Paris. — 193 AB.
Et mainte gent. — 196 AB. De li orent. — 198 régnons (orthogra-
phe presque habituelle du Ms. pour ce mot).
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Cascuna le pooit désirer,
Tant esiojt bielle et graaoieiise.
Sa mère fn moult curieuse .
205 De 11 faire estruire en tous biens,
Si qu'en li ne messeîst riens ;
Pour œ mist la haute marcbise
11, Gtontilleoe, et Franchise,
Et si fu avœk Courtoisie
210 Et Amours, la dame envoisie,
Dont mains cuers est espris et duis
En tous soûlas, en tous déduis,
Et si j fu Grasce et Bontés.
En grant tamps n'aroie contés
215 Les boins peins de se noureture,
Sans ciaus de se propre nature.
Quant vint en eage parfait.
Tant à proisier usent si fait.
Que desour tous fu souverainne
220 Et en tous besoins premerainne.
A lui trestout se raloioient.
Et tout li boin qui en ooient
Parler, en ierent esjof.
Ensi que vous ayés oï,
225 Vient prouecce de branee en brance,
Se mesciés n*i fait encombrance ;
Qui pœt ceste Yoie tenir.
Bien doit à prouecce venir;
Mais on n*i poroit sans etir
230 Venir, de çou soyens seiir.
Voirs est que volentés et painne
Tamainte fois eiir amainne,
207-208 Vers omis dans notre Ms. — 211 A. est apris^
215 AB. Tous les peins. — 225 AB. Vint. — 229. AB. Car on,
230 AB. soyez. — 232 eUr tamainne. — B. Par mainte fois.
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-889-
Et qui la cose bien commence,
Bien voit on, la boinne semence
235 Amainne boin fruit, c'est raisons,
Quant le poursieut tans et saisons.
Tout joune homme qui vœllent tendre
A hounour, doivent chi entendre;
Chis dis leur doit iestre plaisans ;
240 Mais atant en serai taisans,
Car de matere y a assés.
Mais je m en sui briément passés.
De Largece et de Hardement
Avés oy Tasamblement ;
245 Chiens ki les pœt avoir ensamble
Doit bien parvenir, ce me samble.
Au non de prouecce par droit.
Atant ferai fin chi endroit.
23^voeîlent entendre.— 241-242 Vers omis dans le Ms. de
Rome.
•^«8)-^e-
B. ET J. DE CONDÉ. — TOU. II. iU
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nxn
Ll DIS DOU BOIN CONTE WILLAUME *•
Jorîr c'est usaiges communs,
t Aussi muèrent pluiseur comme uns;
8i doit on pau plorer la mort.
Se li cuers s'en dieut et remort,
5 On ne se doit point mierveillier.
Mais on doit à cou traveillier
C'om puist faire à Famé secours,
Et li dieus en soit briés et cours,
Ki ne pœt à Tame valoir.
10 Nature en fait les cuers doloir
Selonc cou c'on les a amés
U segneurs et amis clamés ;
Si doit on plaindre .i. vaillant homme
Plus que nul autre tout en somme.
* Publie diaprés le Ms. de Rome, par M. Tobler, pp. 89^94, et
d'après ce dernier par moi-même , dans ma Notice Uttëraii*e snr Jean
de Condë (BuUetin du bibliophile belge, t. XIX, pp. 60-65 ; tiré à part,
pp. 22-27); enfin ce dit a été reproduit en mars 1863 par M. Ch. Pot-
via, dans ses Panégyriques des comtes de Hainaut et de Hollande,
QuUlaume /«' et Guillaume II, pp. 23-31.
3 Se doit. — 13 Se doit, ~ \A mil autre, dont M. Tobler a fait mU
autres, pour sanver la grammaire ; je pense que ma leçon , déjà
conjecturée par M. Tobler, r.e trouvera aucune opposition.
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--29I -
15 Pour cou doivent pluiseur sans faindro
Le boin conte Wâlanme plaindre,
Qui tenoit Haynnau et Hollande ;
De sa mort est defaute grande.
S'on peâst faire ne ouvrer,
20 Dont on le pelist recouvrer !
Mais tout morrons et haut et bas,
Ne convient qu'il en soit debas.
Nul prince plus preu ne plus noble
N'avoit jusqu'en Constantinoble,
25 Ne jusque» en la an d'Espaingne
N*a nul qui à teil non ataingne.
Fieus fu au boin conte Jehan,
Qui mainte painne et maint ahan
Eut pour sen pajs à deflendre ;
30 Mes ne voel pas ses fais reprendre ;
Car de son fil ai la matere.
Qui fu sambians à le pantere,
Qui sour li a toutes eoulours,
Et de s'alainne iat telle oudours
35 Que toutes biestes vont apriès.
Et celle qui plus em pœt priés
Aproucier, plus s'en resjotst
Et la panière co^joïist.
Ensi corn la pantere enmainne
40 Les biestes par sa douce alainne.
Dont convoitent Toudouravoir,
Ensement, ce vous faic savoir,
Apriès le gentil conte aloient
Maintes gens qui mieus en valoient ;
45 Car grans biens faisoit as pluisours.
Nient à le fois, mais tous les jours*.
20 M«. et T. lâspeust. — 26 Ms. et T. atoffne, — 29 sâ paps.
34 Ms. et T. de sa lainne. — 39 comme.
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Il fu plains de grant gentilleoce,
De valour et de grant prouecoe,
De largece et de grant frankise ;
50 On ne poroit en nulle guise
Plus large douneour trouver ; ,
Moult souvent dounoit sans rouver.
Et fu ses larges cuers monstres.
C'ert li pères des menestrés ;
55 Cil doivent bien iestre espierdu,
Qu^t il ont leur père pierdu.
En armes fu preus et isniaus
Et deboinnaires comme aigniaus,
Et selonc sa nobUité
60 Fu plains de grant humilité
Et as povres boins aumosniers
Et dou sien courtois parçonniers.
Je di devant grans et menours
K*en son cuer manoit toute hounours ;
65 Tout son vivant Fa soustenue
Et largece en lui retenue.
Qui ses fais d*armes vous vorroit
Conter, faire ne le porroit
Briefînent, trop j aroit lonc conte ;
70 Pour cou me convient dou boin conte
Les grans fais d'armes mettre arrière,
Dont renommée ot si pleniere.
Et la grasce ot de toute gent,
Car il semoit For et Fargent
75 Ensi c*on semé blés as cans,
Dont s'ouneurs fu si ensauçans
Que au jour que il trespassa
Tous princes terrjens passa
69 Tobler : hriesment (erreur de lecture, je pense; car /et I long
se i-esaemblent beaucoup). — 70 souvient.
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— 293 —
De valour et de grant renon ;
80 Partout faisoit croistre son non
Sa largece, sa grans valours.
Trop tempre est finnés, c'est dolours
Pour moult de gens et grans pitiés.
Se de vivre fust respitiés,
85 A moult de gens valoir peuwist,
S'ensi fust que à Dieu pleuwist.
Qui de tout fait à son talent.
Qui qui en ait le euer dolent.
Mais selonc le regart dou monde,
90 Princes ù tels valours abonde,
Quant on le voit aler à an.
Cil qui Tout amet de cuer an.
N'est pas mierveilles s'il s'en dœllent ;
Mais cri ne plour valoir ne pœllent,
95 Si doit on bien proier pour l'ame.
Et Dieus consaut la bonne dame,
La contesse, de sa souffrance,
Sereur giermaine au roi de France.
Tous biens en la dame repaire ;
100 El mont n'ot si très noble paire
De prince preu, noble et poissant
Et tous jours à honneur croissant.
Et de dame religieuse.
Au monde et à Dieu grascieuse,
105 Saige dame entière et loiaus.
De double lingnie roiaus ;
C'est pitiés de la départie.
Dieus gart la demorrant partie
Et si le vœlle conforter
83 est p, et. '-95 Se doit; ie sais que se s'est substitué de bonne
heure à si, mais j*ai tenu , pour rnniformité, à metti^e partout le si,
plus intelligible que se. — 105 eniierre.
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— 294 —
110 Et li ait son fais à porter.
.i^. filles saiges et senées
Eurei^t noblement assenées :
L'aisnée estoit empereïs.
Femme à Tempereur Loeïs ;
115 L'autre ot le conte de Joler,
Vaillant conte et biau baoeler ;
La tierce n'estœt trop lonc querre.
Elle est roïnne d'Engletierre;
La maisnée assenée euist
120 Au plus temprement qu'il peuïst.
Son fll, hoir de tous ses pays,
Ki n'iert mie de lui hajs,
Assena bien et hautement,
Hounestement et gentement,
125 A bielle et boinne et sans beubant,
Qui iert ÛUe au duc de Braibant.
Or est quens en liu de son père,
S'est bien drois que nature apere
En lui si que son pooir face
130 De sieuTir dou père la trace,
Qui tant fu vaiUans et gentieus,
D'ounour maintenir volentieus.
Son non a et s'a l'eskeance,
Or ait à telle hounour beance
135 Que li pères en sa vie ot.
Si que on lonc et priés le sot ; |
De çott doit iestre tous semons.
Voirs est, entre nous qui TamoiiH,
Verriens volentiers avenir
140 C'a teil non peuwist parvenir,
Mais ciertain sojés et seUr
141 cierta%n$.
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— 29S — >
«
Qu'il li couvient moult grant elir.
Et Dieus ce boin eiir li doinst,
£t à son hoin père pardoint
145 Tous les mesfiais et les peciés
De quoi li cors fu enteciés»
Et si mecce Tame en sa gloire.
Bien doivent avoir en mémoire
Sa grant vaillance si enfant,
150 Tous jours lor doit iestre au devant ;
Faire doivent lor mireour
De si gentil engenreour
Et de dame de teil vaillance.
Où de nul bien n'a desfaillance.
155 Vérités ne m'en pœt desdire,
Si l'ofle bien devant tous dire,
Car je ne puis iestre repris
De bien que j'en aie repris ;
Car plus y a n'en die assés,
160 Dou boin conte qu'est trespassés ;
S'en gart Diex l'ame d'encombrance!
Partout iert de lui ramembrance
Où cils dis iert mis en recort,
Si a au faire mis accort
165 Jehans de Condet, qui estoit
De son maisnage et qui viestoit
Des robes de ses escuyers ;
Li gentieus quens des Hainnuiers
Lui a dou sien douné maint don.
170 Dieus faice à l'ame vrai pardon.
Car en lui eut des biens plenté.
Se il peuïst vivre en santé,
Ce fust as pluiseurs joie et preus.
Car moult estoit larges et preus.
147 Et se. — 156 Se p. si. - 160 quiirespasies.
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-^ 2n() -
175 Et qui son eage est contans,
Peu avoit plus de .l. ans,
S'iert si fort de goûtes touciés
Que dou tout ert au lit couciés,
Et jà ot geti longement
180 Sans avoir assouwagement ;
Grant pitiet avoir em pooient
Cil qui en teil point le veoient ;
Pau y avoit fors la paroUe,
Qui n'estoît ne nice ne folle,
185 Mais plainne d*ouneur et de sens.
L'an de grasce mil et .i\j.c.
Et .xxxv\j., au jour septime
De juin, en oele nuit hautisme
Dou saint espir, Tame rendi ;
190 Et Dieus, qui en la crois pendi
Pour peceours à racater,
En vœlle Famé translater
Es cieus à joie parmenable ;
C'est bien proyere convenable,
195 Dieus le vœlle ensi ottroyer !
Cil aussi en vœllent proyer
Qui ce dit oront recorder,
Et si se vœllent acorder
A cou que cascuns sans boisdie
200 Pater noster pour Tame en die.
178 est p. eri -192 Et vœUe — 198 Et se.
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XXXUI
DE L'AMANT HARDI ET DE L'AMANT
CREMETEUS '•
'-n le douche saison jolie
|Que toute créature est lie
^Par droit de nature et joieuse
Et que naist la âours en la prée,
5 Kantent ojsiel main et yiesprée
Et mainnent vie glorieuse,
N'est si petitte créature
Qui ne soit joians par nature
Pour la douçour dou tamps nouviel.
10 Dont se doit amans resjoïr
Et le douch printans coiyoïr
Et démener joie et reviel.
Un jour en ce tamps deliteus,
De joie d'amour couvoiteus,
15 Pensant à .i. nouviel kant faire,
' Publie d'après le Ms. de Rome par Tobler, pp. 90-100. J*ai, en
beaucoup d'endroits, outre quelques rectifications de texte , cru devoir
m^écarter de la ponctuation suirie par l'éditeur allemand , et surtout
faire ressortir par Timpression la division par strophes.
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— 898 —
En .i. mocdt bid vregier enini
Et .^. dames j encontrai.
Qui estoient de grant afaire;
Erranment saluai cascunne.
20 — • Compai/igne, • cou a dit U unne,
f Yeschi Jehan qui nous dira
De nostre débat la sentence,
Dont avons esté en grant tence;
Je croi jà nel contredira. » —
25 Dist Fautre : — i Jehan de Condé,
Je croi le cuer ajés fondé
En amoureus entendement ;
Geste sentence nous rendes
Et nos .\j. raisons entendes
30 Et j pensés parfondement. » —
A une part de cest vregier,
Pour les trespassans eslongier.
Sommes assis entre nous trois;
La besoingne ont renouvelée,
35 Là reoomença la mellée
Et li debas fors et destrois.
Dist U unne : — c Doi amant sont
Qui diviersas manières ont
En amour, qui fort les assaut ;
40 Li uns, en son désir venant,
De hardi cuer son convenant
Dist à sa dame de plain saut;
Li autres est si fort doutans
Qu'il lait an«çois passer lonc tamps
45 Que dire ose sa maladie,
Tant est doutans et cremeteus.
22-23 $0i^Um€e : tetuee. — 35 mUe,
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hlque]» ajmme miex de ces .\j. ,
Vœl qae ma ccHopaicgne me 4lie. t —
L'autre dist : — « Li amans hardis
50 Yault mieus que li acouwardis ;
Courait à ea dame lie claimme
Et, poiar le graat farce qu'il sent
De Traie amour, à cou s'asent
Et assés pluâ fortement aymme.
55 Par foi jà par dr<»t n'avenra,
Quant Famant volentés venra
D'amer, se si faardlement
Le dist, qu'il n'est pas bien es^ris
D'amours. Li autres est miex pris,
•60 Qui y mait lonc detriement ?
c Comment poés cou soustenir?
 trop fali doit on tenir
Celui qui complaindre ne s'use ;
Femme ne fait pis ne ne dist
65 K'à l'amant s'amour escondist ;
Or prenge au pieur ceste cose. •
— « Dame, ne vous vœlle peser,
Moult savés mal le fort peser
D'amour, qui ce metés avant ;
70 Car telle est 11 force d'amours
K'adiès y doit iestre oremours,
Bien l'ai saijet, de cou me vant. »
— c Compaingne, comment p<»t cou iestre
Que li amans de couwart iestre
75 Puet iestre au hardit aesmés ?
' Couars n'aura jà bielle amie.
Ce cant' on, je ne m'en douch mie,
56 vokfM. —.67 Dam$ir. — 58 1{ p. qu'il.
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— 300 —
Couara est en tous liens blasxnés. •
— i Dam», vous issés de la voie,
80 Car négligence vous desroie.
Force d'amours, bien le saciés,
Sousprent si le fin amourous,
Quant à sa dame pawerous
Est et de doutance ladés. >
85 — I Compaingne, c est maleûrtés ;
Car hardemens et seiirtés
Doient faire au cuer lonc manoir
De Famant, et en espérance
Doit siervir et parseverance,
90 Qulestre amés ne doit remanoir. »
— I Dame, vrais amans, qui conquerre
Vœlt sa dame, à miercit requerre
Se crient si qu'il ne seit qu'il face ;
Quant tous les poins a devises
95 De li proyer et avisés,
Tout oublie quant voit sa face. •
— • Compaingne, moult fait à blasmer
Et si s'en fait caitif clamer
Et l'en doit on moustrer au doit ;
100 Endroit de moi Famant desprise.
Quant il n'est de hardie emprise ;
Hardemens avancier le doit.
Jehan, à cou que vous oés
Le droit bien moustrer nous poés ;
105 D'amours savés moult des usages.
Dites selonc cou que sentes
Et au droit vo cuer assentés.
Et nous en faites andeus sages. »
79 issieê 83 pafterois. ^ SS et en parseverance — 88 Ma- «*
Tobler : est avisés. — 90 Ms. et T. ameis dois remanoir.
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— 30i —
— € Dame, ne sui pas tous li mons,
110 Mais de cou dont m'ayés semons
Dirai mon avis ci endroit ;
S'i prenge garde qui s*entent.
Amans pawerous qui atent
Est miex pris d*amours selonc droit ;
115 Amans, selonc m'entencion,
Doit manoir en sugection.
Puisqu'il Tœt mierchi desiervir.
Li vrais amans se crient toudis
Et a paour d'iestre escondis,
120 Mais hardis doit iestre en siervir. »
< Je di, ù qu'il ait finne amour,
Ce ne poet iestre sans cremour.
C'est d'amours li plus ciertains signes.
Amans qui vraie amour maintient
125 Est si liumles, que toudis tient
Que d'iestre amés ne soit pas dignes.
Toudis doit sougis iestre amans
Qui d'amours tient les vrais commans
Et crient sa dame à courecier ;
130 Et par ceste raison vous di :
S'il a le cuer acouardi,
On ne li doit pas reprocier. »
i Et d'autre part telle est la force
D'amours que, s'un amant esforce,
135 Qu'il est si laciés et souspris, .
Quant il voit sa dame em présent ;
De son cuer point à lui ne sent,
Ains est ainsi com li leus pris.
Humles doit iestre chiens qui prie
1 10 eniemcion, — 134 Ainsi le Ms. ; T. corrige : qui un a, e.
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— 3(tt —
140 Et qui mi^rcit ^uiert et crie
Bt si ne seit qu'il avenra ;
Douter se doit li hons qui plaide
En court, quant ne seit qui li aide
Ne comment ses plais H venra. »
145 • Dont se doit bien douter amans,
Qui est en finne amour Aamans,
Qui ne seit s'il iert escondis ;
Endroit dé mi di et afin,
Qu'il a le cuer assés plus fin
150 En amour que n aiit li hardîs.
Ne croi c'onques hons bien amast
Qui hardiement s'en clamast,
Selonc la force que je sai
D'amours et que g'i ai trouvée;
155 Se g'ai bien ma raison prouvée
C'est par aris et par assai. »
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XXXIV
Ll DIS t)OU LEVRIER ••
Il T^i HCv 4 II
; î sens a de bîaus mos trouver
j Moustrer le doit et esprouver,
Car 11 sens qui est à couvlers
C'est tressors en tierre couviers
5 Qui nulluî ne fait bien ne aise ;
Moult est ia science mauvaise
Qui n'est moustrée et desploiie,
Si est en chiaus mal emploiie,
Où elle est celée et repuse.
10 En negligense son tamps usé
Cieus qui son sens ne fait àpiert,
Car al descouvrir riens ne piert
Et on y gaaigne et aprent.
jehans de Condé, qui reprent
15 Celle gent villainne et divîerse
En qui grans sens gist et convlerse
Et ne vœllent pas qu'il apere,
* Mb. de Rome; publié par Tobler, pp. 101-146.
13 i^aignè. — 15 Cellee,
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— 304-
A un userier les compère
Qui a des deniers grant foison,
20 Mais honnerés n'est mains nus lion,
Car il se lairoit ansçois pendre
K*en honneur les osast despendre,
Ains a dou pierdre grant peiir
Et pour riestre plus asseiir
25 En tierre les mait et enclôt
Et deseure la tierre clôt,
Et quant de cest siècle se part
Il n'en porte riens en sa part ;
Li avoirs qui en tierre maint
30 Piert, car à nului ne remaint.
Tout ensi cil qui ont celé
Lor sens, quant à mort sont aie.
Chiens sens no fait à nului preu.
Pour ce tien ge celui à preu,
35 S'il set le bien, qui le recorde.
Et par jtant mes cuers s'acorde
A commenchier, se jel sai faire,
Et dire aucun plaisant affaire.
Nature en a mon cuer fondé,
40 Fins fui Bauduin de Çondé,
S'est bien raisons k'en moi apei^e ^
Aucunne teche de mon père
Et .i. petitet de son sens.
Et à ce est bien mes asens
45 K'en ce chemin le vœl poursivre,
Et non mie pour lui consivre —
Car je me peneroie en vain,
K'en moi n'a pas tant de levain
Qui mon cuer faice si lever
50 K'à tel sens le puisse eslever; —
20 Ms. et Tobler : wawp. mains.—^^rencïàt.—^^Lorttff^'
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_305 —
Mais s'il plaist Dieu le roi mauaût
Que je truisse aucun remanant
Apriès lui, moût joians en iere
Et en ferai joie pleniere.
55 Car apriès ciaus oui les blés cueUent
En awost, vont cil qui recuellent
Ce qui lor ciet, et si Tassamblent,
Et teil messonneur me resamblent,
K'apriès lui vois pour reoueUier
60 Chou qui 11 remest au cuellier,
Et puis que mise y ai m'entente.
Sans nul respit et sans atente,
Pour donner exemple, mon lai
Commencerai, puis k'enpris Tai.
65 II avint en Wevre jadis
K'uns cevaliers preus et hardis,
C'en tint à vaillant homme et saige,
De boin fait et de boin usaige,
Engenra .i. fil de sa femme,
70 Qui estoit finne comme gemme.
Moult iert bielle la créature,
Biaus fu et de gente figure ;
Li enfes crut et amenda.
Et ses pères le commanda
75 A .i. clerc qui savoit assés
Et de grant sens iert amassés.
Et li clers qui s*en entremist
S'entente à lui aprendre mist ;
Tant s'en pena soir et matin,
80 Que moult 11 aprist dou latin
Escrire et lire et bien canter,
56 waost.— 59-60 T. a corrigé recueillir ^ cueillir, mais Tancien emploi
de la forme en ier ne peut plus faire Honte. — 60 remist. — 67 tient.
B. £T J. DE COUDÉ. — TON. 11. 30
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— 306 —
Qtiiatier, doubler et descanter,
S*aprigt lais, contes et rommans,
Les fais d*amours et les oommans,
85 Mainte cançon et mains biaas dis,
Dont il fil souvent resbaudis.
Quant ot .xv. ans, si aprist eil :
Quanqu*il couvient en grant hosteil
li fist ses pères enseigner,
90 Et il nel yot pas desdaingnier.
Le cuer pour tout aprendre avoit.
Ne nul biel desduit ne savoit
Qu'il ne s'en yosist entremettre.
Si douBoit souvent sans proumetre
95 Ciaus qui de lui ierent aoointe ;
De toute boinne gent s'acointe.
Si iert deboinnaires et frans
Et dous et humbles et ofrans
Et biaus et gens et acceptables ;
100 Des esciés aprist et des tables
Et s'entremist tant de chevaus
Et corru par mons et par vaus.
Que moût en sot li damoisiaus ;
S'aprist des chiens et des oisiaus,
105 De tous desduis, saciés pour voir,
Que nuls bons frans doie savoir,
Em bien enseigniés et apris.
A honneur conquerre et à pris
Avoit le cuer, ce saci^ bien ;
110 Cascuns dlsoit de lui grant bien,
Qn*il n^estoit mellius ne estons,
Ains se faisoit amer à tous.
85 maint. - 89 EtJUt. — 98 (^rans. — 107 Tobler , mettant
un point à la fin da vers 104, s'est vn obligé de corriger Sm h0 ^
ierê bien; notre ponctuation rend ce changement inutile.
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-.507 —
Moult honneroit et père et mère,
Onques riens qui lor fust amere
115 Ne lor fist il ne ne lop dist,
Ne lor voloir ne oontredist.
Quant cil, qui plus enfanB n^avoient.
En teil maaiere le veoient,
Plus Ten ajment, si est bien droit,
120 Qu*il estoit boins en tons endrois,
Si Tamoient de tele amour,
Que tous jours erent en cremour
De lui pierdre, si en estoient
En grant seing et ooi Tariestoient
126 Que d^iaus nel laissoient partir.
Mais Tamour oouyient départir
Et desevrer, oe tous affin.
Par la mort (qni tout mait à fln
Et qui nos cars mort et endame),
130 Qui prist le seigneur et la dame,
K'andoi morurent em brief tans.
Lor âus en fu moût dementans
Et anguisseus et espierdus
De ce qu'il les avoit pierdus,
135 Souvent de lor mort li sourient.
Mais les mors, c'oublier couyient,
Pour dœl faire nés puet raroir.
Il ot grant ti^re et grant avoir*
Qui li fu de par iaus remis,
140 Tant qu*il fu rices bons clamte.
Moult bielle maisnie retient
Pour 90U que bielle tlerre tient.
Hûunour portoit à bdnne gent
117 en/ans avaient, — 128 que vous affin. — 131-132 tamps
dementamps, — 135 lor souvient.
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— 308 —
Et si despendoit son argent
145 En largheoe et en hounour faire ;
Moût iert estrais de boiu affaire,
S est bien raisons k'en lui appere.
A se mère et à son boin père
Retraioit par droit de nature,
150 S'ot eli boinne noureture
Et le caer franc qui moût yaloit.
Par tous les lius ù il aloît
Estoit cieris et bien Tenus
Et aycBc les millours tenus.
155 Li escujers n'ot que vint ans,
S*estoit moult saiges de son tans,
Car bien fu doctrinnés et duis.
Si ot en lui moût de desduis,
Be jeus de fieste et de soûlas.
160 Jà ne fust bons dolans ne las,
Puis qu'il fust entourlui autans,
Car il estoit trop bien cantans ;
Cançons et biaus mos sot assés,
Jà n'en fust dou dire lassés ;
ld5 Se yaillans bons Fen rouvast dire,
Jà ne Ten vousist contredire.
Ne à pucielle ne à dame,
Dont as pluisours les cuers endame.
Et il Yolentiers les siervoit
170 En tous Ueus ù il les trouvoit,
Mais à nulle ne mait s'entente.
S'ont les pluisour à lui atente.
Pour lui nuit et jour ne reposent.
Mais à lui descouyrir ne s'osent
175 Et si l'avoient forment cier.
Et cieus qui n'ot seing de tricier
147 raison.-^ 160 Si ot m.— 166 vausist. — 172 pluUours-
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— 309 —
N*à fauseté le cuer tendant,
Ne leur voloit faire entendant
Coze dont il fust deceûs
180 Ne de sa grasoe dechetis,
Si les siert toutes ivaument,
Sans villonie, loiaument.
Li vallés se maintient ensi
K'à nulle son cuer n'acensi
185 Deus ans puis que cil furent mort.
Dont souvent li cuers li remort.
Mais amours, — qui est dame et mestre
Del mont, qui justice et esmaistre
Tous ciaus à oui elle se prent
190 Et de sa flame les esprent,
Des dus, des contes et des rois
Et maire et abat les desrois^
Et de tous ciaus qui sont en vie, —
Dou jouvenciel ot grant envie,
195 Qui à lui n*obeïssoit point ;
De son dart le lance et le point,
Et parmy Fœl ou cuer li entre.
Si li pierce le cuer dou ventre
D*unne saiette, dont Ta trait,
200 Si que dou tout à li Tatrait,
Et puis le touce de la flamme.
Dont son cuer esprent et enflamme
Pour Tamour à une pucielle.
Moût fu plaisans la jouvencielle,
205 De corps mieus faite et miex taiUie
Que ne soit jmajge entaillie
181 isnielîemeni. Tobler, tout en proposant avec quelque hésitation
la forme itniaument^ a mis dans le texte enscment; le sens et la lettre
favorisent, je pense, ma correction ivielment on ivaunent, également.
— 192 Tobler corrige inutilement Est maire. — 195 obéissent. —
206 Qui.
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- 510 —
De piere a de fast u d'yvoire,
Les ieu8 ayoit plus clers de yoire
Et biaus et yairs et amoureus,
210 En regardant mont savoureus,
Sonraens brunes et traitif nés ;
Bien Ai ses vis enluninnés»
Qu^elle ot le car blanoe ocm flour
Et deseur ayoit teil coulour
215 Con est la rose el tamps d'esté;
Ne nuls bons, tant ettst esté
Par le pays de cief en cief ,
Ne yit sour femme plus biel cief,
Qu'elle ot les crins luisans et sors
220 De teil coulour oon est fins ors ;
La bouce n'ot pas contrefiBdte,
Viermeille iert, petite et bien faite,
Et qui regardoit par dedens,
Près joins et blans yeoit les dens.
225 A son doucb regart et al yis
SamMoit cascun et iert ayis
Que moût iert deboinnaîre et douce,
Mais el ot el cuer k*en la bouce.
Car n*iert pas douce ne piteuse,
230 Mais orgiUeuse et despiteuse
Et plainne de mélancolie;
Gointe iert, acesmans et jolie,
De biel maintieng et de biel iestre.
En tous lieus se sayoit bien iestre,
285 Et si fu de lingnie baute.
Mais oe estoit trop grant deiffkute
De ce qu'en li ot si grant masse
D'orgueil, qui tous yisces amasse,
Qu'il en est estos et racbinne.
207 de ywire
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— 511 —
240 Puis k'orgieos ou cuer s'enraoinne
Et il Ta dou tout sourmonté,
Manoir n'i lait nulle bonté,
Ains le giete hors et esraige,
Ne femme d'orgillous coraige
245 Ne doit à boinne fin venir,
Ce voit on souvent avenir.
Li variés fu d'amours espris,
Entalentés et enaspris
De Tamour la bielle conquerre,
250 Si pensa qu'il Tiroit requerre
Et projer de celle besoingne
Dont amours Tôt mis en teil soigne
Qu il n'avoit la pensée aillours.
Celle li samble la millours
255 Et la plus bielle dou pays,
Mais de la beauté iert trays,
Qu'en son cuer ot grant felonnie.
Ceste traïsons soit honnie,
Qui ensi va les cuers emblant
260 Par doue regart, par biel samblant,
Et li cuers point ne s'i acorde.
Li vallés sa biauté recorde.
Son doue regart et son cors gent,
Que tant ot prisier de la gent.
265 Tout droit viers la bielle s'avoie.
Et si se complaint en sa voie
Et souspire parfondement
Et prie amours escortement
K'à mierchi le laisse venir,
256 Le Ma. et Tobler ont b(mté, mais je crois que c^est une erreur.—
257 et p. ot. — 268 Le Ms. et Tobler ont descordement ; vojr., pour
les wMh de mon changement, les Notes explicatives.
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— 5« —
270 Car n^ sara que devenir,
Se celle n'a de lui mierchi,
Car trop a jà le cuer mari.
Quant en la maison fu venus,
Salués fil et bienvenus,
275 Et cil salue la pucielle
Moût deboinnairement, et cielle,
Qui bien sot iestre sans mesprendre,
Vait Fescujer par le main prendre,
A cui biellement abielli,
280 Si l'a assis d'encoste \j
Sour une couce enmy l'osteil.
Assés parollent d'un et d'eil.
Et cieus, qui en amours ardoit,
Souvent la bielle regardoit,
286 Car à li tout son cuer ottrie.
Et la damoisielle li prie
Qu'il li aprengne aucun biel cant.
Cieus ne s'en va pas coureçant.
Car il le fait moût liement,
290 Si li cante joliement
.1. cant plaisant et delitous,
Car ses cuers estoit à li tous.
Quant canté li ot, si a dit :
— € Damoisielle, sans contredit
295 Vœl faire vostre volenté.
Le cuer en ai atalenté.
Proyer poés et demander,
Jà riens ne sarés commander
Que je nel faice volontiers,
300 Car je sui vostres tous entiers
Et vœil iestre des ore mais,
Que ne m'en quier repentir mais.
276 Et mont. ~- 296 aUnUnU, — 299 nen. -- 300 w»^^
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— 313 —
Amours le me commande et proie.
Qui vient sour moi prendre sa proie ;
305 Tant a fait que mon cuer a pris
Et si m'a de son^jeu apris,
Que onques mais sajé n'aroie ;
Mais or m'en a mis en la voie.
Amours, qui les amans destraint,
310 Mon cuer a lojé et estraint
Et Ta espris de teil calour
Que me fait muer la couleur.
Et toute nuit sans dormir veille ;
Ensement pour vous me traveille.
315 Par tant, bielle, chl em présent
Mon cuer et m'amour vous présent ;
Faire em poés vostre commant
Com de vostre loyal amant, i —
La damoiselle entent et ot
320 Che que li variés dit li ot.
Qui sa volonté li despont.
Sans plus atendre li respont
Com celle qui bien le sot faire :
— • Sire escuyers, de haut affaire,
325 Courtois iestes et biaus parliers.
Vous serés moût boins amparliers
Pour parolles moustrer en court,
Yo mot sont ataignant et court.
Et se vous .i. fleltre euïssiés,
330 Moût bien siermonner seuissiés.
Car moût savés parler parfont,
Ensement que cil questeur font
Qui font les simples gens pleurer
Et em pleurant lor sains orer
335 Tant qu'il ont l'argent fors atrait.
310 Son, — 312 Çiw. — 331-332 Vers intervertis dans le Ma.
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— 514 —
Il Touf eonvient d'an flxm ùai trait
Savoir, ains que prise m'ajée.
Vous n'iestês pas gi emnafiê
Que voas me faites entendant ;
340 Bien voi à quoi aUs tendant,
Vos caera en va souvent en qneste,
Fait en avés mainte reqaeste
As pluisours pour elles deçoivre.
Bien sai yo malisce apiei>çoiyre;
345 Mainte an avta d'amoura requise
Et par vo biel parler conquise.
Par Beaapirer et par jeadr.
Par tressaillir et par &emir.
Si cuident que tous dites voir,
350 Ensi se laissent deœyoir.
^ Quant aucunne s'amour rouvés
Et vous estraingne le trouYés,
Ne vous en caut, si le laissiés^
Et as autres vous eslaissîés.
355 Ensi à toutes vous clamés
Et dites que vous les amés,
Mais amours ne commande mie
K*un8 bons faioe plus d'une amie.
Car faus est qui plus en requiert
360 Et qui plus d'unne amie aquiert ;
D'amours s'eslonge et se départ
Que plus en lui ne daimme part. • —
Quant cieus la ramprosne eatendi,
Moult humlement 11 respondi.
365 — c Mierci, » fait il, t très douce amie,
Saciés que je n'i pense mie
Tricerie ne fauseté.
Mais par droite neccessité
341 m a. — 361 Mlofi^^.
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— 315 —
A TOUS miem prie a4 reqtder;
370 Barat ne mal engieh ne quier.
Ne onques ne m'en entremia.
Ne antre m*amoiirne proiunis.
Vous en lestes la proumerainne
Et si serés la daairainne,
375 Que jamais ne quiet» autre amer,
Com dur me soit ne com amer.
Mes cuers est vostres et sera.
Que mais ailleurs ne pensera.
Et se de ce me mescrées
380 Ne ma paroUe n'en crées»
Si Tesprouvés et Tessajàs ;
De moi mierci apriès ajés,
Quant vous bien m'arès esprouvé
Et en amour loial trouvé.
385 A commencier truis amours dure,
Ne sai comment nos cuers endure
Teil mal iongement sans merir,
Que ne le couviengne morir ;
Ains mais n'avoie amours saie,
890 Et se je n'ai de vous aïe
Et pités Yo cuer n'en remort.
Venir m'en convient à la mort ;
Et pour le mal qui si m'esforce,
Cuer et cors et toute ma force
395 Vous otroi tout sans jà paurtir,
Se li cuers m'en dcvoit partir, • —
Ensi cil sa complainte ânne.
Qui alumés est d'amour flnne ;
Et la pucielle a escouté
400 Che qu'il li a dit et conté,
377 Jlfais c%er8 eit vostre. — 386 nul — 388 Qui, — 400 Chc
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— 516 —
Si H respondi derecief :
— f Vallès, I fait elle, c par mon cief,
Saciés que ne tieng pas à voir
K^amonrs tel mal vous faice avoir
405 Et soiiffi?ir pour Tamour de moi.
Et se je pour tant vous amoi.
On m*cn devroit tenir à folle.
Mains biaus parlers mainte en afolle.
Qui croient ce que on lor dist,
410 Quant on les losenge etblandist,
Si en sont maintes deoeUes
Et de lor honneur deceiies.
Che ne bée je mie à faire :
Par autre œvre et par autre affaire
415 Maintenir celui couvenra
Qui à le moie amour venra.
N'est pas à avoir si legiere
Qu'elle seroit d'unne bergiere
U d'unne autre femme esgarée ;
420 Cierlestuetiestre comparée.
Pour cou vous faîch bien assavoir
Que cieus n'est pas de grant savoir
Qui vient chi pour m'amourrequerre.
S'il n'est teils qu'il l'osast conquerre. i —
425 Et cil dist : — • Dame de biauté.
Car me dittes par vo bonté.
Comment ce poroit avenir
Que on y peuTst parvenir
Et avoir de vostre amour don.
430 Se Diex me fiiice vrai pardon,
Tcil fais ne me sarés carcier
Que je ne le doie encarcier,
Con grief que mo soit ne con fort ;
403 je tieng. — 408 fnais Uaui parles.-- 412 iUwifkmr».— 423 »!•<•
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— 517 —
Mais que je doie avoir confort
435 Be rostre amour et setirté.
Ne jà pour mal ne pour durté
Que li corps doie recevoir,
Ne s'en quiert licuers remouvoir,
Que tous maus ne vœlle endurer,
440 Tant qu'en vie pora durer. » —
— « Variés, t fait elle, t je croi bien
K'en vous a grant sens et §nreint bien ;
Mais de valoir tantn'i a mie
Com pour fedre telle arramie
445 Com vous voilés yci emprendre.
Nonpourquant si vous vœl aprendre
Et conter sans faire démour :
Se vous couvoitiés tant m'amour
Et vous y volés parvenir,
450 Si preu vous convient devenir,
K'en nul liu ne serés faillans
Là ù aler doie bons vaillans ;
Mais que vous en ojés parler,
Tantost vous y convient aler.
455 Jà n'iert en si lontainne tierre,
En Escocbe u en Engletiere,
U en Franche u en Alemaingne,
Que pour nulle riens ne remaingne,
U soit à tournoi u en guerre,
460 Que n'i aies pour los à querre ;
Et si vœlliés abandonner
Vo cuer à largement donner,
Ne jà n'i espargniés avoir;
Ensi porrés grant los avoir.
465 Faire le vous convient .vij. ans ;
Quant acomplis sera cieus tans,
446 se. — 457 Aelmaigne.
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— 518 —
M*aiiionr ares saBfi contredit ;
Se ce faitefl, sans nul respit
Et sans fauser ièrc vostre amie,
470 Ne autrement nel serai mie.
Mais TOUS n'iestes pas si osés
Que vous COU entreprendre osés ;
S'alés en autre liu savoir
Se TOUS porrés amours avoir,
476 G'on ne puet la moie esligier
Ne conquerre si de legier. » —
Ensement parla la puci^e
A rescuyer si comme celle
Qui de lui se vœt descombrer,
480 Mais amours, qui fait encombrer
Maint homme et faire fol marcié,
Ot si celui le col carcié
Qu'il ne pense ailleurs nuit ne di,
Et il errant li respondi :
485 — c France damoisielle, mierci ;
Cou que vous oi deviser chi,
Siept ans entiers pour vous ferai
Et en atendant soufferai,
Mais que cascun an d*un baisier
490 Vœlliés ma dolour apaisier,
Car moût petit vous coustera
Et assés me confortera.
Et je ne lairai pour essongne,
• Se preudons va en grant besoingne
• 495 En nul pays ne loing ne priés,
Que je ne doie aler apriès,
I Se nel me toit soingne de cors. »
j — t Par foi, » fait elle, « et mes acors
j Est bien à ce que mes amis
471 08$é8. — 476 En p. Ne,
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— 519 —
500 Serés; ensi you« soit proomii. i —
Ensi Tafie de 8'amour,
fit oil ne yœt faire demour
A faire ce qu'il ot empris ;
Moult couYoite à monter em pris,
505 Si qu*il puist sa proumesse avoir,
Si abandonne son avoir
A courtoisie et bonté faire.
Ciaua qui erent de boin affaire
Trait entour lui et les honneure,
510 Jà ne volsist iestre nulle eure
En son ostel sans bonne gent,
Qu'il tenoit moût net et moult gent.
Les boins tient en sa compaingnie,
Si tenoit moult nette maisnie;
515 As menestrés donnoit souvent
Et bien tient à casoun couvent.
Et paye bien çou qu'il acroit,
Et cascuns volentiers li croit ;
Rico et poure Tamoient tout.
520 AvoBc les boins aloit partout
En tous les lieus ù il savoit
Que behours ne joustes avoit ;
Et mainte fois en eut le pris,
Et quant uns tournois estoit pris,
525 II n'i fausist pour nulle cose.
En son hosteil petit repose ;
Et s'il ot de guerre parler,
Tout sans targier y vœt aler ;
Et il est partout retenus
530 Et honnourés et cier tenus,
Car lui grant route menoit
526 Ens.
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De sa maisnid qu*il tenoit ;
Et quant il venoit en estour,
Ne se metoit pas en destour,
535 Mais el grigneur tas s'embatoit
Et fièrement se combatoit
Comme fiers et hardis et fors ;
Bien estoit monstres ses esfors
En fort estour et em bataille,
540 K*ensi com vens cace le paille,
Caiçoit les fuians devant lui,
Jà n*atainsist à cop nullui.
Ne fust mors u malmis dou cors.
En som pajs, de tous les cors
545 NTen avoit nul de si grant non,
G'on n*i parloit se de lui non.
De la valeur, de la proecce
De la bonté, de la largeoce
Qu*il ot en lui et dou grant sens.
550 Tous jours voloit estre presens
En liu ù il trouvast soûlas.
Amours, qui le tient en ses las,
L*ot fait si preu et si vaillant
Qu'il ne va de riens défaillant
555 De ce qu'il ot mis en couvent
Celi dont li membre souvent ;
De nulle autre ne li souvient.
Moût souvent j va et y vient.
Quant ou pays est à séjour,
5d0 Mais ses cuers y est nuit et jour,
Conques de ce liu ne se part,
Ke loing qu'il voise ne quel part
Que li corps soit, li cuers demeure,
Car amours Ta d'un dart à meure
533 heitaur. - 560 cuers est et nuit.
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— 321 —
565 Féru, dont adiès le fier sent;
Ensi Testuet iestre présent
Devant celi qui navré Ta ;
Li corps va de oà et de là,
Mais li cucrs tout adiès remaint.
570 Ce sèvent bien maintes et maint,
Comment puet iestre et dont ce vint
Que le cuer demourer convint,
S'en lairai le paroUe ester,
Car trop y poroie ariester,
575 Si dirai, selonc la matere,
Dou franc escuyer, qui tant ère
Courtois et larges de donner.
Si li ot fait abandonner
Ses cuers, qui en iert coustummiers,
580 Que dedens les .iij. ans premiers
Tout son meule aleuwe et despent,
Mais pour cou pas ne se repent,
Car amours, qui maint cuer desvoie,
Li commande et Ten mait en voie
585 De ce qu'il ot empris parfaire ;
Car amours est de teil affaire
Qu elle ne seit garder mesure ;
Tout ensi cil se desmesure.
Quant tout son meule ot despendu,
590 Le tierch de sa tierre a vendu
Et le despent plus francement
Qu*il n'ot fait au commencement,
Car de plus em plus s'en esforce.
Avoir et cuer et cors et force
595 Yœt tout mettre en amours siervir,
567 celui. — - 594 Ms. A avoir; Tobler, Et avoir euer. Ma cor-
rection se fonde sur Tanalogie du vers 692.
». ET J. ne CORDÉ. — TOM. 11. il
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— 522 —
Pour cou qu'il voloit desiervir
Sa proumesse, qu'il fust amés
Et à droit non amis damés.
En teil espoir, en telle atente
600 Ot li yallés mise s'entente
Com cieus qui Tamour avoir cuide
De celi qui trop estoit wide
De bonté et le cuer ot vain ;
Par tant s em penoit cieus en vain
605 Et emploioit mal sa saison.
Mais amours ot osté raison
De son cuer qu'il n'en y ot point.
En .V. ans se mist si à point.
Par amours qui maint cuer aveule,
610 Qu'il na plus ne denier ne meule.
Dont acroit partout sans payer,
Com cieus qui ne vœt délayer
Que son siervice ne parfaioe
Pour la bielle à la clere faice
615 De oui atent joie et déduit;
En l'espérance s'en desduit.
Car le tierminne aprocier voit
Que ses oouvens avoir devoit.
Si a de proecce passés
620 Tous ciaus de som pays d'assés
Et de largece et de valeur,
Mais ne prent garde à la folour
Dou grant despens dont il s'endebte.
Dont li vient demander sa dette
625 Caâcuns qui creû li avoit.
Et il qui la fin n'en savoit
599 En uni pooir, m telle entente. J'ai adopté Theureuse oorm-
tien proposée par M. Tobler.— 610 de denier, --611 la Oemmnt---
618 Quù — 626 M. Tobler soupçonne ici à tort une lacune de deux rei^-
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- 325 -
De meule qu il ait en sa main,
Et ai s endette soir et main»
As useriers les deniers prent,
6d0 Dont seslinnageslereprent
Et durement Tem blasmeet coze,
Mais pour iaus n en fait nulle cose ,
Fors la volenté de sen cuer ;
Livré a le sien à teil f uer
635 K'anchois le fin de Tan derrien
Ne li remest el monde rien
De sa tierre» ains rengage et vent ;
Si com paille s'en voUe au vent,
S*en va 11 siens de toutes pai's,
640 Si a son hjretaige espars,
Qu'il n'en a mais riens retenu,
Dont pour fol l'ont pluiseur tenu.
Ensement son tienne aempli
Et li .vjj. an sont acompli ;
645 D'un baisier l'an fu il payés,
De tant fu ses cuers rapajés.
Cieus oui li tiennes sambla Ions
* De ses travaus griés et félons,
Ot grant joie, ce vous affin,
650 Car il cuide avoir traite à fin
Et achievée sa besoingne.
Dont il ot esté en grant soingne,
S'en cuide avoir l'amour conquise.
A celi vint, si l'a requise
655 Que sa convenance li tiegne
Et qu'à son amy le retiengne
Ensi qu'elle li ot proumis.
— « Bielle, • fait il, « li vostre amis
644 ans. — 648 griif, — 653 Si en.
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Ai ge moult lonc tierminne esté,
660 Que n ai lasqui yvier n'esté
£d atente de guerredon.
Or ai bien desierri le don
De Yostre amour en tous endrois.
Sel me donnés, car c'est bien drois ;
665 Car mes cuers riens tant ne désire. »
— c Que c'est que vous dittes, biaz sire? •
Fait elle, • volés vous avoir
M'amour ensi par estavoir ?
Dittes moi quel droit j avés. »
670 — t Damoisielle, bien le savés,
Et je vous ai lonc tamps siervie.
Bien ai la joie desiervie
K'amours ottroie à vrais amans.
Car j*ai si fais tous vos commans
675 Que je n'en ai de riens failli,
Ne m'en tcnrés pas à failli.
Dont ne me devés faillir mie,
Si soies entière m'amie ;
Car laide traisons seroit
680 Qui ses couvenans fausseroit.
Bien les avés fais jusqu'à ore
Et aussi ferés vous encore ;
Car, se Dieu plaist et à sa mère,
Jà ne me serés si amere ;
685 Car pour vous ai reçut grant pierte,
Or me faites bonté apierte
Selonc cou que desiervi l'ai.
Car ains ne vi ne clerc ne lai.
N'en tout le mont ne le sai mie,
690 Mieus ait fait le commant s'amie
Que j'ai fait le vostro en tous sens ;
674 nous commans. —676 affailli,—<Sl% en titrre—QSZ dieus-
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- 5â5 —
Avoir et cuer et corps et sens
Y ai tout mis, se Dieus me gart.
S'est drois k'en pitié s'i regart
605 Vo gentillecce et vo vaillance ;
Che sera trop grant défaillance
Se le vostre aïe me faut. •
— t Par foi, » fait elle, • riens ne vaut ;
J'ai assés autre cose à faire,
700 Penser m estuet à autre affaire ;
Mais laissiés m'ent atant ester.
Car riens n'i poés conquester.
Poure vo voi et desconfit.
En vous amer n'a nul pourfit.
705 Se vous lestes hardis et preus,
Oui est Tonours, siens soit li preus.
Car je n'i vœl de riens partir, i
— • Ciertes, or devroit bien partir, »
Fait il, c mes cuers qui ce entent.
710 Las moi, maletireus, k'atent
La mors qui prendre ne me vient.
Puis k'ensi langhir me couvient !
Trop truis en vous grant fellonnie. • —
Celle li fist teil vilonnie
715 Que de lui part par maltalent.
Si le laisse tristre et dolent.
Et cil retourne à son hosteil ;
Mais il ne Favoit mie teil
Qu'il ot aprics la mort som père ;
720 L'emprise qu'ot faite compère.
Se maisnie départ en l'eure,
N'i ot nul durement ne pleure,
Cai* moult courtois lor fu ses pains,
n n'iert pas sires, mais compains.
720 qu'U ot/aUe.
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- 3» —
126 Dolant sont de !ai eslongié ;
Et quant il lor donna congié,
Ains plus dolens ne fu mais bon.
Cil sèvent bien pour quel raison.
Car il savoient tout son iestre.
730 Grant damaige est du cuer bonneste
Qui est em poureté chelks.
Bien est par femme decbeûs,
Tout son hamas li convient vendre,
Car il n'avoit plus que despendre,
735 Ains estoit poures et destrois,
Si vent cevaus et palefrois
Et paie ù il eut acrett
Et ciaus qui bien Torent creû,
Ne mais c*un roncbin ne détient
740 Et un sien boin lévrier retient
Qui jounes iert d'an et demi.
Ne trœve parent ne amj
Qui ne se destourt de sa voie
Et qui moult envis ne le voie ;
745 Tous les trœuve plains d'amertumme.
Vous savés bien qu'il est ooustumme
Pieça, en ce siècle terrien.
Que on ne conte à poure rien.
Puis k'à .i. home tant mesciet
750 Que de la ricece deciet
Et est poures, nuls riens n'i conte,
S'il ert fléus de duc u de conte.
Or s'est bien cieus apiercetts
Que laidement est deceUs
755 Que mieus n'a gardé son avoir ;
Or se pierçoit del nonsavoir
Qu'il n'ot mieus à lui garde pris.
730 ou cuer. — 731 pouretéi. — 747 terrien.
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— 327 —
Maiij c'a fait amoars qui Tôt pris,
Dont encor ne se sent délivre,
760 Mais jour et nuit assaut li liTre
Et en double painne Ta mis.
Car devant cuidoit iestre amis,
Or nM a d'espérance point.
Li envieus'qui en teil point
765 Le voient, qui orent envie
De son solas et de sa vie,
Sont de sa poureté joious.
C'est coustumme de Fenvious :
Jà n'iert liés, ce vous faich savoir,
770 S'il ne voit autrui mal avoir
U painne n meskief u griefté.
Quant cil se voit en teil vieuté,
N'est onques jours de la semainne
n ne pleure et grant dœl demainne
775 Et dist: » Las, que m'est avenu?
Que sont 11 desduit devenu
Que si grans soloie mener ?
Saisons m'est de duel démener,
Quant le mien aiensi fondu.
780 Et encor m'a plus confondu
Che k'ensi m'a deciut m'amie :
Je mench, voir, ains est m'anémie,
La plus grande que j'eusse onques ;
Pour coi amie le clainc donques?
785 C'est tors et à droit jugement
Pœt on bien dire que je ment,
Quant en li ne truis fors amer ;
Et si le me convient amer
En grant anui et en contraire,
f
IQlpourette. — 769 la ierU ^ 771 griesie.—lTZ vfelte.-^nQ Sai-
ton. — 780 encore.
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790 Mais je n en puis mon cuer retraire,
Et s*ai pour li le mien pierdu
Et ai moût le cuer espierdu»
Car je sui poures et despris
Et de dervée amour espris,
795 Où je n'ai d espérance point ;
Amer me couvient en teil point
Que de riens n'en puis traire à cief.
Ensi sueffre double mescief,
Et tant sui forment esbais
800 Que ne puis partir dou pays,
K'encor peuïsse assés avoir
De bien par siervice et d'avoir
Et si peuïsse encore ouvrer
Que tout peuïsse recouvrer.
805 Or me couvient demeurer coi
En cest lieu« si ne sai de quoi
Je puisse .ij. mois entiers vivre.
Ensi sui menés pour la wivre
Et le sierpent qui m'a trahi,
810 Bien croi qu'elle ait .i. autre ami,
Qu'elle a le cuer félon et fier.
Dieus ! k'atent je que ne me fier
D'un grant coutiel parmi le cuer ?
El siècle plus vivre ne cuer.
815 Ensi se doulouse souvent
Li variés, qui en son jouvent
Ot maint desduit et maint solas.
Or se voit entrepris et las
Si ne seit ù avoir reflliit ;
820 La compaingnie des gens fuit,
I^ nuit ne dort ne n'a repos
804 tous. — SXO autre ahi.
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- 3i9 -<
Et toute jour Tait par le bos
Sour son ronchin k'encor avoit.
Moût iert tristres, car bien savoit
825 Que longuement nel puet tenir.
Mais à piet le convient venir.
Le premier jour d*unne semainne
S*en vait au bos et s'i amainne
Son lévrier que moult avoit cier.
830 Li lévriers commence à cacier
.i. lièvre que il fist sallir,
£t cil commence à poursallir
Le ronchin et apriès s'en court ;
Li lévriers tient le lièvre court,
835 N'ala gaires loing si la pris,
Qu'il iert isniaus et bien apris
De son avantaige à cacier ;
Et cil commença à brocier.
Qui a voloir qu'ai lièvre viengne ;
840 Mais ansçois que il j parviengne,
Ses ronchins ciet et si se crieve ;
Et ensement adont agrieve
Celui ses dieus et renouvielle
Et s'esmuet de dolour nouvielle ;
845 Ses cheviaus ront, ses poins detort.
t Ai las, • dîst il, f à com grant tort
Je vif en dolour et em plours !
Et je soloie iestre la flours
Des jouvenciaus et la baniere,
850 Or n'em puis en nulle manière
Tourner k'encombrier ne m'aviengne,
Ne voi nul tour ne me couviengne
Marvojer et pierdre le sens.
Hé Dieus sire,' pour quoi consens
855 Que si sui dou tout abatus ?
De dure verge sui batus. »
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— 330 —
Ensi pierdi cietis son ronc^Ein.
Las, quel d&maige dou meschin
La cui valours iert si prisie !
860 S^espee a maintenant brisie,
Pour cou qu'il se crient à occire.
Ses dras desront et les deskirre.
Puis s'asist enmj le cemin ;
Il avoit encre et parcemin,
8d5 Si savoit bien à droit escrire.
Il s'apareille de descrire
Tout son anui et son meskief
Et son travail, de cief en cief.
Qu'il ot eii pour la pucielle,
970 Et ses couvenans si corn celle
De s'amour avoir Taffia
Et en apriès Ten deffîa,
Quant les .v\j. ans ot attendu ;
Et puis a Tescript estendu
875 A .i. arbre lés une brance.
Pour cou que ce fust ramembrance
Et que cascuns qui past la voie •
Qui lire saice iUuec le voie,
Et puis s'en vait sans nul arriest
iSO Tout marvoiant par la forriest
Com cil qui si grant dœl avoit
Que de lui conroi ne savoit.
La roe de fortunne isniellè.
Qui moult souvent cange et toumielle,
885 Qui le bas fait en haut monter,
ÎjC haut descendre et desmonier,
L'a abatu del mont el val ;
El bos vait amont et aval,
859 vakur, — 867 annU, — 882 conroU.
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— 531 —
Crie et brait et ist hors dou «ens ;
890 Ses lévriers le soit en tous sens,
Qui des pies gratte à terre et urle.
Ains ne reistes bieste noie
Si très malle vie mener
Qu*il fist, quant il vit foursener
895 Sen singneur qui nouri Tavoit.
Quant ensi contenir le voit
Qu'il se fiert et ront tous ses dras
Et fait sainner et mains et bras
A ses ongles dont se depiece
900 Et si qu'il en trait mainte pièce,
Li lévriers devant son singneur
Brait, ne ains bieste dœl grigneur
Ne vit démener nuls bons vis.
Selonc tel sens et teil avis
905 Que Dieus et donné à tel bieste,
Dure vie mainne et rubieste ;
Et c e tiesmoingne l'escripture
Qujl n*a el siècle créature
Qui son maistre aimme tant et crieme.
9T0 Li diervés, qui ot vie encrieme,
S*embati en une vies voie
Qui en un praiel le convoie ;
Une fontainne j ot moult bielle,
S*i ot jadis une capielle
915 D'un hiermitte qui y ot mes.
Encore j fu li murs levés.
Cius viers la fontainne se trait
Si en a beti .i. grant trait.
Li lévriers par le bos s'en va
920 Et vint as cans, si retrouva
Son lièvre lés une carrière ;
890 Uuriers ffi mt/.— 901 li Heures. —913 fontainne ci.- 919fo»rw».
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— SS2 —
A son maistreTaporte arrière.
Qui à la fontainne iert tous seus.
De fain destrois et anguisseus;
925 Car nuls bons au loing par nature
Ne puet vivre sans se peuture.
Le lièvre mangtte et deveure
Et tout aussi bien li saveure,
Con s'il fust atournés au poivre,
990 Et vait de la fontainne à boivre
Et puis à le tierre se couce,
Mais ni ot lit paré ne couoe.
De dierverie fu lassés.
Il s*endort et làjut assés;
935 Car el mont n*a bieste ne homme
Ne 11 couviengne prendre somme.
Entrues qu*il estoit en repos,
Ses lévriers s'en vait par le bos
Pour la vitailie pourcacier,
940 Si a commencié à traoier,
S'a trouvé un lièvre demy
Lés l'estoc d'un arbre endormj,
Il le mangUe et puis repaire
A le fontainne et au repaire
945 De l'iermitte, ù ses mestres ère
En grant dolour, en grant misère ;
Il s'esveille et crie si haut
Que tout fait retentir le gaut
Dou grant son qui ist de son corps ;
950 Par le foriest de tous les cors
Le peut on oir clerement.
Tost sot on de lui Terrement,
Car veneour et forestier
938 Heures, — 947 // s*en ueille.
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— 535 —
Qui siervoient de lor mestier
955 Des bos ciepcier et revierser.
Le virent illuec convierser.
S'ont le lévrier reconneii
Que il ont delés lui vetî.
Arrière sont el retour mis
960 Si le vont noncier ses amis.
Dont li pluisour teil joie en font
Par poi que li cuers ne lor font.
Si s'asamblent pour lui reprendre,
Si c'en ne les em puist reprendre
965 Que il à teil mescief le laissent.
Es cevaus montent, si s'eslaissent
Viers le bos tant qu'il l'ont oi\
Mais point ne s'en sont esjoï.
Car vie mcnoit trop hideuse.
970 Bien monté estoient li douse,
S'ot cascuns son garçon trotier ;
Il se sont mis el droit sentier,
A lui viennent et chius lor saut,
Jà lor livera teil assaut.
975 .ij. des garçons salent avant.
Si le prent li uns par devant
Et li autres derrier Tahiert,
Mais li devantrains premiers piert.
Qu'il l'estrangla en moult peu d'eure.
980 Puis le ceurt li daarrains seure.
Si l'abat si qu'il le creva.
Cil le voient, moût lor greva.
Des espourons les cevaus brocent.
Prendre le cuident, si s'aprocent,
985 Mais n'en puellent venir à cief ,
962 H font. — 983 espotrrons.
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— 354 —
Car il les rassaot dereoief
Par teil jre et par teil viertu
Que le premier a abata,
Si que la jambe li brisa ;
990 Et puis .i. des garçons pris a,
Dou poing li abat le cierviel ;
Li garçon voient cel reviel,
Tout s'en fuient sans plus atendre,
Ne voallent plus à lui contendre.
995 Cil à ceval j sont remés,
Car il estoit d'iaus plus amés.
Si le laissent moût à envis.
Et il lor lance enmj les ris
Et puis resaut arrière errant,
1000 N'i a oeval biau ne ferrant
Qui plus s'osast sour lui embatre.
Quant ses lévriers les voit oombatre.
Venus est sour son signeur coure,
Les cevaus vait as jambes courre
1005 Et les mort dolereusement,
Plus les rassaut crueusement
Yiers les tiestes et viers les cols,
Et ses maistres âert les grans cols.
Quant cil voient n*en prendent mie,
1010 S*ont laissie lor arramie
Et lor compaignon relevé.
Dont au cuer lor a moût grevé,
Et les garçons mors emportèrent
Et format se desconfortèrent
1015 De celui que il n'ont repris,
Mais n'en dolent iestre repris.
Car n'en porent àcief venir,
1000 ye a. ~ 1008 lei omis.
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— 355 —
Si qu'il dévoient revenir ;
Si voient en Tarbre Tescript
1020 Où cieus ot son iestre descrit.
Li uns d*iaus le list et lor conte
Et tout le mesoief lor raconte
Comment ce li est avenu.
Ensi arrière en sont venu
1025 Plaindant celui de cuer parfont ;
Les garçons ensevelir font.
La nouvielle s'est espandue
Comment sa tierre ot despendue
Li variés en amer celi
1030 Et comment elle li failli,
Si en a aquis moult grant blasme.
Car cascuns Ten desloe et blasme
Et prient à Dieu de cuer fin
Que venir puist à maie fin
1035 Piour que cieus ne soit venus ;
Plains fu de grans et de menus.
Cil qui ou bos orent anté
Sont si de lui espoenté
Que nuls mais repairier n'i ose,
1040 Car il ne tenist nulle cose,
Bieste mue, femme ne homme.
Qu'il n'estranglast, çou est la somme ;
Car li maus qui sour li efforce
Li avoit donnée teil force
1045 Que jà riens ne li escapast;
Par tant que as mains Tatrapast,
S'en eUst faite sa saisinne.
De mainte bielle sauveginne
Ot il sa part à grant fuison»
1047 sanctnne.
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— S36 —
1050 Car ses kiens prent la venison.
Si li aporte u atrainne,
Et il n'avoit mie hai'nne
Au lévrier, car si cier Tavoit
Que, quant entour lui ne le voit,
1055 Crie et brait, d'el ne li souvient.
Et li lévriers tantost revient.
Ensi de venison vesqui ;
Ains nuls mieudres ciens ne uaski.
Car son maistre uourist et garde ;
1060 Quant il mangtte, sel regarde,
Ne jà devant qu*il le laissast.
Pour mangier ne s'i abaissast.
Et quant assés avoit mangié.
S'en donuoit son lévrier congié,
1065 Et il mangoit tout maintenant
Le sourplus et le remanant.
Quant ses maistres dort et repoze,
D entour lui eslongier ne s^oze,
Ansçois se couce et si le veiUe ;
1070 Et quant ses maistres se resveille.
Si vait querre sa pourveance.
Et cil qui n'ot autre beance
Fors k'à son lévrier, tant Ta cier,
Aloit ensamble lui cacier,
1075 Si crie et brait et fait grant noise,
Et quant il ont pris, si s'aquoise.
Or ojés d'amours la poissance
Ou'eUe a sour ciaus qui cx>nnissance
N'ont enviers lui ne ne le deignent
1080 Siervir, mais son pooirdesdengnent,
Comment elle les mait à point.
1053 A leurier. — 1069 U couce.
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— 357 —
L'orguilleuse pucielle point
D*un dart afile, dont la meure
On cuep li enfice et demeure,
1085 Pour un varlet qui Tôt requise
De s*amour, s'en fu si aquise
Ne li pot celer son afaire.
Et cils, qui bien sot son preu faire
De teil besoingne et fu tricieres,
lOdO A sa paroUe et à ses ciëres
Voit bien qu'elle est pour lui esprise
Et fait tant k'à femme Ta prise,
Que celle débat n'i a mis ;
Mais ce fu malgré ses amis,
1095 Conques uns sens n'en y veut iestre,
Car il n'estoit pas de teil iestre
Qu'il le detist à femme avoir,
Et si n'ot mie moût d'avoir,
Car il estoit juere as dés,
1100 Dont souvent en fu escaudés
Tout sans aiwe caude et sans fu,
Et glous et tavrenieres fu,
Fel et malcourtois et estons ;
Ses cuers et ses pensers est tous
1105 En gloutrenie, enjeu de dés.
Or pensés chi et regardés
L'orde manière et le despite
Qui maint en teil femme et abite
Qui par siervir et par projer
1110 Ne vœt vaillant homme otrojer
S'amour n'a ami retenir
Par courtoisement maintenir,
Par prouecce ne par biauté,
Ne par foi ne par loiauté»
1083 Tobler : dont Vameure. — 1099 iueres. — UUne ami.
B. KT J. DR CONDA. — TON. If. 22
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— 358 —
1115 Mais la ù li siens cuers s'adonne,
S'amour etroie et abandonne,
Que jà ne laira pour casti.
Oïr le poés pour cesti
Qui celui qui tant Tôt siervie
112D Et s'amour si bien desiervie
Reftisa et celui retient
Qui en grant justice le tient
Et 11 flst moût Tilté et honte.
Que vous en feroie lonc conte?
1125 Ansçois que li ans fust passés,
L*avoir dont o li prist assés
En ses outraiges alewa.
As dés le pierdi et jewa.
Or est celle à honte livrée,
1130 Car elle estoit souvent livrée
D*un grant baston parmi Teskinne.
Or n*a mais varlet ne meskinne.
Ne riens n ont que dus ne le vende
Qui n'a ne ettr ne prouvende,
1135 Car par ses grans outraiges giete
Lui et sa femme en grant disette.
Celle, qui est poure et deeprise,
S*est à un rice prieetre prise
Qui hors dott pajs Ta menée ;
1140 Or est elle bien assenée,
Bien est ses orgieus à point mis ;
Elle n'a parens ne amis
Ne vousissent que fust noie
Et elle s'est d'iaus desvoîe
1145 Et en estraingne tierre alée ;
Bien est sa fiertés avalée.
Ses orgieus et sa cruautés.
1118 eeêM. - 1119 Que. - nîSiviUe,
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-339 —
Tous jours est boinne loiautés
Et courtoisie à maintenir;
1150 Qui lionnour ne vœl maintenir.
C'est bien drois k*à honte parviegne
Et que grans blasmes li aviengne.
Ensi amours venjance prist •
De celui viers cui tant mesprist,
1156 Qui en le grant foriest conrierse
Et mainne vie moult divierse.
SeB ]0¥rier8^ qui bien ciar Tavoit,
Toufi^ours le garde et ie ponrvoit
De Ténison et de vitaillé,
1J160 Et si avoit souyent bataille
As leus qui el bos revenoient,
Quant viers lor repaire venoieht.
En yvier, quant il nege et gelé,
Gieus se conçoit en une ceUe
1165 Où li hiennittes et sains hons
Soloit dire ses orisons ;
Là se gisoit lés la capielle
Et son lévrier lés lui àpiëlle
Pour çou que caut li a tenu
1170 Et il avoit le cors tout nu;
MierveiUe est comment il duroit
Ne la grant froidure enfluroit.
Al matin, quaht l'aube se crieve,
S'esvelle adiès et si se lieve
1175 Et crie si haut et si cler
Que chierf et chievrœl et saingler
Et toutes biestes s'ébahissent
Et hors de lor repaires issent ;
Et li lévriers les caice et suit,
1 163 Et y^ier, — 1174 Uewe.
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— 540 —
1180 Ses maistres adiès le poursuit ;
Il n'i a bieçte tant apierte
Ne tant soit forte ne despierte.
Se li chiens le puet atenir
Tant k'à mains le puist cieus tenir,
1185 Qui ne soit estranglée et morte ;
Et adiès arrier le raporte.
S'en mengiient tant que lor dure.
Soit par caut tamps u par froidure.
Les gens des estraingnes contrées
1190 Qui en cel bos erent entrées
Et ne savoient teil couvinne,
S'en fuîoient de grant ravinne,
Quant de lui ooient le cri ; •
De fuïp èrent enagri
1195 Pour le hisdoup, pour le peur,
Dont il n'ièrent pas asseûr.
Teils y avoit lire savoient ;
Quant le brief en Tarbre trouvoient,
L'estre lisoient de celui
1200 Et prioient à Dieu pour lui
Et le doulousoient forment
De son anui, de son tourment.
Trois ans et plus a cius esté,
Et par yvier et par esté, >
1206 En la foriest en ytel pQint.
Or vient uns tamps que Fierbe point.
Que fuellent cil bos et cil gaut,
Et si commence à faire caut ;
Gler sont fontainnes et ruissiel
1210 Et florissent cil arbrissiel.
.1. jour par aventure avint
1193 oioient.
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~ 541 —
Que cieus de la foriest reviot,
Si vint boire de la fontainne
Lés la vies capielle soltainne,
1215 Puis se couche àThierbe menue.
Si com il dort, est là venue,
Traversant le bos, une fée,
Qui dealer estoit escaufée,
Od li une sienne compaingne,
1220 En la fontainne entre et se baigne.
Li lévriers lés son mestre gist,
11 les regarde et mot ne dist,
Et la fée qui se baingnoit
A sa compaingne Tensaingnoit.
1225 — c Compaingne, » fait elle, c or regarde
Ce lévrier qui sen maistre garde
Et Ta nouri et garandi
.iij. ans et plus, et tant t'en di
Qu'il est trop de moult de gens plains,
1230 Car moult ert de hardement plains,
Courtois fu et larges et preus.
Si seroit de lui moult grans pi'eus,
S*il revenoit en sa santé,
Et jou en ai grant volonté
1235 De ce que sa douleur terminne.
Qui Ta tenu si lonc terminne ;
Puis que je sui ci sourvenue,
Mieus li sera de ma venue. • —
De Faighe ist et s'est reviestie
1240 De ses dras dont s'ert deviestie.
Ijors a son mantiel deffùblé.
Si Ta tantost en .ij. doublé,
Si en a couviert le varlet.
Puis s'en va par le praielet,^
1245 Si kieut hierbes et les assamble
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— 348 —
Et les maire et estort ensamble,
S'en froie. celui le visaige.
La fée deboinnaire e^ saige
Prent sa guimple et en .y. le ploie,
1250 Les ierbea sour le front li loie.
Par la viertu qu'es hierbes fu
Sambla qu'il fust à .i. grant fu.
Si commença à tressuer ;
Sa compaingne fait essuer
1255 A son çhainse celui le vis.
Et celle nel flst pas envis.
La suours dura longhement.
Puis li destempre Tonghement
D'unne bierbe qui teil viertu a
1260 Que la dierverie tua ;
Oint Fen a apriès le suour,
Qui geté a grande puour,
Et puis a pris de Taiwe froide,
Dont le viaire li refroide,
1265 Et si li a moût bien lavé
Et puis li a le cief levé.
Chius, qui moult ot dormi, s'es veille,
Si se regarde et s'esmierveDle,
Lues que il ot les ieus ouviers,
1270 Et voit que il eétoit couviers.
Voit ses membres et son cors nu.
Ne set que li est avenu,
Honteus fu, nés .i. mot ne sonne.
Et la fée lues Taraisonne
1275 Et dist : — t Frère, comment te sens? •
— f Dame, » dist il, • je rai mon sens.
Que bien ait qui rendut le m'a!
1246 Tobler a, selon moi sans nécessité, substitué mesk à mire;
voj. les Notes explicatives. — 1272 qui lu
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— 345 —
Ne me haï pas, %ms m'ama ;
Mais je ne sai, qui ce m'a fait. »
1280 — i Frèreje te di entresait
Que je 7 ai grant conseil znis.
Et Dius, qui teil force a tramis
Èshierbes dont je t'ai gari»
Et tes lévriers, qui t'a nouri
1285 .iij. ans et gardé de mourir.
Or li devras tu bien merir. »
— c Dame, » fait il, c quant tant savés,
Que TOUS mon sens rendu m'avés,
Conaeyiiés moi, comment je truisse
1290 Choze dont je chavir me puisse.
Mes folies teil mené m*ont
Que je n ai nulle choze el mont. •
— € Frère, » fait elle, i or ne f esmajes ;
K'ançois que passé lonc tienne ajes,
1295 Aras de richece deus tamps
K'onques n'eusses à nul tamps.
Et d'onnour, ce saice sans doute ;
Mais de poureté note doute. » —
Moult ensement le confortoit.
1300 Sa compaingne .i. cofre portait,
Et elle deferme le cofre.
Une cotte en trait et 11 ofrç,
Qui faite estoit d'un vert samis.
— i Geste cotte, • fait elle, c amis,
1305 Jà tant com tu le viesteras,
En cel lieu tu ne vertiras
Que bien n'aviengne ta besoingne.
Ne jà n'entreprenderas soigne
Que bien ne doies akiever,
1287 tans sauet. — 1289 cofuiellùs, — 1291 Mais folies.
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— 344-
1310 Et si ne te poura grever
Nus bons el mont, ja tant te haoe,
D*espée trençant ne de hace.
Ne de feu ne d^aigue n'as garde ;
Mais de pierdre moult bien le garde,
1315 Car elle ne puet empirier. • —
Cil en viest, qui en desirier
Et en grant joie le prendoit.
Elle trait Taniel de son doit
Et dist : — I Frère^ cest aniel tien
1320 Et la yiertu bien en retien
De la piere que tu vois jnde
De couleur, si fu prise en Ynde.
Qui ceste pierre sour lui porte,
De toute douleur se oonforte
1325 Et de toute yrour s'apaissance.
Et s'il avient que elle sence
Aucun venin, eUe tressue
Et em pluisours couleurs se mue.
S'en fait sour Tomme sorcerie
1330 Ne tnuson ne trecerie,
La pierre mue sa samblance ;
Qu'elle est jnde, si devient blauce.
Et s'estance bomme qui trop sainne
Et la maladie fait sainne
1335 Qui es ieus se nourist et prent.
Et une autre choze t'aprent
Et je le te creanc pour voir,
Qu'elle fait l'omme grasce avoir. • —
Dont départ de lui sans plus dire,
1340 Et cious fu plains de dœl et d'ire,
Quant si tost de lui se départ ;
Et il s'en rêvait d'autre part,
1325 saipaUsance.
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— 543 — •
Et ses lévriers nel laisse pas.
Par la foriest s'en va le pas,
1345 Garjà ne yœt plus séjourner.
Lors pense ù il poura tourner,
Pour ce qu'il avoit là parent
Âssés pries manant maint parent ;
Mais ne seit quel part vertira.
1350 Lors s'avisa que il jra
Droit ciés sa cousinne giermainne,
Une veve dame, qui mainne
Nette vie et est amistable,
Lai^e et courtoise et caritable
1355 Et manoit assés priés de là.
Erranment celle part ala
Et est venus à son manoir,
Et celle, qui ot tristreet noir
Le cuer de sa mesavenue,
1360 Fu moult lie de sa venue,
Quant voit qu'il est garis et sains.
So Dieu de gloire et tous ses sains
Yeïst descendus en son iestre,
Ne peiist eUe plus lie iestre.
1305 Son convenant li a enquis,
Et cieus, qui fu las et aquis
De la grant painne qu'il ot traite,
S'aventure li a retraite,
Com il vesqui de venison,
1370 Et li dist de sa garison ;
Et elle, qui moût en fu lie.
De ses .g. bras l'estraint et lie
Et acolle et joie demainne
Et en une cambre l'en mainne,
1375 Si li fait donner sans dangier
Assés à boire et à mangier ;
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— 346 —
Et U Fa qi<>ult Yolentieirs prii.
Puis fût la dame de gra&t pri9
.i. k^ng caufer et aiteoiprer
1380 Et pais Fa fait dedens entrer.
Si le fait baingnier à séjour
Et pense de lui nuit et jour.
L'ami oonnoisi on au besoing :
CeUe, qui de loi pt grant seing,
1385 Li fait avoir tout le délit
De mangier» de boire et de lit.
Et dou leinier moût bien pensa.
Qui son maistre de mort tensa.
Tant corn li ciens fa biaus et cras.
1390 Ro& nouvielle et lignes dras
Quiert pour son cousin liement.
Sel feitcaucierjoliement.
Et tant quiert amont et aval
Que li acate .i. biel ceval
1395 Et tout ce dont il ot mestier
Et qu'il affiert à sen mestier.
Et dist : -*- c Cousin, or m*escoutés ;
Jà mais poureté ne doutés.
Mais que yous maintenés mesure
1400 Et TOUS wardés de desmesure.
Deus enfetns eu de mon mari.
Dont je eu moult mon cuer mari.
Car il morurent ambedui ;
Or n'ai nul plus proisme au jour d'ui
1405 De TOUS, si ares le mien tout;
Che vous otrierai partout. » —
Cieus l'en mercie bonnement ;
Plus n'i fist de sejoumement
1390 îiffne, Tobler a inutilement corrige Ugncitdroi. —1391 Q«i^
son cousin.
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- 347 —
Bt diat o'ftier 9'en yort d^uire.
1410 — • Cousin, Piex vowk vo^Ue conduire ! »
Lors li dioina d^ son arf^nt
Pour despendre o la bonne gent,
£!t Iprs s en vait, a*a oongié pris,
Com ensengniés et bien apris-
1415 Quant ou pays fu conneiis.
Moult volontiers y fu vêtis.
Joie en font tout communément.
S'en miercient Dieu finnement,
K'or lor est joie ravescue
1420 Qui lor estoit morte et vencue.
Or est la roe retournée
Que fortunne ot jus ratournée.
Quant celui fist jus avaler ;
Or le fera plus haut aler
1425 Que il ne fust onques d's^sés.
Ansçois que li mois fust passés,
Ojés qu'eus ou pays avint.
.i. cevalier morir convint.
Qui fu preudons de bonne tecc,
1430 Rices bons et de grant hautece,
Dont à ses amis mescei',
Et toute sa tierre esceï
A sa fille, qui moût fu gente
Et plus blance que flour sour ente ;
1435 Ains plus n'en peut d'enfans avoir.
Quant la dâmoisielle ot l'avoir
Que ses pères laissié li a,
Assés plus tost l'en oblia.
De l'escuyer nouvielle oi',
1440 Dont moult ot son cuer esjoV,
1427 Offies(de mêmev. 1447). — 1429 bonnes tece.
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— 348 —
Car moult Favoit lonc tans amé
£t en son cuer amj clame.
Et 8*ot de lui grant doel eti,
Quant ensi li fu mesoeQ ;
1445 Mais quant seit qu'il estoit garis,
Ses euers ne puet iestre maris.
Oyés de la pucielle saige.
Elle a pris .i. seoré messaige
Et mande celui c'a li vingne
1450 Et ne laist pour riens qui avingne.
Cil s'en va son chemin ferré ;
Celui trœve, tant a erré,
Son messaige li dist et conte.
Cieus s'apareille et [puis] si monte,
1455 S'ot le messaige à compaingnon
Et s'en vont droit viers le doignon
De celi qui mandé l'avoit.
Quant la damoisielle le voit.
Qui seoit à unne feniestre,
1460 Ne tourne à diestre ne seniestre.
Tout erranment contre lui court,
Et cieus descent enmy la court
Et la damoisielle salue.
Qui moult estoit de grant value,
1465 Et celle lui moût doucement;
Bien li monstre al commencement,
As dous regars que li a fait.
Que son cuer a mis tout à fait
En lui amer sans repentance.
1470 Lors l'en mainne sans arriestance
En la salle, qui moût fu bielle,
Et cieus li dist : — • Ma damoisielle.
Mandé m'avés, ne sai pour quoi. •
1441 moult avoit.
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— S49 —
— ( Amis, • fait elle, c par ma foi,
1475 L'occoison orendroit sarés ;
Pour cou vous manch que vous ares
Orendroit, sans respitemcnt,
Moi et ma tierre quitement,
Dont je ai plus de mil livrées ;
1480 Si vous seront les clés livrées
De cest castiel encore anuit,
S'ensi est qu il ne vous anuit. » —
Chieus Ten miercie bien .c. fois
Et dist : — • Si m'ait sainte fois,
1485 Par droit caitis tenus seroit.
Qui si grant don refuseroit.
Se Dieus me faice vrai pardon.
Se il n'i avoit autre don
Fors seulement de vo gent corps,
1490 Si y seroit tous mes acors.
Je recoif le don volontiers
Et vœl iestre vostres entiers. • —
La damoisielle plus n'atent,
Car à autre coze n'entent,
1405 Les clés de son castiel li livre
Et quanqu'il a ens à délivre,
Et il mande de ses amis
Et ens ou castiel les a mis.
Apriès gaires ne repoza,
1500 Au tierch jour apriès l'espousa.
Gens mande de mainte manière
Et flst fleste grant et pleniere,
Où il ot maint biel don donné,
Ains n'i ot vilain mot sonné ;
1505 Cascuns y âst joieuse chière.
L*aniel et la cotte tient ciere
1474 «ton /oi. — 1498 Et en ou.
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-sso-
Li escuyers» car il voit bien
K'avenu li est moult de bien,
K'or a .y. tamj^ qu^ii n'etist onques.
1510 La cours se départi adonques,
Si laissièrent ciaus en grant joie,
Qui cascun jour orent grant joie.
Apriès gaires n*i arriesta
Li escujers, ains s'apresta
1515 Pour chevaliers à devenir.
Sa maisnie ûst revenir.
Qu'il donna congié par poverte.
Et si lor a la porte ouvierte,
£t des autres encor retint.
1520 Viers le tournoi sa voie tint.
Où moult o^ grant baceleriè ;
Ordre prist de cheval^ie.
Le tournoi dur et fort trouva
Et à cel jour ai se prouva
1525 K'al départir en ot le pris.
Tantost fu uns autres repris,
Et il est revenus par là.
Si flst tant que on em parla
Em bien et grant non y conquist.
1530 Em pluiseurs lieus proecce quist.
Car il ne laisse nulle marche
De France dusk'en Danemarce
Qu'il ni alast, s'aquist tel les
K'en som pays, bien dire Tes,
1535 N'en ot nul de tel renommée.
Toute a la prouvanoe asomméç
De sa cotte et de son aniel.
De son lévrier fort et ysniel
1535 Ncn not
Digitized^y VjOOQIC
— 551 —
rroabliA mie là bonté,
1540 Ains Fa pluiseurs Mb raconté.
En sa cambre lés lui gisoit
Sour .i. biel lit c'on 11 faisoit
Bt 11 fait donner sans dangier
A sa Tolenteit à mangier
1545 De teil viande dont on siert
Lui meismes, car el desiert
Le nouri, che dist, de la soie.
c Par foi, 1 fait il, c se ne faisoie,
Je feroie grant cruauté,
1550 Puisqu'il me flst teil loyauté. »
Ensi mangoit tant qu'il pooit,
S enveilli si que plus n'ooit,
Anscois estoit tous asourdis
Et tous roublieus et rourdis ;
1555 Tant vesqui qu'il vint à sa fin.
Ses maistres Tama de cuer fin,
Si commanda et fù ses grés
Qu'il fust mis devant les degrés
De sa grant salle, et on l'a fut,
1560 Et pour cou c'en saioe le fait,
Fist deseure une lame mettre
Et sus escrire ceste lettre :
• Chi gist li lévriers qui sauva
« De mort son maistre et li trouva
1565 c .i^. ans et plus sa soustenanche ;
c Che doit bien iestre en retenance. »
Ensi s'aquitta li preudom
Viers son lévrier, le guerredon
Li rend! bien de son siervice.
1570 Mais or sont gent plain de malisce,
1^06 Sen maistre ama; leçon oontraire à la mesure et à la structure de la
période.
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— 358 —
Qui oublient tout le bien fait
Et le siervice c'on lor fait ;
Mais là ne doit on garde prendre,
Car teils gens font trop à reprendre,
1575 Qui tant est villainne et recuite.
Mais li preudons adiès s'acuite.
Ains que de mon lai soit la fins,
Vœl projer à tous amans fins,
Ciaus qui vœllent par biel siervir
1580 La joie d'amours desiervir.
Que nuls d'iaus jà ne s^entremette
Ne son cuer n'otroie ne mette
En femme de cuer orgiUeuse,
Car sa manière est périlleuse.
1585 Par raison le vous di et prueve,
Que nuls en lui mierci ne trœve
Ne par foi ne par loyauté,
Toudis moustre sa cruauté ;
Mais chieus qui vœt sa druerie
1590 Avoir, si quiere trioerie
Et fauseté dont il Tabatte
Et apriès le laidenge et batte ;
Car qui loiaument enverra
Jà à li ne recouverra.
1595 Mais qui aimme dame vaillant.
En cui bontés est desfaillant,
U pucielle d'autel valeur.
Si pense en son cuer libfolour ;
Ce qu'il pœt se doit astenir
1600 Et si saigement contenir
Que s'amie à honte ne cace
Ne déshonneur ne li pourcace ;
1571 oublie. — 1577 lais. - 1596-1597 vaiUam : de^aiUans. - 1599 fcW*
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-« 355 —
Car femme deboinnaire et douce
Les maus de son amj radouce
1605 Et de desperance le garde
Souvent, et à ce prendés garde
C'on doit la bonne déporter.
Et foi et grant honneur porter ;
Mais 11 orgillouse et la maie
1610 Souvent par son orguel s'avale
De s'onnour, et tant li mesciet
Que de haut lieu em bas reciet.
En cest lai le poés aprendre
Et à celi exemple prendre
1615 Pour oui li frans bons deboinnaire
Ot tant de painne et tant de haire ;
Elle li fist mainte grieté,
S'en moru à grant poureté,
Et chius ot si biel recouvrier.
1620 Chi finne li lais dou lévrier.
1612 Q«t.
■•aa^« —
B. ETJ. DE CO^D#.. — TOM. II. 25
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xnv
Ll DIS DOU MAGNIFICAT '•
]|ar orguel et par fol cuidier
^ Voit on maint cuer de sens widier,
Voire de la vrai^ science
Qui tient nette la conscience,
5 S*est trop plains de sourcuidement
Li cuers dont sens fait widement ;
Puis c'orgieus et cuidiers remainnent»
Le cuer à lor volenté Qiainnent
Et le desréent et desvoient
10 Et en teil chemin le convoient
Que tels bons cuide tant valoir
Que il en met en noncaloir
Moult de biens ne autri n'adengne,
Nés a Dieu obeïr ne daingne,
15 Tant est fols et desmesurés.
N'a soing de fais amesurés,
Et com plus d'avoir li abonde
* Ms. de Rome; publie par Tobler, pp. 147-160. L'éditeur de«
OedichU von Jehan de Condet avait antërieurement déjà fait connaître
ce poëme dans le Jahrkuch j\\T romanische und englische Literatnr,
t. II, pp. 93-104.
10 eonnoient.
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— 556 —
Et plus est poissans en oe monde.
Plus s'enorgoillist et sourcuide
20 Et tant plus vrais sens de loi wide;
Et quant cuide iestre plus parfont.
Le tresbusce Dieus en .i. mont,
Si que, sans mes relever, kiet
« En ynfier. Celui trop meskiet ;
25 Mais oui Dieus par orguel abat
En ce monde, castie et bat.
En quel mescief qu'il soit ceûs.
Quant dou mesfaitest pierceûs,
Encor puet il par bien ouvrer
30 Le règne des cieus recouvrer;
Et tous ne pierooit pas son fait
Qui si compère son mesfait.
Que Dieus 11 est misericors
Et li sauve Tame et le cors
35 Pour aucuns biens qu'en lui avoit.
Que Dieus connissoit et savoit.
Uns [seus] biens puet .c. maus estaindre,
Et em puet on mierci ataindre,
Ensi con orés en ce conte
40 Que Jehans de Condé nous conte.
En Sezile ot jadis un roi
Plain d'oi^el et de grant desroi ;
En lui avoit haute piersonne,
.i. frère avoit roi d'Arragonne
45 Et un autre duc de Bavière.
Tant iert sa contenance fiere
Et tant iert doutés et cremus
Que ses marchisans faisoit mus,
Car nus ne s'osoit eslever
20 cant. — 27 mesciet. — 37 Tobler : puet [bien] .c. ma%t.
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— 357 —
50 Contre lui pour lui à grever.
Et de ce trop s*enoi^elli
Et trop grant beubant acueilli.
Et comment qu'il fust orgilleus
Et par son orguel miervilleus,
55 En lui .g. boinnes riertus ot :
Millour justicier on ne sot,
Plus droiturier ne plus estable.
Ne nul prince plus caritable
As poures ne mieudre aumonnier ;
60 Dou sien estoient parçoonier,
n donnoit à le poure gent
Viande, dras, or et argent;
Mais par sa grant outrecuidance
Fist sens hors de son cuer widance,
65 Si con vous dirai chi apriès,
Se de moi volés iestre priés.
.i. jour en sa capieUe estoit
Et d*oïr viespres s'aprestoit;
Quant vint au magnificat dire,
70 En cantant oj ce vier lire :
c Deposuyt potentes de
c Sede ; » viers ciaus a regardé,
En son cuer ot grant ïnautalent
Et de ces mes son cuer dolent.
75 Li Tiers si dist en teil manière
(La sentence en est moult planiere) :
c Dou siège mist jus les poissans
c Et fil les humles essauçans. »
Ains qu'il ysist de sa capielle,
80 Priestres et clers o soi apielle
Et commanda plus ne desissent
Ce vier et que hors Tesmesissent,
U il en aroient viergongne ;
Car ce li sanloit tout mençongne
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— 3S8 —
85 Et cose qui ne pooit iestre,
Car il estoit de si grant iestre.
Et si redoutés et si fors,
Et si grans estoit ses esfors,
Que Dieus ne hons ne li poroit
90 Grever, ne croire ne voroit
Que poureté avoir pefîst
Pour riens que nuls dire settst.
Li rois ot pensée trop foUe
Et dist outrageuse parolle,
95 Et Dius cierement li meri
Et le vier sour lui averi ;
Car anscois la semainne issant
N^otil.i. denier valissant
Et très grant poureté souiTri ;
100 Fols fti qui viers Dieu mesoffri.
Tierch jour apriès baignier convint
Le roi, si grant talent Yen vint.
En sa cambre en caut baing entra:
Uns angles laiens se moustra,
105 Qui de par Dieu y fu tramis ;
En la fourme dou roi s^est mis
Et de viaire et de figure.
Et le musart roi transfigure.
En autre point fa conviertis.
110 Li angles ot ses dras viestis
Et dist que trop s'estoit baigniés ;
De ses variés fu compaigniés.
Qui en la court le vont conduire ;
Il dist k'ou bos s'ira déduire ;
115 Ses gens montent et vont ensamble,
Car lor sires moult bien lor samble.
106 tUin roi, — \0S tranJlçMre.
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— 5.J9 —
Et li fols rois, qui «ouToiioit
Le baing, par lui se deliiioii,
Tant que li bains fu refroidies.
120 (teant vit ses oambrelens widîés,
Crie haat oon sanyaiga bieste
Et fait cière anaere et rubieste,
Apriès «igbe caude se dierve.
Mus A ne trœve qui le sienre.
125 li oambrelen sont reyenu
Et meut mierveilleus deyemu
Dou caitif qu*en la cuTe troBTent,
Laidement hors issir Fen rœvent ;
Dieus li ot sa fourme muée
130 Et sa poissance remuée;
Moût le laidengent et maudient
Et laides paroUes li dient.
— c Que c'est, > font il, • sire ribaus?
Trop fustes outrageus et baus,
135 Quant vous ou baing no roi entrastes,
A maie heure vous j moustrastes. »
— • Gomment, > fait il, c me maudissiés?
Vostre roi ne reconnissiést
Outrageus estes et musart. >
140 — • Nostre roi ! » font il, t mais, le hart!
Nos rois va déduire et esbatre,
Mar vous osastes chi embatre. » —
Ahiers fu par bras et par mains.
Des paumées,ce fu dou mains,
145 De poing et de bastons le bâtent
Et souvent & tiere Fabatent.
Assés le bâtent et fourmaînnent
Et hors de la salle Fenmainnent
Et vont apriès les ciens huiant.
120 cambrelei. — 129 mm$. — 130 tm^e.
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— 360 -
150 Li caitis rois s'en va fùiani.
Une pièce d*unne Aassaire
Trouva, qui li fu necoessaire ;
Des genous jusk'à la boudinne,
Non mie jusqu'à la poitrinne,
155 Fu de la flassaire couviers,
Et li sourplus fu descouviers.
Fuiant s'en vait tous esgarés,
Moût mal viestis et mal parés ;
Em peu d'eure est jus abatus
160 Et si a esté bien batus.
L'aumosne empluiseurs lius rouva,
Onques en .i^'. jours ne trouva
Qui li vousist donner dou sien ;
Puisqu'il ne voloit faire bien,
165 Qui grans iert et gros, honnissoient ;
Que riens li donront, oe disoient,
S'alast gaaignier et ouvrer.
Ensi ne pooit recouvrer
Dont il eûst sa soustenance,
170 Malgré lui faisoit astenance ;
Il ne fust nus qui le veîst
Qui de riens nule le creïst *
Qu'il desist, tant ert desconnus,
Et si aloit descaus et nus.
175 Et li rois angles gouvrenoit
Son roiaume et con rois regnoit,
Qui la fourme dou roi ot prise.
Et cascuus l'aimme et crient et prise.
Li poures rois s'esmierveiUoit
180 Pour quoi ensi le traveilloit
Fortunne, qui li ert contraire.
163 va%M. - 166 Q^i. — 176 Sa.
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— 361 —
A la painne trop à retraire
Que lonc tans sousfrirent si membre,
En son cuer point ne se ramembre
185 Dou grant oi^el et de Foutraige
Qu'il pensa en son fol coraige
Et dist, com musars et vUains,
Par devant clers et capelains,
As keus à canter deffendi
190 Le yier, et Dius bien Ten rendi
Le guoi^i^don apriès le fait,
Car trop comparra son mesfait.
Lors pensa k'à Baiviere yroit
Et au duc son frère diroit
195 Son grant meskief et sa misère
Et à quel poureté mis ère.
11 s'en ala nus et descaus.
Quels tamps que fust, u frois u caus,
Qu'il n'ot fors la poure fiassaire ;
200 Fortunne est trop sen aversaire,
Moût se plaignoit et doulousoit
Et nuls croire ne le voloit ;
11 ot mainte journée dure,
Mainte angoisse et mainte froidure,
205 Ains qu'il fust venus à son frère^
Celui qui dus de Baiviere ère.
A grant painne en sa court entra
Et au duc son frère moustra
Sa poureté et son mescief.
210 Tout li conta de cief en cief,
Con fortunne Tôt tresbuscié
Et ne savoit par quel pecié.
Si li prioit qu'il li vousist
Aidier ^t pas ne li fausist.
\9bs(m m%$ere.'-l91 n%lt,'-\9S Quel— 199 poutre.— 213 vaufiêt.
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— 368 —
215 Hais tout Taiioit lAwê éeseonnut
Qae 11 das point a« le eoaniit»
AiM diflt qu'il esloit faus meoteres
Ne Oftques n'ot esté ses frèree.
Qui iert rois peissans de Sesille.
220 Hors de sa court et de sa ville
Le âst bouter villaiiiBeraent,
Que puet pîeroeffx^ plainnement
Que toudis va de mal em pis.
On li disoit to«i les despis ;
225 Bien vit riens ne oonquerroit là,
Viers Aragonne s'em ala.
A Taler mist mainte journée ;
Gasoun jour 11 est lyonmée
Painne et dolour et meseeanee.
2d0 Dont ce fu ? Par se naescreance.
Quant & son frère fu Tenus,
Pour fol et diervés fu tenus ;
Car li rois ne le c<mnut pas,
Anscois le fist isniel le pas
235 Widier et cacier de sa tiere.
Or ne set mais confort ù querre,
Or a la pensée espierdue,
Car toute espérance a pierdue
D'aroir miex nul jour que soit mais,
240 Grans fu ses dieus et ses esmais.
Dou soleil fu noircis et tains
Et de poureté ai atains
Qu'il n ot fors k cuir et les os ;
De tous ciaus estait tenus sos
245 A oui il diaoit son affaire.
Si faite penltance faire
229EtpaiM»e.
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-365 —
Li (XHivint .Ttj. ans iona eiitkrs ;
Maintes voies et mains s^itiers
Ala que de eanfort n'ot point.
250 En teil manière et en teil point
Que je TOUS ai dit cà deseure,
Enmi les cans seoii une eure.
Ses pies regarde ensanglentés
Et crevés, lors s'est démentes
255 Con fourmenés crueusement ;
Em plorant dist piteusement :
c Vrais Dieus pius et misericors.
Que j'ai grant mescief de men cors,
Qui tant eue hautece et avoir!
260 Où desiervi je à avoir
La misère que j'ai souffierte.
Qui donnée m'est et offierte
Par vo consent, de ce sui Ils ?
Je ne sai ù le pecié fis ;
265 Je sui poures, descaus et nus,
Sanglons, ramprosnés, desconnus,
Halés, magres et decrevés,
TraveiDiés, lassés et grevés,
S'ai faim et soif par tantes fois,
270 Et n'en fait nuls fors ses buffois.
Car il n'en prent nului pitié.
Trop m'a li mondes despitié.
Qu'à moi aidier ne puis atraire ;
Pour miex aidier ne sai ù traire. »
275 Li rois ensi se dementoit
Des grans anguisses qu'il sentoit
Et dou monde dont est hays.
Il se pensa k'en son pavs
248 Mainte noies et nuUni untiirs, — 250 Tobler a erronAnent
imprime e%t* — 265 nuls.
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— 364 -
Riroit pour son pain à rouver,
280 Car pis n*i pooit il trouver
Qu'il avoit trouvé autre part.
Erranment de ce liu se part
. Et viers son pays s'en rêva ;
La voie forment li greva.
285 Acompli ierent li .v\j. an
Sour Tesprôs de son grant ahan.
Quant il fu venus en son règne»
Où li angles en son liu règne,
n s'est tantost trais viers la court,
290 Où li bienfais largement court.
Ërrsuit les poures s'est mis,
Con cieus qui iert las et famis,
Pleurant et grant duel démenant.
Dou règne li va souvenant
295 De quoi il fu jà rois et sire,
Et ore le relief désire.
Li rois angles, qui mangié ot,
Dou fol roi la venue sot,
C'iert drois qu'il savoit tout son iestre ;
dOO Çeoir vait à une feniestre
Et son aumonnier appieUa.
c Vois tu, » fait il, • ce poure là ?
Dou relief ne li donne rien.
Je li vœl faire grignour bien,
305 Si le m'amainne aparmain.
Car donner li vœl de ma main
Pour le plus mesaisié qu'i voie. >
Li aumosniers tint là sa voie.
Toute l'amousne a départie,
288 en son Un repaire. — 305 Tobler s'est trompe en corrigeant :
Si le m*amainne ça par main.
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— 365 —
310 Que riens n*en ot en sa partie
Li fols rois, s*em ploara assés
De oe qa*il estoit trespassés.
Li aumouniers, corn bien apris»
Par le main le poure homme a pris
315 Et dist que li rois le mandoit
EtTamener li commandoit.
li douta moût c*od ne Tettst
Rayisé et c'on nel deûst
Destruire, u en aighe u en fu,
320 Pour ce que il jadis rois fu,
Et Taler n*osa refuser
Ne s'en set comment escuser.
Par derant le roi est venus
Et si paverous devenus
325 Que li corps de dolour li tramble^
Kame s'en doit partir, ce samble.
Li rois demande : — c Qui es tu,
Que voi si pourement viestu ?
Ton iestre me vœlles despondre. » —
330 Chius ne li pot .i. mot respondre,
Car le cuer mal assettr a.
Tant c'un peu se rassettra;
Puis dist : — • Sire, je me connui...
Je vi le jour..., mais je non hui;
385 K*adont connoistre me cuidoie,
Mais je ne voi que dire doie.
Qui me connoisse maintenant. > —
Li rois angles, sa main tenant.
Seul à seul avoec lui Fenmainne
340 En la soie cambre demainne.
Puis li dist : — t Amis, or me dis,
Tu ies moût poures et mendis ;
Pus tu onques nul jour plus rices ?
343/'».
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— 386 —
Tu ias dur e^wireiu u nioes. i
345 — t Sire, » fait il» € je le diroie
Par si que j& n'en mentiroie.
Se n'en eiddoie pis valoir. »
— • • Mais la doutaAoe en noncaloir » ,
Dist 11 aagles, c car tu n'as garde, i
350 Et deus Tiers la tiere regarde ;
— c Sire, » dist il, c cîertaiiiiiement
Je tinch jà de mon teneme&t
Gesi roiaume et si en fui roia
A graut honneur et grans oonrois ;
355 Or le vous Toi iestre orendroit,
Ne sai, s'est à tort u à droit.
Car la raison ne sai connoistre. >
— < Comment peus tu ensi descroistre, »
Dist li angles, t de tel bauteœ,
3âO De teil forée et de teil riquece,
Bt à teîl poureté Tenir ?
Comment poroit (ou avenir ? •
— « Sire, > fiait il, • ce puet bien iestre»
Quant il plaist au haut roi eeliestre ;
365 Contre ce queDiex faire vœt
Hons mortels contrester ne puet. »
Dist li angles : — « Pas nel desis,
Quant tu la deflénse fissis
A. iepoiuyt paienUs,
370 Dont castyés durement es.
344 Tobler imprime ce vers ainsi : Tu les dur e wileut, tout en indi-
quant la vraie leçon du Ms. Je ue sais quel sens il attribue à cet mots
e mUus. — 354 Ms. et Tobler : et cen grans rois; ma correction fait
éviter la répétitioa du même mot à la rime. — 358 pues. Tobler a bien
fait de transposer les deux lettres de ce mot pour en faire un passé
défini, mais cela ne Tobligeait pas à changer aussi ensi en si. Le mot
peus ne fait qu'une syllabe. ~ 368 Quant en h.
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— 567 —
L«8 paroUas bien entendM
Et à tes prM0ires defiéndû.
Que de oe vier se reposaiadent
Ne jà mais ca&ter ne ToeaiBseoty
375 Car Dieu ne homme ne dentoies.
Si fon et si poissans estoies,
Que ta tierre bien ne tenisees
Ne que à ponreté yenieses.
Dieus t*a moustrée aa poiseanoe,
380 8*en dois bien avoir conniasance ;
Cbi endroit m'euToia pour toj»
Pour donner dou pecié caaiojr. »
— i Las, • diflt il, » fu oe li peciés
Par quoi fui ensi trasbusciés
385 Et .vy. ans ai grant painne eue.
Et en telle deseonneûe
Que nuls ne me reconissoit ?
C*e0t ce que plus me honnissoit t
— c Oïl • dist li angles, • sans doute ;
300 Faits as ta penitanoe toute ;
Dieus a ell de toi pitié :
384 /f». - 385 B. Le Ma. porte :
Et .«V* ^^ ^ grant painne eu
Et en teiïïe desconneu.
M. Tobler, reconnaissant à la fin de ^ et de desconnen la trace d*un
s raturé, rend ces Ters de la manière suivante :
Et .vij, ans si grant painne eus
Et ai esté desconneus.
Cette correction est inadmissible ; d'abord ^iM(p.babui) est incorrect (il
faut eue ou o%)^ puis, dans Tusage suivi par Jean de Condë, il est tou-
jours monosyllabique (cp. v. 259); enfin le deuxième vers s'écarterait
trop des données du Ms. Ma leçon ne fait que changer un « en un a
(m en cm), et elle fait oomprendre en outre pourquoi la finale sàe eu et
deseonneu a été raturée ; elle était fausse.
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— 368 —
Comment qa'il t'elist despitié.
Pour çou que justice tenoies
A droit, et que tu maintenoies
395 Ta justice par vérité
Et donnoies par carité
As poures dou tien largement.
«Ten jrai sans atai^ment
Et te remetrai en ta fourme
400 Et en ton règne, et si t*enfourme
K'orguel de ton cuer desrachinnes,
N'i laisses branœ ne rachinnes.
Et Dieus tes peciés te pardonne
Et vraie espérance te donne.
406 Or te garde de mescreance
Et te tiens en vraie créance
Et maintiens ton roiaume à droit
Si com preudons ; et ci endroit
Le te rench et mec en tel point,
410 Com estoit, si n*en fauras point,
A Teure que tu te baingnas.
Ton orguel et ton desdaing as
Bien comparé et je m*en vois. »
Lors s*esvanuj cors et vois.
415 Li rois a ses dras reviestis.
Que li angles ot desviestis;
De tous maus fu garis et sains.
Dieu rent grasces et à ses sains.
En autel fourme et biaus et gens
420 Qu*il iert devant, entre ses gens
Est revenus en son palais ;
lUucc trouva et clers et lais.
Qui demandent k'iert devenus
3Q3instiee$. — 402 laisse, — 4\0estoies n*en.UsL coneddonmt
^ semble pins adaptée au sens. — A\S A Dieu.
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- 309 --
Li poares qui là iert venus.
425 II dist qu'il s'en estoit aies
Et par autre voie avalés.
Si li ot s'aumonne donnée.
Li rois a se voie ordenée
En bien, s'amenda son affaire
430 Et si s'enforça de bien faire, *
Si con li contes le recorde.
Dieus moustra sa miséricorde
A lui pour cou qu'il soustenoit
La poure gent et qu'il tenoît
435 Droituriere et loyal justice.
Au monde sont maint homme rice
Par cui fais on doit opposer
Que ne les doie déposer
Dieus dou haut siège parmenablo,
440 Sans recouvrier, car caritable
Ne sont ne justice ne tiennent.
Mais en teil guise se maintiennent
Qu'il cassent les drois et les lois ;
Tant font de tours et de bellois
445 Et assés toUent et peu donnent,
A telles œvres s'abandonnent,
Tant sont orgilleus et despiert,
Par lor fais moustrent en apiert
Qu'il ne doutent ne Dieu ne homme.
450 Dieus, qui de tous fais set la somme,
Trebuce orguel ou fons d'infier
le dyable Lucificr,
S'il n'est marcis par repentance
En ce monde et par peni tance.
455 Là iert li guerrcdons rendus,
438 Qui. — 444 heillois,
B. ET J. DE CONDé. — - TOM. II. 2^
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— 570 —
Con lonc tans qu*il soit atendus.
Mais infiars est si peu doutés
Que nous veons asséa de tés
Qui tiennent par fais et par dis
460 Qu*infler8 ne soit ne paradis ;
Car ne doutent Dieu ne djable.
Et c'est bien cose anemiable
De dans qui si sont desvojé,
S'en la fin ne sont ravojé ;
465 Dou haut siège desposé sont
Et en infler lor sièges ont.
Et Diens nous vœlle desvojer
Dou mal et au bien ravojer.
Si que tenir puissons la voie
470 Qui rame devant Dieu convoie !
470 Q^e.
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XXXVI
Ll DIS DES ESTAS DOU MONDE '^
jjar deftiute d'entendement
^ Voit on moût de reprendement
En toutes gens, et clers et lais ;
Ce me fait celer dis et lais,
t> Et biaus exemples et biaus contes
Par devant princes, dus et contes,
Aussi con devant l*autre peule ;
Car je voï tamaint cuer aveule
De raison connoistre et entendre ;
10 Maint homme voi tirer et tendre
A faire cou qu'il ne doit faire.
Mains bons prent garde à son affaire
Pourement, bien le m'est avis ;
De maint cuer est li sens ravis
15 Et folie en teil lieu remaint;
Ce voient bien maintes et maint.
Car qui les poins rcgarderoit,
Nfe. de Rome; publié par Tobler, pp. 177-185. — 8 JTa maint cuer.
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- S7î2 -
De son estât il garderoit
L*ordenance entire et parfaite,
20 Qui fu par les anchjens faite,
Qui cascun estât ordenèrent
Et celle ordenanoe donnèrent
Et commandèrent à tenir.
Mais or le veons maintenir
25 Contre droit et contre raison,
K*à painnes le maintient mais hon.
Glers, entent premiers ci endroit,
S^iestre yobs ders nonmiés à droit.
En quel ordre que rendus soies,
30 S'a ton affaire bien pensdes
Et quelle ta rie doit iestre.
On devroit bien prisier ton iestre.
Establis fu pour Dieu siervir,
Si dois tu les biens desiervir
35 CTon t*a pour lui siervir donnés.
Quant pour ce faire ies ordenés,
Prent garde comment tu le fais;
Car sour t'ame on gist li grans fais,
Pour tes bienfaiteurs mors et vis
40 Dois pryer, car d'aumonnes vis.
Et dou tien, qui d*aumonnes vient.
As poures partir t*en convient.
Faus prelas, par cui la clergie
Doit iestre conduite et vergie
45 Par manaces et par casti,
Li d jables vous a basti
Tcil cngien k'à lui a atrait»
Par son mauvais et faus atrait,
Los pluisours, bien le di pour voir.
39 biens faiieurs.
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— 373 —
50 II y puet bien des boins avoir,
Mais qui vœt vérité reiraire,
Li plus en œvrent au contraire,
Car tout li plus haut cardenal
Font lor aïwe si vénal,
55 En la court au pape de Romme,
Que peu j voit on mais poure homme
Qui puist avoir grant beneâsse,
S*il ne parvient par grant siervice ; .
Maint autre prélat ensement
60 En dsvrent souvent fausement.
Seigneur prelas, à quoi beés,
Qui le bien et le mal veés?
Convoitise si vous déçoit,
Quant le plus de lais fais pierçoit
65 Li communs peules, qui aprendre
Doit à vous et exemple prendre
Pour sa vie user et conduire.
Mais djables, qui de souduire
Les gens ne fu onques jour las,
70 Vous a si laciet de ses las
K'à ses œvres vous assentés ;
Car moût de lais fais consentes,
Que vous deulûBsiés mettre à point ;
S*en est li siècles en mal point
75 Par defaute de boin regart.
Il a bien mestier que Diex gart
Les boins, qui sont si der planté.
Car des mauvais a tel plenté
Entr'iaus, qu^il n'en est nule somme,
80 Si voit on desvoyer maint homme
Par les mauvais qui les desvoient
Et au mais cemin les convoient.
64 Lais omis. — 68 Ms., suivi par Tobler : de son duire. — 80 On omia.
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— 374-
Cevaliers, qui dois sainte église
Soustenir, Toies en quel guise
85 Tu te dois niaintenir au monde.
De vie iestre dois nette et monde,
Plains â*onnour et d'envoisement»
Et si te dois courtoisement
Maintenir en fais et en dis»
00 Si nlest pas d'onnesté mendis»
Qui apiertient à cevalier.
Ne m'en tien pas pour mal parlier
Se ton devoir te ramentois ;
Car se tu regardes en toj»
95 Garder te dois que ne mespre»des,
U jà si haute ordre ne iwendes»
Se ton cuer ne sens si parfait
Que tes nons soît monstres par fait
D'œuvre honnerable» pure et nette»
100 Et si dois tu à Dieu de dette,
Que pour toi volt la mort souf^rir^
Ton corps présenter et offrir
Pour sa loi deflbndre et acroistre.
Si ne dois pas autrui descroistre
105 Le sien ne toUir ne embler»
Car tu ne dois pas resambler
Le leu, qui adite vit do proie,
Car raisons te commande et proie
Que riens n'aqueres fors par droit.
110 Haus i^înoes, entens chi endroits
Tu, qui dois la cevalerie
Soustenir et as seigneurie
Sour ciaus que tu as â garder.
Ton affaire dois regarder
«m Te nie, — 00 n'ies.
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— oio —
115 Kiisi con Tenfiengne escripture.
Jà dois tu maintenir droiture
Et tous malfaiteurs justicier
Et lor pooir apetichier.
Dieu dois et sainte église amer,
120 Et sa toi se viennent clamer
Clerc, cevalier et autre gent,
Pour nulle proumesse d*argent
Ne te dois de droit astenir ;
Car tu dois le droit soustenir,
125 Et entre haus et entre bas,
Et dois apaisier tous debas.
S'ensi fais, bien seras amés
Et de tous bœns sires clamés.
Si dois ton cuer abandonner
130 Â biel despendre et biel donner
A ciaus ù il est employé ;
Là doivent iestre desplojé
Li don c'en donne par mesure.
N*aies orguel ne desmesure
135 En ton cuer ne félon penser,
Se n'est pour ton pays tenser
De ton droit contre tort apert.
Là te doit on trouver despert
Et fier con lupart et lyon,
140 Car pour son pays doit li on
Contre ses anemis combatre
Pour leur maus desous lui abatre.
Justicieres, sans nul besloj,
Doys cascun faire droit et loy .
145 Nus mauvais, puis qu'il soit jugiés,
Ne doit par toi iestre alegiés.
Ne nul faus loyer n'en dois prendre,
MO ïîj on, — 144 Doyt cascuns.
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— 376 —
Se tu ne Yoes en droit mesprendre.
Jugeour, de quel jugement
150 Que ee soit, sans atargement
Dittes le droit» se le savés ;
Par raison à faire Tavés.
Ne devés pas viers le tort. pendre.
Ne faire autrui le sien despendre
155 Par atargement de raison.
Car mal fériés et desraison.
Escuyers u siergans, entens.
S'a bien payer ton devoir tens,
Soyes loiaus et véritables,
160 Hardis au besoing et estables
ton maistre et o ton seigneur,
Honnour ne pues avoir grignour.;
Et avœc ce siervir pouras.
Tant qu'en cel estât demeuras,
165 Dieu le haut roy celestyen,
Car ce doivent tout crestjen.
Soies courtois sans vilenie,
Deboinnaires sans felenie.
Si siers haus et bas liement
170 Et te maintien joliement.
Rices bourgoîs emparentés.
Qui em boinne ville les rentes.
Soies preudons de bonne vie.
Tout sans orgucl et sans envie,
175 S'onneure clers et cevaliers
Et soies courtois hosteliers.
Se marceans ies, soies tés
K'on toi ne maigne fausetés,
152 affaire.— \o3 prendre. ^IfîlFesenif ers.— l^^Dietu iehet.
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— 577 —
Ains mainno ta marcoandic
180 Sans fauseté et sans boisdie.
Menestrés, qui de boinnes gens
Vis par les dons riees et gens
Que on par frankise te donne,
Drois est que tes cuers s*abandonne
185 A biel siervir de ton mestier.
Puisque de dons prendre as mestier,
Ne dois pas siervir de mesdire.
Mais de bien faire et de bien dire,
Dou bien noncier, dou mal celer ;
190 Ne te faices teil appieUer
C'en die tu soies gengleres.
Soies conteres u jougleres
U menestrés d'autre manière,
N'aies pas la langhe manière
195 A mesdire, car mal avient.
De ciaus de cui li biens te vient ;
Ains soit ta bouce bien disans
Et blasme les cuers mesdisans.
Soies de cuer nés. et polis,
200 Courtois, envoisiés et jolis
Pour les boinnes gens solacier,
Et ne te laisses pas lacier
D'ordure ne de ribaudie.
Si que n'i soit nuls qui mal die
205 De toi, se il n'en vœt mentir ;
A ce dois ton cuer assentir.
Labourere, entens, qui laboures
De teil œvre que tu t'emboures.
Soit as cans, à ville u ailleurs,
210 Dont vivre convient les millours
202 Et omis. — 204 Si qui »t. - 207 laboureres.
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— 578 —
Qui soient et les plus pois&ans,
Se tu vœs iestre connissans
Comment mener dois ton affaire,
Soies loiaus en t*œvre faire
215 Et gardes k^autrui ne sousprendes,
Mais à droit ta desierte prendes.
Si ne sojûs fel no estons,
Ains œvre loiaument à tous.
Hons mariés, soit haus u bas,
220 Puis qu'en mariage t'embas,
Regarde comment te maintiens
Et comment le sierement tiens
Que fesis en la m€dn dou priestre ;
Car s'autroment mainnes ton iestre,
225 Tu ios parjurs, bien t'en estruis,
3*om pues dampnés iestre et destruis.
Quant Tame partira dou corps,
Se Diex n'est moût misericors ;
Et ta femme tout ensoment,
230 Se viers toi œvre fausement.
Dames et puciclcs, oés,
Vo droit brieûncnt ojr pocs.
La femme à son droit assenée,
Simple, deboinnaire et senée
235 Doit iestre et as boins amistable.
Courtoise et de manière estable ;
Ne doit pas iestre trop parliere
Ne mesdisans ne nouveliere,
Mais bien disans et bien faisans,
240 S'iert au monde et à Dieu plaisans.
221 de p. <tf, — 235 et est omis.
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— 370 —
Or ai à cascun devisé,
Au mious que jo Tai avisé»
En quel point sa vie user doit ;
£t so cascuns y rogardoit
245 Et guerpesist mauves usaigc,
On le devroit tenir à saigc.
Si pri à tous communaument
Que cascuns voelle boinnemcnt
Femmes honncrer et amer»
250 Sans fclonnie et sans amer,
Ne ne soit nuls qui en mesdie.
Mais toudis des boinnes bien die.
Et les autres lait convenir.
Car nulle honnours n*em puet venir
255 En ce e*om mesdie de femme»
Si n'iert fors pour la haute gemme,
La roî'nne des cieus Marie,
Par qui tante ame fu garie
De mort d*infier et délivrée,
260 Si ne doit pas iestre livrée
Langue d*omme à tell vilcmnie.
Jà n'est nulle femme honnie
Se n est par le pourcach des hommes,
Et tout de femmes issu sommes,
265 Si leur devons honneur porter
Et, s'cUes moffont, déporter
Les devons de vilains mesdis.
Or puet cascuns solonc mes ^is
Oyr, se li siècles est tels
270 Qu'il soit à ce faire aprestés.
Nonyl. Dont je di, c'est damaigcs ;
Car tant voit on de gens ramaigcs
•262 La ncst. — 2^\ femme.
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- 380 -
Et d*cntendcment si rubiestes
Cou les puct comparer as biestes,
275 II n*a mais fors mouwes et cièros.
Au siècle tes gens a on clercs,
Dont j'ai le pensée espierdue.
Car honneurs me sanle pierdue ;
Ijargecce, honnestés, courtoisie
280 Et la nette gent envoisie.
Par cul joie estoit maintenue,
Ne sai mais qu'elle est devenue ;
Amours, la viertus noble et fine,
Au tans qui or keurt, faut et fine,
285 Pour ce c*on mais pau si entent.
Je voi que cascuns tantost tent
A sa Yolenté traire à clef,
Ne ne prmt garde à nul mescief
Ne à blasme qui en aviengne
290 Autrui, mais k*à son désir viegne.
De teil amour ajme li leus
L'aigniel, quant il est familleus ;
Quant il le tient, si le deveure.
De vraie amour point ne savoure
295 Li amis qui en teil point aimme,
Si mesprent, qui amant le claimme,
Car qui maintient amour loyal.
Il a en lui viertu royal.
Mais chi ne vœl point opposer,
300 Car il est tamps de reposer.
-:^a:«[^&-
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NOTES EXPLICATIVES.
I. — LI BLANS CHEVALIERS.
Ce poème d^aventares a pour sujet la noble vengeance tirée par
on chevalier dee projets d^infidélitë de sa jenne épouse. Il pos-
sède d*assez bonnes qualités de style et de composition pour que
je ne me félicite pas de Tavoir rancontré, d*une manière tout à
fait inattendue (puisque le catalogue Pasini n*en faisait aucune
mention) dans le même oodice de la Bibliothèque royale de
Turin qui renferme aussi le Chevalier à la Manche.
25. Manant (prov. manent), riche, puissant, propr. qui dispose d^un
manoir ou wanage ou ma«aM(/i^; tenancier, vavasseur. Cléo-
madès 17995-6 :
K*à tous jours riches et fnanans
Purent, tant com furent vivans.
Dans un autre sens manant (bas-lat. manens), désignait les
sujets domiciliés d*un seigneur, paysans, etc., de là la valeur
actuelle du mot. Roquefort n'hésitait pas à rattacher le manant
= riche, au lat. mananSj qui regorge de richesses !
28. Notre chevalier était non seulement très-riche, mais en outre
gentilhomme banneret.
33. Ferry (nom. Ferris) est la francisation de Frédéric. — Les loca-
lités et les familles portant le nom de VAnnoy (variétés : Lan-
nay^ Lannoi^ et, sans article, Alnay, Aulnoy)^ sont trop nom-
breuses, surtout dans les provinces du Nord, pour que nous
cherchions à démêler ici quelque allusion historique et à décider
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- 38â —
Bi ce nom a ët^ puise par le poète dans le c conte i , source de
son i*ëcit, ou dans le désir de célébrer dans ses yen quelque
famille euTers laquelle il avait des obligations. AUiBoy répond
au latin alnetum, aunaie.
34. Sansanoif, sans air sombre. — 35 Orasce, bienveillance, bonnes
grâces.
36. MeUieuB, nom. de melli/, brouillon, querelleur; adjectif formé
du verbe mesler, melUr brouiller, comme penH/ àe penser. —
Bstoui, arrogant.
40. lettre, manière d*être, caractère ; ail. noesen (ancien infinitif).
4S. OkoieoH, motif, cause, chef d^accusation, cp. v. 237. — 49. Vimage,
tienage, voisinage; Chev. à le mence 1084.
56. Zi plus gros; Texpression gros p. puissant, influent (cp. gros
honiuts)t remonte, on le voit, assez haut dans la langue.
57. lert, ici, comme parfois, =s serait.
61. S'aviser de, réfléchir à.
81. Criée, réputation (en bonne et en mauvaise part). Cp. 216, cri
ne ctamour.
81. Inversion du sujet (ses sens ^ son esprit).
91. Bargaingne, d*abord action de marchander, puis hésitation,
retard.
92. Isnieîepas^ forme agrégée des trois mots isniel lepas,qpi rendent
Tall. schnellen schrittes.
100. Garison ou warison, signifie : l^* action de garir, mettre à cou-
vert, ou à Tabri du besoin, sauver; 2<^ état qui en résulte, salut
(cp. Figuier 112) ; 3® moyen de garir; provisions, richesse ; ici
état de fortune.
104. Mokier, railler; voy. pour remploi actif de ce verbe, mon Dict.
vo moquer, La tournure réfléchie se présente v. 516.
105. En vostre endroit, de votre rang, à votre hauteur. Cp. le Fabliau
de la Maie Dame, 201 (un père parlant de sa fille) : 6c la don-
rai bien endroit li (selon son rang).
120. Se lasser, se mettre en peine.
136. Honneste, ici, comme souvent, digne du rang que l'on occupe.
144. 11 faut distinguer, dans la vieille langue, deux homonymes (fm-
ser; Tun représente le fréquentatif de dividere et signifie
diviser, répartir, détailler, exposer, discuter, raconter ; Tautre
est paronyme et synonyme de aviser, et vont dire : envisager,
avoir en vue, pourchasser, souhaiter. C'est ce dernier qui est en
cause ici (cp. v. 1400). — La même différence de sens s*ap-
plique au subRt. devis.
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— 383 —
157. R&manoir en $a partie, faillir à son devoir.
172. « Servir qqn. de blanches i est une expression qui ne m'est pas
encore venue soos les yeux et que je cherche vainement dans
les dictionnaires. Le sens qu'il faut y attribuer n^est pas dou-
teux et ressort clairement du vers suivant ; maia je ne me sens
pas capable d*en établir Torigine, car la supposition d*un subst.
blanche, non pas précisément comme représentant du latin
blandUia (ce qui serait contraire à la lettre), mais comme
subst. verbal du verbe blanckier on blangier, flatter (voy. Bau-
douin de Gondé, Vers de Droit, y. 106, notes p. 491}, me parait
trop hasardée.
179. • Cœur fin, » c.-àrd. vrai, pur, cp. v. 192. — 182. S'oeoncher,
8*aliter, tomber malade; cp. Ghev. à le mance 1758.
196. Point n'en eUst mm^, est un tour de syntaxe aussi curieux que
fréquent, et cependant négligé par les grammairiens : nihU ej%»
p. non illam statuisset. Cp. v. 287 eUe n'en (p. ne la) croit
point, V. 1 185 ehi n'en a point, il n^est pas ici. Voy. aussi Che- «
valier à la mance 90 : Que don mari (= le mari) ne trouva point,
— Adenès le Roi, Cléomadès 9276 : mais U n'en (p. ne le)
pueent point trouver {\), Cet emploi du génitif partitif n*est pas
motivé par le mot quantitatif i^tJi^ qui suit; il se trouve aussi
bien sans ce dernier, p. e. plus loin p. 146, v. 29 : qui n'en
tirent onques.
208. Notez remploi de Taccus. (ami) après les impersonnels convient,
ajfiert, il y a. Cp. ma note, t. I, p. 51 1 (ad. ▼. 494). Voy. aussi
plus bas, V. 557.
215. Aeointise, ici = relations amoureuses.
229. Souffisant,9LgréMe.
231. Peut-être faut-il lire pris au lieu de pais.
238. Maiê ^ jà ; c'est l'ail, nunmékr.
241. De suivi de d; voy. 1. 1, pp. 402 (v. 133) et 439 (v.23). Cp. v. 488.
— Donoyer répond au prov. domneiar^ galantiser (voy . Rayu.,
Lex, Rom, III, p. 69), et vient de dominus ou de domina.
2G1. Caudiel, auj. chaudeau. Cp., pour le sens métaphorique de ce
mot, Berte aux grans pies, str. LXXXV :
Dites-moi^ fait la dame, par le cor saint Marcel,
Qui a fait à ma fille brassier si fait chaudel.
Nous dirions encore e cuire un mauvais bouillon à qqn. » Tout à
(1) L'éditeur a eu tort de propoier le changement de n'en en net.
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— 384 —
rheure, v. 205, et un mes à H apparetile, et v. 294 et li des-
tempre telle sausse.
265. Cette expression < mettre la puce en Foreille > remonte donc
bien haut dans la langue.
271. « Combien qu'elle fasse la difficile. »
286. Sfforcer, vaincre, surmonter. Ailleurs, v. 683, faire faire un
effort, fatiguer.
299. Wafn ou ffaïn, 1^ regain. 2» automne. Pour Tétymologie du mot^
▼oj. Diez, I, p. 229 (v^ guaime). — Le sens des mots qui suivent
doit dtre : Le lieu du tournoi devait ôtre dans le voisinage da
manoir de Ferry de Launoy; cp. v. 419. Cependant le t danf
ieitre i devait n'est pas clair.
300. Je soupçonne qu'il faut (mq%es (unquam) p. auques (aliquid).
311. J'ai plusieurs fois remarque que soukaidierne signifiait pas seu-
lement souhaiter, mais encore ordonner selon ses dësirs. Il en
est ainsi en notre endroit; de même dans Cléomadès, v. 270 :
Si gentement estoit taillië (lisez taillie)
Que se on Tefist souhaidië (1. sauhaidie),
354. Dans le Dit dou Pel 276 et leDitdou Wardecors272,j'ai relevé la
locution adverbiale se non comme ayant la valeur de f tout bon-
nement, sans plus, sans hësiter, sans réserve. • Ici nous ren-
controns les mêmes mots accompagnés d'un substantif au génitif
et se présentant avec le sens de c privé de, sans. • Cette même
signification s'impose encore dans les passages suivants de
notre auteur ; Ditdbu Sengler 11-12 :
Que teus a de hardit le non
C'en voit de hardement se non.
Dit de Boin non 5 :
C'est niens quant d avoir est se non.
Chevalier à la mance 1698 :
Maistost fu senon
De vie.
Je ne trouve nulle part une ti*ace de cet idiotisme dans les gram-
maires, et je suis encore moins à même d'en fournir une expli-
cation. Je ne saurais ramener notre se non = sine au se non =
nisi, si ce n'est par un lien que je n'oserais présenter comme
sérieux. Sine aurait été analysé par si -|- ne, par là identifié
à ni~si (composé des mêmes éléments) et traduit de la même
façon.
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— 385 —
355 Métaphore (un peu crue pour nos oreilles modernes) pour dire
c se lier à un inconnu est un acte de folie. » On la retrouve
ailleurs, ainsi Perceforest, t. VI, f» 66, col. 2 : Celui est fol qui
adjoint estrange boyau au sien.
358 La discrétion d*un amoureux est souvent présentée comme une
qualité particulièrement appréciée des dames.
361-2 Ces deux vers ne présentent pas de sens satisfaisant et je les
suppose altérés. Voici comment je les corrigerais :
Je vorrai m'i bien employer (appliquer),
Car m'amowr vorrai employer (accorder, offrir)
A celui
370 Message, messager. — 374 • Double profit. >
381 Pourtraire, poursuivre; querelle, en langue d'oïl, avait souvent
le sens plus général de < affaire en question. >
384 Son point, son bon moment pour agir.
385 « Car elle s'entendait à jeter son filet en pareille matière. » Roit
(nom. rois) y rets, filet, était empbyé dans les deux genres ;
Méon, Nouveau Rec. II, 391 : Et cil sa rois (roit?) deseur els rue.
390 Lisez racointise, voy. pi. h. v. 215.
396 f Aucune peine ne me retiendra, » litt. cela ne manquera pas
pour peine.
397 Conseil aroie, je prendrais ma détermination.
398 Vive^ subst., vive braise ; je cherche en vain ce subst. dans les die-.
tionnaires. Faut-il peut-être ponctuer ainsi : c Une estincelle,
et une vive »? De sorte que vive serait à prendre dans le sens
adjectif.
421 Mètre ou tenir ou avoir en convenant ou couvent^ prendre renga-
gement; synonyme du verbe voer, faire vœu, v. 430.
445 Notez Taltemation orthographique de courons eicourouch (v. 450).
L'étymologie de ce mot n'est pas encore tirée au clair, et dans
le débat on ne paraît pas avoir pris assez en considération la
finale gutturale du mot. Je ne me rallie de bon gré ni au choiera
de Diez, ni au corruptinm mis en avant par Littré. Le type.
comscns est abandonné, je le sais ; mais cependant la lettre s'y
adapte parfaitement, et les corusca Inmina (yeux étincelants de
colère) des Latins pourraient bien, en définitive, avoir donné
naissance au mot roman.
452 Citoler, jouer de la citole (guitarre).
453 Mener la tresqne (it. tresca), mener le branle.
B, ET J. DE CONDlt. — TOM. H. 25
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— 386 —
458 Eêpeteu^ ëpioes (pour le vin).
478 Se detpoper, se mettre hors de la voie, se dëtonrner, éviter;
ailleon (SSS), faire fiuMse route, se fourvoyer; enfin le mot, au
sens figuré, équivaut à marv^ir^ perdre le aeiui» «'effrayer (Pli-
çon64).
470 Se déporter, s'exempter.
480 En gratU êongne; Je crois que c'est eette expression qui a donné
ra^yectif ei^grantf désireux, dont Fétymologie n'a point encore
pu être fixée.
492 Par H que, de telle ûiçoa que; ep, Magi^eat 346.
496 Notez cette forme rmehU (p. rMcAtu); elle rappelle le moyen
haut allemand r%nM, Ailleurs cependant (v. 1256), nous avons
ronehin. Le nomin. nmehis (v. 1283), d'antre part, s'accorde
mieux avec le thème nmekii qu'avec ranehin.
503 Peneery ici » soigner ; de là le moderne pâmer.
506 EttaiU, état, situation.
536 Zoudier, lodier, terme de mépris; làcke^ vil, vaurien. Dans mon
Dictions, d'étym., à propos du mot lodier, couverture de laine,
j'ai admis l'identité de ce mot avec notre terme d'ix^ure, en me
fondant sur une fiKatien analogue reliant poUron à coussin et
lanier à laine ; mais il /aut, Je pense, donner ta préférence à
Topinion de Diez (II, p. 350), qui rattache lodier^ vaurien, au
vieux nordique loddari^ vieux flamand lodder (ail. mod. hUer-
bube), qui ont la même signification. En allemand, l'on trouve
encore le mot luder avec les significations charogne, appÂt,
vaurien, paresseux, maraud ; mais il reste à savoir si toutes
ces acceptions se rapportent au même radical, et si quelques-
unes d'entre elles ne tiennent pas du mot qui nous occupe. Tou-
jours est-il que Inder, charogne, amorce, est le primitif du fran-
çais lenrre et de l'angl. htre,
541 Frei^ii», Verdun, sur la Meuse.
549 Nous disons encore familièrement : Cela tombe bien.
553 ^ cent livres, à cent livres près.
558 Délivre est un des rares adjectifs français formés sans l'aide de
sufiixe, d'un radical verbal, et équivalant à un participe passé '.
Il signifie d'abord au sens naturel : délivré, dégagé, quitte,
(cp. V. 1 164, et Dit de le Pasque, 56), puis figurément : dégagé.
(1) Diei (GramiB. II, Ul) rappelle, en pailuM ée celle eeptec «TeiljeelMb, mmk W fmalte»
italieB ifidorno, lacero, pago, tic.}. I'mIj. Utin oblUertu p^ obUtewatiu. £■ xmtx 1n9§Ê»m treaw
eacore wierf (ChroD. de Benoit, 184} = iUil. »eevro^ testé, lAparé.
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Tif, prompt (fl^oojme de itnek «M)f coma* dans notre pas-
sage.
563 Faire ganlant de, îam «tt^Uon à; cçi. x. &87.
584 Mon iestre, ma situation, mon fait.
585 Ba puis, aana^ l>rmt, ei«na ^y^ililer Tatiltotion.
586 Frintâj aîllenra fniiUe, frimU, l»rait, fracaa ; franciaaUoii fëmi-
Qjoie du lat. frmUus*
592 Noi cors = nous* Voy . sur cette périphrase du pronom personnel
Diez, Gramm. III, p. 62» et le Glossaire de Gacbet» y^ cors.
604 AtiamUée, lutte, rencontre; ailleurs., ▼. 878, daoa notre sens
actuel, réunion.
609 Pohier; voj. sur ce nom de peuple, Du Gange ^o Poheri, et Gachet,
1^ Phohier. Quelle que soit Fextension donnée à ce nom, il était
restreint daias le principe^ au pays de Poix {Cottmnk d€ Pice).
Nous ne nous ongagoroniB paa dans la discosaion delà question,
soulevée par M. P. Paris et débattue depuis par Gacihei, sur la
oonnexité entre les tei^Bes Pohier e4 Pico/rdy nous ne dirons
qu'incidemment que, seloa la leMane» Tun représente Piearims
et Tautre Pie^rî^e, at rappeUefoaa encore, par rapport à
ropmion de Gaohet sur Torigine plaisante du terme Picard^
que dès la fin du xii^ siàole, Raoul de Houdeng nomme la
Picardie comme sa patrie, et. qu'il est peu probable que le mot
soit dâ au langage dee écoUera de Paris.
613 A%9SktK Alsacm.
616 JS/uifer, du pi^s de Roje ; ep. Chevalier ile Manche 252. Le mot,
à. vrai dire, est aussi envisagé eonmie représentant le latin
Bipmrius. Yoy. Du Cange, v^ Ripuarii.
618 « Il n'y avait plus qu'à en venir aux mains. »
631 Fol vie^ej masque.
639 Engaingne, courroux, chagrin. Cette signification s'qf»pose à ce
que Ton rapporte ce mot soit wi verba ençeignier, emgignier^
user de ruse,, soit ^ emgfJMer (it« imgawiM/re^ esp. ençanar),
tromper. On serait tenté de croire qu'il y a ici une erreur de
copiste et qu'il faut lire engraingne, subst. de engraigner,
engrignier, fâcher (on le trouve plusieurs fois dans Froissart),
dérivé lui-^ême de l'adj* grain, chagrin (le simple graigne se
rencontre dans la Chanson d'Antioohe,- 1, 60). Mais ce qui
s'oppose à cette conjecture, c'est que le mot n'est pas rare
(voy. Cléomadés 6986); il revient avec le même sens dans le
Chevalier à la mance, v, 42, et Roquefort renseigne un verbe
evigaigner, irriter, fâcher.
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640 Lançaignê, fosse, caverne, prison; vay. Roquefort, sons loiM-
gaimgne. Je ne m'explique pas Torigine de ce mot.
64Ô CofUraire, adTersaire {(n^enaîm^ ▼. 654).
655 SafmmeeA un datif.
658 Amhla^ embla^ enleva ; « U emporta la première rencontre sur
tous les autres grands qui la briguaient aussi, i
665 Dwra nouviéUet est une expression affectée d'une certaine ironie
et disant à peu près c de fâcheux résultats. »
674-6 • Il prit ce Jour-là le cri d'armes, à l'amoureux, i
676 Ajawm/e, ici » assîgnëe, destinëe ; cp. Magnificat 228 :
Cascun Jour li est ajournée
Painne et dolour et mescheanoe.
688 Bées, regards, propr. atte^ition fixe ; de béer (it. badare)y auj.
bager, regarder avec fixité. ^ Gp. v. 896, Sor yah ot grani
regardemeiU.
691 SeaietUy sedebant (dans k sens propre du mot).
697 Venir est très-fréquemment employé de la progression du temps
ou de l'accomplissement progressif d'un acte.
110 Marehir, ici »lat. marceieere, languir, faiblir. Le verbe revient,
au sens factitif, v. 725. — Ne pas confondre avec l'homonyme
lN4fvAtr«étre voisin, Aigle 23.
715 il «ft fais. Qu'est-ce que cela veut dire? Je retrouve la même
expression dans le passage suivant de Froissart (I, i, 286 ; éd.
Kervyn de Lettenhove, t. II, p. 246) : c Si tretos que il veirent
ior ennemis, il reculèrent tout àun/aw si desordonéement... >
où le sens réclame la signification : en masse. Mais en parlant
d'un seul combattant, cette signification ne convient plus, à
moins d'admettre que de l'acception c tout en masse » s'est
déduite celle de • tout à fût, absolument » • — Plus loin, v. 963,
Je retrouve encore la même expression, sans pouvoir y appli-
quer la même signification, et je me demande, si à «ft /ait ne
signifie pas plutôt • dans une charge • {charge =» attaque)? Le
terme de guerre charge remonte assez haut dans la langue et
n'est qu'un synonyme de faix.
732 Engramoie parait signifier ici « grandit, s'accroît. • D'ordinaire
gramoier ou engramaier (dérivé de graim, irrité, chagrin)
signifie se fâcher ou se courroucer. Il faut donc ou traduire
« sa vigueur devient encore plus vive (irritée) en lui, • ou
admettre que la duplicité de sens propre au verbe engraigner
1» grandir, 2^ chagriner, ait été reportée sur le terme engra-
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moier, synonyme du premier, en tant que signifiant cha-
griner.
742 Ces coups sont portés pour se frayer passage à travera la foule
(route) de chevaliers qui entourent le duc. — 744. Boute, mpta,
rompue.
760 Say^e, voy. 1. 1, p. 388; cp. Lévrier 389.
776 Les Hennuyers ne manquent jamais d'être mentionnés avec faveur
par notre trouvère : c'est une dette de courtoisie payée au soi
natal, à sa patrie.
782 Automiés, célébré, estimé; cp. p. '82, v. 26.
793 Notez ce défini recourt; plus loin, v. 876, nous aurons recoru.
809 Je prends occasion de glisser ici une conjecture personnelle sur
Torigine si vivement discutée du root iiervé. Je rejette avec
Diez (II, p. 264, v« Desver) les types de-^x-viare, dimpare,
diruere, que Ton a sucoessivement produits, mais je ne me
range pas volontiers non plus à celui que patronnne Tauteur
de TEt. Wôrt., savoir desipit (d'où, très-correctement, se serait
produit il desve et de U Tinfinitif deever, puis d^rver). Quant
aux étjmologies die/, voleur, ou d^vUf diable, mises en avant
par de Reiffenherg ou par Cachet, elles n*ont rien de sérieux.
Depuis que, en lisant un passage de la Vie de Charles le Bon de
Flandre, par Gautier de Therouanne (Acta Sanct., nouv. éd.,
Martii, t. I, p. 188, E.), j'y ai rencontré ces trois mots ira et
furore dehriati, je me suis mis en tête que ce n^est que le mot
dehriatue qui, pour le sens et la lettre, puisse convenir au fr.
dervé. La transposition de IV ne peut guère faire difiiculté ; le
provençal ne dit-il pas durhir p. dubrir (ouvrir) ? et quant à la
disparition de Vi, il sufiit de rappeler des formes comme effacer,
menacer, annoncer, pour la justifier. Pour le sens, qui contes-
tera que la dierverie soit autre chose qu'une ivreeee, qu'une
, surexcitation? Dans notre supposition, il est vrai, il faut
admettre que la forme desver soit postérieure à derver; c'est le
seul point qui me donne encore k réfléchir un peu.
812 Liplus, c'est plus que la plupart ; îi plus et li pluisour ont très-
souvent la valeur de c tout le monde » . Cp. v. 985.
819 5^^ repentir est ici, comme souvent, un synonyme de se/aindre,
se recroirCy se relâcher; cp. Lévrier 582.
830 De viertu, avec force.
834 Fus, nom. àefusi, bûche.
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842 AliMMdretd'AUer; voj. li RMiana d'Alixandra, ëd. Michelant,
p. 16, vv. 34-36 :
Onqnea nMsci de Greae tel jent por Felipon,
Com Alixandres ot, si nos dire le son {sic).
En la tiers d'Àlier de coi ot le sornom.
Et au T. 30 :
Quant furent asanlë par lesplagnes d*AUer$,
Personne n*a pu encore me dire ce qu'il y a au fond de cette
dénomination géographique, accolée permanemment au nom
d* Alexandre dans les poëtes du moyen âge.
862 Caus enjlamans; on voit assez souvent Tadverbe accompagnant un
adjectif ou participe, partager la flexion de ce dernier ; ainsi
ici ca%9 p. eant. Cp. Trois estas, 87.
864 Employer (implicare), appliquer, allouer, donner.
873 Coneievre à point, atteindre asaez à temps. — 874 Mètre à point
propr. arranger, mettre en état; icifet Lévrier 1081) pris en
mauvaise part, mettre en mauvais état, empirier,
880 Acroient^ empruntent (w. 684, 753). — Payer sec, c'est payer
an comptant (1).
883 Passer, sens absolu, l'emporter. — 889. Antre de = autre que.
891 J'aurais mieux fait de mettre des tassaus (des combattants).
899 Aquis, rendu, réduit à l'extrémité.
901 Se reqnevre ou reenevre, se remet.
902 Dnis de, fait, accoutumé à.
906 Afoler implique souvent l'idée d'anéantissement, d'accablement.
933-34. Reqnellis et aqueîlis sont synonymes. Voy. Dit du Sengler,
39^0.
946 c Tel le rencontre qui n'ose le défier [atendre). >
977 F% fais, fut décidé.
982 En voies (2), locution adverbiale (négligée par Burguy), répon-
dant à l'angl. away, ail. kin-weg. Cp. Castoi don jouene gen-
tilhomme 77.
1013 Sans ne répond pas ici à salvns (un convois sans, en d'autres
circonstances, serait un sauf-conduit, conduit de sûreté) ; c'est
le participe passé de soîdre, sandre, sanre, lat. solvere et
signifie payé. La mâme permutation de on et an se reproduit
(1) Voy. LdMl, /Mfifiilif CMlMiUm. éd. 4846, U H, p. M6.
(S) Vê Sttil est Yê ctndéristiqiw dat BdmbM (cp. afort, volOTliers, prtmimé).
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— »i —
an T. SUIT, dans sam p. $0%. c Ton accompagnement te sera
bien récompense. »
1031 Z'iestre, Tarrangement pris.
1038 Quevre, couvre.
1048 La répétition du même mot à la rime fait mauvais effet, et je
pense qu^il y a ici un lapsus calami et qu^ii faut lire (Uêr p.
parler.
1053-4 c Qu'il ira sMnformer près de son maître de la réponse à faire
à la demoiselle. »
1065 S'açeneUUr se rapporte au subst. ffemeulus; la forme en auilUr,
kgenueulus. Nous aurons, rimant avec m<mlla, la forme age-
nouUa, dans le dit du Roi et des herm. 89.
1069 Bietmgne, d'un infinitif hienvignier ou himoe^nier, souhaiter
la bienvenue, encore . souvent employé par Montaigne. Cette
forme bienvignier (tirée du subjonctif bienvtigniet, soyez le
bienvenu), aurait dû se perpétuer dans notre locution se faire
bienvenir, bien que la vieille langue (et noti*e auteur lui-même)
se soit servie, dans le même sens actif, de la forme bienvenir.
1083 Faire fête de quelque chose (cp. v. 1222), témoigner du plaisir à
jouir de qqch. ; la langue moderne dit faire fête à qqch.
1090 Bien avoyé, propr. mis en bon chemin, fig. heureux. — Av(»ger
qqn. Snne ckoee^ la lui faire avoir, v. 1 172.
1095 • Jeter à la faute », jeter un mauvais coup de dés; Fopposé est
gieter son preu (Baud. de Condé, Prison d*amour, 2197).
1 105 Vo dame mb sahterés ; la vieille langue appliquait tout aussi bien
que la moderne ce dativ%s eihiCMS de la phrase de Boileau :
c prends-moi le bon parti, » ou de celle de Cicéron : t ecce tibi
ezortus est Isocrates ; » op. Rutebeuf : toz jors vans fîist devant
Tautel. Voy. à ce sujet, Dies, Gramm. III, p. 62, et M&tzner,
Syntai, I, 244.
1 109 Ferai p. ferrai, futur de ferir, frapper.
1118 Par tamt que, pour autant que.
1130 S*est avanchie, s'est mise en besogne.
1 148 Snsoing, forme variée de ensoigne ou essoigne, exouse.
1169 Omission du pronom le; voy. 1. 1, p. 381 (ad v. 105).
1 199 c Pour le moment il ne peut en être autrement. >
1204 f QuMls s'en arrangent entre eux. •
1210 L*hôte insiste à faire entendre que le héros du tournoi a quitté
l'hôtel, non pas pour se soustraire à quelques dépenses d'hon-
neur, mais par des affaires urgentes et c la nécessité fait même
courir une vieille femme. > Le proverbe «Besoing si fait vieille
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troter • se trouve aussi dans le roman du Renart» I, 4906.
1215 Eteondire, ici «= excuser.
1224 Z'errement, Tensemble de ce qui advint, Thistoire, litt. la marche
des choses, cp. Lévrier 952.
1239 BUckiét, blessé ; 1240 angwiuiés, souffrant.
1249 Aim, ici » plus avant, plus loin.
1253 Se$ estanSy ses ëtangs (les fosses qui entourent son manoir).
1259 Peut-être faut-il lire est retenne. Les vv. 1259-65 peuvent être
considères comme une parenthèse. — Tonte cette scène du
maître de la maison revenant dans un état misérable et piteux,
est très-bien imaginée pour motiver et mettre en relief la
persistance de la dame et de sa chambrière à poursuivre leur
intrigue et pour leur préparer une chute et une confusion
d'autant plus humiliantes.
1269 Alumét, éclairez ; 1276 as iorseSj avec les torches.
1277 En tel points en tel état, c.-à-d. si couvert de boue {embauità,
V. 1283). — 1294 Deshouniestes, peu convenable.
1300 • Il n*aurait pu racheter cette honte pour quelque somme que ce
fût.»
1315 2>irtf ^i^, outrager, dénigrer.
1316 < Car elle ne se doute pas de ce qu'il y a au fond de Taffaire. >
1317 Encore ici une allusion au roman du Renart.
1310 San malisse, voy. la note 1. 1, p. 428 (v. 103).
1320 Pareheiiwe, tout à fait tombée; la chute Ait complète.
1322 Le subst. bas-latin ventoea est déjà dans Ugutio et Papias.
1337 c Mètre jour i, aujourd'hui, assigner un jour.
1350 Compara, acquit, acheta, it. eowprare.
1353 Seut est une forme concurrente de sot (la succession des formes
est seut, sout, sot) ; on trouve de même veut p. tôt, deut p. dut
(V. 1568). — 1354 c Ce que cela sigm'fie. »
1367 Par arramie, à dessein, avec préméditation.
1372 Couvenant(l}, pr.contrat, accord, engagement, projet, intention;
puis, le sens s'élargissant, conduite, maniera d'agir, état,
situation. Ce subst. est fait de eouvenir à la façon de séàut,
estant, tandis que son sjnonjme eovine, covaine, coutaine,
procède du même verbe comme substantif radical et répond à
rital. convengno ; quant à eouffSfU, accord, engagement, il
représente le lat. eoHf>entum. Les subst. eouvenantet coutine
ne disent guère autre chose que les mots estre ou iestre et
(l)Oii
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affaire (voy. v. 1405). DIbods encore que amM/Hé est employé
tantôt comme masculin (CheTalier à la mance 1741 : • Qu'il ne
set riens de m(m coutiMu; » la Bible Gujot, en parlant des
Chartreux, t. 1336 : • Trop ont estroit Qiâ/n^ cavine), tantôt
comme féminin (t. 1405, secouvinne).
1376-7 Cp. le dit du Pliçon, vr. 57-58.
1411 Mais que, pourvu que.
1458 RecreUfoe, abandonnée (à^ recroire, renoncer à); afnmiéefpar-
crenwe (de parcroigtre), arrivée à terme.
1478-79 Mauvaise rime, le mot desvoile n'étant guèi*e différencié de
signification dans le deuxième vers; peut-être le poëte a-t-il
écrit : c Et en tel penser envoile, »
1489 Je pense qu'il faut lire mise/%i.
1504 Veuive, je fais le vœu ; de f>oer.
1518 Je corrigerais volontiers pour Foreille : De grande hotUe atés eU,
mais honte est généralement traité en masculin par Jean de
Condé (voj. dit du Lyon, 5). Quant au féminin grande, il se
présente à chaque instant, alternant avec ^ra«^
1566 Mieudre est incorrect; il faudrait mUlour, Ia même faute se
rencontre dans Girart de Rossillon, p. 66 (éd. Mignard) :
... Vous qui menaciez de pendre
Le mieudre des meilleurs.
£t dans notre volume même, dit du Magnificat, 59 :
Il n'y avoit
Ne nul prince plus caritable
As poures. ne mieudre aumonnier.
1 58 1 Assommer, achever, mener à terme.
1591 Notez cette forme insolite eschillié^, essUlié,
II. — LI DIS DES TROIS ESTAS DOU MONDE.
Ce dit serait mieux intitulé le Dit du Coq; car le thème qui y est
développé se rapporte à différentes qualités de cet oiseau ,
d*où pourront tirer d'utiles enseignements les chevaliers , les
prestreSfles chefs de ménage, qui sont les trois états dont il s^agit.
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— «ISfv —
9 S<ma/kir€,Bticondnit6, qp. v. 84. — lOAucmn, Vun ou Tantre.
1 1 Alainer, alener, mot tnmspoBë du lat. mikelêire, ne ngnifiait pas
seulement, comme le mot actuel kalenêr, re8{Mjner, maïs il avait
aaesi le sens métaphorique d'aspirer, tendre vers.
13 Entrelaissier , imite parfaitement Tall. unierlaueM, omettre,
négliger; cp. p. 83, v.58.
15 Empoint dempoindre, yariëté de empaMre, du lat. impingere.
16 Mieux vaudrait Uhiens.
22 Régné, royaume» répond au prov. régnai, esp. et port, reinado.
23 A Jus est une faute typographique pour eàjns, ici bas (oppose au
latius du V. Buiv.). — le commun, les masses.
26 Tout en rommans, en termes clairs et intelligibles, en langage
accessible à tous. — On sait que Tandenne langue disait
romane, fëm. romance, conformément à Tit. romanto, esp.
romance, bas-lat. romaneium; Vs tient donc an radical et nest
point la flexion du nominatif. C'est pour Tavoir pris pour telle
que Ton a introduit dans la suite la forme secondaire romani
(Chev. à le manœ, 1246), qui a donné le fém. romamde encore
existant dans c la Suisse romande, i ainai que plus tard Tadj.
romantique.
30 Ciertains est incorrect au nom. plur. ; mais deriain gênait la rime
pour Tœil, généralement recherchée au moyen âge (op.
VY. 33-34, congnoit{p. congnoist^ v. 9) rimant avec soU).
43 Signe, type, exemple. — 44 L'orthographe gheiines prouve en
faveur de la prononciation gutturale du g initial. Ce n^est que
par-ci par- là que nous rencontrons Templd de cet h diacri-
tique ; on trouve aussi bien giee que detgkisée,Jlgier que Jighier.
45 Près, prêt; ailleurs (w. 50 et 79) nous rencontrons la forme
diphthonguéej^ri^j.
64 Entre8engne{mBsc.), bannière, enseigne, prov. eniresenh, bas-latin
intersignum,
78 Entent, J'entends. — Le hiaume; ailleurs sans hiatus, l'tàume
(V. 85).
86 Trenchanment y résolument; cp. Texpression analogue taillani
dans Mariage de Hardement 30 (p. 282).
87 Lee maus faisans; Tadverbe participant à la flexion de son
adjectif ou participe; voy. Blanc chevalier 862; Miroir 102,
maus courtois p. mal courtois.
93 J'ai inutilement intercalé le deuxième qui; l'hiatus de Ve muet
devante^ est fîréquente chez notre poëte; voy. w. 31, 35, 99.
94 Lui «» se ; cp. v. 189.
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99 Ci9ee,,tnbj. de ceoit, ckeair,
1 18 Je pense qu'il faut corriger id le manuscrit : tes heures tiengne
oonrieat mieux a» sens que ses hommes tiengne.
125 De bonne pari, bon partageur; v. 141, loians parçowniers.
132 En dançier, en disette. — 140 Partir, avoir part.
155 En ce cas ^^^ en Gd point, dans cette direction. — 156 Compas,
ëgalitë complète.
176 Ponlage; mot collectif digne d*dtre repris.
180 Entrednire, enseigner; propr. introduire (dans les secrets d'une
science). •— 190 Ennemis (v. 196 anemis)^ le diable.
199 Avis, prudence.
III. — LI DIS DOU LYON.
Similitude tirëe du lion pour démontrer que Thomme puissant ne
doit jamais user de sa force pour attaquer les faibles.
4 Sourquerir^ élever des {M*étention8 esagéi^és; Gléomadès8'114:
Malicieus et sorquerans
A ceaus qui à lui marchisoient.
24 t Le lion est assez courtois pour qu'il (c.-à-d. le passant) n'en ait
rien à craindre. »
39 Sus sen droite contrairement à son droit. Cette valeur de sus ou
sur est fréquente; voy. Baud. de Condé, Prison d'amour, 2799,
sour son itjois^ contre sa défense ; Jean de Condé, Seûrté et
confort 65, sons sen droit. Elle se présente surtout dans la
locution sor mon pois, contre mon gré (litt. contre ma pensée).
40 DespierSy sévère, inflexible, cruel (se dit des choses comme des
personnes, cp. Trois mestiers d'armes 104, Recors d'armes 81).
Le pi*ovençal offre également le mot despers^ que l'on traduit
par désespéré ou désespérant. Si cette signiâcatLon était lûen
constatée, et que, d'autre part, le mot français fût identique avec
le mot prov., il faudrait admettre une transition de l'idée c livré
au desespoir » à celle de t exaspéré i , et quant à Tétymologie,
il 7 aurait lien d'expliquer desper^s comme un de ces adjectifs
radicaux issus de verbes, dont j*ai parlé, à propos de délivre, à
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la p. 386. Mais j'ai des doutes tant sur la signification at^buée
par Raynouard au mot prov., que sur Tétymologie qu'elle pro-
voque, et je propose une autre explication du mot. Le thème est
deîpêri (fëm. despierte. Chevalier à la manche 13, Lévrier 1 182),
ce qui écarte absolument un tj^ desperus. L'ancienne langue
avait le verbe esperdre, mettre en agitation, éveiller; rien ne
s'oppose à admettre également une forme variée on renforcée
desperdre (= d€-\- esperdre)^ dont despert (nom. despert) serait
le participe *. Reste à expliquer eiperdre;}e n'hésite pas à le
dériver de expergere, éveiller, exciter, agiter, dont le participe
esperrectus a donné espert de la même manière que swTect%t a
fait sort (nom. sors). Je n'ai pas d'exemple d'un participe
espert, il est vrai ; mais ce défaut — s'il ne provient pas préci-
sément de ce qu'il a été remplacé par desperty et même, comme
je suis porté à croire, par apert ', qui si souvent ne veut dire
autre chose que • éveillé, agile, hardi ' • -~ ce défaut, dis-je,
paraît avoir pour cause l'interprétation du verbe esperdre par
ex-perdere^ laquelle a provoqué le participe esperdu. Je répugne
pour ma part à admettre que s* esperdre ait pour acception fon-
damentale se perdre, pris dans un sens figuré. L'idée de l'éga-
rement de l'esprit me paraît y avoir été attachée par après, par
confusion. Le verbe, proprement, exprime la surexcitation.
43 Ceurce^ subj. de courre. — 44 RsffieUe, se révolte; de rebeî-
lare, doù subst. reviel, résistance, Lévrier 991.
52 Mais que^ pour peu que. — 58 Souffrance^ tolérance.
64 Mais fait opposition à reîaissast de l'incidente qui précède.
65 Cette phrase dépend encore du qui de la précédente.
70 L'orthographe primitive end owent^. en (lat. ind€) revient son-
vent dans mon Ms.
71-72 c (Ou il en aura des reproches), à moins qu'il n'ait découvert chez
son ami (en celui) quelque tort, pour lequel {dont) il lui refuse
ajuste titre son assistance. »
74 Fî^^o^iitf, ici = outrage.
75 Euers p. hors; Vo fléchi en ue (eu); c'est ainsi que lor alterne
avec leur^porv^ecpuer,
86 Seilence; l'orthographe se p. s fort remonte, à ce qu'on voit, au
(1) L'MptgBoI a, en «Sipt, la forme fréquenutive dMpeHat, Ardller, oorreepondaiit •■ piov.
apertar. Cp. auaai nptMdre et de^imdrt,
(f) Poar la pematatlon de» prètxee ex et «ri. cp. aléser p. «ttawr, MtMfrp. «taaii
der pour amender, Voj. auiai ma eoiy«cUue,k propoe de upmit 1. 1, p. BSO (ad v. iTSt.)
(S) Voy. Reeon d'armet (p. 100), M.
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— 597 —
delà de Tëpoque de la Renaissance; notre scribe ëcrit aussi sen-
tensce et sembl. ; on connaît Torthographe seavtnr.
91-92 évidemment notre texte est ici fautif et il faut snfvre celui des
Mss. de Paris, qui donnent un sens parfaitement net.
IV. — LI DIS DOU ROI ET DES HIERMITTES.
L'histoire ou ia légende ici racontée est un épisode bien connu du
poëme de Barlaam et Josaphat. Voy. le Provenzalisches Lèse-
buch de M. Bartsch, où Ton trouve un long extrait du texte
provençal en prose de la Bibl. Imp. de Paris (7337) et où notre
récit occupe les pp. 173 et 174; et l'édition du poème de Gui
de Cambrai, donnée en 1864 par MM. Zotenberg et Meyer, à
la p. 3Ô etss. La parabole des coffres se rencontre encore dans
divers récits fictifs : ainsi dans les Oesta Rofnanorum, ch. 109,
les Cento novelle antiche, n» 65 et dans le Décameron de Boc-
cace, 10« journée.
4 Ke^ pléonastique. — bA ciaus, par ceux.
23 Adof^ plar. rég. de adob, vêtement, subst. de adoler, équiper.
29 Oublié, sens actif, qui s'oublie.
44 Despoise et espaise (Banà, de Condé, Dragon, 159 *), signifient
Tun et l'autre poids, valeur, estime, et se rapportent, par le pai*-
ticipe passé, au lat. dis- ou expendere^ peser. L'acception
c alliage métallique • l'emporte sur celle de poids daos le pas-
sage suivant de la Coutume de Beauvoisis, dté par Roquefort :
t La seconde manière de faux monoiers, che sont chil qui la
font de bone despoise, mais la monoie n'a pas son droit poids. »
78 Ce second ordena équivaut à t manda > . — 98 i^ù(nom. sg. de^^),
certain. — 108 Ne déporte j n'épargne.
125 Desguiséy d'étrange façon. — 129 Signourie, magnificence.
138 Harpoitj goudron; mot du français hainuyer qni se trouve ren-
(I) Je sois revenu , daos le g loMaire de mon tome I**, sur rioterpiétation que j'avaU d'abord
donnde k cet mou daiia m« Notes explicatÏTee.
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soigné dans le Dictionnaire nmchi de Eècaxi{Y^M0rpoi$) et dans
celui da wallon de Mcnis» par M. Sigart (t<> Arp(n) ^ A Liège
on dit AorpAtf on kêrpike, que M. Ch. Grandgagnage explique
par une combinaison des mots ail. har$ etpech (Ut. pix); donc
litt. poix de résine. Dans le Dictionnaire néerlandais de Wei-
land, je trouve à la fois harpuiset harpluis signifiant la conrée
dont on enduit les vaisseaux. — Barl. et Jos., p. 39, y. 17-18 :
Defors les fist couvrir de taj
Et environ loer de t)ray.
139 Parutoréey achevée.
155 Enif$ noM riMâ Mmme^^ aom autres kommea fiches, taiit que
nous sommes. Telle est la valeur de la prép. entre,
163 CoiiUise, fierté. — 166 Oloutrenié; r intercalaire comme dans
tristres9e.
168 Teil monstre, telle apparence. Plus bas le même subst. prend
Tacception de aamblance ou ressemblance.
199 Manière, état réel, opposé ici à l'apparence .
201 Naitte^ p. nette. Notre manuscrit affectionne beaucoup l'ortho-
graphe at p. « devant t, eo^c; ainsi mait p. mei^ mais (mets)
p. mes, maistier, proaice, etc.
V. — LI DIS DES TROIS MESTIERS D'ARMES.
Les trois métiers sont c joustes et tournoi et bataille •; les deux
premiers, de simples mais fatigants et dangereux amusements
{esbanois)t servant à préparer pour Texercice du troisième.
1 Ordene est à prononcer en deux syllabes comme an^eUy orfene.
Au V. 7 le scribe écrit ordre (La forme normale) ; plus haut,
p. 55, V. 191 , nous trouvons orde,
13 Adreee, direction, puis chemin.
(I) M. Sigart dit qa« arfuix n'est « autre cboae qm la poix an moyen de Tart. avec addidon
à'um r 9. Je rai« loin de partafer ion BWe..
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19 J'ai peut-être eu tort de mettre ïi sors au lieu de li/ors ; « le fort »
serait ici = le point essentiel.
33-46 II est asse» curieux de roir ici le terme^W^r appliqué particu-
lièrement à la simple gymnastique militaire, en opposition avec
les exercices plus sérieux du tournoi.
5Ç t Pour se faire apprécier et savoir apprécier les antres. >
56 Le mot pas ne donne pas de sens; je suis disposé à croire qu'il
est reflet d'une faute de lecture et qu'il faut lire pris.
59 ConUnt, adversaire; voy.t. I, p. 405 (v. 271).
63 Je me repens d'avoir corrigé /or* du Ms. eu fort; il y avait ici
l'application du fait relevé plus haut, Blanc chevalier 862.
70 Zâ desvownt^ l'évitent. — ^74 Cp. Baudouin de Coudé, Mantiel, 30 1 -2 :
Em bruit d'armes et en fumée
D'alaine de chevaus.
76 Tonnoire (tonnerre) découle de t(mitr%, comme voire (verre) de
vitrutn, — Esfimirs signifie bien, à la rigueur, éclair, mais
ici, où il ne s'agit que de bruit, il n'est que le synonyme do
tonnerre.
82 Se9 routes^ les rangs auxquels il appartient. Ceux-ci se dispersent,
mais lui persiste et va se mêler axizftotes plenieres {81), c.-à.-d.
aux groupes encore intacts, où il voit flotter son drapeau.
95 i2«*^ (diphthongué ruiste) est généralement rapporté à r««/ic«*;
Je serais tenté d'y voir plutôt une contraction de robnstus :
d'abord roilsie, reilste^ puis ruste, (cp. roond^ reandj rùnd)\ mais
ce qui m'arrête, c'est l'absence d'exemples à l'appui des formes
intermédiaires, et la forme diphthonguée rimU oflVe aussi
quelque inconvénient.
98 Cp. Baud. de Coudé, Baceler300 : Et il fiait de Tescut chastiel.
99 Hiawïïie est tantôt de trois, tantôt de deux syllabes.
105 0»<ra^f««, fatigant à outrance.
125 I Où c'est le plus périlleux, i Nous n'oserions plus dire aujour-
d'hui « il fait dangereux ici i pour t il y a du danger », bien
que Corneille ait encore dit : « Qu'il fera dangereux rencon-
trer sa colère! »
135 Notez le féminin toute précédant /ovr, malgré le masculin entier
qui le suit. Cela démontre bien que cette forme féminine toute
dans toute jour ne repose que sur des raisons phonétiques et
non pas sur le genre réel du substantif.
161-2 Le sens de ces vers n'est pas net. Seperent^ se parent.
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400
VI. — LI DIS DE BOINE CHIÈRE.
Développement du proverbe de Sabmon (ch. XV, 17) : • Melins
est vocari ad olera cum caritate qaam ad vîtalom saginatum
cum odio. »
'Z Vient, convient, cp. Cléomadèa 15308 : Miez titnt qa*il i envoit
autrui. — 6 Que =» car. — 8 Mas^ triste, sombre; laniers^
méchant.
14 c A moins qu'il n'ait la conscience d'être honoré par Tinvitation
qu'il a reçue, i Je pense que c'est là l'idée du poète.
17 Assaveure; plus bas 63, asaiscmne.
22 Sans dangier^ sans parcimonie. — 24 Jolie^ gaie. — 30 Desam"
fiUy abattue.
35 Je n'ai pas d'autre exemple de cette forme festUser p. fettierj
festaier. — 39 Remuée^ changée.
41 Restituez la leçon du Ms. : maui porveUs\ que j'ai corrigée trop
précipitamment; voj. Blanc chevalier 862.
51 Siervice^ ici = régal. — 52Z>o»/, où.
VII. — Ll DIS DONNEUR QUENGIE EN HONTE.
Toujours le même refrain : jadis on était bien plus vertueux, plus
ami de l'honneur que de nos jours ; ce que les anciens considé-
raient comme une vertu, est un sujet d'opprobre pour la géné-
ration actuelle, et par contre le fait honteux d'autrefois est taxé
de vertu. L'auteur en veut surtout aux parvenus de son époque.
G S'aœvre de s'aoutrir^ s'ouvrir, se disposer. — 9 Remis, voy. 1. 1,
p. 405, V. 172.
19 Estmire doit signifier ici poursuivre judiciairement, appeler en
justice, châtier. Ou faut-il con*iger destruis ?
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— 4M —
32 Userer^ foire le métier d*08arier.
33 Sicnu; TadJ. e$eki% (prov. esqwi%, ital. tehivOy esp. esqvivo) a à
la fois le sens actif : qui fuit, et Tacceptioii passive : fai, évité.
38 D€ drM; ordin. à droit.
43 Avant traite^ préférer ; imitation du latin fnu-ftfrty ail. voir-
fttfAM. (Test Tantonyme de aritfrê fnettre, négliger.
45 Nation, naissance, origine.
47 t II sera de beaucoup plos grand i; à rée^ propr. à foison, puis
amplement, largement. Cette expression adverbiale, omise dans
les glossaires, s'est déjà présentée à nous dans une des intro-
ductions du dit de Gentillesse de Baudouin (t. I, p. 462). —
Notez la défectuosité de la rime à rit: mariée; elle fait tacho
dans le système de rimes riches qui est suivi dans notre mor-
ceau.
49 Ne doie avoir ^ p. n'aura (c.-à-d. n*aara marié sa fille).
52 Combien qnant^ quantumcnnque ; locution passée sous silence par
Burg^uy.
61 Garçon à eeval^ palefrenier. — 69 il vUle et à cane (champs)
sont à peu près synonymes ; cp. p. 377» v. 209.
77-78 « Que la fortune ne fasse monter en rang et devant qui elle ne
fasse mettre chapeau bas. »
87 « Bien entendu, en ce qui concerne ce pauvre monde, non pas au
point de vue de Dieu. »
98 Se regarder^ faire attention à. — 110 Prière est employé ici pour
poésie dévote en général.
Vni. — LI DIS DOU nGHIER.
Explication de la parabole évangélique du figuier stérile.
\ Usage^ ici » habitude ; au v, 6, li nsaiges (ainsi que us y. T et li
userSf V. 10] a le sens général de pratique, exercice. « L^art ou
la science ne vaut que peu sans la pratique constante, » tel est
le thème que Jean de (k>ndé, en rappliquant à lui-même, déve-
bppe dans le préambule de son dit.
B. BT J. Dl GORDtf . — TOI. H. 96
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-408-
16 F<mdé^ sappoië, propr. pria pour base de Bon dÎMXNira.
20 B$9imgn$U9y nèoumam; da i499nffn0r, être oéoeimre (t. 66).
29 évmgile da laint Luc, Xill, 6*9.
34 Augnowirj embellir. — 43 Oarékr prè$^ tenir en greode astîme.
53 Nous ranvoyone ani Varr. pour la reetitotiiMi dea deux Tara 53^.
— Àgardir^ avoir an vna, attendra (voy. Bndea don prieatre,
58); regardir^ an v. soiv., » avoir aoin de,
64 Laa savanta qoi ont traita de rëtymologia de jImm, fnmiar, n'ont
point relevé la eiroonatance que la finale $ ae oonaerve au
caa-rëgime.
68 Tfiwpe^ trêve» dn vianz-haut ail. Miaa, Inmaa» foi, promesse
(ail. mod. tt9m).
72 N(mymrq%iM H i^px9MXki i^ q%Mqftê : ^
92 SiC0; deux vers plna baa iéks.
100 Peut^étra y a-t>il ici une arreor et fant-il lire : m tf w{ homfr%U
rmiiroU (cp. v. 110 bom/ruU rendre). Tel qu'il eafc, le vers
oblige de traduira reiîdre par payer les servioaa on les soins
dont on a M Tobjel, et c à boin fruit » par « avao du bon
fruit ». J'aurais volontiera corrigé reniiroitf de reiUer^ payer la
rente, mais la rime^ aurait un peu souffert; reiUer^ d'ailleurs,
n'est que le fréquentatif de rendre^ et laa dans verbea peuvent
dtre considérés comme synonymes.
103 Parmi^ au moyen de. — 105 Remmwîliêf >^n« neutre, aat renou-
velée.
120 II y a ici un vice de construction, une aaacolntlie par trop gânante.
Je propose de substituer à dont la préposition de ou par et de
prendre de no haïUitme sawfeonr pour le régime indirect de
est ahamdann/e du v. 118; cette correction remédie à toute
obscurité.
IX. — U DIS DOU MIROIR.
« L'homme peut tirer d'utiles enseignements autant du bon que
du mauvais; la vie ressemble à un miroir à double fiice, qu'il
est pnident de consulter • ; telle est la pensée préchée par le
poëte dans ce dit.
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-406 —
7 Ssiàe, souche.
9 J*ai préféré à la leçon npart de mon ma. (de espardre = lat.
sparffere^ disperser) celle du ma. B, apani (de espandre^
déplo^fer), comme mieux adaptée an sens.
^ Voiâf ici dans le sens détourné de c sens, côté ».
35 « Selon ce qui apparaît dans le miroir. »
46 Pw sa mort, après sa mort. Voj. sar puU préposition, Burguy,
II, 363.
58 Le ms. B. a rowmam de çegUi (historias de rébus gestis); j'ai
préféré la distinction que présente mon ms. : roumans (récits
fictif^ en langue Tulgaire) et ffiestee (récits historiques plus
sévères). Voj. l'article ^«9^« dans le glossaire de Gachet.
62 STanfieer^ s*animer, s^eflbreer.
70 La leçon de B. est, à mon sens, préférable à celle de mon texte.
82 Sem ame (son ftme) pour i'ame est an Ifcii tout à fait ineok'te ; aussi
k yen eat-il, selon toute probabilité, étranger à notre poète.
L'emploi des formes masmlines num, tm^ mm denmt des sub*
stantilii féminins commençant par une fojelle, peut déjà s'être
introduit à Tépoque od écrivait Jean de Condé» mala Je n*en ai
pas trouré d'autre exemple ches ce dernier. Diez (11, 100} cite
deux cas dans les Sermons de saint Bernard : tm wkmne et
so% impaeienee; reste à savoir sHl faut les mettre sur le compte
du scribe, ou si réellement Pnsage moderne remonte au delà
du XTV» siècle (1).
38 Le sens réclame plutét le parfait jm.
91 Notée Tacception défavorable attachée aux expressions eaitifet
meieeai^; on sait qu^elle n'y est pas dans le principe. Ces
mots répondent tout à ftdt à notre terme « misérable )».
100 Teue (tels); cinq lignes plus bas (v. 105), nous avons la forme ^.
— Pour conserver l'uniformité, J'aurais peut-être dû laisser
intacte la leçon de mon ms., teusmk v. 105, etkonieuêimè^riBé)
au T. suivant.
108 N*iers; voir mon obs. T. I, p. 436 (ad. v. 248).
109 RienUt règle; ntmfe, compagnie, d'où s'artmter, an v. s., se
mettre en compagnie.
114 Pmene (leçon de B.) est préférable à eswe.
(I) Le mbI ce» de o«tê mtore qne j*aie nolA moi-mAiM «it «o» omhre. Rent n, 6618.
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/
— 404 —
X. — LI RECORS D'ARMES ET D'AHOURS.
R&dt d'une convention oondae entre Mars et VénuB, bien long-
temps avant les sièges de Thèbes et de Troie, et en vertu de
laquelle les homme^ de guerre rendraient dorénavant leur
culte à Vénus, et, de leur côté, les amoureux sacrifieraient avec
le même empressement au dieu Mars.
2 AvienneiUf se conviennent. — 3 Fait U, c.-à-d. Bemble*t-il.
13 Anciennowr (des anciens), forme génitivale, appliquée à un mot
de formation romane, d*après Tanalogie depaiemor, erestianor,
Francar, et autres (voy. Diez II, 10), c^lqnés sur des types
latins directs.
30 Cette remarque, qui fixe pour toujours le siège du mouvement
intellectuel en France, est tout à fut conforme à l'esprit de
répoqne, et ne déplaira non plus à la génération actuelle.
34 (7«lto, s. e. chose ; cp. Baud. de C, Wardecors 32 et 188.
37 Jeltan^ singulière altération de Josoh.
40 Le ms. portait lûoi; peut-être cette leçon est-elle la bonne. On
voit parfois les auteurs, pour le besoin de la rime, avoir recours
à une forme grammaticale appartenant à un antre dialecte, et
lisot conmie forme d'imparfait est parfaitement acceptable en
notre endroit ; seulement il faudra donner à cet imparfait la
valeur d'un parâdt indéfini : c tout le monde Ta lu • .
43 Devant est Tadverbe de iiient (campèrent).
60 Ce vers renferme une contre-vérité archéologique, sur laquelle
nous n^insisterons pas. D*autres encore ^ue Jean de Condé
laissent à Ulysse la gloire d'avoir inventé le jeu des échecs.
51 Donois^ieuj. de galanterie.
52 Sans esbanois est difficile à comprendre ; il faut nécessairement
distinguer ici entre desduU et eshanai; je traduirai donc « sans
parler des jeux chevaleresques ou militaires. »
57 Notez la locution « avoir un parlement contre qqn. «pour c s'abou-
cher avec qqn. »
57 Ert esmus, avait pris naissance, s'était produit. Notez le genre
masculin de constume; il fait exception à la règle.
65 « Pour une entrevue, concertée de commun accord et accordée
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— 405 —
sons la foi du serment. » La virgule, mise an v. ÔÔ Après Jlance
doit y être placée après ensanle.
70 Or{fi%s, ici = pompe, faste.
87 Les mêmes termes se trouvent accouples, dit du Blanc cheva-
lier, 651 (p. 20); et je crois pouvoir emprunter aussi an même
passage de ce dit (v. 653) de quoi fournir le v. 90 qui nous
manque : « Ch*est oose pour lui nécessaire ».
91 JoHetet, gaftë. ~ 98 Mètre en sen amdwitt locution consacrée
pour suivre, obéir.
108 Atemprer, ici mélanger, combiner.
110 « 11 y a lieu de prendre ce que vous dites^làen sérieuse considérar
tion. »
126 et ss. La démonstration du fait que le jeune bachelier ne se livre-
rait pas an métier des armes sans avoir éprouvé les atteintes de
Tamour, ne se dégage pas trop nettement.
148 Saterew^ aimable et aimé; cp. la valeur métaphorique attachée
à notre terme gMé,
158 et s. « Pour peu que Ton considère avec attention Taccord que
nous réglons en ce moment. » Q%i ^ si Ton.
177 DuU de, exercé à, cp. v. 246, et Blanc chevalier, 902.
179 Solaça%s, amusant. — 180 NéSy net, c.-&-d. convenable, comme
il faut.
181 Eniresaii, positivement, sans réserve, absolument; voy. sur Fori-
gine de ce curieux adverbe, t in transactum • ^ Diez, II, 278.
190 Apiert; cet adjectif, je le répète , se rencontre dans les trois
acceptions suivantes : \^ manifeste, public; 2^ qui B*entend
bien, habile; 3® fier, hardi. Sans me prononcer catégorique-
ment à cet égard, j^attribue la première au type latin apertue,
la seconde à experim , la troisième à eaperrecku, éveillé,
excité, (voy. pi. h. p. 396).
202 Avùir^ id =^ profit. -> 208-9 Vers obscurs.
226 Userd'annes^ faire profession d'armes; plus bas (v. 239) user un
mestier^ exercer un métier.
250 Peut-être vaut^il mieux lire entendre.
262 Clamer part à ou en une chose, c*est y prendre intérêt.
264 c Mais Tun et Tautre en vaut moins. •
267 Des deus^ s. e. mestîers.
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-^406-
XI. — LIDIS DE L'AIGLE.
Moralité : rhomm« haut placé doit Tisar hant, semblable à Taigle
« qui deaoor toaé oisiana haut vole t ; il doit se faire raq>ecter
comme le roi des oiseaax, qui fait fuir les petits ; comme loi,
rejeter les mauvais de sa compagnie, etc.
25 S$ drêeier^ s*q>poser, se révolter; s'adtêciêr, au vers solvant, se
mettre en mesure.
30 Encontre^ rencontre, est masoaHn, comme le prov. «neewlfé»
rital. inc<m$ro^ Tesp. eitemenêrû. Je le trouve cependant employé
au féminin dans CléomadAs, v. I144S. — Se ia^eUnt peut
se traduire ici aussi bien par « se mettent hors la voie, s'en-
fuient 1, que par t sont troublés » (iesw^^marwffr).
32 TouU J(mr^ voj. Trois mestîers d'amea, 135.
34 Damoisians a ici le sens figuré da timide.
46 PUsten§ier est un mot, selon toute apparence, gité de Ueatm^
gier (qui est la leçon des mss. AB), sous rinfluaaee à»plM,
pkty débat, procès. Quant à hlastengier, blâmer, se récrier
contre, il vient du subet. blaiUn^e, lequel, par un corieox chan-
gement de / (ph) en t, représente le tjpe hUsphemia (ital.
biastêmmêj bêsUmnia, prov. biattenh). ^ Sem <mJtrm§ê^ Fon-
trage qui lut est fait.
57 Apeni, est attaché.
68 et ss. Brunetto Latini(p. 196, éd. Chabaille) : « Bt povr ce, quant
li aigles a ses fllz, il les tient as ongles droit contre le rai dou
soleil, et cil qui regarde justement sans croller est retenus e^
norriz comme dignes, et cil qui les oila remue est rsfbsez et
gitez doQ nif comme bastars, non pas par cmanté de nature,
mais par Jugement de droiture ; car Taigles ne lé càace pas
por son fil mais comme atitrai estrange. > Cp. Alex. Neckam,
de uatoris renun, éd. Wright, p. 71 (tertia satura aquilae).
Jean de Gondé ne umbIIobim pas spécialement réprouve des
rayons du soleil.
60 Aipres^ rudes, forts, courageux.
64 JUal eUrcus, a ici, comme meMceant^ caiHf^ Facoeption de misé-
rable, mauvais.
84 S^MiieTf agir, procéder. Le mot ne signifie pas autre chose.
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— Wl —
86 AtraU^ ici » bonne qasHté (ce qui Attire) ; pins Imw (v. 10^, faire
iuiâtrÈit),i» diotfea ou personnes attirées, attirail, assemblage.
90 Bii l&ur qfise0^ à leur service.
95 Faire farce à, voj. Honeur qaengie en honte, 51.
99 Se iesHomUy ^ay. mir ee mot,- ma note ad Baud* de C, dit du
Bacheler, 133, t. I, p. 402.
105 La leçon des Mss. AB. est préférable à la nôtre. — Affoler qqn.
de qqch«, c'est lui porter préjudice, faire subir une perte en
qqch.
\\2 Se deçoivre a fréquemment chez notre poëte le sens « se faire
du tort I . Voy. p. 1 19, tv. 50 et 70.
1 15 Bn9m, km de; voy. 1. 1, p. 400.
««HflNM
XII. -* Ll DIS DO(J SEMGLER.
La preuve de la vraie bravoure (du hardi cuer) se reconnaît À ce
que rhomme ne lâche pas pied, même quand tout espoir de
succès s*évanouit, et que les chances sont égales des d^uz
parts ; imitant le sanglier qui, assailli par les chiens et le chas-
seur, ou meui't en combattant, ou échappe après un terrible
carnage. N'est pas c drois hardis • celui qui ne s'engage au
combat que lorsqu'il est le plus fort.
4 Demeurer^ persévérer, tenir pied.
5 Ref%%t (forme masculine de re/uiie), action de re/uir, user de
ruses pour s'esquiver. — Le subst. refui^ asjle, refuge, vient
directement de la forme latine re/uffinm*
7 Sij de même, d'autre part.
12 Se «on, voy. la note Blanc chevalier, 354 (p. 384).
13-17 Voy. à l'errata l6i rectifications à introduire dans la ponctua-
tion de ce passage. — L'homme est un datif» c bene succedere
homini. •
23 ilMay^, mettre à l'épreuve.
28 Ce vers continue la proposition subordottiiée introduite par qnaeU
an V» 25 ; la prioâpiïe n'arrive qu an v. 35.
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— 408 —
35 Àiendre, comme souvent, foire fooe ou tête à.
39-40 Ac%eiUiéy recueillie^ formes varîëes de aquelli et reptelU
(Blanc chevalier, 933) ; il y a ici permutation des conjugaisons
en fret en er.
43 Rendre estais résister, foire foce (à un assaillant); Henri d* Andoly,
Lai d^Aristote, v. 484 :
Quant Je qui sui plains de viellece
Ne poi contre amours rendre estai.
44 Batestalf bataille; Je trouve ce singulier mot, soua la forme bas-
titalf et avec le sens de bruit, vacarme, bataille, dans plusîears
passages du roman d*Alixandre. 11 est, ëtymologiquement, aussi
inextricable que notre bataclan.
56 AdrecieTy venir à bout. ~ 66 Détenir pièce de lierre^ synonjme
de tenir estais ne pas lâcher pied.
78 D'eetoc et de taille; il est intéressant de voir cette locution appa^
raître déjà au xiv« siècle.
88 Or «oi^^tM, bien que.
95 « Quand il voit ses affaires mal tourner et que la roue de la fortune
lui tombe mal en partage, i Noua Tavons dit aux varr., la leçon
des Mss. de Paris est pins convenable; les termes mestrera et
manpartie y sont plus proprement appliqués.
XIIL — LI DIS DES .m. SAGES
11 est trois genres d'hommes sages : Fun use de sa sagesse pour
lui seul, l'autre pour autrui et à son propre préjudice, le troi-
sième, enfin, et c'est là t li sages parfais • , la foit profiter à loi
et aux autres à la fois. Le poëte s'attache surtout à démontrer
la folie du sage de la seconde catégorie, dont il dit c que de
sens en sotie chiet ».
22 les autrui^ celles des autres.
24 Penser de, avoir soin de; cp. l'ail, gedenhen,
29-30 Ce proverbe « la chemise est plus proche que le pourpoint i a
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d^à ët^ rendu par Plante : c tunica t>allio propior ». Ailleurs
on trouTe : genn sura propins.
30 NoUy sentence, maxime.
52 Widier est une expression écourtëe de vider les lieux, la cham-
bre, etc., » et traitée de ce chef, comme verbe neutre, et comme
synonyme de partir.
53 Piecha^ etc. Cp. Saint Paulanx Romains, I, 22,pni8 le Roman du
Renart, 1679 : n*est si sage qui ne foloit.
^ AU fciij parfois. ~ 65 Cache (chasse), pourchasse. — 65 Mh
(mais) » dans la suite, par après.
XIV. — DES BRAIES LE PRIESTRE.
Plaisante historiette, vrai genre fabliau. Le fonds du rëcit, la con-
fusion des culottes, se retrouve dans le fabliau bien connu : les
Braies d% cordelier^ exploité par de nombreux conteurs fran-
çais et italiens.
5 £aù reifiel c plaisanterie peu édifiante, » ou peut-être «c laide
débauche ».
20 Enpaiit sans dérangement, en toute sûreté.
22 Le fneute^ le départ; subst. participial de mouvoir (v. 17).
2ISt Sine t'anwU^ simple formule de politesse : i ne t*en déplaise » !
34 f Tu es par trop empi*e8sé. » Pour la tournure, cp. Chevalier à la
mance, 2158 a En vous a baceler gentil » ; Magnificat, 43 :
c En lui avoit haute piersonne » ; Cléomadès, 12,122 :
Car moult avoit ou roi Carmant
Très-large roi et honorable.
41 N'avoir garde, ne courir aucun danger; cp. PUçon, 98.
52 A loi de^ kla, manière de; gagnon^ particulièrement chien de
ferme, chien de garde.
57 STen donner warde, y faire attention. — 58 Awarder, agarder,
attendre, cp. Fighier, 53. — 67Sngan/$, trompé.
76 Le denier Dieu « qui datur in arrham emptionis. » A moins de
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BDppcMT quB 1» boucher, pour payer !• dMuer à Dîaii» avait
trouve de la petite monnaie dans lea pochas de son habit» et
qu'il n*avait besoin de sa « bourse àbrasar » que pour psfyer la
grosw soBune,iIfout int«rprét6r le mot doMl^ dans k sens phis
▼agve de accoriéf eommH.
76 La tt bourse à braier » est la bourse rentemëe daaa la ceinture
des calottes (hraiér ou AmtMiQ.
82 a Dont il fut vivemeot frappé. » — 86 « Tropëtrang». »
101 «f Fi du coco! » Voie est ou TimpAratif vois (on sait que ce teiaps
verbal prend souvent Vs de la 2* penonne), ou, ceq«l est plus
naturel, Tinterjection voi (plus souvent combinée avec oA, a,
BOUS la forme avoi), — ffMikot, mot qui paraît avoir embar-
rassé M. Tobler, n'est antre diose qu'une variété orthogra-
phique de wihotj mari trompé ; hwi et wi permutent souvent
dans les patois, où Ton trouve wU p. knit^ fvist p. huUret
wiseut p. hitUeus. Pour wikot, cp. Renart le nouvel, 4799 :
c S'una ham ert fvikêi ne cota de st £une «. Le mot est
encore vivace dans les provinces du Nord, et Rabehiis s'en est
servi aussi (voy. Hécart vo wio et Du Gange sous wiUot). Reste
à savoir d'où il peut provenir ; en attendant meilleure informa-
tion. J'y vois l'dlemand widkop (aig. fMehïpf)^ qui est le nom
de la ki^ppe. Le e<mcù% ayant fourni fappellation au tœu^ il ne
serait pas improbable que la huppe, que le peuple d*Allemagne
se plaît à qualifier de « sacristain du coucou », ait été appelée à
exprimer la même idée.
107-108 Ces vers, d'un comique parfait, ont l'air de rendre l'évéque
presque compHce des licences de ses subordonnés ; la détose en
question avait pour bot, non pas de lea punir, maùi phrtdt de les
protéger contre des surprises compromettautee.
110 Eêie de rmm^ poité aux plaishv charnels. Les ftiiu sont
sevrant envisagés comme le siège de la sensualité. Dans le
roman manuscrit iotitiilé Sone de Nansay, il est dit, par rapport
à la faiblesse que commit Joseph d'Arimathie à Tégard de la
fille du roi de Norwége :
Mais Diex Joseph fourment amoit.
Pour cheli tenter le' voloit,
Et raim et desons Tafola.
Cp. Aussi dit de la Nonnette, 24d-3«
113 VérUéSf histoires vérîdiqaes.
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— «1 —
XV. - LI DIS DOU PliÇON.
Autre fabliau, racontant la ruse emplojrëe par une femme pour
sauver Tamant à Tarrivëe du mari.
2 Moktriu^ plaiflanftaries, espîèglerîas; cp, v. 113.
1 1-14 tt Et si d*une part quelqu'un en a tiré profit, diantre part celle
qui appUqua œ beau tour telqn^elle Tavait imaginé, aurait pu
B*en faire un mauvala parti. > Tel e«t, je pense, le sens de
ce passage. -*- Peut-être aoraîa^je mieux fait de mettre au v. 13
ffwau lieu de^iM, le rapport da £#2^ n'étant pas enoora déter-
miné par ce qui précède.
20 QiM M comment. — 26 iS'tf §ard&r d€^ ici » s'attendre à.
39 Hare%;yoj, sur cette inteijection» Burguy» II, 400, et Dîez(2«éd.
de son Dictionnaire), 11, 330.
49 Smwr était un terme de tendresse appliqué même par un mari à
sa femme. — 52 Tenir, ici = supposer, soupçonner.
57-58 Ces deux vers reproduisent, à peu de chose près, les w. 1376 et
1377 du dit du Blanc chevalier. La variante consiste en ce que
au lien de li M et l%Jhff$lU^ noas avons ici ik çr4mt poAur
fraiele. On ne peut gnèi*e se défendre de ne voir àBXL%fiaieUr et
fraiéler que deux formes du même mot. La transition de Z en r
est un fait commun, et d'ailleurs, en latin àè}kfiageill%m avait
dégénéré en/nv«U»m (d'où Vii^. fragélU^). — Si cette iden-
tité de JUUekr et /raidir était oonte^ée, il resterait la res-
source de rapporter ee dernier à un tyye/riffilUre^ tiré de /ri-
gerCt et de le traduire par frissonner. La peur faisait à la fois
frissonner et suer le malheui-euz escujrer caché soua la cou-
verture.
66 Mucroire^ soupçonner.
68 Par dalés^ cp. nos expressions a par dessus, par devers, par
après. • *— il /aU prouvéf en flagrant délit.
80 PUisan (écourté de peliêson)^ est la forme dérivative de pUee
(peliee, peUst^; l'un et l'autre signifient proprement un vête-
ment fourré , mais le mot semble avoir été particulièrement
appliqué aux Jupons (ouatés où doublés) que les femmes portent
sous la robe.
87 Apairmainy sur-le-champ, est un adverbe (op. Pelote, 130» Chev.
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à la manche» 923) dont la formation reste encore à ëlocider.
Sans aucun doute, le fond du mot est «mI», comme dans les
synonymes demamrii ou manait tout coort (s de manu ipsa^
i* X'tpàt) et maintenant. Je Tanal jse par a -f par -(. main, et le
disjoins ëtjmologiquement du terme ëquiralent aparmiimes (on
aparmetmet)y qui représente, avec la même prosthèse da
préfixe a (1), le type per metiptimmmm et qui revient à dire
a au même instant ». L^étymologie de Roquefort jmt MA^tMWffi,
s. e. tempus, fait naturellement, comme tant d'autres, sourire
les romanistes d'aujourd'hui.
88 Ce deuxième tout nui fidt bien mauvais effet, et encore plus le
troisième an y. 03.
97 Sén point j le moment voulu, le bon moment.
1 14 CiJterUy sans doute » pfiorie^ gazouillement, ramage amoureux.
1 17*20 « Quant à cacher les vêtements de Téouyer, c'est un détail qui
ne doit guère avoir embarrassé celle qui a su inventer un tour
pareU. »
XVI. — LI DIS DES RIKEGES CON NE PUET AVOIR.
Développement du conseil donné par Salomon (Proverbes, xxiii, 5) :
« Ne erigas oculos tuos ad opes quas non potes habere, quia
facient sibi pennas quasi aquilae et volabunt in caelum. »
16 Penable a été remplacé par pénible; il est tiré de peine comme
i^eritable de verit/. L'application du suffixe ibîe à un substantif
est très-rare en français; je ne connais que deux cas : paisible
et pénible.
18 Atendre à, s'attendre à, espérer.
25 Alonghier = eslonghier^ éloigner. Notez la construction alonçhier
qqn.^ p. s'éloigner de qqn. Cp. Benoit, Chronique, 33699-701 :
La rien dunt il plus or se haste
C'est d'eus esM^nier, de folr.
Cp. drac et «Iom, Urt ei «lort.
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PloB loin, p. 298, v. 32 : Pour les treepaasana alimgier.
30 Âjliê est àla lettre le latin c^ka.
4St Cette répétition de c'<m voit est une grosse fiEuite de style. Elle se
produit plus d'une fois dans le livre.
48 Par compas^ en rè^^e, avec soin. — 55 Arme » Âme.
57 et ss. Le poëte parait avoir en vue Prov. xjii, 9 : « Melior est
pauper et soffidens sibi quam gloriosus et indigens pane, » ou
Ecoles. X» 30 : t Melior est qui operatnret abundat in omnibus
quam qui gloriatnr et eget pane. »
65 Vient^ avance en Âge. Cp. p. 388, ad v. 697.
74 Son^raUeiêi (wa^* s(n^r€UM) n'a rien de commun avec 8(mjfHr;
le mot vient du subst. s(n^raiU (prov. sqfracha)^ manque,
dénuement, et celui-ci du verbe iouffraùtdre, qui rend le verbe
latin s^fringerê^ briser les moyens d'existence, couper les
vivres. Le pendant du type t^jfraeta^ action de briser et état
qui en résulte, est diaecta (d'où le fr. diieUe)^ action de retran-
cher, de diueea/rê ou deseeare.
76 Le sens de ce vers n'est pas net. — 80 Zeçier, ùuàle.
XVU. — U DIS DOU SENS EMPRUNTÉ.
« Mieux vaut généralement suivre ses propres inspirations, que se
laisser guider par les conseils d'autrui », telle est la moralité de
ce dit.
10 Acroiref prendre à crédit, emprunter.
12 Reb<mrte,{èm. de i;a4j. r«do«rt, contraire, revêche (conservé dans
la locution à reèanrs) . Le mot paraît se rattacher à la racine ger-
manique hros ou hors hérissé (d'où ïfroise)^ et exprimer en prin-
cipe « à contre-poil. > Le bas-latin rebursus est fait sur le
français. De rdxmrs vient rebourser, rehrousseTf faire en sens
opposé.
21 Puer^ forme modifiée de por (cp. v. 24 leur p. lor)^ = lai, porro,
au loin. Il est probable qu'il faut également lire jeter par (au
lieu de hœr)^ au v. 36 du Dit du frain.
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— 414 —
24 Ce ter ait gâoMit an pi«mi«r lastant ; il ftuit Teipliqner comme
la fonne fléchie de îor, lequel à aoii toar ett TadTerbe or com-
bine avec Tarticle (ep. er«f, km). Or cet adverbe lar, Jmi* («=
alors) est souvent emi^y^ eomoM relatif, avec la ■igiiificatio&
de U od (1). Je traduis donc : « Où Ton peut toajom recou-
rir ».
26 A ékmgier, en petite quantité, ou : avec dificnlté.
34 On dirait que Milf eouêta et^ sont des termes qui s'excluent ;
cependant un fou peut parfois ftmmip une beorause idée, dont
on peut tirer parti.
37 et ss. c D'autre part il y a des gens qui tout en voyant que (cor-
riges dans le texte qité p. fui) ils se fourvoient en suivant Tavis
des autres, ne veulent pas contrarier ceux qulls entendent en
faire Téloge. • Tel est. Je pense, le sens de ce passage.
I 53 l'impire est le régime de rêffnif, qui prend ici un sens acUf. —
Le vers suivant n*est qu*une cheville.
58-^9 Vers inintelligibles. Au fond on veut dire : « Bt quand cet
homme est ai^lé à gouverner un petit nombre de personnes,
un coin de terre... »
I 67 Autre vers inintelligible ; il faudrait pour comprendre : Que tés
j hm, quâU part que toU.
69 Si cawr, se eksvir, se tirer d'affaire, venii* à cJUf(k bout). — Du
sien, V. 87, par le sien, par ses propres ressources.
84 Cp. Dit des Trois sages, 22-23.
85 £oe, de iosr, eoaasîller. Sur œcinal» ^y. ma note, t. 1, p. 392
(V, 208).
86 Mètre eu dete dit id juste le contraire de ce que cette locution
exprime selon Tusage habituel. Il y a dette active et dette paa-
sive et c'est de la première qu'il s'agit ; il faut donc traduire :
c Fol est qui rend autrui son créancier, qui s'en fait le débi-
teur. > On voit, par la même métonymie, detteur employé pour
créancier, p. e. Blonde d^OxIbrd et Jean de Dammartin, 2141 :
Les dettes son père paia,
Ses dettewrs trestous apaia.
(I) Voy. IkdMMt h noie do Chenlier k la muet, v. H49.
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— 41» —
XVIII. — LI DIS DOU FRAIN.
Moralité sur la rûson de rbomme, envisagée comme le /rein de
ses passions.
3 Euert ott, imitation du germanisme a%$-^ehOri^ néerl. uiigeliocrd,
écouté Jusqu^à la fin ; Tadv. kors, dans le sens de à boutt est
nn fait curieux à noter.
1 1 Desjms€j ^oj. Roi et les hiermittes, 44.
12 J'ai vainement cherché dans Térence le passage auquel il est fait
ici allusion. Je crois qu*il y a confasion de nom et que Jean de
Condé a en vue la strophe suivante d'Horace (Odes, II, 2.
9 et ss.) :
Latius regnM avidum domaado
Spiritum quaiQ si Ubyam remotis
Oadibus jungas, et uterque Pœnns
Serriat uni.
36 JeUrhar;voj. Dit du Sens emprunté, 22.
47 Bffrain^ lat. effrenms ou iffrenit. Je n'ai pas d*autre exemple de
cet a4jectif.
48 Racourre représente un type latin re-ewcittere et signifie primiti-
vement arracher, reprendre ce que Tennemi emporte, lui faire
lâcher prise; pais, le sens s^élargissant, le ferbe devient syno-
nyme de dégager, délivrer, défendre, anc. tenser. Cp. Cleo-
madès, 11038:
Et de ce la (1) veut il reskewre
Encontre vous se vous volez.
63 Buaingne, est nécessaire.
68 RaiimwmaUM4 (dirige) de nonvean.
75 De legier, facilement.
(f ) L'éditaar a enonAiiMiit imprimé là.
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— 4t6 —
XIX.-LI DIS POUR QUELS .II. COZES ON VIT AU MONDE.
Ces deux chosea sont : Thonnear en ce monde et le salut éternel.
Le premier, s'il n*est noblement acquis, est sans valeur « et al
salut d*ame grevainne i .
29 ITen p. mly voy. Blanc cheTalier, 196.
45 La leçon de B. aim vive satisfait davantage à la syntaxe.
63 Amontant^ pareil, équivalent. ■— 67 ApresUe, disposée.
77 La wiaiwre d'aujourd'hui n'est plus la masure d'autrefois. La
mansura du moyen-âge n'impliquait pas nécessairement l'idée
de ruine ou de pauvreté.
80 La sûftce choque un peu nos oreilles ; mais jadis le terme n'avait
rien de grotesque et répondait à ce que nous appeUerions
aujourd'hui assaisonnement. Cleomadès, 12705-6 :
Li pensera fu de fine amour
Comfis en sanese de paour.
95 Or, ici » à la vérité.
103 Lîekon (leçon), ici » discours; t id quod dicitur ».
XX. — LI DIS DOU CHIEN.
Considérations morales sur les quatre grandes qualités du chien :
l'odorat fin, la vigilance, les propriétés curatîves de son lécher,
sa fidélité.
7 « Pour employer sa vie avec profit »; l'adjectif se rapporte logi-
quement plutôt au verbe qu'au substantif.
14 Baf/er p. abaper (v. 41), aboyer. On trouve en latin également le
simple ba^ri p. ad^Hiubari.
18 Laieier p. lacier (v. 91), comme maiee (v. 31) p. mece, etc.
45 Abajf se rapporte & odot, comme esmai à esmoi (émoi).
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57 Bssarber, prov. eissorbar, aveugler (de orbe ayeugle); cp. Renart,
27845-6 ;
Pendre as forche (ne), ou noier en mer
Ardoir en feu oviesiorher (1).
58 Truiue, prés. subj. de trouver; de l'ind. prés, iruis.
67 Départe, épargne. — 86 Bnorter est suivi du datif de la personne.
— 91 Sage de = expertus. — 94 Que, par une ellipse peu
recommandable» équivaut ici & c que celui que • .
126 Alever, élever. — 135 Natures = naturels ; cp. i/s p. tels.
XXI. — Ll DIS DE SEtJRTÉ ET DE CONFORT.
Le confort, c'est Taise» la tranquillité de Tâme ; la sûreté, la con-
fiance, le bon courage. L'une découle de l'autre. -^ Que Thomme ,
en aucune circonstance, ne se laisse abattre ou décourager : voilà
le thème de ce dit.
4 Desconforter, sens intransitif, marquant état et non pas action.
9 Besoingne = besoingj ^versité ; synonyme de grief (v, 11).
40 Bargaingne signifie habituellement accord, marché; ici le mot
s'étend à Tobjet en cause.
42 t II n'y a pas autre chose à faire qu'à serrer de près », etc. —
46 Durer, le supporter.
56 De cause morteU, pour le point de la mort.
65 Sour sen droit, voy. Dit du Lion, 39. — Il faut traduire ici : i Si
quelqu'un est attaqué (a guerre) injustement par plus fort que
lui (propr. que proportionnellement à lui). »
71 Allusion, sans doute, à David et Goliath.
74 De fort à guerroyer, voy. 1. 1, p. 439 (v. 23).
75-76 Je ne vois pas la possibilité de différencier ici l'acceptiou de
ces deux marcir; pour Tun et l'autre le sens n'indique que
l'acception fouler, abattre, humilier.
(1) Méon, au GloiMire, tndait «rronémeot notre mot ptr engloatir ; il y voit un compote du lat.
a. ET J. DE CONDÉ. — TOM. II. 27
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— 418 —
87 Cfouloutêr, coa^oitor, de TadJ. g9%Umi, goarmand» «vide, dërÎTé
laî-mdme de gùule, gueule.
88 Do%lo%ser, eyiKmyme de iohir* Ob a expliqué cette forme en
o%9er par un changement de r en ^ en y voyant le parallèle du
prov. doMrar; maie la permutation r-t entre deux voyelles eat
trop rare et trop moderne pour que je ne préfère paa oonaidërer
doulouser comme la forme abrégée de doulowroiAir, que Ton
trouve empkiyée dana la Ghrouiqae métrique de Guillaume de
Paria, p. 285 : • Dont forment ae doulourousait i «
90 Powpoter, ici » mètre avant, ae rappeler, considérer.
95-96 Ces vers ne sont paa clairs ; je crois qu*il faut lire mehaing
n'as, t Et si ton corps, en gagnant cet avoir, est resté intact,
assez fort pour se remettre à Tœuvre {te reprendre a% gaain-
gnier). »
XXII. ~ U DIS DE L'OUETTE.
Le poëte cherche à démontrer, par l'exemple de la graine du
pavot, cette vérité morale : t Uns petis biens un grant atrait. »
2 Siertentoie. U est certain que ce que Jean de Condé présente ici
sous Tappellation de serventois ne répond nullement aux défi-
nitions courantes de ce terme ; l'élément satirique» si toutefois
celui-ci caractérise le sirvente (1), y fait absolument défaut, et
le mot, en notre endroit, n'a pas d'autre valeur que celui de
dit, si ce n'est qu'il implique particulièrement une intention
morale.
3 A se table est un détail intéressant à noter ; les élucubrations des
ménestrels servaient de divertissements de table, aussi les qua*
lifie-t-on souvent dentés (v. 9), et le terme n^rricAtfs (an v. 1),
doit, ce semble-t-il, également être pris dans l'acception de
ferculum (cp. v. 14).
30 Mans grascieus, voy. Blanc chevalier, 862. .^ 39 ii trait, petit à
petit. — 45 Oîiette, auj. œillette, pavot.
;l) Voy. Woir, Ueber di« Ijiit, p. 306.
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-419-
46 Deliet, est le dimin. de délié, qui, à son tour, représente exacte-
ment, aTec le sens de fin, mince, tendre, dëlioat, le latin deli-
catus, proY. délicat , Le mâme type latin, par la syncope deTt,
s'est romanisé en prov. delgat, esp. port, del^êdo^ v. fi*anç.
delçé^ de%gé, do%gé.
55 Vaparani^ rëvidence. — 62 Sx que n'est pas ici, comme souvent,
un nominatif neutre, nous avons ici habiter avec le sens transitif
de < faire habiter, loger > .
65 Obscure; mettre une plante dans rombrat la priver d'air et de
lumière, c'est rétouffer« — JDe plWt d'autant plus.
72 Mon manuscrit portait aquitte^ qui ne donne pas de sens ; j'y ai
substitue aquise^ qui satisfait parfaitement. « Le petit bien a fait
sa semence ».
80 Mot notable^ sentence, maxime; op. Dit du Frtin, 21.
XXra. - LI DIS DOU CHEVALIER A LA MANGE.
Poème d^aventures d^nn grand attrait, et pour l'originalitë du sujet
et pour la facilite et Tëlëgance du récit.
« Une épouse fidèle est aimée d'un seigneur sans valeur aucune,
si niais, si farouche, si nul, qu'on Tappelle le sauvage; elle
croit ne s'engager à rien en lui promettant de Taimer s'il devient
un chevalier parfait. Mais elle a méconnu le pouvoir de l'amour.
A chaque exploit du chevalier, à chaque bruit de sa gloire qui
parvient jusqu'à elle, elle tremble pour son honneur et elle
commence à aimer celui qu'un mot d'elle a transformé. — Cette
situation neuve, belle, émouvante, ferait du Chevalier à la
niance un petit chef-d'œuvre, si l'intérêt si bien noué, la lutte
de la passion si bien engagée, ne se détournait, ne se perdait
dans un dénouement faible. j>
Je ne jugerai pas ce dénouement aussi sévèrement que le critique
que je viens de citer (1); il présente des longueurs et des
(I) Ch. PotTin, Le Règne du bon GaillauiM.
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— 480 —
hors-d 'œuvre, il est vrai, mais il n^est certes pas sans charmes
et me semble naturellement amené par le gracieux épisode du
vieillard (w. 1335 et ss.).
Le roman en prose intitulé « Jean d*Avesnes » (voy. Dinaux ,
Trouvères, IV, pp. 412 et ss.), dans sa première partie, rap-
pelle par quelques traits la composition de Jean de Coudé. Quant
à rintention morale du récit, le poë'te la résume en ces deux
vers (23-24) :
Il vaut miens parler saigement
Que ne faice volaigement.
11 la précise davantage dans ceux-ci (1204-7) :
A moi puet on exemple prendre
Que nuls ne se doit entremettre
De riens nulle à autrui prometre
Dont il n'a de donner talent.
25 Tieraisse. La Tiérache est le nom d*une contrée ou plutôt d*une
forât qui s'étendait dans le Laonnais, le Hainaut et jusqu'aux
limites du comté de Lomme (Namur). Elle toucliait à TArouaise
à l'ouest et allait vers le sud jusqu'à l'Oise et aux sources de la
Sambre. Aujourd'hui ce pays est compris dans le département
de l'Aisne.
26 (l'a M arri^^, dans le temps passé.
31 SfcarSf rég. plur. de wam^ prav. esquem^ ital. schemo, esp.
ncamiOy moquerie (synonyme de laidure^ v. 34); du verbe
eteamity esckarnir^ railler. Selon Diez, le mot vient du vieux
haut ail. ikemân, railler.
42 Sngaingne; voy. plus haut, Blanc chevalier, 639.
45 CaititUé, misère (au moral). — 56 VregiéUe, petite verge on
baguette; hruiUet, petite branche d'arbre.
90 Voy. ma note. Blanc chevalier, 196.
105 J'ai négligé de signaler, sous le texte, la variante muse (p. ruse)
du manuscrit de Turin.
106 Bargaingnier a évidemment ici le sens de parler pour le plaisir
de parler, sans intention sérieuse. Cette acception découle faci-
lement de ridée marchander.
107 Muser, perdre son temps à des riens.
109 Hùns en essart; qu'est-ce que cela doit dire? paysan d'une terre
en friche? La leçon de Turin se comprend plus aisément: Il
n'est pas possible que ce sot, ce « musart » ait le front de me
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faire une déclaration ; car il n*j a pas un lièvre a au «art » qui
Boit plus timide, plus couard que lui. »
126 « Car elle pensait fixer un terme tel^ que celui-ci prendrait aus-
sitôt la porte pour ne plus jamais revenir sur ce siget. »
130 Commander à DieUy terme consacré pour « prendre congé » .
135 Ouimple^ guimpe^ autrefois un morceau de toile servant de coif-
fure. Auj. le mot s'emploie du fichu dont les religieuses se
couvrent le cou et le sein . Le mot est d'origine germanique ; on
trouve dans le vieux haut-ail. wimpaî, theristrum, et plus tard
icimpel, péplum. De nos joui-s Tall. mmpel ne s'applique
plus qu'à la fiamme d'un vaisseau (le vieux fr. çuimple signi-
fiait également la banderolle ou cornette de la lance). — Le ms.
de Turin donne ghincke; cela ne peut être que le même mot,
tiré d'un type bas-latin ftimpia.
144 et s. « Dès lors elle sent qu'elle a fait une folie en faisant une
promesse à cet homme, qui, du reste, ne lui déplaisait nulle-
ment. >
147 f Vous ne sauriez en perdre assez dans les tournois pour que je
ne vous les remplace pas chaque fois par une nouvelle. >
151 La rime et le sens favorisent la leçon de T. : enresnie (enrai-
sonnée, intelligente). « La dame ne négligeait point son
ménage • , connaissait assez bien sa garde-robe, pour pouvoir
satisfaire aussitôt au désir du chevalier.
154 Drap lingne, étoffe de toile.
155 Cainse, chainse(maBcu\m), ital. camiee, robe en étoffe de lin.
160 Employer n'est très-souvent qu'un synonyme de donner,
168 Bn Veure, aussitôt, cp. notre t à l'instant».
173 < Elle ne lui suppose pas le courage de penser à rien de bon. »
202 Rasener, parvenir de nouveau.
204 Le bois de Fagne s'étendait au nord-est de Chimay et comprenait
en partie l'arrondissement d'Avesnes.
205 Prendre une fête, une joute est un terme reçu pour décider ou
arranger ; synonyme à'arramir,
212 Mètre avant, représenter. — 230 Lisez là p. la,
242 Cp. Blanc chevalier, 423, où nous trouvons, au lieu de corone, le
synonyme capiel,
245 De/orains, étranger; adj. tiré de rftf/or*.
247 CestoU = c est-à-dire. — 248 /at« (aux) = se.
252 Ruier, voy. Blanc chevalier, 616.
253 Behaingnon, de Bohême; la leçon de T., HaeUgnon, de la Hes-
baye, sourit naturellement davantage.
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267 Is tonne es wms (Toilà) est soivi, aelon la règle» de raoetuatif le
chevalier^ bien que celui-ci remplisse en mâme temps le rôle de
sujet auprès du verbe viefU.
277 FeilUm, voy. Band. de Cond^, Dit du Pel, 226 (notes, l I,
p. 384).
282 Cette réponse est un peu étrange, pour exprimer : t Noos ne pou-
vons pas vous en instruire. »
283 Bsmanee; dérivé de eemer, contraction d'estiwter,
286 Endroit de nous, quant à nous, pour notre part.
308 Areoient, décrivent une courbe pour outrepasser Tun Tautre.
317 Un écujer du vainqueur. — 320 Toogours cette omission du régime
direct 2^ devant un régime indirect pronominal, cp. v. 345.
334 Se déporter^ par ses deux acceptions (se divertir et se dispenser,
s'abstenir) prête parfois à Téquivoque ; ici, cependant, le doute
n'est guère possible, puisque des lances viennent d'être « frois-
sies • par le chevalier.
337 L' « iestre quinte i est charmant. Quinte p. cointe, comme quit
p. euit,
356 Fol visage, masque, cp. Blanc chevalier, 631 .
364 Tains, pAle. — 367 Estanca^ se reposa.
371 « De sorte qu'il ne fut pas en retard, » tel est, je pense, le sens
peu clair de ce vers.
377-8 Peut: eut, variétés dépôt: ot.
379 Je ne trouve pas le mot barbière dans les dictionnaires, et je ne
saurais en préciser le sens.
413 Voiant les dames, en présence des dames; cp. Raoul de Cam-
brai, 69 : voiant maint chevalier.
431 Pour honte, nusculin, voy. t. I, p. 430 (t. 208); cp. v. 582.
435 Sans déport^ sans ménagement.
436 Port, 3« sing. prés, subj .
442 Bnviers, à la renverse.
445-48. li autres, s. e. ehevaus, — Faire estrine doit être une
expression locale du Hainaut, pour serrer. Etrine^ d'après le
Dictionnaire rouchi, par Hécart, est un synonyme de étreinte,
et vient du verbe estrener, serrer, comprimer, que renseigne
Roquefort et qui doit être le même que étraner, traduit par
étrangler dans le glossaire de Gorblet. Ce serait faire violence
aux lois de transformation phonétique que de rattacher estm^
ner, estrener (d'où le subst. estraine, estrine) au latin stringere.
Ce ne peut pas non plus être une forme gâtée de estrangkr^ ce
serait-là un étranglement par trop étrange; j'y vois donc plutôt
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— 4B —
1« radical germaiiiqae strtm, dont l'idée foBdameatale ett
tt resserre, comprimé ». — Asteîle^ éclat de bois, Tey. Diez,
Et. Wtb. I, 35 (vo ascla). Nova ayons encore, eonme terme de
chirQfgie, atUÏU^ lame de bois.
466 Ce dmU, disait-on; T07. 1. 1, p. 409 <t. 2Ô8).
476 f Qu'il n'y a pas danger de ruptare. •
488 Ses maienidy ses valets. Le mot collectif «»aÛNi> appliqué à Tin-
dirida; cp. VtXX. franetuimmer, dame, propr. Tappartenient
des dames, et Tensemble des dames qa'il renferme.
490 Aiùi, régime plur. de edoh; « son armure ».
521 Sam défais, sans défense, sans refus. Ou le mot serait-il employé
par confusion arec d^oi, i sans défi > Y
531 BaUUr écrier est un tour qui revient souvent chez les trouvères;
il ne se rapporte pas à bailler = donner, livrer, ni à bailler =
porter, mais À bailler » saisir, prendre, toucher.
B36 Guise, une des principales localités de la Thieraehe, d*où était le
chevalier à la manche.
547 ^ne demoiselle est un datif.
548 JoifU, gracieus, synonyme de coùUe. Cette acception figurée
dérive de Tidée d'ajuster, bien disposer, attachée au verbe
joindre. — Cp. Girart de RossiUon, 4947 :
Oirars joins en ses armes com uns amerilion.
555 Zecieres, nom. deleeeor^ lécheur, libertin. ~ Plain = vrai.
556 Malrevenans; que faut-il entendre par cette épithete? On ne peut
guère en douter, nous avons ici un bien ancien exemple de Tadj.
retefwnt, employé dans le sens de « qui plaît, agréable ».
568-9 Cp. Baudouin de Sebourg, t. I, p. 35 :
Et j'ai bien 0! dire, XIII ans a accomplis.
Que d'un enfant ha! n'a biau jeu ne biau ris.
571 TVui^^'il or, jusqu'ici.
681 ( Rien de Im ne monte à moi t , c.*^Ml. je suis tout à fait désinté-
ressé à son égard. Monter = avoir de la valeur, importer.
586 Vers de mauvais goût pour faire rime avec warwwrt.
588 Revient » vient également — 6034 Atainst, /ainst sont des
passés définis. ^617 Rentetre devant, rappeler.
631 Mar avec l'imparfait du subjonctif équivaut à «AMkm non.
649 « Maintenant je suis d'avis que les autres s'y essaient à leur tour. »
653 Aucuns est un datif pluriel. — 657 LoÂiser ester, laisser là (ail.
«011» lassen)^ abandonner.
683 Artisiens a id iroia syllabes ; il en avait quatre au v. 674. La
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— 484 —
même Tariatîon se présente ches Jean de Gondé pour Tadj.
terrùn,
685 En unnumt eet une locution fréquente (cp. Magnificat, 22], pour
« en un tas I ; le corps jeté par terre forme lui-même ce mont.
699 A cieries fait opposition à à gaSy et signifie sérieusement : c A cette
époque les joutes se faisaient d*une manière sérieuse et dange-
reuse. »
700 Je laisse aux archéologues le soin d'expliquer plus exactement
Texpression f en sielles ouviertes » . Des deux vers suiTants,
il résulte que du temps du poète les selles étaient feûtes de
manière à ce qu*il fût difficile de désarçonner le cavalier.
713 c< Ici, il n*y a pas à discuter, il n'y a qu'à prononcer. »
714 AUgier parait bien être ici le mot moderne alUg%er. Il manque
aux glossaires.
727-8 Le vainqueur abandonna le cheval estropié aux lépreux, qui en
f burent > la peau avec plaisir.
729 S'aidier est souvent employé pour « être maître de ses membres
et de ses mouvements. »
733 Assena (sens neutre), fut assené (dirigé).
734 Sanna^ de sainnier (742), saigner ; à distinguer de sainnUr (se
signer) et de saner = sanare, guérir (740).
743 A son droite selon son devoir, selon les règles de Fart.
749 i?» ot^ en camp.
764 Escarlatte est, comme on sait, U dénomination non pas d'une
couleur mais d'une étoffe. Yoy. Franc, Michel, éd. de Gérard de
Nevers, p. 169, et le glossaire de la Chronique de Benoit, ainsi
que le Glossaire de Gachet.
793 D'ariester quoi^ de rester tranquille.
827 On comprend que le ménestrel du comte de Hainant ait tenu à
mêler à son récit le nom d'un de ses illustres aïeux. D'après
les indications chronologiques que nous trouverons plus loin, le
comte mentionné ici est Baudouin V le Courageux. Cp. v. 1001,
H quens Bauduvins.
831 Le comte de Soissons dont il est question ici doit être Raoul de
Nesle, à qui s'applique fort bien l'éloge que lui rend notre
poëte. Comme je l'ai dit aux Variantes, le ms. de Turin porte
au lieu de notre v. 833, le suivant :
Ki à ce tamps Chimay tenait,
La rime (mainienoit) nous autorise à présumer que c'était bien
là la rédaction primitive (car les rimes sont généralement riches
chez Jean de Condé), et que le changement s'est opéré dans la suite
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— 485 —
par respect poar la vérité historiqae. Jean de Condé s^était, bien
involontairement sans doute, permis un anachronisme. En effet,
le rëcit de notre poëme se rapporte aux années 1185 ou 1186,
et ce n'est qu'en 1258 que Marie, fille d'Alard de Chimay,
apporta cette seigneurie à Jean II, comte de Soissons, succes-
seur de Raoul. Ce Jean II fut le bisaïeul de Hugues, dont la fille
Marguerite épousa Jean de Hainaut ou de Beaumont (frère de
Guillaume le Bon), devenu seigneur de Chimaj à son tour, et
dont la fille Jeanne porta Soissons et Chimar à Louis de Ghâ-
tillon.
839 c Car il ne prête pas attention aux paroles de chacune. »
841-2 c Quant à celle-ci, il n'y a d'aussi avisé qui cette nuit^là se fût
aperçu qu'il eût tourné ses regards de son côté, i Telle me
paraît bien être la juste traduction de ces vers ; cela m'engage
à proposer de changer le masc. celui en celi,
849 ce Et s'arrache au cours naturel de sa pensée. »
854 Procurer, sens absolu, avoir soin, prendre ses mesures.
865 Empur les corps, sans vêtements. Voy., sur cette expression, un
article très-intéressant dans le Glossaire de Gachet, p. 388. On
y verra que souvent l'adjectif pur est mis en accord avec le
substantif qui suit ; aussi le ms. T. a-t-il ; En pure les cors. —
J'ai quelque honte, cependant, de faire paraître ici ces deux
demoiselles « in purisnaturalibus », et je commence à supposer
à leur égard quelque faute de lecture ou d'écriture. Le po{»te
ne voulait-il pas dire : En pur Vescors, n'ayant que le tablier?
Le mot escors, tablier (ail. schurz, flam. schorse ou schorte) est
un terme encore vivant dans les patois du Nord. Ici il pourrait
bien s appliquer à un court jupon, servant à couvrir le giron.
— Bienp aviennent, font bel effet.
894 J^fp^^^r signifiait, comme on sait, en premier lieu, exposer, expli-
quer, puis signifier (avoir telle signification).
900 Sans suivi de à; tour analogue kpor ... d, de ... à. Cp. l'ail.
ohne zu.
904 Finer, faire les frais. — 908 Estoffer, fournir du nécessaire.
940 « A chaque branche du service ils préposent un varlet. »
951 Son ses, voy. ma Note, 1. 1, p. 424, ad. v. 140.
959 Retenir de mainaige, engager à son service. — 963 Au hesoing,
ici s= au moment oportun. — 973 Tenir près, serrer de près,
• faire instance.
991 II fist est impersonnel; « comment tout se passa ce jour-là. »
994 C'est bien là encore le patriote Hennnyer qui parle.
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-4i6-
095 Olfàii. U 7 eat d*aoeMB|iH.
1004 S'embêirê, 8> introduire, b*j ûùra ûvitor. ^ 1025 Sieut »
«oloit.
1035 La gëogra|ihie faToriae la leçon Siêsmm du ma. de Tarin an lien
de Soiêions, Sioionne est an boorg dn dëpartemaat de TAisne,
à 4 1/2 b'enes est de Laon« et Montaigu en est à 1 1/2 lieae
dans la direction snd-ooest.
1040 AfHhr C(mU»t, avoir lutte, avoir à lutter. Pour raoeeptîon con-
crète de conimi »> adversaire, wy. 1. 1, p. 405 (v. 271).
1067 ZonCf lointain. — 1084. Vinage, voisinage; p. titmê^ê^ forme
contracta de 9i»mê§e.
1115 Cmmoît, je reconnais, j^avoue.
1 133 Emploifir, id «» bien, convenablement donner.
1 140 BêspUéê, remise, i^oura^e ; plus kûn, v. 1 102, rupUUr équivaut
à réfléchi, hésiter.
1 149 Là leur, là où. J'ai, à différentes reprises, rencontré dans les
trouvères (1), surtout dans le roman anonyme et inédit de Soae
de Nanaay, remploi de lewr avec le «ens de i^ U se présente
souvent dans les diartes du Hainaut et dans Proissart (voy.
Gaohet, Y^Uur), Toutefois, je n'en trouve aucune mention ni
dans les grammaires, ni dans Roquefort. Voici comment je me
l'explique. Notre hwr est la variante de hr^ lêrs (a»illa hora),
qui d*adverbe de temps et d'adverbe démonstratif s'est fait
adverbe de lieu et adverbe rdaiif. Par un changement tout
à fait analogue mais en sais inverse, là a pris la signification
de knfue» L'emploi relatif des démonstratifr est un fait connu,
je ne rappellerai que Tall. der « rnlehêr, i2a» ipo, et quant
an transfert des significations locale et temporelle, nous cite-
rons, outre Tadverbe là (en cet endroit et à ce moment) le mot
fieee^ qui marque à la fois une éieadue d'espace et une durée
de temps, et raagl. tkencê «sfrom thattimeetfrom that place.
1 159 U% raiH de rage; pour l'emploi du mot roî», voy. t. I, p. 525,
V. 2542.
1 164-6. ( Elle ne e^attendait nullement qu'il se consolerait ai fadle-
mebt «t snpporienntson chagrin Qitt. son lardeau) avec autant
de calme, i
1171 Q«tf =» car. — 1178 Sedeedebter, s'acquitter de sa dette. Ver-
gier de Paradis (Jubinal, Nouveau recueil, II, 295} :
(I Vo,.
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Qui 4mi« annoui» il 9$ dêtdftê,
Qvftr «MKMiie Mt et doua et dete.
1184 Entre diut, c.-à-d. entre les deux dangers auxquels elle s'est
exposée» ou de maoquer à sa parole oa de faillir à son époux.
1185 BiilUmeni et à trait, doucement et sans rien brusquer; cp.
T.i030.
1 191 Nous notons ici : 1<* la construction s'acardcr de faire qqch. (voy.
t. I, p. 380, Y. 62) ; 29 raccompaguement pléonastique de à.
1220 Dartà Md«r« (à tranchant ou à pointe) ; sur mewre^ voy. t. I,
p. 526. Tobler écrit en un mot amewr$ (id et Dit du Lénier,
564) ; mais je doute qu'il existe réellement un adjectif ainewre,
faisant concurrence au participe ameuré; si cela était, il fau-
dra le mettre, comme facture, sur la même ligne que délivre
^delivrd^ dont nous avons parlé plushaut^ p. 386 (v. 558).
1246 Sans dire romant ne latiu^ c.-à-d. sans rien dire absolument.
Bomanty langue vulgaire, fait opposition à laUn, langue
savante.
1250 Fia/WMent p. Jianmentj fiantnunt^ en confiance. Cp. erraument
p. erranmeni et dUigawaunt, v. 1680. La même conversion
de « en « se produit dans coupent p. convent, immaille p. ani-
nuUia^ etc.
1260 « Et je me retire, en vous remerciant, madame, de votre bon
accueil. •
1263 Sn son dangier^ en sa puissance.
1275 c J'ai eu assez en fait de plaisii^s et n'en cherche plus désor-
mais. •
1283 Siget collectif suivi du verbe au pluriel.
1286 Lèvent, 3« pi. ind. prés, de laver, se laver. On sait que ce terme
est devenu presque l'équivalent de t se mettre à table i .
1816 Abandonner, mettre à la disposition, offrir. .
1327 « Sur le bord de ses étangs, i
1338 AngeUe se prononce angee ou angUe (v. 2096); le premier e est
purement orthographique et ne se prononce pas ; voy. sur cette
particularité, qui se reproduit dans d'autres mots, tels que
ordene, virgene^ etc., G. Paris, Rôle de l'accent latin, p. 24.
1346 SamplusinaiiB plus), rien que.
1379 Aussi tost, ici =» aussi bien. — 1380 Ains, ici ^aiM, jamais.
1384 L'emploi adverbial de avac, bien que conforme et à la nature du
mot même («i= avec cela) et aux plus anciennes traditions de
la langue, est ii^jostement condamné aujourd'hui.
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1393 L'emploi rëfl^hi de obéir serait trop étrange, pour qa'on ne pré-
fère prendre se pour la conjonction et traduire ainsi : ■ Et
pour ce, si le vrai amant, dans Tattente de récompense, doit
se soumettre aux doux commandements de Tamour, en admet-
tant même qu'il n'obtienne le don de grâce espéré, il n'en
peut résulter aucun mal. i Le it est le si conclusif qui
introduit la conséquente, i Si cette traduction est la bonne,
comme je le pense, il faut remplacer par une virgule le point-
virgule que j'ai mis à la fin du v. 1396.
1405 RepentanSf conmie souvent = se relâchant, fatigué.
1409 Sit. ici = cependant.
1420 Le fort d'amours, la puissance (ou les points essentiels) de
l'amour.
1454 La forme candeler (Chandeleur) manque aux lexiques; elle se
rapporte à candeîarum^ tandis que candeUur accuse pour type
le masculin ou neutre candelorum.
1458 Meserreres, substantif du verbe meserrer, mal agir, conunettre
une faute.
1465 L'orthographe yoi»0j|« est celle que j'ai rencontrée généralement
dans mes lectures ; je me rallie cependant à Topinion de ceux
qui écrvt^nijovene en supprimant à la prononciation la syllabe
ve; cp. afieme pron. amey ordenc pron. orde, angele pron. angi,
(Voy.v. 1388.)
1484 Adrecier, mettre en voie de, faire obtenir, pourvoir.
1489 SiecSy subj. de si^t (seoir), comme chiece de ehiet (cheoir).
1502 Conquerra = être victorieux, s'est conservé dans l'angl. io
conquer,
1505 Courre sus se voit construit tantôt avec le datif, tantôt avec
l'accusatif, comme ici.
1516 De son grani, proportionnellement à sa grandeur.
1526 Hui cestjour est une redondance curieuse. — 1529 PietaHky
gens de pied.
1559 Bataille, 1» corps d'armée; v. 1580 : atant lor batailles ren-
ffièrent;au v. 1571 : en la bataille d^mourons, restons fermes
dans les rangs ; 2^ combat, v. 1891 .
1562 S'ariesturent; voy. sur cette forme de parfait défini, propre ao
verbe ester et à ses composés, la Gramm. de Burguy, I, 299.
1580 Desrenger, sens neutre, se débander.
1581 Abandonné équivaut ici à la locution c à force et à bandon i,
c'est-à-dire avec une fougue démesurée, qui ne se laisse arrêter
par rien . Voy. l'excellent article bandon du Glossaire de Gachet.
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1592 Caryer (charrier), aller en voiture. — 1593 Ensegnier, indi-
quer, montrer.
1598-9 Lancer ou traire une personnes tirer sur elle (cp. Lévrier, 196
et 199), est un transfert de signification ou plutôt une confu-
sion de i*ëgime, que la langue actuelle ne tolérerait plus, bien
qu'elle ait de nombreux exemples d'un pareil intervertisse-
ment des régimes direct et indirect dans son dictionnaire;
ainsi nous dirons payer une somme à quelqu'un, tandis qu'ëtj-
mologiquement on ne peut que payer une personne. Un trans-
fert semblable se présente plus bas, v. 2068 : pour conforter
sa maladie,
1602 EngreeHer; voy. ma note, 1. 1, p. 491 (v. 615). Si le régime les
se rapporte, comme le vers précédent le fait supposer, à Ten-
nemi, ce verbe prendrait le sens d'attaquer et confirmerait
ma conjecture étymologique, selon laquelle engrès représente
le latin ingretens, et exprime l'ardeur ou la fougue de l'at-
taque.
1603 Entre =^ ensemble. Tout en prenant la valeur d'un adverbe, cet
entre est toujours suivi du substantif à l'accusatif; de là lui et
non pas il.
1605-6 Ces deux vers semblent intervertis.
1610 Amiraut, chef; voy. le Gloss. de Oachet. Cette forme amiraut,
qui répond à amiraldus^ fait au nominsAîî amirauê, aussi bien
que la forme concurrente amiral.
1617 Amuir = rendre mu (muet), ûg, stupéfier; cp. les termes abau-
bir, pr. rendre bègue, et notre abasourdir, pr. rendre sourd.
Voy. aussi Plais des chanonesses 302. — Le ms. de Turin a
anui; est-ce une erreur du sci'ibe, ou faut-il y voir le participe
d'un composé a-nuire, porter dommage, dérouter? J'ai de la
peine à admettre la dernière interprétation, nuire faisant
anciennement au participe passé neU,
1669 En langes, en vêtements de laine. Lange vient régulièrement de
laneus, comme linge de lineus.
1672 « Il n y eut personne qui ne pleurât. » Le désaccord entre le
singulier celui et le pluriel plorèrent est un fait qui n'a rien
d'étrange dans la langue des trouvères.
1679 Ofrir, aller à l'ofirande.
1685-7 La prise de Jérusalem, par Saladin, eut lieu en octobre 1187.
— Le frère de Saladin est nommé dans le texte de Tobler Fal-
/adin; je pense qu'il y a là une erreur de lecture {/et s long
se ressemblent); eu tout cas, la leçon que je trouve dans le ms.
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-4» —
de Turin : Sal/adin, ««t plus conforme à Thistoire, qui produit
le frère du sultan bous le nom de Malek al Adel Saiffadm
Abubekr Mohammed.
1095 et ss. Baudouin IV le Lëpreuz (f li mesiana »}e8t mort le
10 mars 1 185 et eut pour snesceaseur Baudouin V, un enfant de
six ans, fils de Sibylle (sœur de Baudouin IV) de son premier
mariage avec Guillaume de Longuesp^ (fils de QuiUaume de
Montferrat). Baudouin V, qui est dit ici avoir retenu à son
service le Chevalier & la manche, ne régna que dix-huit mois
et mourut en septembre 1186. On sait par quelles circon-
stances la couronne passa après lui à Gui de Lusîgnan, second
mari de Sibylle, et combien le poëte est fidèle à Thistoire en
disant de lui :
Qui ou pays ot pau de non.
Ce qui ae répond pas à la vérité, c'est le vers suivant :
Qui don joue ne roi ot Tantain.
C'est la mère qn'il fidlait dire et non la tante.
1698 Se non de vie, privé de vie. Voy. sur se non, ma note Blanc che-
valier, 354.
1744 Lontain « eetrainpu, étranger, contraire ; nous avons k mdme
métaphore dans notre subst. éloignement =s antipathie.
1757 Son mari est un datif, comme le prouve le v. 1915 : nm mauiU
touee.
1771 Ber, ace. baron, est souvent appliqué comme terme de révérence
à des saints.
177i Faire concile d*nne chose =£= en ftdre parler en pubHe, la faire
ébruiter.
1789 Saint-Oaiej ville de France, entre Nfmes et Arles, lieu de
retraite de saint Gille.
1790 Vreeelai (Tnrin, Verulay), auj. VéuHayy petite ville de l'anden
Morvan, dans le département de l'Yonne, célèbre par son
abbaye, consacrée à Marie-Madeleine, et par les prédicatioss
qu*y fit saint Bernard.
1802 Voie, voyage. — 1814 Ifaûièwffifr , protéger, pourvoir aux
besoins.
1820 S'umelier, condescendre, se rendre ou gré de.
1821 Barbienr, barbier; du verbe barbier ^ raser.
1832 Obeily sens actif, obéissant.
1836 Dema/re, mardi ; cp. prov. démare. J*ai lien de croire que cette
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— 4SI —
forme de la oomposition Oes MartU, était habitaellé dans les
provinces dn Nord ; cepe&dant elle doit avoir disparu, car les
glossaire» de Héoart, Sigart et Gorblet n>ii l^nt pas mention.
1872 Ctmtwrtmt ; lé st^et de ce verbe sont les Sarrasins.
1885 Lui iiere, à trois, litt. loi troisième, cp. en grec tpitH «vr^^, en
aU. selb dritt.
1903 J*ai à dessein écrit dans le teite s'atU ou Titour mU^ dans la sup-
position que remploi de rauziliaire ëtoir dans les temps com-
posés des verbes réfléchis n'était pas chose insolite dans la
vieille langue. Toutefois, n'ayant pas, à Tappai de cet emploi,
quelques citations à fournir, je erois qu'il est pins prudent
d^écrire ici, ainsi que Dit dn Levier 689, 9on$ âu retour mis.
1915 A ruu Us d'une part; redondance.
1971 Ahans, terres de labour. Ahauer^ travailler avec effort, puis
labourer la terre, a donné le subst. verbal ahan (1), signifiant :
lo travail, peine, labeur et labour ; 2^ (l'objet du travail), terre
de labour, champ. La première signification est encore consi-
gnée dans le Dictionnaire de l'Académie; la seconde, par
contre, s'est éteinte dans la langue littéraire.
1973 Sist, de seoir, dans k sens de obsidere, assiéger.
2003 Le en après de lui constitue un pléonasme presque habituel chez
les trouvères.
2031 CA^oir M (miZia^e, perdre connaissance.
2064 Je n'ai pas noté de variante dans le ms. de Turin ; néanmoins je
crois qu'il faut déplacer le osofc en et lire : Et maii son cuer
en grant effort.
2108 f Pour aujourd'hui, je ne conseille pas qu'on vous cause plus de ,
trouble, de peur de vous faire mal. »
2109 Non fait, c.-à-d. non griete.
2120 Sans dmgier, sans oppositi(m.
2122 BoulieHTnnn : houtiet). dimin. de louUê.
2125 Pnison, potion ; forme variante de poison (cp. fnison ^i foison).
Le sens seoondaire poison remonte très-hant dans la langue et
a donné le verbe pwisnier^ empoisonner. Le genre masculin
attaché au mot actuel doit être d'introduction asses moderne.
2163 La leçon quierre voroie que présente le ms. de Rome est insoute-
nable et ne donne aucun sens.
2178 ParhiSfr, ftlenr ais«. — 2200 Veuc,ie vonlns. -- 2245 J2a«t-
ser^ reconnaître.
;4) Oaii* Im iMtoif du midi o/b».
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^4S8-
2294 La prueve, c.-à-d. de ce qu'elle Vot immt cier, — 2298 « Celui
qui est intérefleë à la besogne i .
2303 Quant » puisque. — 2319 Em pardon, vainement.
2320 De lui. On sait que dès le milieu du xin« siècle, la forme Imi
s'appliquait aussi au féminin ; je n'ai donc pas cru devoir cor-
riger : de H.
2336 « Il se fit chevalier hospitalier de Saint-Jean. »
2352 Le poète paraît s'appliquer ici un éloge un peu compromettant
pour sa modestie ; mais le mot viers doit être pris dans le sens
plus large de récit , histoire. La manière dont, dans le dit du
Lévrier, il rappelle la mémoire de son père, nous autorise k
disculper Jean de Condé de tout reproche de vanité person-
nelle.
XXIV. — LI DIS DOU VARLET Kl AMA LE FEMME
AU BOURGOIS.
Historiette de peu de mérite littéraire, imaginée à Tappuidu
dicton ( Incidit in foveam qnam fecit, i ou selon l'expression
moins imagée de Tantenr :
Ki pourcace à autrui grevance
Il s'empire et se desavanche.
13 Partir à Ut justice, faire partie de la magistrature; ou partir
aurait-il ici le sens métaphorique àeg'int/reuerà?
34 Assenée, placée, mariée. — 45 Widier, vider les lieux, partir. —
51 « De la desservir auprès de son seigneur > . Qrever, comme
anoier, régissait toujours le datif.
60 Omission du pronom le devant seit. — 7 1 t Qui n'en avait pas la
moindre idée ».
74 Cui a pour antécédent li bourçais.
84 Zeumer, forme variété de loier, récompense; cp. Band. de Condé,
Preudome, 64.
86 « Qui trompe n'auiti pas de repos > . Sur l'étymologie de baiser,
voy. Diez, Et. Wtb. I, 94, v« bugia.
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— 435 —
88 Tùwr^ tournure, ici tournure finale d*une affairet issue, résultat.
91 Mdrt sus à qqn., lui imputer, le charger. — 97 Emploie,
appliqué.
103 Ponrtraiiier^ litt. pro-tractare, dans le sens de pertractare,
manier, manigancer.
XXV. — DIS DE LE PASQUE.
Poè'me dévot sur la fête de la Résurrection.
2 Don a souvent le sens général de chose.
1 1 Pasque, par le latin Pascha, vient du mot hèhr a^qae pesach, tran-
situs, passage, en v. fr. Irespas, par allusion au passage de
range exterminateur devant les maisons des Israélites eu
Egypte. C'était donc la fête du trépas y mais le (K>^te, mêlant à
rétymologie véritable le souvenir de Pagneau pascal, interprète
trespas dans le sens de mort et définit ainsi le moi pâque par :
la fête du sacrifice de Tagneau. Le poëte se trompe encore en
attribuant à la loi de Moïse la mention de Tagneau propitiateur ;
il n'y est question que de Tagneau pascal (Exod. XII, 5 et ss.)«
Les paroles de Jean-Baptiste (St Jean, I, 29) : « Voici T Agneau
de Dieu i, se rapportent au passage d'Isaie, LUI, 4-8, et pai*ti-
culièrement à la phrase : « 11 a été mené à la boucherie comme
un agneau », etc.
25 PalUt marais, est masculin, bien que Toriginal latin palus soit
féminin ; cp. lat. salus^ féminin, et fr. salu, salut, masculin.
34 et ss. Le poëte exploite ici dévotement les deux significations de
fust : tromperie et bois ou arbre ; voy. t. I, p. 447. J'ai cherché
en vain le mot/«^^= tromperie dans Roquefort et autres glos-
saires ; cependant il a dû être assez en vogue pour que Bau-
douin de Condé ait fait une série de vers équivoques sur le
double sens qu'il présente ; je crois qu'il nous en est resté une
trace dans le terme de vénerie /uster, appliqué à l'oiseau qui
B. ET J. DE CONDI&. — TOH. II. 98
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— *>4 —
parvient à s'édiapper après avoir été pris, et dam radjectif/nl^,
fin, ni8é(I).
37 Le subjonctif yW dépend du verbe convenait; c il fallait que la
vie relevât... et (que) le diable fit vaincu... t Si cette con-
struction n'était pas admise, je corrigerais le vers par une
transposition du verbe : AnsH vaincus fit par le fnsi.
60 Contre^ vers. — 68 Eetage^ séjour, résidence (2).
72 Smciter est employé ici dans le même sens neutre que son
composé ressusciter.
74 Bstmile, instruite, formée, disposée.
84 Eipir est la seule vraie forme française du latin epirtius , lequel
avait l'accent sur spvr. La forme esprit, qui viole la loi de Tac-
cent, est un mot savant, liturgique, étranger à la couche popu-
laire de la langue.
90 Évangile de saint Jean, xrv, 6.
99 Tretble, triple. Vs est intercalaire, comme dans rester p.
reter, etc.
XXVI. — U CASTOIS DOU JOUENE GENTILHOMME.
2 Mettraire^ c'est tirer mal, faire un mauvais coup (au jeu), jouer à
faux, tricher. Ici cependant le verbe paraît faire opposition à
retraire, ressembler (v. 21), et devoir par conséquent se tra-
duire par dégénérer.
12 Te traie ehà, approche-toi d'ici.
28 Le ms. A a «a Jumte; mais remploi masculin de hante par les
Gondé, aussi bien que par des écrivains beaucoup plus anciens,
ne fait pas doute (voy. 1. 1, p. 430), et plus haut (v. 17) le ms. A
n*a rien changé au passage c'est hontes îais^ qui accuse bien le
genre masculin»
29 Legier remplaça dans Tancienne langue notre mot facile, qoi,
comme tous les mots provenant d'adjectifs latins en iUs (i braf),
tels que affile^ habile, utHe, docil6,eBi d'lnttx>ductioD moderne
et savante.
(1) Littré rapporte ^mM fttt verlie ancien fuiter, donc propr. batta, rebattu.
(S) Au fond de la signification actuelle du mot étage ^ il y a Ildée ttation (I**, 2* arr^t en mon
tant l'etealier). Le sena premier de œ mot eit rendu aujoard^hai par le «lAine mat mus la
forme savante étage.
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- 436 —
31 QenAiui; au v. 20 nous ayioxis gjçn^m4 et au v. 21 gentiex, Cet^^
varie të n*e.8t-elle qu'orthographique, ou la même personne pro-
nonçait-elle de différente manière? Qui nous le dira, pour ce
poii^t, comme pour tant d'autres?
43 Parccmtraile {contraire)^ dans sonindigi^^tiçn.
59 JMn^f dominus; tjeun& seigneur ». Ou faut-il lire jome d*af9 ,
. jeune d'années?
61 If e. sujet de commence est himnpur. — 62 Le sujet est sa^ sepifnce.
La proposition principale commence au v. 63, et il faut rem-
placer par une \îrgule le point-virgule que j'ai laissé par
mégarde à la lin du v. 62.
66 Eseeance, héritage; cp. Bon comte Guillaume, 133.
77 En voie,yoy. Blanc chevalier, 982. Chasser en voieeni Tall. weg-
jagen,
80 Mais, mauvais. — 85 Sonrduire, comme sauduire, = séduire,
conduiriQ ati, mal» — S^Ntmf^nrjSa éducation. — 95 Fors,
difficile.
-aKv^KS?>t<«
XXVn. — LI DIS. DE BOIN NON.
Le fond du poëme est la vérité mortde que voici : « Mieux vaut
Testime du monde que la richesse ».
1 Amoyer^ aei^s actif, diriger. Voy.t. I, p. 444.
29 1 Cai* c'est un vil trésor (litt. un laid joyau) que de savoir bien
conter quand le discours ne porte pas, et que cela ne tourne
pas à sage^e. ». Mimus^ nom. de m^iel, diminutif de f4u
(lat. mnins)^ muet.
39 User.^'Beiï& absolu, agir par habitude. — 42 Mes que, siiion; au
V. 48 == pourvu que.
43 Ces. transitions brusques d'un nombre ài'aufxe, quand, le sujel^ei^t
indéteiminé, sont habituelles. .
56 Lisez niens, au lieu 4e r^ens qui en^ une faute d'éçrij^ure de ma
copie.
58 Tendant est ici un substantif, = tendance ; cp., pour la forme par-
ticipiale, son synonyme penchant.
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— 436 —
61 ProYarbes, xxii, 1 : Melius est bonum nomen qaam dîvitiae mol-
tae : Rnper argentum et aunim gratiabona.Cp. Ecclesîaste vii,^
65 Sirac xli, 15 : Curam habe de bono nomine ; hoc enim inagis
permanebit tibi qaam mille thesauri pretioei et magni.
74 Corrigez mort (nom. pi.) au lieu de mors.
81 Construisez : Cascuns des proismes. — 90 Oarison, provisions;
Toy. Blanc chevalier, 100.
102 Construisez : « que (je) recort (rappelle) as boins de faire le
bien, i
XXVin. - LI DIS DE LA PELOTE.
Ce titre se rapporte à une comparaison faite entre les coups de la
balle, qui sont renvoyés vers celui qui Ta lanc^, et la réciprocité
entière de deux cœurs qui s'aiment de « la vraie amour i ; Le
. scget, proprement dit, du moroeau, sont les diverses manières
d'aimer, savoir : Tamour par sensualité, Tamour par intérêt,
Tamour par attachement véritable. ~'Le jeu de la pelote (du
latin pila^ balle) est le jeu de paume.
5 Cognissance de connoistre ne fait pas très-bon effet.
10 Le pluriel po%rsievent n'est pas d'accord avec le si;get uns.
1 1 Sowrgon (pron. sourgeon)^ source. — 20 Plenières, ici = répan-
dues, en vogue. — 55 Orasce, ici r= agi*éments de la personne.
— 60 Lui r= se.
79 Déliter (lat. delectare) se construisait, comme ses antonymes
anoyer, grever^ avec le datif.
88 Raiey rayonne. — 100 Iwl, égal. — 106 Houniy uni. Vk est
parasite comme dans hàbonde, haut, etc.
1 17 Le jeu partir, proposer Faltemative ; c.-à-d. entre Tamour ou la
mort.
159 Les autres poiiUs; savoir : délices et profit.
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— 457-
XXIX. — Ll DIS DE LE MORTEL VIE.
Complainte sur la vanité et Tinconstance des choses humaines, et
sur l'agitation incessante des hommes.
10 Faitis, gracieux, distingué; féminin /ai<i»e; du latin/aciitiMS pris
dans le sens de c &it avec art • .
20 « Au moment (en çou que) on il ne s'y attend pas i .
.32 ( Defforcer t , voilà un mot qui n'aurait pas dû disparaître ; les
Allemands ne renonceraient pas volontiers à leur verbe corres-
pondant etUhràften > .
38 C'est =r nempe, sdlicet. Cependant le poëte paraît vouloir expri-
mer : c aussi bien dans le clergé que parmi les laïques » .
40 Faire farce â, faire cas de. Tel est le vrai sens de cette locution,
et je Tai fautivement interprétée dans t. 1, p. 31, v. 17, par
mettre en pratique. C'est un synonyme de avoir cure^ ou
aeonier,
44 Vie%9y nom. sing. de vil; le mot coïncide avec le nom. sing. de
viel et amène parfois de Tambiguité.
45-46 c Faisons encore abstraction de tout cela (c.-à-d. des revers
de fortune) et supposons {jneUms) un homme placé sur le trône > .
En repassant attentivement mon texte, je m'aperçois que autre
ne donne aucun sens satis&isant et qu'il faut mettre a«^ (haute).
Autehayere^ haut siège, trône.
52 c II faut que cet orgueil soit abattu ».
54-55 Trespas, dans le premier vers = passage, dans le second =
trépas. — 59 « Oublier le jour i , tuer le temps.
76 Quaresmiel, le mardi gras , appelé aussi jadis carmenirant =» qua^
dragesima intrans.
80 ( Où l'on donne bien de la besogne (molt d*(^n) à ceux qui mois-
sonnent les blés I .
89 « Le jour de l'an, mon point de départ t . Anrenues^ nom. de
aftrfftf^/* (renouvellement de Tan), est un mot omis dans les dic-
tionnaires ; aussi ne Tai-je encore rencontré qu'une seule fois
dans mes lectures, dans le fabliau inédit de la Veuve par Gau-
thier le Long (de Tournai), que j'ai trouvé dans un ms. de
Turin, vv. 60-62:
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— 438 —
Con vos seoient to drap cort,
Sire ! ousi faisoient li nuef,
Ki furent fait à ranrenuef.
95 ( Tantôt il est de mauTaise humeur et contrarié. » Cette indivi-
dualisation de la signification de ie cangicr est curieuse. Ou
faut-il peut-être lire q%*il se eançel c car il change souvent
d'humeur t.
1 17 Targicr,fieiiB actif, couvrir d*une targe, puis rendre invulnérable,
mettre à Tabri. De là se targier (aiy. se targ%er)^ se protéger, se
prévaloir.
136 ( Mais cela ne m'importe guère •.
137 Reereamment, propr. lâchement, ici chichement.
140 « Je n'en rendrai pas un sou à ton profit » (c.-à-d. pour te faire
dire une messe).
XXX. — LI DIS DE LE NONNETTE.
Le fond de ce grivois fabliau a été traité aussi par Boccace
(9* journée, 2« nouvelle), qui l'avait pris lui-mdme dans la
seconde branche du Renard contrefait. La Fontaine en a
tourné, avec toute la grâce de son talent, le conte du Psautier
(IV' livre, 8« conte) (1). Notre auteur ne manque dans son rédt
ni de vivacité, ni de couleur et de comique, et, conmie toujours,
il commence ou termine par quelque haute moralité. Son dit
de la Nonnette est destiné, selon son intention, à nous rap-
peler :
Que il avient que teils bons cose
Sour qui il a bien à koser.
3 Ces mots par ynnorance, si Ton a égard aux détails de l'histoire
qufv^être racontée, sont d'une indulgence remarquable.
4 Coser, faire des remontrances, critiquer.
11 f Pourquoi je commence par cette sentence. >
(I) Voy. BiMW Moriini, iVoveUac, n. 40.
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— 4S9 —
13 Bmsievir, iosequi, poorsaiyro, rechercher.
17 Repairier ne signifie pas ici reveair, mais faire aéjour.
19 « Ne pas haïr » ^pour « être d'humear amoureuae i est un tour
d'un comique parfait.
20 Mifiy forme plus grdle que meie^ médecin. C'està tort que Ton fait
venir oe mot du latin medicus; ce dernier s'est francise par
méff& et n'a pu se transformer en meie. J*admettrai plutôt pour
type le latin médius^ dont la signification bas-latine de média-
teur, arbitra, conseil, peut, sous l'influence du radical med
(propre aussi à mederi et medicut)^ 8'èti*e étendue au conseil
sanitaire, au médecin.
■23 Prieuse est le féminin de prieua, prûms, fonne concurrente de
prieur. Roquefort n'a pas la forme en <im ou ont, bien qu'elle
ne soit pas rare; cp. Bible Guiot, 1081 où prious rime avec
anuùms. Priasa p. priorista figure dans Du Gange.
25 QffechimneSj toj. Du Gange v^ Offidna.
34 tt Mais pour cela l'amour ne l'avait pas laissée au dépourvu ; car,
à force de voir ce que faisaient ses ccMnpagnes, elle ne s'abste-
nait pas de se livrer souvent avec son ami au plaisir de
l'amour, au point que »
44 c< A tel point que l'abbesse allait en faire justice, préférant l'em-
prisonner plutôt qu'elle ne travaillât à jeter le discrédit sur l'ab-
baje ». Rewc^dër (qui est le même mot que regarder) s'est,
dans sa signification de faire justice, conservé dans l'anglais
to reward, récompenser.
49 Li latsete, la pauvrette.
60 Râipoêeer^ guérir, pris soit dans le sens neutre de « revenir de
maladie», soit dans le sens actifdec< faire passer nne maladie».
Gomment expliquer la signification de ce mot (I ) ? Jl faut d'abord
le décomposer en re -f. etpatser. Ce dernier n'existe pas, à ce
qu'il paraît, en français, mais bien en provençal, où espaeser
signifie passer, finir, et (activement) faire passer, dissiper {ei
igoutant au mot simple l'idée d'achèvement). De lÀ je conclus
que le verbe respoêeer s'applique proprement à la maladie qui
se dissipe, et par détour seulement, à l'homme qui se guérit. —
On pourrait encore essayer d'une autre étymologie, en rappor-
tant le mot à etpaese^, dans le sens de répit (prolongement de
temps) ; « reprendre vie ». Gp. Testament de Jehan de Meung,
v. 161 :
(l> Avant d'ftvoir «umiiié oe niot dt |»Ius pr^ je oie rtxpliqnaû par « rtpasier k la nnlé », mait
le préfixe e< (renforcé par r«) doit l»ian avoir «a raison d'èCra..
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— 440 —
c Touz nous estuet morir, nulz n'en ara respas. » — Enfin une
troisième interprétation est possible. Il n'y a pas de doute pour
moi que dans les diverses applications du verbe passer, il faut
distinguer deux vocables différents : Tun dérivant de passuSy
pas, l'autre représentant passari, fréquentatif de pati, souf-
frir (1). Espasser dirait donc : cesser de souffrir, et le préfixe
re serait ici, comme souvent, appliqué en dehors de sa valeur
propi'e.
64 De tostre tie vos passés; cela ne veut pas dire, comme on le
croirait au premier abord, c vous passez votre vie », mais bien
<c vous supportez votre existence ». Se passer de, dans Tancienne
langue, signifiait comme se souffrir de, prendre une chose
en patience, s'en montrer content ou satisfait, la tolérer. Nous
avons conservé cette locution, seulement nous lui donnons pour
régime la chose que Ton n'a pas. Se passer de bière signifierait,
dans le langage de jadis, se contenter de bière, aujourd'hui
cela veut dire se priver de bière. Toutefois nous disons encore
dans l'ancien sens : se passer de peu ou à peu; cp. Corneille,
le Menteur, I, 5 :
Il f'est fallu passer à cette b8gatelle.
Alors que le temps presse, on n'a pas à choisir.
I>e passer auquel nous avons à faire ici, est le verbe latin pas-
sari^ firéq. de pati (voy. la note précédente).
67-69 c Si vous ne faites en sorte que je sois hors de piîson d'ici à
demain, je rendrai, je pense, votre visage aussi rouge que la
soie, et découvrirai tout votre fait • . Les mots qne soie servent
de cheville.
74 Para^, continuer d'aller.
70 Meire à raison = araisonner, alloqui.
85 Se pari; selon les rigueurs de la grammaire, il faudrait le plu-
riel.
89 « Elle et la sommelière » . Pour entre, voy. la note Chev. à le
mance 1603. — Chevelier, préposé de la cave, cavier. —
90 Boursière, trésorière. . .
97 A li tner, à se tuer. — Z», comme ace. fém. (cp. v. 99), est con-
traire aux règles, mais il se rencontre assez souvent dans lea
auteurs du xiv« siècle.
(I) Voy. k M sojM Géain, Récréaiionê pkilologiqu§$, I, p. {08 et m. SenltoMnl, la spiriiiiel
phllalogu« fruçtlt • Mt là mépriio d'expliquer poMêer par pati, prononoé paH ! Il ovbllait qae de
nombreux verboi frtoftie Miit tirés de la foma fréqttaotBtive da leur primitif latin.
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— 441 —
100 « Tenir Ja main affirmée en nne affaire » p. la pourstÛTre avec
résolution, est une expression curiense à noter.
103 Zàoii droit, où justement. — On ne comprend pas trop, comment
la chambre de Tabbesse, -dans les circonstances où elle se trou-
vait, se trouvait ouverte.
104 JHeus y soU! formule de salutation.
111 Ahhes, au nomin., a la deuxième syllabe sourde; IV, par contre,
est accentué et sonore au régime abbé.
118 c On ne sait pas ce qui peut arriver. »
124 Oier$, nom. de cierf,
130 Jusqu'à hier revient à dire : jusqu'à vous égosiller. Le verbe hier
(d*où le V. fr. hie, effort), répond au flamand hijffhen, respirer
fortement, s*ébrouer.
138 Plice, voy. dit dou Pliçon, 80.
152 Baulier, flotter dans Tair, répond au type ballieare (cp. pour le
son au : Qaule de Qalîia) et est le parallèle de Tit. balicare
(voy. Diez, I, 48). Pour ma part, je dérive ballieare àe ballare,
s'agiter, danser.
154 S'espautrer au rire, pouffer de rire. Le verbe espautrer, très-
répandu encore dans les patois, doit avoir pour sens fonda-
mental fracasser, meurtrir, faire crever ou éclater ; Tétymologie
reste à trouver; on a pensé à Téginigement de Vépeautre^ et
Gachet propose, bien à tort, selon moi, le latin epatha.
157 Faire à point, satisfaire.
158 Siens {en deux syllabes) doit être le latin sciens, sachant, sage. Je
le vois ici pour la première fois.
162 Fendre le dé doit être ce que Ton dit en d'antres termes rompre
Udé k qqn. = faire avorter, empêcher ses entreprises.
173 Pour moi, pour ce qui dépend de moi.
174 Taner, fatiguer, ennuyer, se voit souvent dons Froîssart et Chas-
tellain. Il se dît encore.
175 et ss. c Parlez-en maintenant tant qu'il vous plaira, car même
si vous vous proposiez de tenir vos promesses {Us de legs) une
moitié plus que vous ne le faites, elle sera élargie, vous dis-je,
et cela même avec votre propre permission, avant que nous ne
sortions d'ici, ou bien vous en aurez encore plus d'ennui qu'elle. »
Tel est le sens littéral de ce passage.
184 tt Pourquoi, madame, la malheureuse aurait-eUe, pour avoir
éprouvé Taigoillon de l'amour, mérité la mort d'un pagnauf »
. Reste à savoir ce que c'est quepagnau ou pagnal; serait-ce un
payen, un mécréant, le mot étant formé, par syncope, d'un
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— Ui —
typepaféntdislCHi p«i probaUe^ ùapê§mal ne.Mrui-U qae
le mot puffnoier^âïfUrejamé de raffixe, et déâgMfettt mu mûé-
table, UD vaurien, indigne^de tout ûitérêetToat œla reste incer-
tain, mais odttedîfficaltÀ n^autoriee pas. Je pente, à rien chan-
ger au texte. — Notez qu'on reproehe à Tabbeeee non pas
r intention de faire moorir sa pénitente,* mais de Texposer, par
la longueur et les rigneure d»la prison, à. mourir do privation
ou à se suicider d*ennnî (voy. w, 9^97).
191 Li cors de vous =» voua ; përiphrate connue.
1 96 Je ne saurais préciser c« qu'il y a au fond de «ette distinofeloii entre
des lanières de émir de mtU (mulet) et des lanièraa de emrde
cerf (V. 199). Il faut admettre que les bridea du eouvrechef
habituel de Tabbesse étaient en cuir de mulet.
204-5 Je ne sais si Rabelais a recueilli cette expuessâon danasoniBaenz
glossaire erotique.
217 tt Afin qu'on n'eût reoours à Vos éclumié t. Ce tenue me fait
l'efi^t d'avoir un sens analogue à celui de nerf de besof .
237 VisUeres (nom. sing.), visitator ; le père riaiteur dueouxrent.
240 PrMtfrtf «10^09» trouver sujet à remontranee.
«Hi iliti'
XXXI. — LI DIS DOU MARIAGE DB HARDEMENT
ET DE LARGECE.
La prouesse est la fille de la bravoore et de la largesse ; conte allé-
gorique.
23 Atempri^nce^ modération, mesure.
30 TaiUans, décidé, résolu, cp. notre expression inctsif (pr. qui
coupe). Le mot Utnchant nous est apparu dans le même sens
métaphorique, p. 52, v. 86.
36 Regardé^ surveillé, soigné ; cp. regart, aurveillance, p. 273, v. 75.
^\ A son endroit; cp. Blanc chevalier, 105.
67 Faire conseil, prendre conseil. (Dans le teste des mas. AB.,
cependant, cette exprassion prend le aens de < suivre un con-
seil ».)
74 Asanler s'emploie aussi bien du matûge que du combat.
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^ 'AhMéMM, taiis à la diisp^ûtieii.
160 Bngraïki; «jnàtifOie àe ânaspH, 9mi}H, hàsiant.
103 Bobe, bourde, plaisanterie. Le AenB fondamental est enflure,
vanité, et la parenté avec bobant;beub(mtj pompe, £ute, orgueil,
se présente d'elle-iiiéme. L'idée d'énflare s'attache également
■au terme d05«, dans faire la bobe a= faire la moue. Le vieux mot
bob» (Baud. de Sebonrg, VIll, 614), ainsi que Tesp. '6d2M?, niais,
nigaud, n'exprime, à mon sens, antre chose que celui qui se
laisse c payer de tobes t , et je ne stris pas iavorable à Tétymo-
logie baïbus proposée par Diez (H, 104) et approuvée par Littré.
La fftèfi^e bob (l) nasahsëe a produit bombance^ faste, forme
postérieure à bobanee^ que Diez ramène à b9mb%$y bruit.
137 Si = jttsqu^à ce que; voj. t. I, p. 410.
141 Mètre avantt tappeLer.
150 Le siget de /âieoitJ¥mir est la proposition introduite par de ce
qneBxiv, 152.
165 c< Et quand 'Tai'gent venait à lui' msnqner ». Voy., pourvu =
argent, le glossaire de Gachet, v« Finance.
182 Biens fais t voy. la note Blanc chevalier, 862.
204 Curieus, empressé, soigneux. — 236 £e poitmetUi lui vient en
aide. '— 242 S'en passer^ s'en contenter.
XXXU. — LI DIS DOU BOIN CONTE WlLLAUME.
Poème fait à Toccasion de la mort de Guillaume I*', le Bon, comte
de Hainaut, patron du poëte. Voy. sur ce sujet : « Panégyriques
des comtes de Hainaut et de Hollande, GuiNatime I» et Guil-
laume H (publié en 1863, par M. Ch. Potvin, pour la Société
des Bibliophiles belges, séant à Mons, 66 pp. in-8«).
14 Tout en somme, bien certainement.
(1) Celtê racine bob roarquBBt Bnfluie, renflemeat, est onooMlopée, et j'y rattache auMi In
mots : iubt, buboH, bobiné, bobèche. La racme bod a la mèoM sou ; voy. plus loia la nota Magni-
ScatiBS.
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— 444 —
15 Plutieur, en vieux français, équivaut, Je le répète, au lat. pie-
tique f et se traduit Bouvent par f tout le monde • . Cp. vr. 2
et 45. — Sans/aimdre, franchement.
16 Guillaume succéda à son père Jean II, le 23 août 1304, dans les
comtés de Hainaut, de Hollande et de Zélande, et comme sire
de Prise. D'après vers 176, il devait être né vers 1287. —
En 1322, il termina par un traité avec Louis de Crécy, comte
de Flandre, les longues contestations relatives à la Zélande et
à la Flandre impériale ; celle-ci est abandonnée à Louis, qui de
son côté renonce à ses prétentions sur la Zélande. — En 1327,
Tempereur Louis deBavière, beau-fils de Guillaume depuis 1324,
crée ce dernier vicaire de Tempire. L*année suivante, Guil-
laume combat pour la France à la journée de Cassel. —En 1330,
il rétablit son autorité dans la Frise, où la négligence de ses
prédécesseurs Tavait fortement compromise. — En 1334, Guil-
laume, jusque là Tallié de la France, se brouille avec Philippe
de Valois, son beau «frère, et devient Tâme de la ligue
qu'Edouard III, mari de Philippine de Hainaut, forme contre le
roi de France.
18 De/aute^ perte, dommage.
27-28 Le règne de Jean II fbt fort agité. Les peines et les tourments
{maint akan\ auxquels il est ici fait allusion, se rapportent à
ses luttes contre les bourgeois de Valendennes, à ses démêlés
avec Gui de Dampierre et TAngleterre, puis, à cause de la suc-
sion du comté de Hollande, avec Tempereur Albert.
32 Le panière; voy. t. I, p. 389 (v. 50).
46 a Non pas par-ci par-là, mais constamment » .
51 M. Tobler, à Tappui de ce que dit ici le poëte de la prodigalité du
comte Guillaume, rappelle le fait, qu*un jour à Harlem, il logea
à ses frais, pendant huit jours, 20 comtes, 100 barons, 1 ,000 che-
valiers et beaucoup d'autres personnes de condition des deux
sexes.
56 Quant; dans la vieille langue cette conjonction impliquait fort
souvent l'idée de causalité; c'est ainsi que pnU que, d'abord
conjonction temporelle (dès que, après que, une fois que), a fini
par devenir exclusivement conjonction causale.
71 Mettre arrière^ laisser de côté, passer sur.
80-81 Construisez : « Sa largece , sa grans valeurs £EUsoit partout
croistre son non. »
84 « Si on lui avait accordé une plus longue vie i ; retpUier^ accor-
der un répit, un délai.
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89 Le reçart, le point de vue. c Mais au point de vue du monde. »
96 Consauty 3 sg. subj. prés, de conseiller. Il est établi que conseil-
lier avait jadis l'acception de aider, tirer d'embarras, soulager ;
cp. Barbazan, fabl. I, p. 349 de chest a/aire si très bien consil-
nés seras; ^lore et Blancefl., t. 320 consUlié m'eut et vous et
mot/Mfitzner, Altfranz. Lieder, XII^ 14, et n'ai qui fn*en con-
seul. Il ne faut donc pas penser à consoler, qui paraît ne pas
faire partie de la langue des trouvères.
98 La comtesse de Hainant, mariée depuis 1305 à Guillaume, était
Jeanne, fille de Charles de Valois et de Marguerite (celle-ci fille
de Charles II, roi de Naples) et sœur du roi de France, Phi-
lippe VI de Valois. Petite-fille à la fois du roi de France, Phi-
lippe le Hardi, et de Charles, roi de Naples, le poëte est en droit
de la nommer, an v. 106, de double lignie roiaus. — Après la
mort de son mari, Jeanne de Valois se retira au monastère de
Fontenelles, près de Valendennes, où elle prit Thabit de saint
François et décéda en 1342.
107 Départie, séparation.
111 Assenées, placées, mariées, pr. assignées.
113 L'aînée des trois filles de Guillaume, Marguerite, avait épousé
en 1324 Tempereur des Allemands, Louis de Bavière. C'est elle
qui, après la mort de son frère, en 1345, succéda en Hainaut
et en Hollande, et qui fit passer le Hainaut de la maison
d'Avesnes à la maison de Bavière.
1 15-16 La seconde fille, Jeanne, était mariée à Guillaume VI, duc de
Juliers.
1 17-18 c La troisième, il n'est pas nécessaire de la chercher très-loin ;
c'est la reine d'Angleterre. » Il s'agit de Philippine, mariée
depuis 1328 au roi Edouard III.
1 19-20 « La plus jeune il l'aurait ^lariée au plus tôt qu'il eût pu. » Il
s'agit d'Elisabeth, qui, après la composition de ce poëme, devint
la femme de Robert de Namur (frère des comtes régnants
Jean II, Gui II, Philippe IV et Guillaume I«'), le protecteur de
Froissart.
126 Le fils de Guillaume le Bon, qui gouverna le Hainaut (comme
GuiUaume II) et la Hollande (comme Guillaume IV) de 1337
à 1345, avait épousé en 1334 Jeanne, fille du duc Jean III de
Brabant (1).
(I) Jeanne fut mariée, «prit la mort d« Gaillaonie, li Wenoailaf d« Luxembourg, qui par Ik fut
duc de Brabant «t Liirboui^.
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133*137 i Il6nport6l«Qwetenarhéritage(fsiMiff^e);qu'ila8[^
{aii léanCê) dès lora (or) auwi à rhonneur quVivait le père peo-
dant SA vie, oonune la vexiqxs^x»/^ eu, a qoura de loin et de
près; da cela, il doit être tout p<éD^tre {iemm$f prepr. averti,
aouuxàë). 1
139* u Certainement (voirt est), nous autras [eiUre ntms), qni Tai-
moivs, etc. »
155 Desdire, donner un déine;iti.
159 Construisez : « .Car» a«aés plus y.a (qi^) n en,dic) »«
1 6(5-7 Voy. rintrpduction.
177 « Pour ceajour^ eatoit.de tou^ poinaalitëa^li oont^a Guillaumesde
Hainnau de if^.ma^die dea goutes> niais il ayoit tous ses sens
avoeoqaes Inir Et aussi, naturelment donnoitfbpn oonsel qne
onques faiit il avoit en devant sa maladie >.. Froissart, éd.
Kervyn de I^ttenhove, t. I, p. 200; Cp. Jehan le Bel, éd.
Polain, 1. 1, p. 12^
186 Guillaume « rendit Pâme, Tan degrâc^ 1337, les^ptièm^ jour de
juin, dans la nuit solennelle du Saint-Ei^prit (dpnc la veille de
Pentecôte). > En effet, Pentecôte tomba, en. 1337, au 8 juin,
t U ftt (dit Froissart) et est ensepvelis en Tëglise des Cordeliers
en la ville de Valenchienne^, et là fu fi^is son obsèque tant reve-
raument, et chanta la messe li evesques Guillaumes de Cam-
brai.»
XXXIII. - DE L'AMANT HARDI ET DE L'AMANT
CREMETEUS.
fiiipÊiMsfnK entre deux, dames sur la question que^voici: Lequel
de deux amoureux aj^e le plus sincèrement, celui qui se déclare
franchement et sans longues hésitations, ou celui qu^ retient la
timidité dans Texpression de ses feux ? Jean de Condé, que ces
dames supposent « estre fondé en amoureus entendement », est
appelé en arbitre dans le débat. U se prononce en faveur de
Tamant timide et humble. — Sauf un Ave Maria, cette pièce est
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— 44T —
là saulôde Jean d» Oondë qui soit divisée par ooapbds dd douz^
vers à aixrimesv <^Mit deuz«entrelaoéés«
10 Dont, aloi-s. — 32. Eslmgier, actif, = s'éloigner de, voy. p. 412,
V. 25. — 3^'Bntren(msiro%», à nous trois.
46^ Ct89neteu$; timide, craintif, est formé, par le suffixe eus{^ osas),
du typelathi iremiia, crainte. Au lieu du substantif participial,
le provençal ajoute le mêtne suftxe au thème verbal erem et
a fait cremos.
51 Courant, synonjme^é errmt, aussitôt.
55 r Certes il ne pourrait se faire qu'un bomm& saisi dû désir d*aimer,
qui en ferait hardipient Taveu, ne bréle pasd^tra féu véritable.
L'antre, qui y naet de longs- détours, serait^I mie«nL épris?
Cdmment' pouvez-^ vous... i
64' c Une femme ne peut ni faire ni dire dé pis, que de refuser ;
qu^il prenne dose c^pour ce qui peut' lui arriver de plus
fâefaeux. I
87 Zone manoir, longue demeure.
90 « Qti^irne peut manquer d^étre aimé ».
100 Despriscj j'estime peu. — 104 Z^efm^, la: vérité. — 108 Faire
sage de qqch., instruire, informer.
133 c Telle est la force de Tamour, que, quand il s'est emparé d'un<
amant, celui-ci se sent si serré et entrepris lorsqu'il' voit sa
dame devant lui ». Le qite du v. 135* est une rét>étition pléo-
nastique de celui dû ▼. précédent; oette répétition est ftéquente
chez les trouvères, quand la proposition est* coupée par une
incidente.
144 Venir, ici = aboutir, réussir.
156 «' C'est après j avoir réfléchi et en avoir fait l'expérience i .
^'Cfe*-
XXXIV. — U DIS DOU LEVRIER.
«' Une histoire d'amant trahi j^ar une coquette et sauvé par son
cbien^ — un tableau, émouvant de la transformation de l'homme
soua l'impulsion de l'amour» (1).
^1; Potvln, Revue trimeitrieUe, t. XXXIX, p. 4i.
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— 448 —
17 II faut Buppiëer ici le nomin. qtti, comme stget de WBUent.
20 c Mais il n'est pas d*homme moins estimé que lui. »
30 Piert, lat. petit; cp. v. 978.
39 et ss. Cette présentation que le poëte fait ici en quelque sorte de sa
personne, engage à supposer que le dit du Leviier est sinon la
première production poétique de Jean de Condé, du moins sa
première de quelque importance.
51 i/aïkiii/, ici a étemel.
55 CiU est une faute typographique pour q%û
59 BecueiUier^ euellier; pour ces formes en ter, voy. Burguy, 1, 328.
65 Wevre^ pagus Wabrensis.
82 QuinteTy doubler et descauter; les musicologues auront peut-être
quelque intérêt à noter ce passage ; pour ma part, je rappellerai
la phrase suivante d'Eustache Deschamps (Poésies manuscrites,
f^ 395) : f Par ces six notes qui sont appellées ut re mi fa toi la
Ton puet aprendre à chanter, acorder, doubler^ quMojfer, tîer-
çoier, tenir, desehauter. i
98 Ofrant, serviàble, obligeant. — 99 Acceptable (agréable), conmie
qualificatif de personne, est digne de note ; de même qii agréa-
ble ^ il signifie d*abord : digne d*être agréé ou accepté.
117 Tobler a fait la correction plue d*en/ant; je ne sais si elle eft
rigoureusement nécessaire ; en tous cas nous avons le de plus
plus loin, V. 1435 : Aine plus n*en peut d'eu/ans avoir,
136-7 Cp. Chev. à lemanoe, 1761. — Notez Tomission du sujet indé-
terminé 0», 1. 1, p. 509 (v. 288).
146 i4^atrtf,<X)ndition sociale; cp. v. 324.
160 Ce Bubi./ust (ainsi que /«^/, ▼. 164, etvoueistj v. 166) exprime
une nuance de possibilité ou d'indétermination dans le passé.
Cp. Magnificat, 171.
178 Notez cet ancien tour/air^ entendant ip, faire ou donner à entendre;
cp. V. 339.
188 Ehfnaistrer est un composé fait sur le patron de e^orcer.
192 Maire^ du verbe mairier, voy. t. I, p. 419. — 197 Pamp, per
médium.
209 Voy. sur les yeux mirs^ Roquefort, v« vair,
21 1 BrunA, ace. plur. de brunet. — Traitif, bien taillé, litt. qui a du
trait, qui offre de belles lignes.
232 Acesmans, de acesmer, dans le sens réfiéchi de s'orner, se parer.
233 Eeraige, de esragier, formé de la même façon de ex-radicare, que
juger de judicare, tengèr de tifidieare. Mais de même qu'on
trauve concurremment avec vengier la forme venehier (de là
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— 449 —
revanche), avec charger la forme carcier (v. 431), la vieille
langue disait aussi esracier, esraehier, errachier (1).
254 La mUlaurs (p. la mieudre) est une incorrection qui n'est pas
isolée chez notre poëte. Gp. Magnificat, 59.
268 EscortemetU est bien, je pense, la bonne leçon, car descordcment
ne donne aucun sens. J'ai déjà traité ce mot au t. I, p. 495
(t. 266), et notre passage vient à Tàppni de ce que j*ai dit.
282 D*un et d'eU (aliud), de ceci et de cela.
325 Amparlier, avocat. Ce mot mériterait bien d'être réhabilité ; il
est si bien caractérisé.
328 ii/ai^4ia»^ frappant juste.
329 Fieltret c'est feutre, • Est-ce une bourse en feutre pour quêter,
se demande M. Potvin en citant ce passage, ou une cagoule de
feutre du moine mendiant? » Du Gange dit : < In régula S. Bene-
dicti habentur chlamydes de feltro, » mais le Bénédictin qui u
revu Tarticle, ajoute entre crochets : € Frustra quaererentur ».
352 Bstraignet étrange, ici difficile, contraire.
365 Mierei n'est pas notre merci! d'aujourd'hui; le soupirant n'est
pas d*humeur assez ironique pour remercier des gracieusetés
qu*il vient d'entendre ; traduisez : « Grâce, s'il vous plaît ».
415 Maintenir, dans le sens réfléchi de t se maintenir ».
444 Arrainie, convention, arrangement.
460 On peut douter ici sur la leçon à choisir : à querre ou aquerre,
469 1ère, serai; cette forme monosyllabique de la l'^* pers. du futur
du Terbe estre est omise dans Burguy (I, 270).
475 Esligiery du latin eligere, choisir, élire. Gette forme esliçier
repose sur le transfert de la conjugaison en ère dans celle en
are ; esUre se rapporte kesligier, comme afflire à affliger,
486 Oi, l*^ pers. sing. de l'indicatif prés, de oïr; le passé défini
serait oi*. — 497 c Si quelque maladie ne m'en empêche »
(litt. ne me l'enlève).
51 1 L'antécédent de que est osteL — 518 Croit, donne à crédit^ opposé
à acroit, prend à crédit.
564 Dart à meure; voy. p. 427 (v. 1220).
580 Meule, subst. collectif, biens mobiliers. — Aleufte, de l'infinitif
alùuer. Le w est intercalaire, comme dans creV.we, cheilwe
(p. 40, V. 1320, p. 44, w. 1458-9), emhouwés, leumer, euwïst
et autres formes de ce genre.
605 Sa saison, son bon temps? sa jeunesse? son temps?
(I) CVfi de cette tlernièie farme probaUemeot, que, par la cooTenjon de < en a (q>. alerer,
omenier)t t'eM pradait notre mot arracher.
B. ET J. DE GON»£. — TOM. II. 29
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— 4S0 —
626 « Et lui qaî était incapabla de s'acquitter par aucan effet mobilier
en sa possession ». Cp. Mariage de hardement, 165.
640 Sipars^ participe de espardrâ, disperser.
660 Lasquir, se relâcher; verbe neutre tiré de Ta^. latfui^ à distin-
guer de Factif loêekier^ lasqtniâr.
663 En tout endrois^ en tous points; plus bas, v. 691, m tûut seus.
664 Sel = tile;\eHA ici une valeur ocmclusive.
668 Par estatoir, de force.
706-7 a A qui Tfaonneur, à lui le profit ; Je ne tiens pas i en pren-
dre aucune part. »
723-4 Voilà deux vers qu'un grand génie ne désavouerait pas. Seule-
ment il faut faire abstraction du sens actuel du mot eauiiois^ et
rinterpréter par t offert de bonne grAce > .
765 Orent envie, portèrent envie, envièrent.
785 Clatne^ forme incorrecte» comme aine (aime), voj* ma note t. I,
p. 302 (v. 208).
801-2 Construisez : « Que peuisse avoir encor, par siervice, assés de
bien et d'&voir ».
808 Vitre, vipère. Le mot vipère est de formation savante et contraire
aux règles ; il a Taccent lA où les Latins ne le mettaient pas. —
811 Que «9 car.
812 « Que Je ne me frappe. •
814 « Je ne me soucie plus de vivre au monde. » Ce passage écarte
tous les doutes que j'avais, en traitant le v. 86 du dit de Gen-
tillesse de Baudouin de Condé (t. I, p. 467), relativement à Tin-
terprétation de cuer. Ce mot représente bien positivement le
latin euro; le son ou de l'infinitif tfO»r^ (1) s*est fléchi au pré-
sent en ue (eu) ; cp. courir, mourir, prés, cuer, mmer.
832 Poursallir^ sens actif, faire galoper; le préfixe peur « pro,
en avant.
837 Avantaige, faculté, disposition naturelle.
842 Litt.: « Et ainsi s'aggrave et se renouvelle pour lui son deuil, et il
s'émeut d'une douleur nouvelle • .
859 La cui valeurs, dont la valeur.
862 Deehirre; on dit encore déhirer, p. déchirer, dans les patois du
Nord de la France.
872 « Défier quelqu'un », comme ce vers le met bien en évidence, est
(t) Mn IcetoTM nt m'ont pas encore faii rencontrer c«t inflniUf. mais 11 doit exiHar; q>. les
•atiM dérivés di> cura, tels que eomrier, e^urutier (d'ob emniier). BoqiMliMrt a courdir, qui a*«t
prat'étrv qa*aD« hu» pour eourer.
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A k.
— 4S< —
Topposé direct de afier qqii . ; colul-ci veut dire s'engager ennrers
qqn. (lui iaspirer foi) ; Tautre, ae dégager de aes obligations,
d'où les aeoB: renoncer à la foi jurée, ae mettre en guerre
avec qqn. , le provoquer. Affier , c*est fidentem reddere ;
àéjier^ diffidentem reddere.
882 C<mroi a dea acceptions multiples, mais toutes découlent dn
sens ft oi*dre, arrangement ». Ici le mot signifie les projets à
faire, les mesures à prendre.
891 I A rime favoriserait plutôt la forme nie ou uîU; on sait que la
forme hurler est Teffet d*une conniption ; je me l'explique par
la mutation d'un « en r. La forme primitive est uler; de là, pai*
une succession toute naturelle, usUr^ urler, ulUr. Ces formes
rappellent la triade meder, merler, meiler. Vay., pour un pro-
cédé analogue appliqué au mot ia/tf,plus loin Magnificat, 267.
909 Crieme est une forme concurrente de crient^ dont Burguy n*a pas
fait mention. Elle ne peut s'expliquer <^e. comme se rapportant
à un inûnitiî cremer, dont on a des exemples.
910 Encriente, voy. t. I, p. 442. J'igouterai ici que encrieme pourrait
aussi être envisagé comme un de ces adjectifs radicaux dont je
parle à la p. 386, et venir d'un verbe es^remer^ effrayer.
91 1 Viée^ voy. 1. 1, p. 395 (v. 42). Appliqué à «oi^, je doute encore si
cet adjectif signifie « battu » ou € abandonné, déseii; ». Cp.
V. 1214 : lés la viée capielle soltainne.
915 Je n*06erais affirmer que ma leçon $^i (p. H i) soit juste; n'étant
pas à mâme de prouver que TéUsion de % devant le pronom i
aoit admissible. -^ Ot més^ eut demeuré.
92) Carrière^ chemin de voiture ; cette signification est plus probable
que celle du mot actuel carrière, qui toutefois est d*nnc aussi
ancienne date que Tantre.
926 4 Sans sa nourriture » . Tobler a iniitilement substitué posture à
peuturey qui est une forme parfpdtement établie, bien que diffi-
cile A justifier étymologiquement.
941 Qu'est-ce que c'est qu'un lièvre demi? j'en abandonne la réponse
aux chasseurs. Ou faut-il lier demi, comme adverbe, avec
endormi ? Gela me sourit davantage .
948 Gaui, foi*ét, rend à la lettre l'ail, fvald.
952 Errement, histoire, voy. p. 392, t. 1224. — 955 Ciercier, par-
courir, revierser^ litt. tourner de tous cotés, rechercher, ûg.
parcourir. — 956 Convierser^ séjourner.
969 ffidous, hon'ible. —972 Garçon trotter, voy. Du Gange, v" Trota-
riuB (pedissequus).
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— 452 —
974 Ce Uil est obscur ; je soupçonne une erreur et corrigerais volon-
tiers /cl assaut. L*emploi do fel à tous les cas ne fait pas doute.
991 Reviel^ résistance ; voy. t. 1, p. 401. — 998 Lancer, id sjnonjme
de s'élancer; plus haut, \. 973, lar sant. •
1000 Ferrant n'exprime pas ici la couleur du cheval, mais bien sa
fougue. La valeur des mois/errant et atiferrant a longuement
été discutée par Diez (Et. Wtb. II, p. 293) et par Qachet
(61ossaii*e, v^ Auferant et Ferant). Pour ma part, je suis porté à
rapporter/erra»/ « fier, cruel, fougueux, kferanus^ dérivé de
ferns. Le suffixe an pr^nd pai*fois, par assimilation an participe,
la forme ant{c^. païsant, tprani)^ et le double r est Teffet d'une
confusion Avec /errant, nom de couleur. On a le mot écrit avec
un seul r, dans Qodefroid de Bouillon, 16360 :
Lucquabiaus qui le cuer oi/erant,
La forme sans t se voit dans Partenopeus de Blois, 1, 15 :
Ains alevoit fils à vilains
Félons et cruels et/erains.
1006 Je ssupçonne ici pnis au lieu déplus.
1009 c Quand ceux-là voient qu'ils ne le prendront pas. » Ti'en p. ncL
Yoj, pi. haut, p. 383, v. 196.
1043 Efforcier, sens neutre, prendre Tempire, dominer.
1090 Cières au pluriel, mines, mouvements du visage.
1095 Notez cette locution n'en vouloir iestre « ne pas y consentir.
1 100 Escauder (échauder)» faire éprouver un dommage, est un terme»
métaphorique qui s'entend encore.
1115 Cette opposition est faiblement rendue.
1122 En grant justice, en grande sujétion.
1 127-8 Alewa (emp]ojB)Jen}a sont des formes assourdies de aleuiea.
jeuwa (voy. v. 586). — Outraiges, excès.
1 130 Livrer qqeh à qqn. est tourné id en livrer qqn. de qqch.
1134 i?«r^ fortune (biens).
1 181 Apierle, habile, rusée. — 1 183 Atenir, atteindre, arrêter.
1195 Hisdùur, frayeur. L'étymologie la plus naturelle de k%sde,kiS'
dour et hisdous est le latin hispidus, hérissé ; cp. korridus,
1» hérissé, 2'' qui excite l'horreur. Cependant Diez recule
devant ce primitif à cause de l'absence de 1'^ dans les textes
andens et déduit le mot, de préférence, du vieux hant-allemand
egidi, horreur, par l'iptermédiaire d'une forme contracte eide
et ùle. Mais le scnipule du professeur allemand est exagéré,
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— 455 —
pnisqu'on trouve hisdeur dans un texte du xii<^ siècle. Voy.
le Dictionnaire de Littrë.
1207 Cil hoë et cilgaui; le démonstratif cU a souvent un caractère de
généralité et d*îndétermination. Gp. Baud. de Condé, Voie de
Paradis, 13 et 14.
1215 SoUain, soatain, solitaire, désert. Cp. Perceval, 1289 : De le
gaste foriest sauiaine.
1215 Menu, dm, serré. On connaît la locution adverbiale mmu et
sotent (cp. esp. a ntenudo, souvent).
1 229 Le pronom U se rapporte au maître ; Tenchaînement logique
des périodes n'est pas le coté fort de la langue des trouvères.
1246 Que veut dire maire ^ que Tobler a changé en mesle? Il ne peut
s'agir du mairier =s maîtriser, déjà mentionné plus d'une fois
dans mes notes. J'avoue que Je suis également dans Tem*
* barras pour en sortir sans correction. Voici comment je vou-
drais modifier le vers :
Et les mairi et les tort ensamble.
Mairt serait, à mon sens, la 3^ sg. prés. ind. de nareir, fouler,
pi^esser , ici synonyme de tordre. Je crois le sens plus favo-
rable à cette correction mairt qu'au maintien de maire =
marie, lie, unit (infinitif «natr^r).
1254 Construisez : Elle lui fait essuyer le visage* par sa compagne...
— On fait dériver essuyer, prov. eisugar, de sucus^ sève, sauce
(donc litt. ôter|rhumidité) et je pense que l'on a raison. Mais
la forme essuer pourrait bien être, malgré l'identité de signifi-
cation, l'effet d'un antre rapport étymologique; elle accuse un
radical «iki, et je ne vois pas pourquoi on n'admettrait pas «d;- .
sudare (= ex-siccare) pour le primitif de essuer. J'avoue que
ma distinction est un peu subtile, mais dans l'étude d'un orga-
nisme aussi délicat que la langue, aucun trait ne veut être
négligé.
1268 Se regardèrent l'ail, sich umsehen, regarder autour de soi.
1275 Rai, j'ai de nouveau. — 1290 Se chavir^ s'entretenir, pourvoir à
ses besoins. — 1298 Mais, plus jamais.
1306 Peut-être vaut-il mieux lire en tel lieu. — Vertir (cp. v. 1349),
se tourner, se diriger. — 1312 fface, subj. de haïr; ailleurs
hee. Le c est un reste du t radical (hat-ir), cp. cheïr^ subj.
chiece et chi/e.
1316 Viest, se vêt. — 1325 S^apaisancier^ calmer, dérivé de pai-
sance, apaisement. Ce mode de dérivation, cependant, est tant
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«oit peu douteux, et il se peut qu'il faille lire apaisante (et à
la rime, sente au lieu de senee^ forme d'ailleurs parfaitement
correcte ^ur sentiat); on trouve, en effet, dans les sermons
de saint Bernard (p. 549) apaisanteis et dans les Moralités
sur Job (p. 496) soi rapaisantsd (1). Ce qui me Mi préférer la
forme en ancier^ c'est que la dérivation fait généralement
changer le t final de la désinence ant en d, cp. marehandery
ajfiriander^ ffarandir (2).
1332 On s'attend plutôt à lire : S'elle est inde. — « Étancher un
homme » est encore une de ces convei*8ion8 de régime dont je
fais mention à la p. 429 (v. 1598).— 1335 Se naurir^ en parlant
de maladie, doit équivaloir à avoir son siège, — 1 344 Le pas n'est
pas id, comme ailleurs, »an pas, mais =s de ce pas, aussitôt.
1347 Là parent^ dans les environs. Cet adverbe parent n'est renseigné
nulle part ; je n'en ai encore rencontré que deux cas, le nôtre
et le suivant (Gautier le Long, fabliau de la Veuve, 347-8) :
Or vous dirai d'un mien parent,
11 ne maint mie chi parent. *
Je m'abstiens de toute conjecture étymologique, et me borne à
rappeler, sans rien présumer quant au rapport réel, et pour la
simple ressemblance, l'expression : dans ces parages,
1363 lestre^ demeure. — 1372 Lier^ = embrasser, est curieux. —
1381 ii s^our^ en repos.
1390 Lignes draSy vestem lineam. Joliement, répond au lisntent du
V. préc. et n'exprime pas une qualité de la chaussure donnée,
mais le contentement joyeux avec lequel celle-ci fut offerte.
1406 Partout^ = trestout, tout entier.
1422 Ratoumée; mieux vaudrait a/o«rft/<?.
1435 Pour éviter toute équivoque, on serait tenté de supprimer en, qui
semble remplacer de sa fiUe ; je ne l'ai pas osé faire à cause
d'un idiotisme de l'ancienne langue consistant à faire annon-
cer par le pronom en un génitif suivant (voy. t. I, p. 437
V. 289). — Peut := pot, put.
1448 Messaige, ici et v. 1455 = messager, v. 1455 = message.
1477 Sans respitement, sans délai. — 1478 Quitement, librement,
sans réserve , entièrement. Il est intéressant de rappeler ici
(I) Il fiât w nppeiCT q«e l« c et le f tont peu ditUncu dans le« muratcriu et frèquemiMni
eoaiMMli».
(t) On peut cepeodanl oppoier ereantêr et crtfmnter.
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— 435 —
Tangl. qwUe, qai, de la valeur première : déchargé de toute
conditîoii, en est venu à aîgûifier : absolument, tout k fait.
1479 livrée de terre, voy. Du Gange, v« Libra terrae.
1496 A délivre est Fadverbe du verbe livre du vers pi-écédent, et
signifie la même chose que le qtriiemeni de tout à Theure ,
sinon « c promptement ■ .
1536 • Il a poussé à bout Tépreuve de sa cotte et de son anneau. •
1554 Ronblieus m*est inconnu; Je trouve dans Hécai't roupelieu^, qui
a la roupie, morveux, et je suppose que c'est le même mot.
Quanta rourdis, il m'échappe.
1561 Zaw«, dalle tnmulaire. — 1562 Lettre, inscription.
1575 Recuite, voy. 1. 1, p. 394.
1577 et ss. Cette moralité finale est faible, et la pensée se dégage péni-
blement.
1616 ffairej ici par métonymie, peine, affliction. E. Deschamps, Poé-
9ies,mBB.PZ60:
Marie toy donc et me croy
Qu'à mener vie solitaire
A Ten plus de mal et de haire
Mil fois plus que mariés n'ont.
XXXV. — U DIS DOU MAGNIFICAT.
Légende d'un roi dépossédé pour son orgueil sacrilège, et réhabi-
lité pour sa justice et sa charité. < Ce récit, dit M. Tobler (l),
« est conforme pour le fond avec le « Kûnig im Bade » de
« Strîcker (2). M. Von der Hagen a comparé, avec ce dernier,
« d'autres versions allemandes du même sujet, ainsi que celle
« des Gesta Romanorum (c. 59) et une anglaise du xiv« siècle,
< publiée par extraits par Warton, Ellis et Swan. La composi-
(1) Ebcrt, Jûkrbvuk fûr romun, u. fmgL LU,, II, n.
(i) Pofila ■lleroand du xiii* tiède. Le poème mentionné est imprimé dans Von lier ii«f«n
Cetammtabm t ê m er, III, 40».
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-* 4S6 —
« tion de Cond^, oependsnt, est indépendante de ces veraions.
• Je citerai, de mon côté, comme version moderne du Magni-
< ficat, la 23« nouvelle du Padre Cesari, intitulée » Si referisee
« un portento operato da Dio per ricondurre in cervelo un re,
f il quale diceva che nemmeno la divinité poteva ritorgli il
f regno » et où il est dit qu'elle est fondée sur le rédt de
f S. Antonio, archevêque de Florence (mort en 1459), dans la
I seconde partie de sa Théologie. En effet, on trouve Thistoire
• dans la 2® partie de la« Summa major beati Antonini » (Venise,
« 1503, tit. III, cap. H, § 4, p. cxin), où elle commence par
« ces mots : « Unde legîtur de quodam tjranno superbo, quod
i cum audisset pluries decantari in ecclesia illud : DùpenU
« iuperbos mente cordis swi, depoeuit polenta de sede et exal-
I tatit humileSy vocavit dericos et mandavit eis ut deberent
i radere de libris suis illos versus , quia falsi erant, dicens de
c sede sui dominii a nulle posse deponi. »
1 Cnidier^ sjnonyme de $oureM4diery eourcnidemetU.
2 Widier^/aire widement (v. 6) on widance (v. 64), se sépai*er.
13 Adengner doit signifier ici estimer. Roquefort cite le verbe avec le
sens nentre de convenir.
28 PiereeUSy sens actif, « percevant.
31 Son/ait, c.*&-d. le plan de Dieu à son égard.
37 Etiadndre, effacer. — 43 Pour ce tour, cp. pi. h. p. 409, v. 34.
44 Acueillirt prendre, suivre (un chemin, une habitude).
59 ifttfiMfrtf est encoi'e ici fautif p. Mi^^r, voj. Blanc chevalier, 1566
et Lévrier, 254.— 66 lestre priée (près), intentum esse.
70 Vier sans e, comme souvent, Vs ayant été confondu avec la flexion
du nomin. sing. (cp. v. 75). — 71 St. Luc, I, 51.
76 Planier^forme extensive deplain^ clair, facile.
82 Bsmetre^ mettre dehors, effacer, manque aux glossaires.
98 Valiesant; Burgnj (II, 111) mentionne, mais n'explique pas, cette
curieuse forme de participe présent. Évidemment elle accuse
un primitif valetcene.
100 Mesqfriry manquer de respect. Telle est la vraie signification de
ce verbe, à ce qu'il paraît; elle s^adapte parfaitement au passage
du Wardecors de Baudouin (v. 171) où nous Tavons rencontré
une première fois.
118 Par luiy à part lui, seul. — \23 Se dierver, crier comme un pos-
sédé.
128 Notez que rowoer, commander, se construit avec le simple infinitif.
140 Ztf hart^t la hart, forme ici une exclamation d'indignation.
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— «7 ^
149 « Et excitent les chiens après lui. »
151 Fhusaire; convertore de che^aa^, dit Roquefort. t« Flasaar. J'ac-
cepte cette signification, qni pent convenir ici, bien que couver-
tare paraisse saffii*e. C'est un dérivé sans doofte du germanique
fiakSy ai^ourd'hni Jktcks, filasse de lin. Cp. dans Du Gange :
flaeiata^ Massiliensibus^UAU^, stragulum laneum; — puis
fia%9uda^ courtepointe; — enfin/a«fato, coopertorinm iecti.
153 i^otKJtii^, nombril. La racine indo-germanique hod, band^ marquant
proéminence, bosse» bouton, a donne au français de nombreux
vocables ; ainsi : bouder y gonfler, faire la moue ; — notre 3o«-
dine^ nombril, petit bouton; — boiêdaine^ d'où bedaine, panse;
— boudin; — vfr. bodne^ d'où bosne^ puis borne.
164 Faire bien, dans le sens de gagner son pain en travaillant «
173 Deiconnus, défiguré. Gp.v. 215.
189 Askeui^ auxquels.
200 Sen av^mfv est incorrect pour f^ aversaires (nom, masc. sing.);
le poëte a sacrifié la grammaire à la rime.
224 Despity dans le sens concret de parole despiteuse, ii^jura.
228 Ajournée, voy. p. 388, v. 674.
232 €k>rrigez soit fols et diertés, soit fol et diervé, au lieu de fol et
diervés. Le subst. qui suit la prëp. pour dans la locution estre
tenu pour eut aussi bien mis an cas-sujet qu'au cas-régime (cp.
p. 374, V. 92). On sait que le pour faisait quelquefois défaut;
ainsi v. 244, estoit tenus sos.
239 Nul jour que soU nutis^ périphrase p. jamais.
252 (/ne eure = un jour.
257 Notez le caractère monosyllabique de l'adj. pius. J'en conclus que
pius se décompose ainsi : thème piu(\) (d'où le féminin pire) (2)
la flexion nominative s. Notre mot pieux, par contre, s'analyse
par|»t -f. osus.
267 Halés; Tétymologie du verbe hâler, dessécher, est maintenant
acquise. Le primitif est le flamand haeî, sec (3); il y a d'abord
haUy puis hasle, puis harle, puis halle, enfin hâle. Cp. uler,
usler, urler, ulUr (voy. p. 451). Diez a eu tort de prendre
harler pour un mot distinct. — Decreve' est, selon moi, le
latin decrepatuSj forme barbare de deerepiius. On est encore
(«) Pbil. Mottskè». Mil : De f.n emêr umkibU «I piu.
(t) Voj. t. 1. p. SI9.
(S) Livré cite, k rappni de Mtte (tyimrfogie d« Di«, oo vm de Rutebeaf (II, 17S) :
Fort qne pain noir dar et liasle [Lhoêlé),
Tout nivUi M iMttm Mie (4. $9lé).
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— 488-
k la recherche de Torigine dn mot latio ; poar moi, je pcmM
que la langue vulgaire dea Latins poaiMaît déjà erqwfv, dans
le sens roman de crever, et que deerep itm exprime quelque
chooe comme creuaé de rides, ratatiné, chiffonBé.
271 Construisez : « Car pitié n*eii prent (à) nulni. » LVbsenoe de Ti
dans pitié n'est pas fautive; j'ai remarqué que le sujet logique
dea verbes impersonnels en était toi^ours dépom-vn, et présentait
la forme de Taoeusatif. Cp. Estas dou inonde, 13 : Car ut m'itt
atis.
274 Aidier, sens neutre, p. m'aidier.
286 Saur Vetprig est une locution dont je ne connais pas d'antre
exemple, et qui m'embarrasse fort. Est-ce expreuémetU, exac-
. têmmtj qu'il faut traduire? c Les sept années de ses peines
étaient justement accomplies. » Ou bien M»r ftffpHif signifie-t^il
sont VoppresHan? Sour]^, sous est une confoaion firéqœnte, et
e9pr$ssé p. oppressé se trouve dans Roquefort. Bsprès serait le
subst. verbal radical de espresuz,
296 le relief, coUectif p. les relie/k. — 299 Ciert irais, c'était
naturel.
305 AparmatUy aussitôt. Je suppose que M. Tobler a cru devoir chan-
ger ce mot— que nous avons déjà rencontré à plusienrs reprises
(Chev. à la manche, 923, Pelote, 130, et Plisson, 87) et qui
convient parfaitement id — à cause de l'hiatus amainne apar-
main; mais cet hiatus non-seulement se pr^nte assez souvent,
mais pourrait au besoin être supprimé en écrivant ûm Minnti *
Vs à l'impératif n'aurait rien d'extraordinaire.
307 « Comme étant le plus malheureux ». Cette valeur de pour est
digne de note.
312 Trespassés, cp: l'ail. Ubergangen, — 318 RMisé^ reconna.
332-37 Ces cinq vers sont intraduisibles ; leur obscurité est-^le des-
tinée à marquer le trouble du roi, ou l'effet d'une altération ? Je
pense que l'incohérence des trois premiers bouts de phrase est
intentionnelle.
344 Dur ewireus, malheureux. Susireus, forme variée de eUreus. —
348 Mais, mets (impératif). — 349 c Car tu ne cours aucun
danger ».
352 De moM tenement, par héritage.
376 Ce vers est parenthétique ; le que qui suit dépend de doutoies.
391 Remplacez les deax-points à la (in du vers par une virgule.
437 Opposer, exiger, demander; cp. Cléomadès, 6812. — Dans le
morceau suivant, v. 299, le même mot signifie discuter.
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— 4SI9 —
444 Tours » tors, torts.
451 Font; oa voit par cette orthographe que le /oui avec s n'est pas
dlntroduction moderne et arbitraire. En effet, Fancienne langue
d*oil n^avait que /(m$ (au cas-sujet et au cas-régime) ; Ys n'est
pas un reste de la flexion, consenré sans raison ; il servait à dis-
tinguer ,/W=»fiindns, de/ont^ fons, fontaine (cp* cors^ corpus,
distingué de car, cornu). Le fond sans s ne parait remonter
qu'au xv« siècle.
XXXVI. - Ll OIS DES ESTAS DOU MONDE.
Avertissements adressés aux hommes de tout état ; lamentation
sur régo'isme et le peu d'amabilité du i tans qai or keurt »»
33 Fu ; le stget eât « (on iestre », ton état.
43 Peut-être faut-il lire ha%s prélat,
44 Vergier signifie ici châtier, corriger.
64 Le vers étant incomplet, j'ai introduit le mot lais d'après v. 72.
La ressemblance des mots lais et fais en aura fait sauter un par
le scribe.
73 Mettre à point, i^edresser, corriger. »— 75 Repart ^ surveillance.
98 Monstres, renommé.
132 Là, c.-àrd. à ciaus i U est employé.
153 Pendre, pencher. — 164 Demouras (j*aurais mieux fait d'écnre,
malgré le ms., demourras), demeureras.
208 Pour le verbe s'embourer, voj. t. I, p. 398.
215 Sousprendre, surprendre = sui*faire, tromper*.
233 A son droit, convenablement.
253 Laisser convenir ou ester, ne pas s'en occuper.
256 Ce vers est mal enchaîné. « Et ca ne sera que pour... »
263 Pourcach, subst. verbal radical de pourcaeier^ pourchasser. —
266 Déporter, exempter, ménager.
272 Ratnaiçe, sauvage. — 27^ « On ne voit plus que moues et
grimaces (de mauvaise humeur) ». Plus haut, Lévrier 1090,
nous avons rencontré des cieres amoureuses.
299 Opposer, discuter, débattra un sujet.
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ERRATA.
8, y. 251 , lisez pris pour pais.
> V. 2S6, 1. damage p. damage.
9, TV. 289 et 333, 1. camheriere p. camMere.
T. 35i, 1. bien p. bon,
▼. 391, Vaeoiniise p. la coinlise,
T. 405, I. c'omme p. eomrn^.
V. 470, mettez une virgnie à la 6ii dn vers.
T. 486, 1. mains p. fitawi^.
V. 510, mettez au bout du vers ao point-virgule au lieu d*une
vir(ple.
V. 541, I. à Vaviesprée p. la viesprée.
V. 547, effacez la virgule.
V. 600, 1. Là p. La.
vv. 607 et 615, une virgule à la fln.
V. 679, une virgule ^ la fin.
V. 774, I. plains p. plain.
V. 891, I. des vassaus p. de vassaus.
V. 963, une virgule à la fin.
V. 1048, I. aler p. parler,
note, 1. 1074 p. 1076.
V. 1191, une virgule à la fln.
V. 1420, 1. autres p. autre.
V. 1489, I. fui p. lut.
V. 1550, effacez la virgule.
V. 1591, un point à la fln.
V. 23, 1. çàjvsp,àjus,
V. 34, I. quelque p. quel qtte,
V. 118, I. heures p. hommes,
V. 94, Une bas ne vœlent p. ne bas vœlent.
V. 80, effacez le point-virgule.
V. 200, effacez la virgule.
V. 56, 1. pris p. pas,
» V. 63, rétablissez la leçon fors do ms., changée en fort (v. Notes).
P. 74, V. Bl, I. ottp. où.
P.
9,
p.
11.
p.
«3,
p.
13,
p.
13,
»
p.
16.
p.
17,
»
p.
1»,
y>
p.
M.
p.
S*.
p.
27.
p.
29,
p.
52,
»
p.
56,
p.
43.
p.
48,
p.
47,
p.
48.
p.
80,
»
p.
55,
p.
60,
p.
65,
p.
60,
p.
75.
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\
— 461 —
P. 75, \. iAi, \,u pris p. et prii.
P. 77, ▼. 10, mettez un point-virgule au lieu de la virgule.
P. 78, V. 41, rétablissez ffiatM p. mau.
P. 84, V. ilO, 1. defin Qe finis) p. de fin.
P. 86, T. i9, un point-virgule au lieu du point.
P. 87, V. 87, I. <c Sire », fait cil, jà..,, p. Si refait cil: — « Jà...
» note, 1. 78 p. 79.
P. 87, V. 81, Je pense quMl faut lire pourist p. perist; la rime en devient
plus riche et le sens y gagne en précision.
P. 89, V. i28, efTacez la virgule.
P. 94, (aux varr., avant-dernière ligne), mettez 101 devant à honte.
P. 95, V. i08, 1. Vi p. t%
P. 99, V 00-67, ponctuez : Fait ensanle, tout par fiance Et par, . .
P. 100, V. 107, effacez la virgule.
P. 102, V. 167, effacez la virgule.
P. 104, V. 226, 1. wnuiit p. vausist.
P. 105, V. 250, emprendre paraît être la bonne leçon au lieu de aprendre
que porte le Ms.
» V. 257, effacez la virgule.
» V. 258, l. qui p. que,
P. 108, V. 41, effiaicez la virgule.
P. 113, V. 13, mettez un point à la place de la virgule.
» V. 17, 1. Grant fait, là..., p. Grant fait. Là.,.
P. 114, V. 25, effacez la virgule.
P. 118, V. 30, une virgule à la fin. ,
P. 127, V. 13, 1. qui p. que [voyez Notes).
P. 134, V. 19, mettez, conformément à mon habitude, jà mais p. jamais.
» V. 34, 5t p. 5't.
P. 135, V. 65, une virgule après mais facilitera rintelligence du passage.
P. 136, V. 82, 1. par tant p. partant.
P. 138, V. 38, l. que p. ^î.
P. 140, V. 81, une virgule à la fin.
P. 143, V. 50, 1. raisons p. raison.
P. 151, V. 10, l. donné p, dmmés,
» V. 12, je pense que resmU est une faute du Ms. p. seront,
P. 152, V. 43, 1. s'en fuit p. s'en fait.
P. 160, V. 81, l. emblée p. emblé.
P. 164, V. 19, une virgule à la fin.
P. 168, v. 46, l. tf p. <i.
P. 174, Y. KO,}. Là p. la.
P. 176, V. 293, 1. reeonneûe p. reconneik.
P. 177, V. 301, 1. escuyer p. escuyers.
P. 178, y.ZHf^X.desciésp.deciés.
P. 182, V. 453, effacez le point-virgule.
P. 184. V. 533, effiicez le deuxième fu.
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p. 188, V. 636, mettez une virgule aptèt4i/«fr»
P. 190, ▼. 690, 1.4cM0f pruci^riey.
P. 191 , V. 761 , une firgoie après nMtvMkt.
P. 194, V. 841, 1. celi p. celui.
P. 196, V. 904, une virgule après frère.
P. 200, T. i031, 1. etU^Qtu p. wê<m,
P. 212, V. 1396, mettez une virgule au lieu du p4»ijit-vifgule.
» V. «408i, un po&nt-rviffguJielki In. '
P. 221, V. 1660, 1. MTef p. 0tl^'.
P. 225, V. 1729, 1. argve p. argtie.
» V. 1X48, L vérffe p. itim'ge,
P. 224, V. 1760, 1. /if p. «^
P. 226, ▼. 1816, mieviiigutenprèa Amn^.
» V. 1831,1. aAefe p. oôfie.
» *v. 1836, 1. monta p. montai,
P. 228, V. 1903, 1. «onl p. «*ofi/.
P. 236, V. 2Jfi2, 1. MMIÀ p. JOUI»'.
P. 239 (Varr.), mettez la var. de 2248 en oaraolèrea romains, comme éunt
celle du Ms. de Turin.
P. 248, V. 38, 1. vaincus p. wiincu.
P. 253, ▼. 59, on peut aussi produire un esetllent sens, avec tPans (d'an-
néea), au lieu de doue <doniau^.
» v. 62, remplacez le point^Wrsuie par «ne simple Wrgulo, le vers
suivant donnant la conséfuente.
P. tSSi, V. 3, une virgule à la fin.
P. 257, V. 56, 1. ntcfu p. rime.
» V. 74,l.«ft0rrp.«otv.
P. 266, V. 46,1. auto p. outre.
P. 269, v.i54,l.of<ny0rp.«Mroyer.
P. 273, V. 67, reportez la virgule au vers suifami ap^s k mot demain
P. 286, V. 165, une virgule à la fin.
P. 301 (Varr.), 1. 115 au lieu de 116.
P. 302, V. 155, une virgule à U fin.
P. 305, V. 55, 1. qui p. cttî.
P. 324, V. 061, rempâaeez la virgalt parwi point-virgule.
P. 335, V. 1034, une virgule à la fin.
P. 339, V. 1177, 1. e'eebahieeent p. e'ebahiêeent.
P. 366, V. 356, eSlicez la virgule après mî.
P. 367, V. 391, mettez une virgule au lieu des deux-points.
P. 374, V. 93, 1. ramentoi p. ramentoie,
» V. 104, une virgule à la fin.
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TABLE DES MATIÈRES.
T«ile. Xilu cipliradrn.
Pages.
Introduction , v
I. Li lays dou Blanc chevaiier. ..... 1
H. Li dis des Trois estas dou monde. ... 49
m. Li dis don Lyon 57
IV. Li dis don Roi et des hiennittes .... 63
V. Li dis des Trois mestiers d*annes. ... 71
VI. Li dis de Boine ctiière 77
VII. Li dis d'Onneur quengie en bonté ... 81
VIII. C'est dou Fighler 85
IX. Li dis dda Miroir 9i
X. Li recors d'Armes et d'amours 97
XI. LidisdeTAigle i07
XII. Li dis don Sengler 113
XIII. Li dis des Trois sages 117
XIV. Des Braies le priestre 121
XV. Li dis dou Pliçon 127
XVI. Li dis des RilLeces c*on ne puet avoir . . 133
XVII. Li dis dou Sens emprunté 137
XVIII. U dis dou Frain Ul
XIX. Li dis Pour quels deuscozes on vit au monde. 145
XX. Li dis dou Chien 151
XXI. Li dis de Seflrté et de confort 157
XXII. Li dis de TOliette 163
XXIII. Li dis dou Chevalier à le mance .... 167
XXIV. Li dis Varlet II! ama le femme au bourgois. 243
XXV. Li dis de le Pasque 247
XXVI. Li Castois dou jouene gentilhomme ... 251
XXVII. Li dis de Boin non 255
XXVIII. Li dis de le Pelote 259
XXIX. Li dis de le Mortel vie 265
XXX. Li dis de le Nonnette 271
XXXI. Li dis dou Mariage de hardement et de
largece 281
XXXII. Li dis dou Boin conte Willaume .... 290
XXXIII. De TAmant hardi et de Tamant cremeteus. 297
XXXIV. Li dis dou Lévrier 303
XXXV. Li dis dou MagnlBcat 355
XXXVI. Li dis des EsUs dou monde 371
ErraU 460
381
393
395
397
398
400
400
401
402
404
400
407
408
409
411
412
413
415
416
416
417
418
419
432
433
434
435
436
437
438
442
443
446
447
455
459
FIN DR LA TABLE DBS «ATlfeRES.
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